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sommaire parution : décembre 2005 Numéro
spécial
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La co-production conditionnée |
pratitya-sam-utpada
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| selon
le bouddhisme ancien
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Considérée
comme le coeur de la doctrine bouddhique et son élément
le plus original, la «co-production conditionnée»
a pourtant connu une lente élaboration avant d'être
formalisée, comme nous la connaissons aujourd'hui, sous la
forme d'une chaîne de douze maillons. Simple développement,
au départ, de la Deuxième Noble Vérité
sur l'origine du mal-être (dukkha), la co-production
conditionnée en vint à être employée
pour expliquer l'apparition de tous les phénomènes
du samsâra - sous sa forme «mondaine» - mais aussi
les différentes étapes du cheminement jusqu'à
l'Eveil - sous sa forme «supra-mondaine», beaucoup moins
connue - avant d'être utilisée plus particulièrement
pour expliquer le cycle des existences successives. => lire
un extrait |
| selon
l'école chinoise Huayen
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Héritière
de la dialectique du Mâdhyamaka, l'école chinoise du
Tiantai introduit la notion de Triple vérité : vacuité,
impermanence et voie moyenne, cette dernière étant
un dépassement des deux premières, ce qui conduit
à l'intuition des « trois mille dharma en un seul instant
de pensée ». Le courant du Huayen élargit la
réflexion en éclairant les liens entre les phénomènes
et les particuliers, identiques à l'universel, et l'illustre
notamment par l'image du « Lion d'or ». |
| selon
le Mahâyâna indo-tibétain
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Dans
le Mahâyâna indien, la co-production conditionnée
est élaborée en deux sens opposés. Le Cittamâtra
est centré sur l'auto-production de l'esprit ; le dispositif
peu homogène des douze maillons y est ramené à
l'agencement plus logique des huit consciences et des quatre conditions.
Mais dans le Madhyamaka, liée à la vacuité,
elle n'est plus tant production réelle que relativité
des apparences ; la belle construction rationnelle laisse place
à la destruction de toute prise conceptuelle. On verra ce
qu'il en advient au Tibet. |
| réception
et interprétation en Occident
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Notion incontournable dans les différentes écoles bouddhiques, la «co-production conditionnée» désigne-t-elle un enchaînement du même ordre que ce que sciences et philosophies nomment, en Occident, causalité ou déterminisme ? Car s'il s'agit bien, dans l'un et l'autre contexte, de liens de cause à effet régissant le monde des phénomènes, les implications spirituelles n'en sont pas les mêmes selon qu'on en dévoile la logique à des fins libératrices ou simplement cognitives. L'interdépendance - celle des douzes facteurs formant la roue des existences en particulier - n'est-elle donc qu'une incitation à la solidarité universelle, comme on le dit fréquemment aujourd'hui ?
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EXTRAIT La co-production
conditionnée selon le bouddhisme ancien
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On considère à juste titre la
« co-production conditionnée » comme l'enseignement central et
essentiel de la doctrine bouddhique et l'on reconnaît aussi souvent - toujours
à juste titre - que son interprétation est, sinon fort malaisée, à tout le
moins délicate. Ananda :
« C'est merveilleux, Bienheureux, c'est merveilleux. Cette co-production
conditionnée est très profonde, vraiment très profonde. Cependant, pour moi,
elle est claire, très claire. » De son côté, mille ans plus tard,
au ve siècle après J.-C.,
Buddhaghosa - qui consacre à la co-production conditionnée l'intégralité du chapitre
xvii de son Visuddhimagga -
ne manque pas de donner un long avertissement à son lecteur. Le Seigneur a
dit : Citations que Buddhaghosa glose
de la manière suivante : Une analyse étymologique des
termes tend à confirmer cette interprétation.
Rien de plus. voudrait-on
ajouter !
Or on le sait, une telle lecture
- successive, puis chronologique - est devenue « classique » dans le
bouddhisme ancien... tout comme l'interprétation de cette succession comme un
enchaînement causal - ce qui poussera d'ailleurs les écoles mahayanistes
ultérieures à introduire de subtiles distinctions entre causes [hetu] et
conditions [pratyaya], parfaitement inconnues (et peut-être inutiles...)
dans les textes canoniques les plus anciens ! Huit éléments apparaissent
constants dans les versions anciennes : Rappelons rapidement les deux lectures « classiques » que cette introduction a finalement induit : chronologique et causale. D'un point de vue chronologique,
les douze membres ont été répartis en trois temps : au passé appartiennent
l'ignorance et les constructions mentales ; au futur, la (re-)naissance et
vieillesse et mort ; les huit éléments restants concernent le présent -
soit comme « résultat » du passé (conscience,
« nom-et-forme », « sphères », contact et sentiment), soit
comme condition d'apparition des éléments appartenant à l'avenir
(« soif », attachement, existence). Comment ces éléments
« nouveaux » se sont introduits et comment ils ont provoqué cette
évolution de l'interprétation, c'est ce que nous étudierons plus loin. « Quand
ceci est, cela est ; Sa traduction habituelle en français - que nous venons de donner - n'est pas, elle non plus, sans poser quelques difficultés et sans doute a-t-elle largement participé elle aussi, au moins en Occident, à induire une interprétation causale du processus. Un rapide coup d'oeil au texte original permet de voir que cette traduction est largement fautive... Imasmim sati, idam hoti [bhavati] ; Là où le français énonce par deux
fois, en miroir, le même verbe (être, apparaître et cesser),
le texte pâli décline deux verbes différents : as [sati] et hoti
pour la première et la troisième propositions, uppâda et uppajjati
pour la deuxième, nirodha et nirujjhati pour la quatrième ! Une traduction plus fidèle au texte original devrait être : « Ceci
étant, cela devient ; |
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