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sommaire parution : décembre 2006
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Le
Cankî-sutta
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En
écho au célèbre « Discours aux Kâlâma
» ce sutta met en exergue le tout premier pas du noble
Sentier, les vues correctes (sammâ ditthi), conceptions
non erronées, en conformité avec le Réel (Dhamma),
qui permettent de discrimer entre les pratiques, celles qui conduisent
à la réalisation et les autres. À travers un
entretien avec un jeune brahmane, dont la compréhension est
limitée par les idées et théories du groupe
socio-culturel auquel il appartient, le Bouddha définit trois
niveaux dans le cheminement vers la Vérité et clarifie
(à des fins pratiques et non spéculatives) des questions
telles que : la foi (la confiance), la tradition, la vérité
et la manière appropriée de l'expérimenter,
l'effort, et exhorte à la vérification personnelle
et non aux croyances a priori. |
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Le
Bardo-Thödol :
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Bouddhisme
et thérapeutique
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C'est en tant que « thérapeute
» de la souffrance (duhkha) que le Bouddha prononça ses
premiers sermons témoignant d'une décision irrévocable
quant à l'éradication de ce mal-être originel, et
de la logique propre à tout art médical : diagnostiquer,
soigner, guérir. Comment distinguer ce message de celui des philosophes
grecs se disant eux aussi « thérapeutes » ? Est-il
religion qui n'ait de son côté envisagé la pratique
spirituelle comme une voie de guérison ? Tiraillé entre
son aspiration au bien-être et un idéal de sainteté
hérité du christianisme, l'Occident contemporain a donc
beaucoup à apprendre de la « santé fondamentale
» bouddhique. |
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Le
"bouddhisme populaire"
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La
notion de « bouddhisme populaire », d'usage assez courant
dans les études spécialisées, admet bien plus
de sens que l'apparente simplicité de son étymologie
ne le laisse présager. Qu'elle soit définie explicitement
ou pas (ce qui est le plus souvent le cas), cette expression se
fonde nécessairement sur une opposition sémantique
avec d'autres « formes » du bouddhisme : « savant
», « orthodoxe », « monastique »,
mais aussi « pur », « authentique » entre
autres adjectifs récurrents qui renvoient à des distinctions
sociologiques, culturelles, historiques ou idéologiques.
La valeur heuristique du « bouddhisme populaire » ne
réside pas seulement dans ses potentialités descriptives
ou typologiques. Elle révèle, en creux, des conceptions
particulières du bouddhisme, qui filtrent la perception des
réalités (historiques et empiriques) de la vie religieuse
dans le bouddhisme. Car, trop nombreux sont ceux à l'ignorer,
l'opposition ici traitée a été initialement
formulée par les (élites) bouddhistes (asiatiques),
avant d'être appropriée par les Occidentaux qui estiment
souvent en détenir la paternité. |
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EXTRAIT Le
Bardo-Thödol : |
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Sous le titre trompeur de « Livre des morts tibétain », le Bar do thos grol est sans aucun doute l'ouvre tibétaine la plus célèbre au monde et celle qui a suscité le plus de commentaires et de réactions passionnées. Plusieurs traductions successives, de qualité inégale, en ont été produites en anglais, traduites ensuite en français, en allemand et en plusieurs autres langues. Pourtant, à y regarder de plus près, cet ouvrage fameux nous échappe encore de bien des manières et ses interprétations occidentales n'ont la plupart du temps pas grand-chose à voir avec ce qu'en dit la tradition tibétaine et nyingmapa en particulier. En fait, il n'y a rien d'étonnant à cela : tirée hors de son véritable contexte, privée des nécessaires comparaisons avec des textes de contenu semblable, jamais traduite dans sa totalité, cette oeuvre liturgique largement diffusée était condamnée à demeurer opaque, « ésotérique » et ne pouvait être sujette qu'à des interprétations trompeuses ou déformantes, fondées sur l'analyse psychologique des profondeurs ou de fausses analogies, comme en témoignent par exemple le commentaire de Carl Jung, le rapprochement du « Livre des morts tibétains » avec le non moins fameux « Livre des morts égyptien » ou encore la récupération de l'ouvrage par le mouvement psychédélique qui voyait en lui un manuel pour les trips au LSD. Mais en dehors même de ces problèmes d'interprétations générales occidentales, le cycle du Bar do thos grol chen mo ou « Grande Libération des états intermédiaires par l'audition » pose un certain nombre d'énigmes et révèle plusieurs difficultés au sein même de la tradition tibétaine qui l'a vu naître. Des problèmes de cohérence doctrinale dans le déroulé des textes principaux qui le composent m'étaient apparus il y a plusieurs années lorsque, déjà familiarisé avec ce cycle, j'en étais venu à le comparer avec d'autres textes traitant des bar do dans le courant des sNying thig devenu « classique » chez les Nyingmapa entre le XIIIe et le XIVe siècle, soit un bon siècle ou deux avant l'apparition du Bar do thos grol chen mo. Enfin, le Bar do thos grol appartenant lui-même à la tradition des terma (tib. gter ma) ou textes-trésors censés remonter à Padmasambhava, cachés par ses soins puis « découverts » à l'époque appropriée par des incarnations de ses disciples, les tertön (tib. gter ston) ou « découvreurs de trésors », les questions soulevées par la structure du texte rejaillissent inévitablement sur le problème de la nature des terma dans la tradition nyingmapa. À la lumière de différentes études effectuées par plusieurs chercheurs et moi-même, ce présent article se propose de faire le point sur l'histoire mouvementée du « Livre des morts tibétains » et sur la véritable nature de cette oeuvre qui demeure pour le moins singulière.
L'antarâbhava et les bar do dans le contexte indo-tibétain Pour
mieux situer le Bar do thos grol, il nous faut d'abord le
replacer dans le cadre des enseignements bouddhistes indo-tibétains
sur les états intermédiaires (sk. antarâbhava,
tib. bar ma do). En émergeant dans le bouddhisme ancien
entre le IIIe siècle av. J.-C. et le début de l'ère
chrétienne, l'idée d'antarâbhava, très
certainement tributaire de concepts indiens plus anciens, apparaît
d'abord comme une explication ou une réponse possible à
des difficultés propres à la doctrine bouddhiste,
notamment la délicate question du passage du courant de conscience
d'une vie à la suivante dans le contexte de l'anâtman,
avec ses conséquences sur la rétribution des actes.
Dans
les tantra externes indiens, l'antarâbhava reste
tel qu'il est décrit dans le Yogacârâbhûmi
et n'est pas l'objet d'une attention particulière. En revanche,
il prend une importance centrale dans le cycle du Guhyasamâjatantra,
le plus ancien des tantra internes (Ve-VIe s.). Plusieurs
éléments théoriques et pratiques convergents
ont présidé à cette mutation. La notion du
tathâgatagarbha - la nature de buddha qui est
la claire lumière incomposée énoncée
dans les sûtra du troisième tour de roue - trouve
son application dans la pratique conjointe du corps illusoire et
de la claire lumière, une méthode qui permet de réaliser
la bouddhéité en unissant relatif et absolu. Le tantra
souligne la grande similitude entre le corps mental impur de l'être
intermédiaire et le corps illusoire pur, et propose un entraînement
qui purifie et dissipe les aspects grossiers de l'esprit pour révéler
la claire lumière, méthode fondée sur un processus
de dissolution analogue à celui qui se produit au moment
de la mort. L'analogie : moment de la mort - dharmakâya
; antarâbhava - sambhogakâya ; renaissance
- nirmânakâya est appliquée dans les phases
de développement (tib. bskyed-rim) et d'achèvement
(tib. rdzogs rim) du Guhyasamâjatantra, dans
le but d'actualiser les Trois Corps (sk. trikâya) lors
de la mort et de l'entrée dans l'état intermédiaire.
Avec
les tantra-mères tels qu'Hevajratantra et Cakrasamvaratantra,
un nouveau yoga, l'ardente (sk. candalîyoga,
tib. gtum mo), intègre la phase d'achèvement,
et l'on débouche, vers le Xe siècle, sur des systèmes
combinant les techniques des tantra-pères comme Guhyasamâjatantra
(corps illusoire, claire lumière) à celles des tantra-mères
(ardente). Il en résulte les systèmes synthétiques
des Six yoga de Nâropa et de Niguma où l'antarâbhava
subit une nouvelle mutation. Présenté comme l'un des
Six yoga, il s'applique désormais à trois périodes
dans l'existence : la période de la vie comprise entre la
naissance et la mort, la période des rêves et la période
habituelle comprise entre la mort et l'entrée dans une nouvelle
naissance. L'idée sous-jacente est la suivante : la période
de la vie, dite « existence qui précède »
dans les abhidharma, est le moment de préparation
et d'entraînement dont le Fruit sera goûté à
la mort et dans l'état intermédiaire proprement dit.
Elle-même limitée par deux discontinuités (la
naissance et le processus de la mort), elle est l'occasion de parachever
le corps illusoire et la claire lumière, et devient ainsi
assimilable à un état intermédiaire qui fait
miroir à l'état intermédiaire post mortem.
Quant à la période des rêves qui succède
au sommeil profond, son analogie est frappante avec l'état
intermédiaire qui suit la mort : le corps mental des rêves
est semblable au corps mental de l'état intermédiaire,
et l'entraînement dans les rêves est, par excellence,
une préparation à l'antarâbhava post
mortem. Le principe des neuf mélanges (tib. bsras
ba dgu) assimile chaque période de l'existence à
l'un des Trois Corps de la bouddhéité, faisant de
chacune d'elles une occasion de réaliser l'Éveil.
Enfin, point capital, l'antarâbhava est désormais
l'objet d'instructions pratiques détaillées applicables
par le yogi mourant puis défunt, à condition
toutefois qu'il s'y soit exercé au cours de sa vie. Au
XIe siècle, les écoles de la seconde diffusion du
bouddhisme au Tibet - dites « écoles nouvelles »
(tib. gsar ma pa) - adoptent ce modèle des Six
yoga et s'y tiennent dans leurs systèmes tantriques respectifs,
même si l'on observe chez des auteurs tels que Milarépa
une grande liberté sémantique dans l'emploi du mot
bar do ou bar ma do, qui est la traduction tibétaine
du mot antarâbhava. En revanche, l'école Nyingmapa
ou « des Anciens » et la religion bön, qui se réclament
toutes deux de lignées spirituelles antérieures au
XIe siècle, vont pour leur part pousser plus avant l'exploration
des bar do, non pas tant dans leurs systèmes tantriques
(Mahâyoga, Anuyoga, Ma rgyud), qui révèlent
dans les grandes lignes une présentation proche de celle
des Six yoga, que dans les enseignements du rDzogs chen ou
« Grande Perfection ». Jusqu'au XIVe siècle,
cette créativité va s'exprimer chez les Nyingmapa
dans les tantra du rDzogs chen de la collection du rNying
ma rgyud 'bum et dans les textes-trésors (tib. gter
ma) des premiers « découvreurs de trésors
» (tib. gter ston). On verra ainsi se côtoyer
des systèmes à deux, trois, quatre, cinq, six voire
sept bar do désignant tant des périodes post
mortem que des périodes de la vie. La plupart de ces
systèmes ou plutôt de ces ébauches tomberont
en désuétude au XIVe siècle lors du triomphe
du courant des sNying thig du cycle très secret et
insurpassable (tib. yang gsang bla na med pa'i skor) qui
impose un modèle définitif à quatre bar
do. Ce modèle standard, fixé dans les dix-sept
tantra du gSang ba sNying thig et exposé par
Longchenpa (tib. Klong chen rab 'byams) dans les mDzod bdun
et le sNying thig ya bzhi dominera jusqu'à nos jours.
Quant au système en six bar do, auquel souscrit le
cycle du Kar gling zhi khro (dont le Bar do thos grol
chen mo fait partie) à la fin du XIVe siècle,
il n'est qu'une extension du système à quatre bar
do, comme on va le voir. Les particularités du système à quatre bar do Ces particularités sont directement liées à l'enseignement rdzogs chen. Dans celui-ci, tout est placé dans la perspective de la nature de l'esprit (tib. sems nyid) encore appelée mode d'être naturel (tib. gnas lugs). Cet état naturel, qui n'est autre que la nature de buddha et l'équivalent de l'esprit de claire lumière des tantra, est présenté comme un état de connaissance non-duel caractérisé par la vacuité et la clarté indissociables. En essence, il est vide (ngo bo stong pa), mais son expression naturelle, qui est lumineuse (rang bzhin gsal ba), s'exprime en un dynamisme spontané, l'énergie de compassion incessante (thugs rje 'gags med). Alors que l'essence vide est désignée par l'expression « pureté primordiale » (tib. ka dag), l'expression dynamique de la nature lumineuse n'est autre que la « présence spontanée » (lhun grub), une pure potentialité pouvant se manifester aussi bien comme les visions pures du nirvâna que comme les visions impures ou manifestations illusoires du samsâra. Ainsi, l'état naturel est à la base de toutes les manifestations pures et impures. On le nomme alors Base universelle (tib. kun gzhi) puisqu'il peut en émerger toutes sortes de phénomènes purs et impurs. Y a-t-il une différence entre un être éveillé et un être ordinaire ? Aucune du point de vue de la Base primordiale (tib. ye gzhi) qui est de nature identique chez tous les êtres, mais alors qu'un être éveillé ne se départit jamais de cet état naturel et reconnaît au sein de celui-ci le déploiement des phénomènes comme une simple épiphanie (tib. gzhi snang) de visions insubstantielles surgi de la Base, l'être ordinaire perd le contact avec sa vraie nature et, sous l'emprise de l'ignorance, perçoit les phénomènes issus de la Base sur le mode dualiste du sujet percevant des objets extérieurs. La croyance en la réalité substantielle des apparences l'amène à créer du karma et des empreintes karmiques sous l'emprise desquelles il erre, plongé dans un samsâra concrétisé par la force de ses propres propensions karmiques. C'est dans ce contexte doctrinal que la notion de bar do prend son sens le plus vaste. Klong chen rab 'byams (1304-1363) définit ainsi les bar do dans le Theg mchog mdzod : « Il s'agit du moment où les phénomènes des objets "extérieurs" se manifestent à l'esprit [vécu comme] intérieur. Le moment du bar do est aussi celui où, de la pureté primordiale de l'espace intérieur [jaillissent] toutes les apparences [perçues] comme "autres". » Autrement dit, tout moment où l'esprit perçoit les manifestations jaillissant de la présence spontanée comme des phénomènes « autres » est un bar do. Et de distinguer deux types de bar do : un bar do de la Réalité pure lorsqu'émergent des visions pures telles que sons, lumières et rayons purs, Corps divins de buddha et lumières des cinq sagesses, et des bar do illusoires ou impurs à chaque fois que ce sont des apparences illusoires des six destinées du samsâra qui se manifestent à la conscience. Dans les deux cas, il se produit comme un jaillissement d'apparences hors de la Base, pures ou impures. |
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