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Bonjour à tous.
Je vois quelques visages nouveaux. J'espère que vous êtes assis confortablement car lorsque vous écoutez une conférence comme celle-ci, je souhaite que chacun ait une posture adéquate, comme lorsqu'on fait zazen.
Une sesshin représente de trois à sept jours de zazen auquel s'ajoutent d'autres activités qui se déroulent dans ce zendo. Notre programme annuel comporte maintenant une sesshin au moins une fois par mois. En y pensant, il est intéressant de réfléchir à sa signification. Quel en est le but et quels en sont les bénéfices pour notre vie quotidienne ? Je voudrais parler brièvement de tout cela ce matin.
Sesshin. Si nous comprenons les connotations originelles de ce mot, nous aurons une assez bonne idée de sa signification. Il réunit deux idéogrammes chinois : setsu et shin. Shin est "l'esprit" et setsu signifie littéralement "relier ou attacher ensemble". Relier l'esprit. Cela signifie en fait "toucher", "connecter" mais aussi "recevoir", "transmettre" et "continuer". Setsu et shin. C'est à dire unir, connecter l'esprit ou recevoir, transmettre, maintenir l'esprit. Voilà ce que signifie sesshin.
Alors vient la question : "Qu'est-ce que l'esprit ?" C'est l'un des termes les plus ambigus qui soit. L'esprit : nous pouvons en parler d'une manière ordinaire, ou selon des concepts philosophiques, d'un point de vue métaphysique ou en utilisant des termes psychologiques, mais qu'est-ce réellement ?
Nous parlons de notre esprit, de l'esprit d'autrui, de l'esprit universel ou cosmique ou de l'esprit avec un E majuscule. De relier l'esprit, de connecter l'esprit, de transmettre, de recevoir l'esprit ou de maintenir l'esprit. Maintenant, vous pouvez entrevoir la signification de sesshin.
C'est devenir véritablement un avec l'Esprit.
Il y a un très beau passage de Dôgen zenji sur l'Esprit. Il dit : "L'Esprit, c'est les montagnes, les rivières, les arbres et l'herbe ; l'Esprit, c'est le soleil, la lune et les étoiles." Ce qui veut dire que l'univers entier est l'esprit lui-même. Et nous en faisons partie.
Nous pensons que nous avons un esprit. D'accord, mais qu'est-ce que c'est ? Quel est cet esprit dont parle Dôgen zenji ? Qu'est-ce que l'esprit universel ? Unir ces esprits, relier notre esprit à l'Esprit de l'univers, tel est le sens de sesshin. Nous nous identifions à l'esprit universel, à l'esprit de bouddha. Tel est le sens de sesshin. Nous faisons zazen. En zazen, nous réalisons l'unité d'un tel Esprit. Nous nous identifions à l'Esprit universel, à l'esprit de Bouddha. Tel est le sens de sesshin.
De plus, nous transmettons, nous recevons, nous devenons réellement conscients de cet état d'identité de notre esprit, de notre existence elle-même et de l'existence de toute chose. C'est également le sens de sesshin.
Un autre sens de setsu est "contrôler", "ajuster" ou "assimiler". Habituellement notre conscience est très occupée, courant toujours dans tous les sens comme un singe excité. Notre esprit est ainsi. Quelqu'un dit quelque chose, nous y réfléchissons et nous disons : "C'est une très bonne idée, voilà une bonne façon d'agir". Et puis quelqu'un dit autre chose et nous disons : "Oh! C'est mieux, faisons comme ça." Ainsi nous luttons même pour une petite décision. Notre conscience est toujours très instable, donc la contrôler, l'ajuster et la faire fonctionner correctement est une autre signification pour sesshin.
Le premier sens, relier notre esprit à l'Esprit de l'univers est plutôt actif tandis que le second, contrôler et assimiler notre esprit conscient est plutôt passif. Le premier est l'identification avec l'Esprit, c'est-à-dire avec la nature de bouddha ou la nature de dharma, quel que soit le nom qu'on veuille lui donner, alors que le second tend vers la tranquillité, le calme et l'apaisement. L'un et l'autre sont assez justes.
La raison en est simple.
Indépendamment de notre état de conscience, cet esprit est en fait déjà uni à toute chose, relié à tout, un avec tout. C'est ce que nous disons par : "Tous les êtres vivants sont originellement des bouddhas". Et puisque nous sommes originellement des bouddhas, nous sommes déjà dans cet esprit de bouddha.
Ce que nous devrions faire est simplement de le laisser être.
C'est notre conscience centrée sur le moi qui empêche cet esprit de bouddha de fonctionner comme un esprit de bouddha. A cause de cette conscience égocentrique, qui est un esprit très partial, limité, incontrôlé et inadapté, nous sommes troublés. Essayer de calmer cet esprit inadapté et sauvage, tel est le sens de sesshin.
Peut-être que cet exemple nous aidera à comprendre plus clairement ce véritable esprit. (Rires). C'est des drôles d'expressions, dire "esprit véritable" ou "esprit erroné", mais notre vie réelle, notre être réel est la vérité même.
On pourrait le comparer à la pleine lune qui brille. Les pensées discriminantes et égocentriques qui nous prenons pour l'esprit sont comme des vagues à la surface d'un étang. Lorsque l'eau est calme et tranquille, la lune se reflète clairement dans l'eau. Si nous n'avons pas de pensées orientées vers nous-mêmes, la surface de notre esprit, de notre vie est très calme et claire. Alors la lune qui est notre esprit, notre être véritable, apparaît très clairement à la surface de l'eau. Vous voyez ?
Si l'on envisage les choses de cette façon, chacun de nous, sans exception, indépendamment de ce que nous sommes, sommes au milieu de l'esprit de bouddha. En fait, tout simplement, nous sommes l'esprit de bouddha lui-même. "Au milieu" est même superflu. C'est une évidence. C'est ce que réalisa le Bouddha lorsqu'il atteignit l'illumination. Mais pour notre part, nous ne pouvons le prendre pour tel. Mais si nous le prenons comme tel, oh! bien, très bien, rien n'est mieux! Alors il faut tout simplement vivre sa vie ainsi. Vous n'aurez pas de tourments et vous n'en créerez pas aux autres, aussi. Mais malheureusement, nous ne pouvons accepter ce fait tel qu'il est. Là encore ce n'est qu'à cause de nos idées et de nos pensées égocentriques.
D'une manière ou d'une autre, nous pensons que ce "Je" existe et qu'il est différent des autres choses ou d'autrui. "Je" veux faire ceci ou cela. "Je" n'aime pas ceci ou cela. "Je" pense ceci et cela. Et ainsi surgissent les problèmes. En d'autres termes, la surface de notre esprit devient agitée et même si la lune s'y reflète, elle est déformée par la surface ondulée de l'eau. C'est votre vie elle-même. Bien que vous soyez exactement comme tel, vous ne pouvez l'accepter car vous déformez ce fait par vos propres idées et vos préoccupations.
Dans une sesshin, nous essayons de voir au travers de toutes ces illusions qui surgissent de la conscience du moi. Nous essayons de réaliser que la conscience égocentrique est un état erroné. Nous devrions nous efforcer de reconnaître le fait de l'existence. tel est le sens de sesshin.
Pendant la sesshin, nous nous concentrons de différentes manières et nous essayons de calmer, de rendre la surface de notre conscience très calme et de laisser la lune s'y reflèter calmement. Alors notre vie devient meilleure, plus facile, plus confortable, plus plaisante. Pourtant, nous avons tendance, non seulement à nous embrouiller nous-mêmes, mais aussi à causer des difficultés à autrui. C'est vraiment dommage et déplorable.
Revenons au premier sens de sesshin : relier, unir ou connecter l'esprit. En fait, dans un sens, nous pouvons dire que chaque chose est l'esprit et que l'esprit est le véritable être de la nature de bouddha. Nous pouvons même dire le bouddha lui-même. Vous voyez ? Tout est lié.
Par exemple, nos vies sont déterminées par des interrelations humaines. Cela n'a même pas de sens de penser que quelqu'un puisse exister seul par lui-même. Même si vous vous glissez dans une grotte profonde, vous gardez des liens avec les autres. Vous avez des relations avec vos parents, votre famille et vos amis. Vous avez toutes sortes de relations avec d'autres gens, peu importe comment ni où vous vivez. C'est comme les mailles d'un filet.
Un filet a de nombreuses mailles qui existent, non pas indépendamment, mais dans le contexte des autres mailles. Chaque maille a quatre fils et ce n'est que par ceux-ci qu'une maille existe. Il en est de même pour notre vie. Chaque individu est soutenu par les autres et lorsqu'une maille est rompue, le filet entier s'en trouve affaibli.
Afin de mettre l'accent sur la signification de l'individu comme membre d'une famille ou d'une société, peut-être un autre exemple serait-il utile. Chacun d'entre nous est comme une maille d'un filet. Cependant, chacun d'entre nous est comme le cur même de l'univers. Vous êtes le centre même de l'univers, le centre précis de la vie elle-même. Ce qui fait que si vous ne vivez pas d'une manière juste, tout est gâché.
Pensez à un ballon. Même la plus infime des piqûres le fait instantanément éclater. Il en est de même de la vie. En fait, si vous ne vous rendez pas compte de ce qu'est réellement la vie, vous la gâcher complétement. En faisant une sesshin, nous essayons de comprendre ce qu'est notre vie. Tel est le sens de sesshin.
Tous ces termes différents indiquent des approches légèrement différentes de ce qu'est une sesshin. Mais le sens est toujours le même. Il s'agit de réaliser et d'actualiser cet état d'esprit idéal.
Je parle d'esprit comme si j'ignorais le corps, mais en fait l'esprit et le corps sont une seule et même chose. Même si généralement on les considère comme deux choses distinctes, en réalité ils ne font qu'un.
Ainsi faire une sesshin signifie avoir l'occasion de se concentrer réellement et de réaliser ce que nous sommes vraiment. C'est une explication simple et générale de la signification d'une sesshin.
Examinons maintenant d'un point de vue pratique quelles activités, quels horaires et quelles idées nous sommes censés comprendre afin qu'une sesshin soit plus efficace.
Le point le plus important, le principe fondamental de la sesshin est de réaliser et d'actualiser l'harmonie.
Mais l'harmonie ne peut exister sans le maintien d'un certain équilibre, ce qui nécessite au moins deux ou trois choses. Sur le plan individuel, nous essayons de maintenir l'équilibre entre le corps et l'esprit afin d'établir cette harmonie. Au niveau du groupe, si quarante ou cinquante personnes se rassemblent pour essayer individuellement d'équilibrer le corps et l'esprit, l'harmonie du groupe peut s'établir.
Ici par exemple, nous avons des sesshin mensuelles qui réunissent jusqu'à cinquante personnes. Ces cinquantes personnes se rassemblent et essayent vraiment d'être en harmonie. En faisant cela, nous mettons fortement l'accent sur le fait de faire les choses ensemble. C'est une façon de nous aider mutuellement à réaliser un état harmonieux. Bien entendu, cette attitude doit être présente dans toutes les activités quotidiennes et même se prolonger pendant le temps du sommeil.
DORMIR. La pratique d'une sesshin dure 24 heures par jour et ne s'interromps pas à la fin de la journée. Ainsi, lorsque nous allons nous coucher, nous essayons de le faire d'une façon harmonieuse. Cela veut dire que lorsque la journée se termine et que les lumières s'éteignent, tout le monde va simplement se coucher. Il n'est pas nécessaire de rester debout pour bavarder, lire ou se promener ; nous nous harmonisons simplement avec les activités prévues tous ensemble. Il en est de même lorsqu'arrive le matin. Certains doivent se lever un plus tôt mais les autres doivent simplement rester au lit jusqu'à ce que la personne qui en a la charge sonne la cloche du lever. Quand la cloche sonne, levez-vous, rangez votre couchage et soyez prêts à commencer le zazen de la journée. C'est très simple. Personne n'a besoin de se poser des questions pour quelques minutes de sommeil de plus ou de moins. Nous faisons simplement ce qui doit être fait. Telle est la voie de l'harmonie.
LES RITUELS. Quelquefois, certains s'interrogent sur l'intérêt des rituels, des chants ou des cérémonies. Il est important de comprendre clairement la signification de ce genre de pratiques.
Il existe deux façons d'envisager les rituels. D'un côté, les rituels sont une expression extérieure de notre état intérieur ; de l'autre, ces actes extérieurs sont une fortification de notre état intérieur. Bien entendu, il n'y a pas deux aspects séparés à considérer, c'est plutôt un tout unifié. Ainsi, tandis que nous tous pratiquons sincérement, nous prenons de plus en plus conscience que les termes d'intérieur et d'extérieur ne peuvent être séparés. Cette conscience est en fait la réalisation grandissante de la véritable harmonie sous-jacente en toute chose. Nous sommes ensemble dans le zendo, nous voyons l'autel, nous entendons les autres chanter, nous bougeons ensemble en nous prosternant et en faisant kinhin ; tout cela est notre environnement harmonieux. Mais en même temps, parce que nous faisons ces choses, nous concentrant sur nos actions, c'est aussi notre conscience harmonieuse. Notre environnement et notre conscience sont inséparables. Les deux ne font qu'un.
Dans cette perspective, nous pouvons voir que même des détails tels que les vêtements que nous portons dans le zendo sont très importants pour réaliser cette pratique harmonieuse. Ce que nous faisons est suffisamment important pour que nous tenions compte de notre apparence. S'il y a trop de peu de rigueur dans l'habillement, la pratique du groupe peut être quelque peu troublée. Des vêtements comme les shorts, les sous-vêtements semblent déplacés dans le zendo. Les couleurs vives, les parfums un peu forts ou les bijoux qui cliquètent, en eux-mêmes ne posent pas de problèmes et sont même attrayants, mais puisque la pratique dans le zendo est celle de l'harmonie en groupe, ils s'avèrent être des distractions qui sont inutiles pour les autres personnes.
Certaines personnes se plaignent et disent : "Je n'aime pas chanter." Une telle plainte n'indique que sa propre disharmonie. Le corps ne peut pleinement participer à cause du petit esprit décousu, égocentrique qui "ne veut pas". Ce n'est pas la bonne manière de pratiquer. Lorsqu'il y a des rituels, il y a simplement des rituels. Nous devons être en harmonie avec nous-mêmes, avec le groupe et avec l'atmosphère. Le secret, la clé de cette harmonie, c'est simplement d'être sans notion de soi. Tout se passe alors sans difficulté. Nous pratiquons d'une certaine manière selon des horaires particuliers et selon le caractère propre de chaque activité. Tout ce qui est nécessaire, c'est de s'accorder à ces manières, de les suivre et d'être en harmonie.
PSALMODIE. La psalmodie est un bon moyen pour harmoniser le corps et l'esprit. On ne doit pas crier comme certaines personnes le font. Lorsqu'elles crient, les autres personnes ne peuvent se concentrer. Lorsque quelqu'un chante de cette façon, elle chante comme si elle seule existait et personne d'autre, ce qui n'est pas le cas. Vous devez chanter avec vos oreilles, non avec votre bouche. Lorsque vous chantez, soyez conscient des autres qui chantent tous ensemble. Mélez votre voix à leur voix. Tous ensemble ne formez qu'une seule voix. Nous disons : "Il faut chanter ni trop haut, ni trop bas, ni trop vite, ni trop lentement." Prenez votre rythme sur un moine ancien qui donnera le ton. Ajustez vous toujours aux autres plutôt que de vous attendre à ce qu'ils s'ajustent à vous. Ainsi apparaîtra l'harmonie. Nous disons : "Chantez comme si chaque syllabe était une goutte d'eau dans une averse constante." C'est très doux, constant et soutenu. "Kanjizai bosatsu gyô jin hannya haramitta ji shoken goun..."
La psalmodie fonctionne de la même manière que toutes nos pratiques. A un certain niveau, il est clair que les sûtra ont leur contenu propre. Ils veulent dire quelque chose. Certains comme le sûtra du cur, par exemple, sont particulièrement concis et remplis de sens profond. Mais là encore, en dehors du texte, l'acte de psalmodier est en lui-même une pratique absolue, exprimant et créant simultanément un état intérieur de conscience. Pendant que nous chantons ensemble, nous nous entendons mutuellement chanter et nous sommes encore plus aidés à relier nos esprits. Telle est l'harmonie. Telle est la sesshin.
KINHIN. Parfois, lorsque s'achève une période de zazen, certaines personnes veulent rester assises sur leur coussin durant kinhin. Bien sûr, si vous êtes absorbés profondément dans votre samâdhi, il se peut que vous ne vous rendiez pas compte que la cloche ait sonné ou que vous soyez incapable de bouger. Vous pouvez alors rester assis. Mais si vous entendez la cloche sonner, il vaut mieux faire kinhin avec les autres.
A la fin des périodes d'assise, nous devons essayer d'éviter une transition trop rapide entre la position assise et la position debout. Kinhin est simplement une autre manière de faire zazen. Cela doit donc être aussi doux et harmonieux que notre respiration. Tout comme la transition entre l'inspiration et l'expiration doit être aisée et continue, il doit en être de même pour kinhin.
Que l'on soit assis, debout, prosterné, en train de marcher, ou quelle que soit notre activité, si nous veillons à maintenir l'attention, nous pouvons toujours être assis et toujours être en harmonie. Mais si nous entendons la cloche qui marque la fin du zazen et que nous brisons soudainement la concentration, nous rendons notre pratique faible et relâchée.
TENZO. C'est une erreur de penser que faire la cuisine consiste simplement à préparer les repas. Bien entendu, cela fait partie du rôle de la cuisine et c'est peut-être ce qu'il y a de plus évident, mais ce rôle ne se limite pas à cela.
Nous pouvons dire que sans nourriture, il n'y a pas de vie et que sans vie, il n'y a pas de pratique. Et comme nous savons que chacun de nous est Bouddha, ceux qui travaillent dans la cuisine soutiennent la vie de Bouddha. C'est une autre façon de voir la pratique de la cuisine. Mais aussi, de même que pour les sûtra et la psalmodie, cet acte est une pratique absolue, en soi et dans soi. La cuisine est un terrain d'essai permanent. A chaque instant, tellement de choses doivent être faites, les conditions changent constamment. Et chaque chose peut être faite de tellement de manières différentes! Comment couper les légumes ? Comment laver les ustensiles ? A chaque mouvement, nous exprimons notre état intérieur : par la négligence, en étant méticuleux, en évitant le travail ou en le recherchant, en nous concentrant ou en rêvassant, en étant calme ou en étant nerveux, etc. Il n'est pas aisé de rester attentif et de ne pas être conditionné sous la pression d'une cuisine en ébullition. Mais c'est une pratique stimulante qui en vaut vraiment la peine.
L'harmonie ou la disharmonie de ceux qui travaillent dans la cuisine résultent de leur état intérieur. Et c'est de cela que résulte l'harmonie entre la cuisine et le zendo. Nous disons "cuisine" et "zendo" mais c'est juste une façon de parler. Ce ne sont pas deux entités même s'ils sont physiquement séparés. Il est certain qu'une cuisine opérant de manière relâchée, avec des bavardages inutiles et de la négligence, aura un impact sur le zendo. Tandis que ceux qui servent se déplacent entre la cuisine et le zendo, dans la concentration et le silence justes, expriment une unité, une harmonie qui est aussi celle de la sesshin.
ORYÔKI. J'aimerais parler brièvement de l'oryôki. C'est si profond que de l'étudier complétement prendrait beaucoup de temps. Cependant, nous pouvons au moins en apprécier quelques aspects fondamentaux. Lorsque nous prenons nos repas pendant la sesshin, nous utilisons plusieurs bols qui s'emboîtent et dont le plus grand s'appelle l'oryôki, le bol du Bouddha. Dans les sûtra que nous récitons avant les repas, nous traduisons approximativement oryôki par "le bol du Bouddha tathâgata". Mais l'oryôki n'est pas seulement le bol que fournit le zendo. Le bol du Bouddha tathâgata est votre bol. Vous êtes un Bouddha se nourrissant avec le bol du Bouddha. Prenez en conscience.
Le texte original en chinois ne dit pas exactement "bol" mais juste oryôki, ce qui signifie littéralement "le récipient qui contient la quantité nécessaire". C'en est le sens, ni plus ni moins. Ce bol est en fait l'existence, la vie elle-même.
Certaines personnes ont besoin de plus de nourriture que d'autres. Vos besoins ne sont pas forcément proportionnels à votre poids. Ces différences individuelles ne posent pas de problèmes. Certains mangent plus, d'autres moins. C'est simplement l'effet d'un l'équilibre naturel.
Cependant, il ne faudrait pas penser que nous parlons simplement d'un bol lorsque nous parlons d'oryôki. Fondamentalement, l'oryôki est juste le récipient du tathâgata. Nous pouvons tout considérer comme étant le récipient du Bouddha. Nous sommes l'oryôki nous-mêmes. Non seulement nous, mais aussi la statue du Bouddha, les bougeoirs, les vases, la natte pour les prosternations, le sol, le plafond ; chaque chose contient complétement toute chose. L'univers entier est le récipient du tathâgata.
C'est notre bol. C'est le bol où nous mangeons, avec lequel nous maintenons notre vie. Plus nous prenons conscience de ce fait, plus nous apprécions la vie. Nous prenons de la nourriture. Mais qu'est-ce que notre nourriture ? C'est aussi le Bouddha. Ce qui revient à dire que c'est la vie donnant la vie à la vie. Là encore, c'est une totale harmonie et c'est la voie l'existence. Lorsque nous mangeons, nous devrions au moins être conscients de cela.
Il est aussi important de réaliser, dans une sesshin, à quel point notre vie et nos actes sont importants. Nous devons être attentifs même lorsque nous allons aux toilettes. Dôgen zenji a donné des explications très détaillées à ce sujet dans le Shôbô genzô. Il a pratiquement expliqué clairement chaque moment éveillé de la journée pour une pratique attentive. Bien sûr, à ce stade de notre pratique, il serait excessif de trop approfondir ces points et c'est pourquoi on n'insiste pas immédiatement sur tous ces détails. Mais lorsque vous prenez conscience de vous-même - ou plus simplement lorsque vous prenez conscience - vous devenez plus méticuleux. Plus votre conscience grandit, plus vous devenez attentif. C'est une chose très naturelle. Si vos actions sont relâchées, votre compréhension est relâchée ; votre vie, tout est relâché.
Mais pendant une sesshin nous essayons de ne pas être comme cela et nous essayons de prendre conscience du sens très important et subtil de notre vie. C'est ce que nous essayons de faire ici, et en nous étudiant nous-mêmes, nous trouvons l'harmonie qui est notre existence totale. Nous ne fabriquons pas l'harmonie. Nous ne l'atteignons ni ne la gagnons. Elle est constamment présente. Nous voici, au milieu de cette voie parfaite ; notre pratique est simplement de nous en rendre compte, puis de le vivre dans notre vie de tous les jours.
Nous vivons la vie de Bouddha tout au long de la journée. En ouvrant l'oryôki, nous voyons le Bouddha. En agissant ainsi, nous sommes en plein milieu de l'activité du dharma. Il est tout à fait nous et nous sommes tout à fait lui. Et cette unité inséparable est la sangha.
Cet article est paru dans "Zen writings series : On Zen practice
(I)" (1976)
publié par le Zen Center of Los Angeles (reproduit avec son aimable
autorisation). © ZCLA
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