Paru dans Le Quotidien
du Médecin
(1 février 2001)
L'université bouddhique européenne propose aux professionnels de santé (médecins, infirmières, professions paramédicales) un stage de deux jours consacré à la prise en charge de la souffrance des malades. L'un des animateurs explique comment la douceur du bouddhisme fournit un "pouvoir thérapeutique" pour soulager les patients.
Le Dr Daniel Chevassut, 48 ans, qui sera l'un des deux animateurs du stage "Bouddhisme et Médecine" proposé par l'université bouddhique européenne, assure une consultation de la souffrance à l'hôpital Nord de Marseille. Pour ce généraliste titulaire d'une attestation de cancéro-psycho-sociologie, qui a tout d'abord exercé comme médecin de campagne, puis comme urgentiste en région parisienne, la souffrance et sa prise en charge correspondent tout à la fois à sa vocation scientifique et médicale et à son expérience personnelle du Bouddha.
"Il y a plusieurs formes de souffrances, observe-t-il. Celles dont je m'occupe ne concernent ni la douleur physique ni celle provoquée par un dysfonctionnement mental. Elles concernent, en fait, des patients qui sont confrontés, à un moment de leur vie, à une difficulté particulière qui peut être plus ou moins grave : une amputation, la survenue d'un cancer ou d'une maladie grave, la perte d'un être cher, etc. Ma fonction consiste à les aider à entrer en relation le plus douce possible avec cette difficulté, à prendre du recul."
Une aide via une écoute. Et c'est là que
le Dr Chevassut mêle étroitement son art et sa croyance : "Cette
écoute, explique-t-il, s'intéresse à la dimension profonde
de la personne. Un être humain possède un corps, il peut réfléchir,
analyser, élaborer des concepts et aussi ressentir ; cette dernière
faculté est très liée à la dynamique de la conscience,
et c'est sur elle que s'exerce la spécificité de mon travail.
Il y a trois domaines, le corps, la psyché et la conscience. Soigner
un être humain, c'est donc prendre en compte les trois, en comprenant
bien, d'une part, qu'il y a des priorités à respecter selon
le niveau de souffrance et que, d'autre part, les trois, quoique interdépendants,
ne sont pas forcément touchés en même temps."
Somme toute, la consultation du Dr Chevassut apporte une
"approche d'humanité" qu'il juge trop souvent confinée
dans les services de soins palliatifs. Une approche qui est le fruit de
son ascèse personnelle. "Tout l'enseignement du Bouddha, assure-t-il,
c'est la libération de la souffrance. C'est le prolongement naturel
de mes études de médecine."
A la suite d'une grave maladie, il y a onze ans, Daniel Chevassut s'est
tourné vers cette sagesse qu'il qualifie d'universelle. Chaque été,
il rejoint, pendant trois ou quatre semaines, un monastère niché
dans la montagne himalayenne, pour y faire retraite. Et le reste de l'année,
tous les matins, il se consacre à la pratique de la méditation.
"C'est une ascèse, un travail sur soi, qui n'est pas un chemin
de facilité, confie-t-il, et qui est bien éloigné des
images édulcorées d'un bouddhisme aujourd'hui très
à la mode."
Pendant les deux jours du stage, les 10 et 11 février,
les participants pourront partager avec le Dr Chevassut des témoignages
sur le pouvoir thérapeutique tiré du Bouddha, sur "le
moyen qu'il donne, en particulier, de travailler avec l'agressivité,
car souffrance et agressivité sont souvent liées."
Un autre médecin, libéral celui-là, le Dr Gabriel Ottoni,
participera aussi à ces deux jours ; après avoir effectué
une retraite de trois ans dans la tradition de l'école tibétaine
Kagyu, "lama Tenzin" exerce aujourd'hui comme généraliste
à Annecy (Haute-Savoie).
Christian Delahaye
Stage organisé le samedi 10 et le dimanche 11 février au
Forum, 102 bis, rue de Vaugirard, 75006 Paris. Renseignements auprès
de l'université bouddhique européenne, 61 bis, avenue de la
République, 92120 Montrouge.
Tél. 01.46.55.33.19.