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Questions pour une coopération
entre bouddhistes et chrétiens en Corée

par Frank TEDESCO

Traduction française Alain Liénard
Cliquez ici pour la version originale en anglais

 

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Le Bouddhisme coréen est encore méconnu en Occident. La principale école bouddhiste en Corée, l'école Chogye, qui reprend le nom du sixième patriarche de l'école Zen, Sôkei Enô, est une synthèse entre la scolastique de l'école Kegon (ch. Hua-yen) et la pratique de l'école Zen (ch. Ch'an).
Ce texte de Frank Tedesco, de l'Université de Sejong, retrace les derniers différents entre les chrétiens et les bouddhistes coréens.

 

***

Plan du texte :

 

 

Introduction : La liberté religieuse en Corée

La péninsule coréenne est connue pour le fossé existant entre le Nord communiste et le Sud capitaliste. La Corée du Nord (RDPC) est l'une des sociétés les plus fermées au monde où sa population est interdite d'accès aux communications internationales. Les reportages nous montrent que le Nord est un pays totalitaire où sévit la famine, dans lequel les habitants n'ont ni liberté ni droits civiques et où la pensée des Grands Dirigeants Kim Il Sung et son héritier Kim Jong Il domine tous les aspects de la vie dans une sorte de culte ultra-nationaliste. Les principales religions institutionnelles du Nord (le Bouddhisme, le Christianisme et le Chondogyo) ont subi des purges et restent strictement sous la domination de l'État et de son idéologie omniprésente de juche ("compter sur ses propres forces"). Une coopération et un dialogue interreligieux authentiques n'y sont pas d'actualité, sauf à chanter les louanges du Grand Dirigeant. La survie des mouvements religieux et des authentiques traditions du Nord est réellement en jeu après près de cinquante ans de répression politique. Qu'en est-il au Sud ?

La Corée du Sud est, elle, renommée pour être une étoile de l'économie, un dragon industriel asiatique, qui s'est reconstruit après la Guerre de Corée jusqu'à parvenir à accueillir les très réussis Jeux Olympiques de 1988 et enfin rejoindre le club des nations développées au sein de l'OCDE en un temps record. La Corée du Sud est également connu pour ses dirigeants autoritaires (Rhee, Park, Chun, Roh...), mais aucun n'a été idolâtré comme les duettistes père et fils du Nord. Bien au contraire, dans le Sud, les dictateurs à la retraite ont été dénoncés comme des canailles. Malgré leur rôle reconnu dans le développement économique des années quatre-vingts, ils ont été emprisonnés pour corruption lors d'une soudaine vague de réformes démocratiques lancées par le Président démocratiquement élu Kim Young Sam, un responsable presbytérien et ancien dissident.

En dépit donc d'une tradition d'autoritarisme, les religions institutionnelles se sont trouvées en meilleure posture dans le Sud que dans le Nord depuis la Guerre de Corée. L'actuelle constitution de la République de Corée (Sixième République, 1987), fortement influencée par les idéaux politiques démocratiques occidentaux depuis la fondation du gouvernement de la République de Corée en 1948, garantit le secret de la correspondance et les libertés de religion, de conscience, de la presse, de rassemblement ainsi que l'égalité devant la loi sans considération d'appartance religieuse. Avec cette liberté religieuse qui ne connaît pas de réelle contrainte, le monde religieux coréen est d'une grande richesse. Il existe ainsi une grande diversité de choix offerts aux "chercheurs spirituels" ainsi qu'aux "chercheurs sociaux". Ceux-ci peuvent opter pour les anciennes croyances et pratiques indigènes, populaires et chamaniques (culte de la nature et mythes nationaux de fondation inclus) ou interroger la tradition bouddhiste qui a, ici, plus de 1 600 ans d'histoire (ou le confucianisme, si on le considère comme une religion). Ils peuvent aussi opter pour les religions indigènes relativement "nouvelles" comme le Chondogyo et le Bouddhisme Won, ou ils peuvent, comme tant de personnes l'ont fait depuis la Guerre de Corée, embrasser les religions occidentales récemment introduites, le Catholicisme et le Protestantisme avec ses différentes Eglises et obédiences.

Alors que les Coréens du sud sont libres d'appartenir à une religion, seulement 54 % de la population (43 millions) se réclame d'une appartenance religieuse si l'on se réfère à des statistiques gouvernementales. Sur ces 54 %, environ 12 millions se présentent comme bouddhistes (51 %), à peu près 8 millions (34 %) comme protestants, 2,5 millions comme catholiques (11 %), plus ou moins 2 % comme confucéens et 2 % se rattachent aux autres religions. L'Institut National de la Statistique indique que les bouddhistes sont la frange de la population qui s'accroît le plus rapidement en Corée. Les bouddhistes sont passés de 46,9 % de la population religieuse en 1985 à 51,2 % en 1991, alors que la population protestante a, elle, diminué de 3,3 % et les catholiques de 0,2 %.

Ces chiffres diffèrent considérablement de ceux publiés dans l'Annuaire Religieux 1995 établi par un groupe de recherche protestant. Cette source estime que la Corée compte "18 millions de chrétiens, soit 41 % de la population". La majorité des chrétiens se réfèrent aux cultes protestant et méthodiste. S'inspirant de Shim Jae Hoon dans la Far Eastern Economic Review, l'annuaire déclare que "le nombre total de protestants sud coréens a augmenté de 0,4 % de 1991 à 1994 pour atteindre les 15 millions, en contraste saisissant avec la croissance des décennies précédentes. L'Eglise catholique assure qu'elle a poursuivi son expansion, pour atteindre les 3,5 millions de fidèles, mais les autorités ecclésiastiques indiquent que le taux de croissance s'est ralenti à 3,4 % l'année dernière, en diminution par rapport au taux de 6,3 % de 1991". Nous aimerions ajouter que sur les banderoles déployées lors de manifestations d'activistes bouddhistes ainsi que dans les informations diffusées par la presse bouddhiste, le nombre de fidèles revendiqués est de 20 millions. Les questions complexes liées à l'élaboration des questionnaires et à la méthodologie des études ne peuvent être ici plus développées, mais nous considèrerons qu'il y a une parité approximative entre chrétiens et bouddhistes dans l'ensemble de la population coréenne et qu'environ la moitié de la population ne se réclame d'aucune affiliation religieuse marquée. Il n'y a pas d'autre pays au monde dans lequel ces deux religions sont représentées de façon aussi égalitaire.

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L'attitude des premières missions protestantes
vis-à-vis du bouddhisme en Corée

Que pouvons-nous apprendre de ces importantes traditions en Corée de l'observation de leurs interactions en raison de leur juxtaposition étroite, des millions de croyants vivant côte à côte ? Que pouvons-nous en attendre pour l'avenir du dialogue interreligieux entre l'Orient et l'Occident ? Un dialogue interreligieux interdépendant ? Une cohabitation religieuse interdépendante, à mesure que le monde se resserre ? Quelles sont les relations entre chrétiens et bouddhistes en Corée de nos jours ? Quelle comparaison faire entre leurs relations actuelles et ce que nous savons de la Corée au début de ce siècle ? Qu'est-ce que cela signifie pour les défis que le peuple coréen devra affronter dans le futur immédiat ? Et pour le reste du monde ?

"A l'exception des attitudes d'exclusivisme religieux soutenues par la grande majorité des chrétiens coréens contemporains", les coréens étaient traditionnellement "généralement tolérants en ce qui concerne les différentes fois" selon un article récent du professeur Oh Kangnam. Celui-ci cite un missionnaire américain, Homer Hulbert, venu en Corée en 1886, pour décrire "l'attitude éclectique ou pluraliste" des Coréens qui "désormais se retrouve rarement parmi nombre de coréens, et notamment parmi les dirigeants chrétiens coréens et leurs partisans". Hulbert écrivait : "... le lecteur doit garder à l'esprit que tout esprit coréen est un fourre-tout, qu'il n'y a aucun antagonisme entre les différentes religions... On peut affirmer comme une généralité que le coréen ordinaire sera confucéen en société, bouddhiste quand il fait de la philosophie et animiste quand il a des problèmes."

"Un fourre-tout... il n'y a aucun antagonisme entre les religions!" En laissant de côté le jugement outrageant, on discerne une surprise devant la nouveauté (au moins pour Hulbert) d'une absence de conflit entre les différents systèmes de croyance dans la Corée traditionnelle à l'époque où le missionnaire débutait son travail. Les religions semblent avoir coexisté en paix. Hulbert s'est rendu en Corée à la fin de la dynastie des Yi. Les autorités confucéennes avaient depuis longtemps repoussé les moines bouddhistes hors des villes, elles contrôlaient le gouvernement et toutes les postes d'influence dans l'éducation, le commerce et les affaires militaires. Le Sangha bouddhiste était à son nadir dans l'histoire de la Corée. Le chamanisme, le bouddhisme populaire et les croyances indigènes étaient le domaine de la plus grande partie du peuple - les paysans et les femmes - mais ces courants étaient relativement peu puissants et subordonnés aux confucéens. La Corée était alors sur le point de subir l'assaut politique et culturel de l'agression colonialiste japonaise qui devait durer jusqu'en 1945.

Les missionnaires occidentaux sont arrivés dans ce milieu religieux pluraliste, relativement placide voire quelque peu déprimé, avec le but avoué de convertir tous les Coréens au Christ, "passant en force après un combat de plusieurs siècles", selon les mots du savant missionnaire Charles Allen Clark. L'un des plus précis et des plus érudits des missionnaires américains, le Docteur C. A. Clark, l'auteur du classique Religions de l'ancienne Corée, fut missionnaire pendant vingt-huit ans en Corée au début de ce siècle. Il fit des cours sur la religion coréenne dans de nombreuses écoles théologiques aux Etats-Unis, à commencer par ses Cours de Théologie à Princeton en 1921.

Les observations de Clark sur la vie religieuse en Corée étaient pénétrantes et enrichies de nombreuses lectures sur les religions de son époque ainsi que de réflexions sur les cultes d'autres pays asiatiques dans lesquelles il avait voyagé. Il était convaincu que son christianisme mettrait un point final à toutes les croyances imparfaites "en leur différentes étapes de développement mental et spirituel" qui l'avaient précédé en Asie. Faisant un tableau d'ensemble de la religion en Corée, il voyait les "religions de l'ancienne Corée destinées à disparaître pour faire place à des choses plus lumineuses".

Clark sonnait le glas du bouddhisme et le condamnait non sans un certain éloge. Les derniers paragraphes de son classique sur les religions coréennes méritent d'être cités en raison de son attitude vis-à-vis du bouddhisme qu'ils révèlent. Ce qu'il a enseigné et transmis aux Coréens convertis à la foi "moderne" occidentale, que ce soit en Corée ou dans ses séminaires des Etats-Unis. Le soleil du Bouddha semble se coucher en Corée. Ce pays lui est redevable. Le bouddhisme est parvenu en Corée en 372 après JC, et il était sans commune mesure avec l'animisme et le chamanisme dégradés qu'il a trouvés. Il a donné à la Corée un code moral, plus ou moins imparfait mais ce qui est infiniment mieux que rien. Il a collaboré avec le confucianisme à toute les époques, fournissant des "sanctions" pour rendre effective même l'éthique confucéenne. Il a donné une forme d'éducation et a toujours soutenu l'éducation. Il a toujours eu des défauts, des défauts évidents, mais il a contribué à la vie et à la culture coréennes dans ces âges obscurs du passé. Son soleil s'est levé en 372. Il a atteint son zénith à l'ère Koryu. Depuis il n'a fait que décliner de façon continue. Le bouddhisme ne semble avoir aucun message pour les temps présents. Des efforts seront faits pour l'empêcher de mourir. Il ne mourra pas d'un seul coup, mais il semble que l'on ait écrit "Ichabod" au dessus de lui, et il doit s'en aller.

Alors que le soleil du bouddhisme se couche, ce devrait être une joie pour tous ceux qui aiment la Corée qu'un plus grand Soleil de Vérité se soit levé pour procurer une lumière adaptée à cette nouvelle époque. Que les bouddhistes eux-mêmes puissent bientôt réaliser qu'un Messie plus grand que Myriuck soit advenu, un Sauveur plus réel qu'Amida, un ami si compatissant qui donne plus d'amour que Kwanseieum ou Chijang, et qui a bien plus de pouvoirs que tous ceux de Taiseiji! Le christianisme qui arrive aujourd'hui peut remercier le bouddhisme pour avoir rendu toutes ces idées familières au peuple, et pour avoir facilité leur réception. Puisse tout le pays accepter cette nouvelle et véritable affirmation de ces idées avec autant d'empressement qu'il l'a fait pour le bouddhisme au temps de l'ère Koryu, et puisse la population toute entière s'unir en servant le Christ, notre Roi!

Notre vénéré frère aîné, notre enseignant avisé et omniscient, qui nous aime et aime notre nation plus que nous ne l'aimons nous-mêmes, Clark, déclamait ces derniers mots à ce qu'il espérait être les funérailles du bouddhisme coréen! Aussi anachroniques que les remarques de Clark puissent paraître dans cette époque d'oecuménisme et de dialogue interreligieux, l'autosatisfaction et les sentiments anti-bouddhistes qu'ils exprimaient alors prédominent malheureusement toujours en Corée.

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Le protestantisme contemporain en Corée
et le dialogue interreligieux

L'une des victimes de cette idéologie exclusive et impérialiste fut le Dr Pyon Son-hwan, le regretté ancien président du séminaire méthodiste de Séoul, qui fut démis de la présidence de son école, privé de sa chaire professorale ainsi que de ses privilèges ecclésiastiques en 1992. Celui-ci fut virtuellement excommunié de l'Eglise "en grande partie à cause de sa bienveillance envers les autres religions, particulièrement envers le bouddhisme. Lorsqu'il déclara que le salut existait en dehors de l'Eglise, il fut sévèrement critiqué par ses coreligionnaires de presque toutes les obédiences de Corée".

Le Dr Pyon fut, en Corée, la figure marquante du dialogue entre bouddhistes et chrétiens jusqu'à son décès en 1995. Il participait fréquemment aux conférences bouddhistes internationales ainsi qu'aux rencontres de dialogue entre bouddhistes et chrétiens comme celles de l'Academy House de Séoul. Sa propre vie était l'illustration de l'honnêteté personnelle, de l'ouverture d'esprit, de la modestie et du courage qui est nécessaire pour faire du dialogue interreligieux plus qu'un agréable exercice académique mais une réalité vivante et d'échanges avec des personnes de fois différentes.

Parmi les dernières entrevues que j'eus avec le Dr Pyon il y eut cette rencontre inattendue sur le terrain du Temple Chogyesa à Séoul en 1994. Elle eut lieu lors des manifestations du sangha réformiste pour déloger l'ancien dirigeant corrompu de l'administration du siège de l'Ordre Chogye, So Ui-hyon. Nous prîmes "refuge" dans le bureau du mouvement de réunification bouddhiste Une Corée du Vénérable Bopta quand la bataille semblait s'apaiser et qu'il commençait à pleuvoir. Nous étions tous deux impressionnés par les expériences en Corée du Nord du Vénérable Bopta et sa vision du bouddhisme là-bas. Notre dernière rencontre eut lieu à l'Academy House lorsque le célèbre militant de la paix vietnamien, le vénérable Thich Nhat Hanh, fut invité à discuter avec un groupe de dirigeants chrétiens et à montrer sa forme de méditation en marche de la pleine conscience (sous la pluie!) en avril 1995.

Dans un article important publié en 1995 dans Tabo, la revue trimestrielle de la Fondation Coréenne pour la Promotion du Bouddhisme, le Dr Pyon aborda l'annonce de l'année de la tolérance et de la compréhension mutuelle faite par les Nations Unies en 1995. L'ONU appelait les fidèles de toutes les religions du globe à jouer un rôle décisif dans la construction d'un meilleur futur pour le monde en dénonçant et en éliminant toutes forme d'intolérance et de discrimination causée par la différence de religion et de doctrine. Pourquoi, demandait-il, alors que la paix semble avoir fait des progrès significatifs au Moyen-Orient avec la trêve entre israéliens et palestiniens, alors que la guerre froide entre l'Est et l'Ouest semble être arrivée à sa fin, alors que même l'Eglise catholique a déclaré que la décision de l'Inquisition à l'égard de Galilée était une erreur, alors que les troubles en Irlande pourraient être terminés, pourquoi n'y a-t-il aucun progrès dans la résolution des tensions et l'établissement d'une véritable paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud sur la zone démilitarisée ? Pourquoi le christianisme coréne s'attire-t-il la réprobation publique à cause de l'activisme missionnaire de dirigeants agressifs et obnubilés par la volonté de convertir, qui suivent une théologie fondamentaliste extrêmement conservatrice venue des Etats-Unis ? Le Révérend Pyon ajoutait sur un ton sarcastique "que la Corée, autrefois connue comme le 'pays du matin calme' était en train de devenir rapidement le'pays du tintamarre du soir', ou peut-être même pire, le 'pays du tintamarre du matin et du soir' à cause de chrétiens fanatiques chrétiens engagés dans un travail missionnaire de conversion à la hussarde. Il n'y a rien de répréhensible dans le prosélytisme ou l'activité missionnaire en soi, mais il en va différemment de la méthode exclusive et dépassée qui consiste à dénigrer et condamner les autres religions". Et le Dr Pyon continuait en citant des extraits de journaux ou de magazines pour illustrer l'étendue et l'importance des insultes et calomnies caractérisées perpétrées contre les bouddhistes par des chrétiens zélés.

Une liste plus exhaustive des attaques contre le bouddhisme sera présentée dans la section suivante, avec plus de vingt attentats incendiaires visant des temples durant les quinze dernières années. Cinq attentats incendiaires contre des temples à Suyudong, à Séoul, peu avant les cérémonies anniversaires de la naissance du Bouddha de cette année (1996), nous ont engagé à faire cette compilation. Trois attaques ont été dirigées contre le Centre Zen International de Séoul, à Hwagyesa, le monastère qui est le centre de l'un des dirigeants bouddhistes les plus actifs de Corée en matière de dialogue et de pratique interreligieux, le maître zen Seung Sahn, célèbre dans le monde entier. Deux temples très voisins ont même été plus sérieusement endommagés ; une tour-clocher abritant des instruments religieux a été détruite à Samsong-Am, sur la montagne dominant Hwagyesa et deux extraordinaires salles du Dharma traditionnelles ont été entièrement détruites par le feu à Ponwon Chongsa. Coût des dégâts : 5,6 millions de dollars américains. Les deux derniers temples ont été attaqués peu après minuit la même nuit (20 avril). Le Centre Zen International de Hwagyesa a été attaqué par trois fois dans les trois semaines qui ont suivi les catastrophes du 20 avril, la première fois le 21 avril!

Nous devons prendre la précaution de souligner que nul n'a été effectivement identifié, arrêté ou définitivement mis en cause pour ces crimes au moment où nous écrivons. Nous avons interrogé le chef de la police chargé de l'enquête qui la poursuit avec diligence. Celui-ci s'accorde avec l'opinion publique, il est probable qu'un extrémiste religieux fanatique ou mentalement perturbé soit à l'origine de ces incidents, en raison de la nature des crimes et des enquêtes précédentes qui ont abouti à des arrestations dans d'autres affaires similaires d'incendie de temples bouddhistes. Ces incidents ne pourront peut-être jamais être résolus mais ils ont ouvert la discussion sur le sujet de la violence religieuse en Corée, sujet qui ne devrait être ni supprimé de l'ordre du jour, ni minimisé, ni à nouveau ignoré.

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Le bouddhisme assiégé 1982-1996 :
Chronologie de quinze années de violence
contre le bouddhisme en Corée du Sud

 

La liste suivante recense de façon non-exhaustive les diffamations, actes de vandalisme et attaques incendiaires contre les temples et les établissements bouddhistes en Corée du Sud depuis 1982, du moins celles qui ont attiré l'attention des média et entraîné le désarroi de la population bouddhiste du pays.

Le bouddhisme assiégé 1982-1996 : Quinze années d'incidents dirigés contre le bouddhisme en Corée du Sud, au moins vingt temples ou sanctuaires bouddhistes sérieusement endommagés ou totalement détruits par incendie volontaire depuis 1986.

Sources :

Journaux :

(Les autres quotidiens, des hebdomadaires comme le Haedong Pulgyo ainsi que les quotidiens régionaux n'ont pas été pour le moment consultés)

Rapports :

Nous avons aussi vérifié et comparé les articles relatifs aux incidents avec les archives conservées à la direction de l'Ordre Chogye à Séoul et avec le rapport de police officiel concernants les incidents de Hwagyesa, Pon Won Chongsa et Samsong Am (ermitage).

Télévision :

Nous avons également consulté un reportage télévisé (BTN) sur les incidents de Ponwon Chongsa et Samsong Am.

(Le système de transcription McCune-Reischauer modifié tel qu'il figure dans le Journal de Corée de la Commission Nationale Coréenne de l'UNESCO a été utilisé pour transcrire les noms coréens)

1982

1983

1984

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1995-96

1996

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Questions aux Bouddhistes et aux Chrétiens de Corée

En Corée, les insultes et les attaques violentes contre les enseignements, les emblêmes bouddhistes et les lieux de culte, y compris les demeures du clergé bouddhiste comme celles citées ci-dessus ont eu très peu d'écho dans la presse locale ou nationale ou dans les autres médias coréens. Pourquoi donc ? Doit-on attendre que quelqu'un soit blessé ou tué pour que cela fasse une "nouvelle" ? Ces incidents n'ont été relatés pour la plus grande part que dans la presse bouddhiste, petite et privée, mais pratiquement ignorés des grandes agences. Y a-t-il une volonté d'étouffer des reportages sur les conflits religieux ou les attaques contre les bouddhistes, de façon à cacher ces événements ? Les incidents sont-ils si sensibles que certaines autorités craignent un retour de bâton de la part d'un électorat bouddhiste informé ?

Pourquoi les bouddhistes coréens eux-mêmes ne sont-ils pas plus fermes pour demander réparation des mauvais traitements qu'ils ont subis de la part de certaines factions coréennes ? Pourquoi la direction de l'Ordre Chogye n'a-t-elle pas publié une déclaration à ce sujet ?

Pourquoi n'y a-t-il pas eu plus de dirigeants et de congrégations chrétiens coréens libéraux (les catholiques notamment) pour montrer leurs marques de sympathie et leur soutien aux bouddhistes victimes des religieux extrémistes ou d'agresseurs inconnus ? Si un tel intérêt minimal pour son voisin fait réellement défaut dans le monde religieux coréen, n'est-il pas temps de s'activer et de jeter un pont par dessus l'abîme glacé d'indifférence qui a tenu les coréens séparés et isolés les uns des autres à l'intérieur de leur propre petit pays ? Qui peut blâmer l'autre pour son silence distant ? Les étudiants et enseignants radicaux de Corée du Sud blâment à juste titre les Etats-Unis et l'URSS en raison de la douloureuse division de leur pays à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Peuvent-ils réellement blâmer les superpuissances pour les tensions et séparations religieuses que leur propre peuple perpétue au Sud ?

Ces questions sont nées de l'espoir que les communautés bouddhiste et chrétienne de Corée puissent se faire une idée plus claire de la façon dont la coopération interreligieuse puisse être mise en oeuvre en Corée et dans d'autres parties de l'Asie. Il faut commencer par le commencement. Que se passe-t-il effectivement en Corée ? Les chrétiens et les bouddhistes se regardent avec méfiance par dessus des murs de pierre. Comme les nouveaux gratte-ciels qui ont poussé partout à Séoul (et qui parfois se sont écroulés comme le supermarché Sampoong!), ils portent un mince placage de pierre qui dissimule une tempête d'activité intérieure. Ne pouvons-nous admettre ce simple fait et reconnaître que nous sommes tous dans notre propre voie à chercher à trouver un sens à ce monde déroutant de plus en plus surpeuplé et pollué ? Est-il "écologiquement correct" de prétendre que nous pouvons réellement nous séparer des autres ? Un "éveil écologique" à notre interdépendance est à l'ordre du jour. Ne partageons-nous pas les résultats de notre karma et notre interdépendance avec le monde qui nous entoure ?

Bouddhistes et chrétiens ont de la même façon besoin de prendre en considération l'analyse de la critique chrétienne du bouddhisme qui fut écrite pas le Vénérable Chi Myong en 1990. Le Dr. Pyôn, sélectionna ses déclarations comme représentatives de la réponse d'un sage bouddhiste aux affirmations et attaques chrétiens largement répandus. Ce qui peut être résumé comme suit.

 

Les chrétiens proclament que :

En réponse à ces accusation haineuses, le Vénérable Chi Myông encourage les gens à :

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Des pas vers la coopération

Malgré la forte résistance conservatrice chrétienne et la méfiance des bouddhistes qui suspectent l'existence d'un plan de conversion dissimulé sous les apparences du dialogue, il existe pourtant quelques activités de coopération prometteuses entre les dirigeants religieux et leurs fidèles en Corée.

Très récemment, pendant l'été 1996, eu lieu le Pèlerinage des Chefs Religieux pour la Réunification Nationale qui a parcouru onze villes de Corée du Sud du 25 Juin au 4 Juillet 1996 et qui a mobilisé près de 3 000 religieux. C'était la première fois que des protestants, des catholiques, des bouddhistes et des bouddhistes Won travaillaient effectivement et marchaient ensemble pour une cause d'importance au delà des simples occasions d'être sur les photos des réunions interreligieuse ou académiques. L'un des résultats positif de ce pèlerinage a été l'établissement de neuf nouvelles antennes citadines du Conseil Religieux pour la Réconciliation et la Réunification Nationales (Chonggyo-in Hyôp-ûi Hoe) en dehors de Séoul.

Nous devons également mentionner les activités de la Conférence Coréenne sur la Religion et la Paix (CCRP) qui fut originellement créée en 1965 sous le nom d'Association des Activistes Religieux de Corée. L'actuelle CCRP comprend des membres des six principales religions de Corée : bouddhisme, confucianisme, catholicisme, protestantisme, bouddhisme Won et Chondogyo. L'AARC créée précédemment comprent des membres des nouvelles religions comme le Chonrigyo, le Taejongyo et le T'ongilgyo (Eglise de l'Unification) mais non les églises protestantes et catholique. Les membres chrétiens s'en sont retirés car ils n'ont pas voulu être aux côtés de l'Eglise de l'Unification.

Selon le Dr. Kim Sungon, professeur au séminaire bouddhiste won de Youngsan, la CCRP et l'AARC oeuvrent toutes deux " à l'amélioration de la compréhension mutuelle et à la création d'une meilleure société par la coopération entre les religions, mais il n'y a ni dialogue ni coopération entre ces deux organisations interreligieuses. Quelle ironie!" Les organisations interreligieuses doivent soutenir plus que la compréhension théorique entre les religions. Les réunions, les proclamations et les livres ne sont pas suffisants. La preuve de l'efficacité d'une organisation réside dans sa capacité à créer une nouvelle harmonie entre des communautés religieuses qui jusque là ne s'intéressaient pas aux autres en raison de leur croyance en leur suprématie.

Dans le dialogue et la coopération interreligieux, le bouddhisme possède une grande qualité. Il accepte la diversité des opinions et des expériences depuis qu'il a été créé par Shakyamuni. Il n'a jamais essayé de masquer les différences avec les autres voies puisqu'il les avait toujours reconnues comme telles. C'est son grand "pangp'yôn" (upaya), moyen habile, d'enseigner les vérités du bouddhisme.

Il y a nombre de problèmes importants en Corée sur lesquels unir les chrétiens et les bouddhistes. La réunification nationale et les problèmes d'environnement sont des points essentiels pour toute la population coréenne. La solution de ces problèmes nécessitera plus qu'un traitement superficiel. La vie de tout le peuple coréen est là en cause. La coopération entre bouddhistes et chrétiens peut fournir une atmosphère favorable à plus d'ouverture et de communication au niveau gouvernemental. Les chefs religieux bouddhistes et chrétiens de Corée peuvent créer une inflexion dans le cours de l'histoire de Corée comme ils l'ont fait dans le passé pour le Mouvement d'Indépendance. Mais ils ne devraient pas se rassembler seulement parce qu'ils sont confrontés à un ennemi commun, mais parce qu'ils réalisent leur interdépendance mutuelle et qu'ils partagent les mêmes préoccupations sur l'homme. Les religions n'ont pas besoin de perdre leur identité quand elles entrent en dialogue et en coopération. Elles peuvent faire preuve de la plus grande sagesse, du plus grand amour et de la plus grande compassion dont elles sont capables lorsqu'elles se rapprochent de leurs voisins. Lorsque la "sagesse endormie" du bouddhisme coréen moderne s'éveillera, elle sera en position plus forte pour partager ses vertus avec les gens de toutes confessions de Corée et pour diriger leurs efforts de coopération mutuelle en vue de la concorde sociale.

 

Ce texte est paru dans le journal annuel Buddhist-Christian Studies (volume 17, 1997, pp. 179-195, University of Hawaii Press). Avec l'aimable autorisation de Frank Tedesco.

La reproduction publique de ce texte est strictement interdite.

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