L'enseignement du Bouddha : le Dharma

L'enseignement du Bouddha (le Dharma) est issu de sa propre expérience : il trouve son origine dans l'Éveil (la bodhi) : expérience de l'esprit, libre de toute erreur ou illusion. Il se compose d'un ensemble doctrinal (le dogme) et d'un ensemble de conseils et de méthodes (la pratique).
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Le premier sermon public du Bouddha a eu lieu dans le "Parc aux gazelles" de Sarnath, près de Bénarès.
Aussi est-il très fréquemment symbolisé par une "roue du Dharma", encadré de deux gazelles,
comme sur cette représentation figurant sur le toit d'un temple de la capitale tibétaine, Lhassa.

Le "Discours de Bénarès", premier enseignement public du Bouddha

La Doctrine (Dharma) a été exposée par le Bouddha dans un enseignement connu sous le nom de "Quatre Nobles Vérités". C'est le principal enseignement de son premier discours public, à Bénarès, peu de temps après son Eveil.
Il se présente comme un exposé médical :

  • 1ère Vérité : le symptôme - l'insatisfaction est inhérente à l'existence humaine ;
  • 2ème Vérité : le diagnostic - cette insatisfaction trouve son origine dans l'ignorance et le désir d'appropriation, propre à l'ego ;
  • 3ème Vérité : la thérapeutique - il existe un état de santé où, l'ignorance étant abolie, le désir ne s'exprime pas et ne donne pas naissance à l'insatisfaction ;
  • 4ème Vérité : le remède - pour retrouver cet état de santé, il convient de suivre une Voie (une discipline de vie déclinée en huit "branches" : "l'Octuple Noble Sentier") qui met fin à l'ignorance et au désir.

Si le constat dressé par le Bouddha semble pessimiste (toute existence est soumise à l'insatisfaction), son enseignement, lui, est optimiste puisqu'il affirme que chacun peut retrouver la santé, où toute insatisfaction est abolie.
Pour parvenir à retrouver la santé (sa propre "nature de Bouddha"), il faut s'adonner à l'étude et à l'entraînement.

Les trois premières "Vérités" invitent à l'étude, qui permet de comprendre l'origine de l'insatisfaction (la nature de l'esprit et des phénomènes), explique pourquoi notre expérience habituelle est "erronée" et proclame la possibilité de mettre fin à l'Ignorance.
Ces trois premières "Vérités", développées, expliquées et commentées, constituent la doctrine.

La quatrième "Vérité" préconise l'entraînement par l'application concrète de méthodes aptes à transformer l'expérience habituelle en expérience d'éveil, libre de toute déformation et confusion. 
Cette quatrième "Vérité" expose les principes qui donneront naissance aux différnetes formes de la pratique.

La doctrine

La doctrine bouddhique est souvent présentée comme un "enseignement graduel". Le Buddha commence par exposer "notre" vision de la réalité, puis il en propose une analyse nouvelle et, finalement, enseigne comment parvenir à voir les choses comme il les voit lui-même, c'est-à-dire "telles qu'elles sont"...
Le "Soi" et l'ego

Dans notre expérience habituelle, nous considérons le monde et ses phénomènes, notre corps et notre esprit, ou encore nos sentiments et nos idées... comme s'ils étaient en relation entre eux mais foncièrement indépendants les uns des autres et comme façonnés sur des modèles - ce qu'on appelle une "essence", un "Soi".
Pour expliquer la variété du monde, on imagine que chaque individu, chaque phénomène n'est en fait qu'une sorte de "variation" sur le thème de ce "Soi" : cheval, arbre, pluie, montagne, étoile, colère, liberté, amour...
En ce qui concerne notre esprit, nous croyons fermement en l'existence d'un "ego" (âtman), insubstantiel et permanent, qui, à travers le corps, appréhende le monde, éprouve des sentiments, raisonne, conçoit des idées. L'ego, encore plus que le corps, est ce qui nous semble constituer notre personnalité, notre individualité, ce qui nous appartient en propre.

L'impermanence et la souffrance

A chaque instant de notre vie, nous pouvons constater que tout, dans la nature, est soumis à la mort. Tout ce qui apparaît, disparaîtra un jour ou l'autre. C'est aussi le cas de notre propre corps, comme pour tous les êtres vivants et toutes les choses matérielles. C'est aussi le cas pour nos sentiments et nos idées : comme les étoiles ou les montagnes, notre amour apparaît un jour et un jour disparaîtra, et nous changeons d'idées et d'opinions.
C'est cette impermanence qui nous fait souffrir. Parce que nous constatons que tout meurt - tout ce qui, pour nous, a un "Soi" - nous craignons que notre propre ego soit, lui aussi, mortel !
Mais il en va des choses comme de l'ego : rien n'existe "en Soi", indépendamment. Tout - y compris notre ego - naît et meurt. C'est parce que nous refusons cette réalité des choses, "telles qu'elles sont", parce que nous entretenons l'illusion de l'existence d'un "Soi", que nous souffrons.

Karma et renaissance

Dans notre vie quotidienne, tous nos actes (karma) dépendent étroitement de cette vision des choses : nos actions, nos réactions, nos désirs et nos craintes sont déterminés par cette croyance en l'ego. C'est pour l'entretenir, le protéger et le développer que nous agissons ou réagissons, en fonction de nos idées et de nos sentiments ou des événements extérieurs.
A chaque fois que quelqu'un ou quelque chose nous semble le mettre en cause, nous agissons comme pour bien nous prouver à nous-même que nous existons, que cet ego existe. Chacun de nos actes, ainsi, naît de cette intention de prouver son existence et, une fois l'acte passé, nous nous réjouissons de l'avoir prouvée.
Chaque fois que notre ego est en danger de mort, nous faisons tout pour le faire renaître, pour le maintenir en vie... C'est la croyance en l'ego qui nourrit l'intention de chacun de nos actes et c'est l'attachement au résultat de ces actes qui entretient notre croyance en l'ego. Chaque acte entraîne ainsi une "nouvelle naissance" - une renaissance - de l'ego.

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Bhava-cakra : la "Roue de la vie" - Tibet

Cette représentation symbolique figure, au centre, les "Trois Poisons" de l'esprit :
l'avidité (un oiseau), l'aversion (un serpent) et la stupidité (un boeuf) ;
dans le premier cercle, les six états d'existence (à droite, sur fond noir et de haut en bas :
animal, fantôme affamé et être des Enfers ; sur fond blanc et de bas en haut : homme, demi-dieu et dieu).
Les six quartiers principaux reprennent les six états d'existence de manière développée
(en haut, les dieux puis, à droite, les hommes et les animaux ; en bas les Enfers ;
en bas à gauche les fantômes affamés puis, au-dessus, les demi-dieux).
Enfin, le cercle extérieur représente en détail les 12 maillons de la chaîne du cycle des renaissances.

 

L'interdépendance

Mais, en fait, tous les phénomènes n'existent qu'en inter-dépendance.
Les objets physiques sont des composés. Comme la montagne est un agrégat de pierre, de terre et de résidus végétaux ou animaux, notre corps est composé de cellules qui nous viennent de nos parents, de la nourriture que nous ingérons, de l'air que nous respirons.
Nos perceptions, elles aussi, sont "composées". Elles sont le résultat combiné de l'existence des objets extérieurs, de leur contact avec notre corps, de l'impression qu'ils laissent sur nos sens et de l'interprétation qu'en fait notre cerveau.
Nos idées, de même, sont composées. Elles dépendent de l'éducation que nous avons reçue, de notre perception du monde extérieur, des événements que nous avons vécus, des idées que d'autres personnes ont exprimées. Et notre ego - l'idée que nous avons de nous-même - est une idée comme une autre...

La vacuité et l'esprit

La réalité nous apparaît comme une relation de dualité : il existerait un sujet (l'ego) qui expérimenterait des objets (les phénomènes extérieurs). Selon le Bouddha, cette réalité "objective" n'existe pas, il s'agit d'une illusion. C'est elle qui entretient le désir et la souffrance.
En fait, les phénomènes que nous expérimentons dans notre vie quotidienne n'existent pas "en Soi", indépendamment de l'expérience que nous en faisons. Ils n'ont d'existence que "relative". C'est ce que peut nous faire comprendre l'étude des enseignements du Bouddha.
En réalité - la réalité "absolue" - tous les phénomènes sont "vides" parce qu'ils n'existent qu'en inter-dépendance. C'est ce qu'on appelle la "vacuité" des phénomènes (shunyata) et c'est cette vacuité que l'on peut expérimenter dans la pratique de la méditation.
Il ne s'agit pas alors d'une expérience vécue par l'ego, dans le désir et l'attachement, mais d'une connaissance directe et intuitive de la réalité, "telle qu'elle est", vécue par l'Esprit, notre "nature de Bouddha".

 

La pratique

La "pratique" regroupe différents "entraînements" et "exercices spirituels" que les disciples du Bouddha mettent en oeuvre pour vérifier, par leur propre expérience personnelle, la véracité des enseignements et leur efficacité, en vue de progresser sur la voie spirituelle et d'atteindre ainsi son but : l'Eveil et la Libération.

 

En quoi consiste la pratique ?

La pratique se définit comme un ensemble de moyens mis à la disposition des disciples pour faciliter et rendre possible l’expérience directe et individuelle de la Réalité. Chacun est invité à en vérifier l’efficacité par lui-même mais, s’il est mis à la disposition de tous, il n’est efficace que s’il est mis en pratique et cette vérification n’est possible que dans la mesure où le disciple s’engage lui-même individuellement, qu’il dispose ou développe les capacités requises et qu’il suit strictement et fidèlement la méthode proposée.
 

L’Octuple Noble Sentier

Exposée dans la Quatrième Noble Vérité, la Voie - ou Chemin - se présente en huit catégories (Octuple Noble Sentier), regroupées sous trois rubriques : sîla, la conduite éthique, samâdhi, la discipline de l’esprit, et prajñâ, la sagesse « intuitive » (pour la distinguer de la sagesse intellectuelle).

•  Sîla permet d’agir dans le domaine du samsâra, de réduire le karma « négatif » et de développer le karma « positif », afin de créer un environnement favorable à la pratique, la sienne et celle des autres. Elle comprend trois catégories : parole juste, action juste et moyens d’existence justes.

•  Samâdhi permet à chacun, individuellement, de calmer l’esprit, de connaître et de maîtriser son fonctionnement et ses « pouvoirs ». Il comprend l’effort juste, l’attention juste et la concentration (ou recueillement) juste. C'est ce qu'on appelle généralement, en Occident, la "méditation".

•  Prajñâ est l’accès à la réalité ultime, et son développement augmente d’autant que l’attachement diminue. Elle est issue de l’écoute, de la réflexion personnelle et de la mise en pratique des enseignements. Elle consiste en pensée juste et compréhension juste.

La base de la pratique est donc la discipline. Elle porte sur le comportement extérieur, les actions physiques et verbales, mais aussi la pensée intérieure et, donc, participe directement à l'entraînement à la méditation. Et la méditation, à son tour, soutient la discipline... 
Les deux sont elles-mêmes soutenues par leur motivation commune. Une pratique équilibrée et correctement motivée se fonde sur certaines convictions - qui peuvent résulter de tendances "innées" ou de réflexions nourries par l'étude - et sur des instructions demandées et reçues au cours d'un enseignement suivi avec un maître.
Ainsi, les différents aspects de l'Octuple Chemin se nourrissent mutuellement et la pratique se doit de les appliquer tous en même temps...

La méditation - ou plutôt "l'entraînement de l'esprit", au sens propre du terme - consiste à placer l'esprit dans un état d'équilibre entre détente et attention, sans agitation et sans fixation.
On entend par méditation, aussi, différentes techniques aptes à favoriser un tel état :
- méditations réflexives : pour développer une pensée juste, préalable à la méditation
- méditations formelles : représentations mentales qui permettent le dépassement de la personnalité habituelle et développent les qualités de l'esprit éveillé
- méditations sans référence : accès direct à la nature de l'esprit et des phénomènes

 

Est-il nécessaire d'avoir un guide ou un maître ?

La nécessité d'un guide spirituel est une caractéristique constante dans toutes les écoles bouddhistes. D'une façon générale, dans le domaine spirituel, il vaut d'ailleurs mieux se méfier de "l'autodicactisme" qui risque fort d'être un "egodidactisme" !
Le guide, représentant de la tradition, assure la transmission des enseignements théoriques et des instructions pratiques, assiste et conseille dans les choix parfois difficiles, constitue une source d'inspiration et une référence fiable. Il est nécessaire de vérifier que la compréhension des enseignements est correcte et complète, non déformée ou partielle à cause des tendances personnelles. Le guide, référence neutre et compétente, en est le garant.
D'un point de vue plus profond, il transmet l'expérience et l'exemple du succès de l'application de l'enseignement. Lors d'une pratique méditative véritable, l'esprit passe par des expériences inhabituelles qu'il faut savoir reconnaître et bien gérer. Le guide assiste dans ce travail délicat de reconnaissance de ce qui est authentique et de ce qui ne l'est pas. Dans certaines écoles (les écoles Vajrayâna, les écoles Zen et bien d'autres), la relation au maître constitue la colonne vertébrale de la pratique et la clef de son succès.

 

Comment trouver un guide ?

On dit que "lorsque le disciple est prêt, le maître se présente" ! Nous pouvons cependant faciliter cette rencontre par notre présence lors d'événements comme les enseignements publics et les programmes de méditation qui sont proposés par de nombreuses écoles présentes en France. La lecture d'ouvrages sur le Dharma constitue aussi une bonne source d'information et d'inspiration, qui peut nous faire savoir où et comment rencontrer celui ou celle qui pourrait devenir notre maître.

Pour reconnaître un maître "authentique", le Dharma donne des repères utiles, qui peuvent se résumer ainsi :

- le rattachement à une tradition authentique
- la transmission non-déformée de l'enseignement
- la compétence et l'expérience dans tous les domaines de son enseignement
- une motivation purement altruiste
- un comportement et un mode de vie en harmonie avec son enseignement
- la compatibilité entre son enseignement et les possibilités de ses disciples

En pratique : le seul repère facilement vérifiable, au début, est l'appartenance du maître à une lignée de transmission, ce qui permet d'éviter que le maître soit lui-même un autodidacte.
En tout cas, la juste relation maître-disciple devrait être fondé sur le libre-choix, mûri après un temps raisonnablement long de connaissance réciproque, et formalisé par une requête et l'acceptation de celle-ci.