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Actualité
de l'UBE
Les
prochains cours à Paris
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Nouvelle
session du Cours en Ligne
Une session du Cours
en Ligne a débuté le lundi
8 février 2010 Les inscriptions
sont encore ouvertes et peuvent être effectuées grâce
au bulletin
d'inscription figurant dans nos pages
de présentation.
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« Méditation »
et culture mentale
La pratique bouddhique est le plus souvent présentée comme
celle de la « méditation » ; mais ce mot, d’origine chrétienne,
ne traduit que très imparfaitement le terme bouddhique de bhavâna, la
« culture mentale ». Ce cycle se propose d’en présenter les
principes théoriques et d’en étudier les diverses formes. Au-delà
de la seule pratique « en assise », les divers courants du bouddhisme
ont proposé de multiples moyens de progression spirituelle : outre les
interprétations variables des formes de bases (samatha et vipashyana),
la « méditation » peut se pratiquer dans des postures variées,
comme aussi à travers préceptes, pèlerinages, rituels,
récitations et psalmodies, koân, travail manuel, « arts martiaux »...
- cours
de Niveau 2 - séance n°
2 : samedi 13 mars 2010
Les
pratiques méditatives du Mahâyâna indo-tibétain -
Cours de Philippe Cornu
- étude de textes - séance n°
3 : samedi 10 avril 2010
« La
Liberté naturelle de l’esprit », les pratiques préliminaires
du « Karling shitro » - texte tibétain -
Cours de Philippe Cornu
- cours
de Niveau 2 - séance n°
3 : samedi 1er mai 2010
Les pratiques méditatives du Mahâyâna
sino-japonais (autre que le Zen) -
Cours de Paul
Magnin
- cours
de Niveau 2 - séance n°
4 : samedi 29 mai 2010
Les pratiques méditatives dans le Zen -
Cours de Taïkan
Jyoji Attention ! Taïkan Jyoji ne
pourra malheureusement pas assurer ce cours ; nous vous préciserons
dès que possible quel sera l'intervenant...
- étude de textes - séance n° 21 : samedi 12 juin
Le Shôbôgenzô Zuimonki,
de maître Dôgen - texte japonais -
Cours de Kengan
D. Robert
Séminaires
d'études
3e cycle : Histoire(s)
et légende(s) du Theravâda (5 places disponibles) directeur d'étude
: Dominique Trotignon Bien qu'il soit l'un
des courants les plus importants du bouddhisme contemporain, le Theravâda
reste fort mal connu. Son ancienneté indéniable et son traditionalisme
affirmé ont longtemps fait oublier que, durant ses vingt-trois siècles
d'existence, il a connu une histoire mouvementée - largement réécrite...
- ainsi que de nombreuses évolutions. Partant des discours et des simplifications
actuellement les plus répandues, nous tenterons de découvrir et
de reconstruire l'histoire et les caractéristiques réelles de
cette école. Calendrier des sessions : les mardis : 16 mars,
6 avril, 4 mai et 1er juin 2010
4e cycle : Bouddhisme
et science physique (5 places disponibles) directeur d'étude
: Michel Bitbol Il ne s'agira pas ici de
développer une analogie (un peu surfaite) entre Bouddhisme et théories
physiques contemporaines, mais de montrer qu'une coopération peut s'établir entre les critiques de la métaphysique
qui leur sont associées. Toutes les révolutions en physique (depuis Galilée et
Newton jusqu'à la gravitation quantique) ont bénéficié d'une réflexion sur les
conditions mentales et instrumentales de la connaissance, et d'une mise en
question des thèses métaphysiques antérieures. Ce processus critique reste
cependant limité dans le temps, et cède vite la place à de nouveaux rêves de
« dévoilement de la réalité » ou d'« entrée dans l'esprit de
Dieu », qui mobilisent les chercheurs mais leurs rendent leurs propres
théories incompréhensibles (voir le cas de la mécanique quantique). C'est sur
ce terrain de la thérapeutique philosophique que la synergie entre Bouddhisme
et sciences physiques sera déployée. Calendrier des sessions : les lundis : 12 et
26 avril, 10 et 31 mai 2010
Autres
rendez-vous...
"Bouddhisme et christianisme
- Autorité : théories
et pratiques" samedi 20
mars 2010, de 9 h à 17 h au
Cloître ouvert du Couvent de l'Annonciation, 222 rue du Faubourg St-Honoré
75008 Paris Proposé par le "Centre de Recherches
sur le Bouddhisme Contemporain" (CRBC)
Le Centre de
Recherche sur le Bouddhisme Contemporain (CRBC) est un laboratoire de
l’ISTR de l’Institut catholique de Paris. En sont membres fondateurs : Philippe
Cornu (UBE), Thierry-Marie Courau, Jérôme Ducor (UBE), Dennis Gira, Paul Magnin, Eric Vinson et Dominique
Trotignon (UBE) ; participeront aussi à cette rencontre : Françoise
Bonardel (UBE), Jean-Paul Durand, Patrick Fridlund, Raphaël Liogier et Marie-Stella
Boussemart. (UBF).
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Cette
troisième journée d’études
du "Centre de recherches sur le bouddhisme
contemporain", est le fruit d’un dialogue commencé
voici huit ans qui permet, dans la confiance et
la réciprocité, une meilleure connaissance
de l’autre et de soi-même. La notion
d’autorité a évolué dans le temps, tant à l’intérieur du bouddhisme que du
christianisme. Quelle place
faut-il accorder au Buddha, à Jésus Christ, aux Écritures canoniques, au
magistère qui en propose l’interprétation, à la tradition, à la succession
apostolique dans le christianisme ou à la lignée patriarcale dans le
bouddhisme ? L’autorité divine et l’Écriture sainte d’un côté,
celle du Buddha et du Dharma qui lui est associé, fondent-elles la connaissance
authentique et donnent-elles à l’Église ou au Sangha une dimension
universelle ? Se pose alors la question de l’unicité et du libre-arbitre.
Ce colloque devrait apporter des éléments de réponse à ces diverses questions.
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Rencontre
- Projection vidéo
:
"A
propos de Milarépa" jeudi 25
mars 2010, de 19 h
30 à 22 h au
"Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris
(M° Montparnasse), salle "Les Glycines" Frais
de participation : 2 €
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A l'occasion
de la sortie en DVD du film "Milarépa,
la Voie du bonheur", l'UBE et "Jupiter
Communications" vous invite à découvrir
le documentaire "A propos de Milarépa
- rencontres et discussions dans les salles de cinéma". Ce
documentaire a été réalisé
lors des projections publiques du film, et regroupe
les échanges ayant eu lieu entre le public
et neuf intervenants : Sogyal Rinpoché, Dagpo
Rinpoché, Philippe Cornu, Lama Mingyour,
Lama Samten, Jampa Lengdhen Lama, Matthieu Ricard,
Françoise Robin et Lama Kunsang Olivier. A
cette occasion, de nombreux thèmes ont été
abordés : la persévérance,
le karma, l'Eveil, la mort, la quête du bonheur,
la non-violence, le compassion, le rôle du
maître... En mêlant approches spirituelle
et historique, ce documentaire permet de mieux comprendre
la réalité du chemin bouddhique, à
partir de l'exemple de Milarépa.
Vente
des DVD sur place à tarifs préférentiels
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Rencontre
- Débat
:
"Quel
est le devenir de l'homme, aujourd'hui devenu chose ?"
Les bouddhistes ont des choses à dire... avec
Raphaël Liogier
vendredi 16
avril 2010, de 19 h à 22 h à
la "Maison des Associations" du XIVe arrondissement,
22 rue Deparcieux 75014 Paris (M° Denfert-Rochereau)
Voir
ci-dessous notre Dossier
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Actualités
du bouddhisme en Francophonie
pour
connaître les principaux
rendez-vous des associations consultez notre agenda
Librairie
Le « Vessantara-jataka » Ou l'avant dernière incarnation du Bouddha Gotama — Une épopée bouddhique Présentation et traduction par Jean-Pierre Osier éditions
Le Cerf, coll. "Patrimoines - Bouddhisme" -
33 €
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La tradition bouddhique de langue palie a
conservé une collection de 547 « Jataka » ou récits des
naissances antérieures du Bouddha de notre ère : comme animal, comme
dieu, comme homme. Pour devenir un Éveillé, le Bouddha a dû acquérir
des perfections au nombre de dix, et les dix derniers « Jataka »
rapportent l’histoire de ces acquisitions.
Le plus long de la collection (plus d’un millier de strophes, enrichies
de développements en prose), raconte comment le roi Vessantara a
conquis la perfection du don : non seulement en offrant de donner,
comme son ancêtre Sibi, son propre corps, mais son royaume, sa femme,
ses enfants. Surmontant les résistances de sa sensibilité, triomphant
des épreuves du changement de conditions qui le mène du trône à la vie
d’ascète forestier, d’abord accompagné de sa famille, puis bientôt
privé de celle-ci par la convoitise d’un brahmane aussi couard que
libidineux et avare, il sort grandi de l’épreuve qui le restitue
triomphalement dans sa situation de roi et lui permettra, dans
sa toute dernière existence, de parvenir à la perfection de l’Éveil comme
Bouddha.
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Poignant (« on lit le Vessantara pour pleurer », dit un
proverbe mongol), extrêmement vivant (une succession de dix tableaux
prêtant à des peintures comme à des spectacles de théâtre et de
marionnettes), politique par sa mise en question de la royauté et des
normes de la société hindoue, poétique par son écriture, le
« Vessantara-jataka » peut être lu comme une mini-épopée bouddhiste
dont l’épopée indienne du Ramayana, pourrait bien être le répondant,
voire la réplique.
Traduit en français pour la première fois, ce texte est le
dernier d’une collection de dix considérée en Asie du Sud-Est par les
religieux ou même par les politiques (par exemple, les rois de
Thaïlande) comme les « classiques de la politique et de l’éthique
bouddhistes ». On doit cette traduction et sa présentation
à Jean-Pierre Osier qui avait déjà
offert aux lecteurs francophones une excellente traduction
du « Dhammapada - Les stances de la Loi »
(éditions GF-Flammarion, 1997), assortie d'un
appareil critique foisonnant et très éclairant
!
=> à
découvrir :
sur le "Site des Adhérents" de l'UBE
- rubrique "Cartes
et iconographie": une présentation
de quelques réalisations picturales inspirées
des Jâtaka (les
premières représentations aniconiques
du Bouddha) et, notamment, la lecture d'une célèbre
frise de Sañchi consacrée à l'histoire
du prince Vessantara.
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Expositions
Le
regard de Kannon
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Incarnation de la compassion universelle, Kannon est la plus populaire
des divinités du panthéon bouddhique. Il est vénéré dans tous les pays
de l'Extrême-Orient: du Tibet au Japon, en passant par la Chine, la
Corée, le Viêtnam, la Mongolie, et même jusqu'en Indonésie. C'est ce qui explique ses nombreux noms dans les différentes langues asiatiques, tels Avalokitasvara, Guanyin, Chenrezig, Quan Âm… et même une entreprise d'appareils photo mondialement connue s'est baptisée en s'inspirant directement de son nom
! Aujourd'hui encore, on invoque Kannon et on lui consacre de grands
pèlerinages pour recevoir sa protection dans les difficultés de la vie,
ainsi que pour être guidé par lui au moment de la mort. Capable de prendre de multiples formes pour se manifester en notre
monde, il est l'objet d'une iconographie particulièrement riche, de
type rituel ou populaire, et ses représentations peintes ou sculptées
font aussi les délices des amateurs d'art asiatique. |
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Par delà
les manifestations foisonnantes et bien visibles du culte de Kannon, il
convient de dégager leur logique et leur signification, afin de mieux
cerner ce phénomène et d'en dégager les valeurs, qui continuent
d'animer un quart de la population mondiale. À travers quelques-unes des pièces les plus remarquables du MEG,
l'exposition offre une immersion dans la dimension spirituelle de
Kannon, ce protecteur des vivants et guide des mourants. Elle se
poursuit par une initiation aux principes de
l'iconographie bouddhique, notamment à travers la collection d'images
pieuses japonaises du célèbre anthropologue André Leroi-Gourhan. Enfin,
elle invite le visiteur à mettre ses pas dans ceux des pèlerins qui
visitent en foule les temples dédiés à Kannon.
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Renseignements : Musée
d'ethnographie de Genève - Carl Vogt 65
Boulevard Carl-Vogt 1205
Genève (Suisse) - Tél. [00-41]-(0)22.418.45.50
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"Quel
est le devenir de l'homme, aujourd'hui devenu chose ?"
Les
bouddhistes ont des choses à dire...
Rencontre
- Débat
vendredi 16
avril 2010, de 19 h à 22 h à
la "Maison des Associations" du XIVe arrondissement 22 rue Deparcieux 75014 Paris
(M° Denfert-Rochereau)
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A l'occasion de la parution du
n° 30 de la revue "La pensée
de midi", sur le thème "De
l'humain - Nature et artifices", l'UBE propose une rencontre-débat
avec Raphaël Liogier (*), coordonateur de ce numéro.
Livré
à l’industrie médicale, aux biotechnologies, au génie génétique, à l’eugénisme systématique
bientôt peut-être, éventuellement au clonage thérapeutique et reproductif...
quel est le devenir de l'homme, aujourd'hui devenu chose ? Comment penser,
désormais, l'humanité et ses caractéristiques
?
Quelle pertinence ont encore les définitions qu'en ont donné
les philosophies et les religions des siècles
passés, ou encore les discours scientifiques
anciens et modernes, voire de ces dernières décennies
?...
Autant de questions sur lesquelles les bouddhistes peuvent avoir des choses à dire et sur
lesquelles, d'ailleurs, un bouddhiste - l'américain
Tenzin Robert
Thurman - s'est exprimé dans
ce numéro, dans une interview accordée à Raphaël Liogier.
"La pensée
de midi" n°30 éditions "Actes
Sud" - prix de vente : 18,50 €
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* Sociologue et philosophe, il est professeur des
universités à Science Po Aix-en-Provence où il dirige l'Observatoire du
religieux (CHERPA). Il a récemment publié Une laïcité “légitime”, la France et ses religions d'Etat
(Entrelas, 2006) et A la rencontre du dalaï-lama : Mythe, vie et pensée
d'un contemporain insolite (Flammarion, 2008).
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L’homme, une espèce en devenir
(extrait
de l'Introduction de Raphaël Liogier)
A la fn de son célèbre ouvrage « Les Mots et les
choses », Michel Foucault annonçait froidement que l’avènement et l’essor
des sciences humaines devait entraîner la disparition de l’homme, d’abord sa
dispersion, puis, véritablement, son effacement “comme à la limite de la mer un
visage de sable”. Le paradoxe n’est qu’apparent. Penser l’homme
objectivement, guetter et analyser ses sentiments, ses actions, ses
comportements comme des réactions psychiques, sociales, économiques, autrement
dit appréhender rationnellement sa subjectivité, c’est, insensiblement, mais
sûrement, transformer le sujet humain en objet de sa propre objectivité
scientifque et de ses propres stratégies économiques. La réification de l’homme
à l’état de consommateur écervelé ne serait pas, dès lors, le seul produit du
capitalisme mais le résultat d’une plus vaste entreprise fomentée par l’humanisme
européen dans son ensemble.
Les anciens théologiens cherchant à démontrer logiquement
l’existence de Dieu – à en persuader le reste du monde et à s’en persuader
eux-mêmes – ont fni par rendre suspecte la réalité même de Dieu. Ainsi en
est-il des humanistes qui cherchèrent soudain à démontrer l’existence de l’homme,
comme si la réalité même d’une nature humaine n’allait plus de soi, ne relevait
plus de l’évidence. A leur suite, les biologistes et les anthropologues
naturalistes du xviiie et du xixe siècle rendirent suspecte, par
leurs travaux de classification et de description physiologique, la réalité d’une
essence humaine. Les sciences humaines et sociales, de l’anthropologie
culturelle jusqu’à la sociologie en passant par les sciences psychologiques et
cognitives, continuèrent ce travail systématique de mesure et de classification
de l’homme.
Cette attaque de l’homme contre lui-même s’effectuera sur
deux fronts, les sciences sociales, nous l’avons dit, mais aussi sur le front
des sciences de la nature, la physique et la biologie. En physique, en astrophysique en particulier, l’homme
deviendra une simple particule de l’Univers, une poussière dans un espace
incommensurable. En biologie, il deviendra un simple moment de l’évolution des
formes vivantes. Avec Darwin, en effet, l’homme est devenu un animal, certes
complexe, doué et civilisé, mais tout de même un animal. Il deviendra de plus
en plus diffcile, après Darwin, de soutenir qu’il puisse être autre chose qu’une
bête évoluée. Les sciences psychologiques et sociales continueront sur
cette lancée, à travers leurs mots et leurs définitions, à faire de l’homme une
chose, autrement dit, un corps, affirmant de plus en plus péremptoirement, contre
Spinoza, que l’on peut parfaitement, systématiquement, savoir ce que peut un
corps et a fortiori un corps humain, ou, plus directement, que l’on peut
parfaitement savoir ce que peut cet homme qui n’est qu’un corps.
Cet homme qui n’est qu’un corps ! Un enchaînement de
parties assemblées et mécanisées ! Triste savoir que celui de cet homme humilié
par lui-même selon la célèbre remarque de Freud, ainsi réduit à sa composition
chimique, qui n’attend plus du ciel aucun présage, de la nature aucune
inspiration poétique, et de lui-même aucune vérité de l’âme. Cet homme-chose,
gris comme une pierre lunaire, déraciné, solitaire dans sa multitude massive,
ne mérite plus qu’une attention d’ingénieur : son malheur est une réaction mécanique
à des facteurs environnementaux externes ou à des dysfonctionnements organiques
internes, alors que son bonheur n’est une question de réglage. L’homme-chose n’est
même plus la machine infniment machinée de Leibniz, ou la machine animée de
Descartes (même si ces deux images anticipent déjà l’ultime réduction mécaniste
de l’humain), parce que tout en lui est désormais finalisé, normé, limité
physiologiquement, ni la machine désirante de Deleuze, car son désir n’est plus
une force libre, une énergie sauvage, une source créatrice, mais un résultat
superficiel et circonscrit par des lois matérielles déterminées.
C’est avant tout la question de la réification de l’homme
par la technique (et le discours sur la technique, ou technologie) qui nous
occupe tout au long de ce numéro. Quel est le devenir de cet homme devenu
chose, livré à l’industrie médicale, aux biotechnologies, au génie génétique, à
l’eugénisme systématique bientôt peut-être, éventuellement au clonage
thérapeutique et reproductif. Livré même à la rectification technique de son
corps naturel, jusqu’à l’accès à l’immortalité, c’est du moins ce qu’annoncent
les leaders du mouvement transhumaniste. Ces derniers ne sont pas de vulgaires illuminés, mais de
très sérieux scientifiques, par exemple officiant dans le très célèbre Massachusetts
Institute of Technology (MIT), qui prévoient, à force de rectifications et de
perfectionnements techniques divers, de guérir l’homme de la maladie de la
mort. Pour eux la mort ne semble être qu’un “léger” défaut mécanique.
Les hérauts de la bioéthique eux-mêmes, qui cherchent à
protéger l’identité humaine, réduisent souvent cette dernière au génome, qui n’est,
au fond, qu’un programme morphologique. Sanctuariser le génome n’est-ce pas revenir
à l’idolâtrie de la forme corporelle secrètement et magiquement lovée dans l’ADN
? De leur côté, les transhumanistes ne s’embarrassent pas de ce genre de débat
éthique, mais entendent accélérer ce mouvement de transformation, comme si nous
vivions à la veille d’une nouvelle étape de l’évolution, moment tant attendu où
un être vivant réussira le prodige de s’améliorer lui-même sans attendre
passivement, pendant des générations, les effets de l’environnement. Qu’importe,
pour eux, que cet homme ressemble à une machine. Si on ne peut plus appeler du nom d’homme un tel “être”
qui ressemble si peu à ses ancêtres, tant pis ou tant mieux. Ce sera autre
chose, une autre espèce.
Jusqu’où peut aller ce trafc technique, cette
reconstruction/déconstruction de l’humain ? Comme il y aurait eu un premier
homme, pas tout à fait homme mais hominidé, le presque-homme de la préhistoire,
adviendrait le dernier homme, plus-tout-à-fait-homme de la posthistoire. S’il
advenait, ressemblerait-il plus à un
sous-homme, qui ne serait même plus capable de ressentiment, ou s’apparenterait-il
au surhomme nietzschéen ? Ou serait-il tout autre chose ? Pouvons-nous éviter
cette “évolution”… involution ? Devons-nous, d’ailleurs, l’éviter ?
La pensée de midi, pensée du jour plein, dynamique et
poétique, faite de gai savoir et de goût de la vie, devait avoir son mot à dire
devant cette machinerie, qui est aussi une machination en train de se faire. La
silhouette de cet autre étrange, qui nous sera peut-être étranger, se profle
déjà à l’horizon, comme une ombre, rampante encore, mais qui pourrait bien
présager un crépuscule défnitif de l’humain. Du moins, de l’humain tel que nous
l’avons connu, ou tel que nous en avons entendu parler, le guerrier héroïque, l’artiste
fulgurant ou le poète habitant cette Terre si chère à Heidegger. L’homme,
devenu déjà animal laborens, incapable d’oeuvrer et obsédé par le travail,
ainsi que le décrit tristement Hannah Arendt, ne serait plus seulement, à l’ère
biotechnologique avancée, une bête industrieuse déracinée, mais pourrait
devenir – si toutefois on peut encore parler de devenir à ce stade – un
animal-machine immortel, perpétuellement réparable et améliorable, une sorte de
golem mécanique, un mort-vivant donc.
Il est déjà diffcile aujourd’hui de
déterminer l’âge de nombre de vedettes transformées, réparées, au visage tiré,
aux lèvres gonfées, recolorées, aux fesses remontées. Qu’en sera-t-il demain
lorsque ces techniques ne seront plus seulement esthétiques, épidermiques, bref
superfcielles, mais s’appliqueront au fonctionnement entier du corps humain,
lorsque les prothèses de bras seront plus effcaces, plus agiles, plus rapides,
plus souples, que nos membres originels faits de chair et d’os. Faudra-t-il
alors préférer l’artificiel au naturel ? Et dans ce cas, il serait légitime de
s’inquiéter, avec Habermas dans un de ses récents ouvrages, pour l’avenir de la
nature humaine. [...]
Pour en savoir plus :
Sur le "Site des Adhérents" de l'UBE
:
=>
dans la rubrique
Bibliothèque virtuelle
: documents
PDF à
télécharger
- le texte complet de l'Introduction de Raphaël
Liogier : "Améliorer
scintifiquement l'homme", avec la présentation des divers
articles composant ce numéro
- les texte complet de l'interview de Tenzin Robert
Thurman : "Une perspective bouddhiste sur l'humain", publiée dans ce numéro
- un
article de Guy Bugault : "L'anthropologie
bouddhiste face à la philosophie
moderne et à la neurophysiologie
contemporaine", publié en
1986 dans le "Revue
de l'histoire des religions"
- un dossier de "La Lettre de l'UBE"
n° 18 (version papier), de juin 2004, consacré
à "Bouddhisme et clonage"
- interviews de Françoise
Bonardel, Philippe
Cornu et Dominique
Trotignon
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