La Communauté : le Sangha

La communauté (sangha) des disciples du Bouddha se compose, traditionnellement, de "quatre quartiers" : les "moines" (bhiksu), les "moniales" (bhiksunî), les laïcs hommes (upasaka) et femmes (upasika). Ils se distinguent par leur statut social et leur engagement dans la pratique, en fonction des "préceptes" (ou "entraînements") qu'ils s'engagent à mettre en oeuvre.

Devenir bouddhiste

On ne devient pas bouddhiste par la naissance ou par un baptême mais par un engagement personnel dont l'expression formelle s'appelle la "Prise de Refuge" dans les "Trois Joyaux" : le Buddha, le Dharma et le Sangha. Cette "profession de foi" marque l'entrée dans la communauté des disciples - le Sangha - et le souhait de suivre l'enseignement - le Dharma - de celui qu'on appelle "l'Eveillé" - le Buddha.

 

Les "refuges" - sarana

Le terme de "sarana", qu'on traduit généralement par "refuge", n'est pas à comprendre comme un endroit où l'on se réfugie pour fuir ou échapper au malheur. Etymologiquement, "sarana" veut dire "point d'appui", "source de lumière". Les Trois Joyaux sont donc les fondements de la pratique, sur lesquels on prend appui pour marcher sur la Voie, Trois Joyaux qui illuminent les ténèbres de l'ignorance.
Même si, en principe, cet engagement ne regarde que soi et peut donc être pris "en solitaire", il est généralement formulé au cours d'une fête ou d'une cérémonie, publique ou privée, en présence d'un maître ou de pratiquants déjà confirmés, le plus souvent devant une statue de Bouddha.
La prise de refuge n'est pas une déclaration solennelle qui engage à vie celui qui la prononce ; elle est d'ailleurs souvent reformulée, parfois même plusieurs fois par jour, et la récitation de la formule traditionnelle est aussi considérée, dans certaines pratiques de méditation, comme un moyen de fixer l'exprit et de renforcer la motivation du pratiquant.
(voir en annexe la présentation détaillée de ce rituel).

Les préceptes

Cette "prise de refuge" n'a de sens que si l'on s'applique, par la suite, à mettre en pratique l'enseignement du Bouddha. Outre l'exercice de la méditation, le disciple de Bouddha suivra généralement une conduite morale (sîla) qui s'exprime à travers des préceptes ou des voeux.
Leur nombre varie selon les écoles et le degré d'engagement. Ils sont généralement de 5, parfois 8 ou 10.
Ces préceptes ne sont pas tant des "commandements" que des engagements à suivre une discipline intérieure afin de progresser vers l'éveil. C'est ce qu'exprime, dans leur formulation habituelle, l'expression introductive : "Je m'engage à pratiquer la discipline de m'abstenir de...". Plus que l'acte lui-même, c'est l'intention qui le sous-tend à laquelle le disciple devra prêter toute son attention et qu'il est appelé à modifier.

Les cinq préceptes les plus courants consistent donc à s'abstenir de :

1) nuire aux êtres vivants et retirer la vie
2) prendre ce qui n'est pas donné
3) mener une vie sexuelle dissolue
4) user de paroles inutiles, blessantes ou mensongères
5) ingérer tout produit intoxicant supprimant la maîtrise de soi (alcool ou drogues).

Si l'expression de ces préceptes est négative, c'est qu'ils visent à détruire - ou au moins à diminuer - des tendances "négatives", nourries par l'illusion, mais c'est afin de favoriser l'expression de la nature profonde de l'esprit dans sa pureté naturelle :

1) bonté et compassion
2) générosité et détachement
3) contentement
4) amour de la vérité et sa recherche
5) attention vigilante et conscience lucide.

(voir en annexe la présentation détaillée de ce rituel).

Les disciples qui souhaitent s'engager davantage peuvent aussi devenir "moines" ou, dans les écoles du Mahâyâna, prononcer les "voeux de Bodhisattva".

L'engagement monastique

Toutes les écoles bouddhistes reconnaissent aux laïcs la capacité d'atteindre de hauts états de réalisation, ou l'Eveil lui-même, mais la pratique régulière ou intensive de la méditation paraît assez peu compatible avec les contraintes de la vie mondaine. On insiste donc sur la valeur d'une vie "hors du monde" et le bhikkhu ("renonçant") est généralement tenu en grand respect.
Si ce retrait du monde peut aboutir à une vie solitaire, en ermite, la majorité des bhikkhus vivent en communauté et certains monastères ont pu compter jusqu'à plusieurs milliers de "moines". Deux ordinations (mineure et majeure) permettent d'entrer dans de telles communautés : elles se distinguent par le nombre de préceptes que le postulant est invité à suivre. Ce sont ces préceptes qui composent la règle de vie (Vinaya).

La première ordination, "mineure", ne compte que dix préceptes. L'ordination "majeure" n'est accordée généralement qu'après une dizaine d'années de "noviciat". Elle comporte de 227 à 258 préceptes, selon les écoles, et jusqu'à 366 pour les nonnes. Tous les quinze jours (à la pleine lune et à la nouvelle lune), une récitation publique de ces préceptes a lieu, en présence de l'ensemble de la communauté : les moines sont invités à déclarer s'ils ont transgressé l'une de ses règles ou à garder le silence dans le cas contraire. Cette cérémonie de "confession publique" (à laquelle ne participent pas les laïcs) est le seul rituel communautaire auquel sont tenus d'assister tous les moines.

La prise de refuges et l'observance des préceptes

Nous vous proposons de découvrir dans cette page le texte traditionnel, en langue pâlie, récité lors des cérémonies de "prise de refuge" et de "prise de préceptes", selon le rituel de l'école Theravâda.

à voir aussi...
une présentation audio-vidéo de la cérémonie (pûjâ)

Généralement, les refuges et les 5 préceptes (ou 8 lors de fêtes ou de circonstances exceptionnelles) se prennent dans une pagode, devant un bhikkhu ou une bhikkhuni ; si ce n'est pas possible, devant un ou une laïque qui connaît bien les dix préceptes. S'il n'y a absolument personne on peut les prendre soi-même.

Ce rituel donne lieu à un dialogue dont les formules, récitées en pâli dans la tradition Theravâda (présentée ici), ont été fixées au cours des siècles.

  •  les disciples disent :

mayam bhante tisaranena saha attangasamannagatam uposatham yacama
Nous vous demandons le triple refuge ainsi que les huit préceptes

on commence par rendre hommage au Bouddha :
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa

Hommage à lui, le Parfait, le Bienheureux, l'Eveillé

puis on prend refuge dans les Trois Joyaux
(Bouddha, Dharma et Sangha) :

buddham saranam gacchami
Je vais vers le Bouddha comme vers un refuge
dhammam saranam gacchami
Je vais vers le Dhamma comme vers un refuge
sangham saranam gacchami
Je vais vers la Sangha comme vers un refuge

La formule est répétée en tout trois fois, autant pour marquer la vénération aux trois Joyaux que pour s'assurer que le récitant les prononce, au moins une fois, en toute conscience.

dutiyampi (pour la deuxième fois) buddham saranam gacchami
dutiyampi dhammam saranam gacchami
dutiyampi sangham saranam gacchami

tatiyampi (pour la troisième fois) buddham saranam gacchami
tatiyampi dhammam saranam gacchami
tatiyampi sangham saranam gacchami

  • le bhikkhu :

tisarana-gamanam nitthitam
le triple refuge est complet

Les cinq préceptes

Les facteurs qui permettent de savoir si un précepte est violé ont été définis dans les commentaires. Le précepte est violé seulement si toutes les conditions mentionnées ci-dessous sont remplies. Si une ne l'est pas, le précepte est encore intact.Si on a violé un ou plusieurs préceptes, on doit les reprendre avec la ferme intention de ne plus les violer dans le futur.

  •  les disciples :

1 - panatipata veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas tuer.

Ne pas tuer se refère à tout être vivant, y compris les insectes.

Le premier précepte est violé si :
Il y a un être vivant (pano) dont on sait qu'il est vivant (panasannita) on a l'intention de le tuer (vadhacittam) on agit pour le tuer (upakkamo) et la mort en résulte (tena maranam).

2 - adinnadana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas prendre ce qui ne m'a pas été donné.

Le deuxième précepte est violé si :
Il y a un objet appartenant à quelqu'un (para parigga hitam), on sait qu'il a un propriétaire (para parigga hita sannita), on a l'intention de le voler (theyya cittam) on agit pour voler (upakkamo) et l'objet est emporté (tena haranam)

3 - kamesu micchacara veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas commettre l'adultère.

Le troisième précepte est violé si :
On a l'intention d'avoir des rapports sexuels (sevanacittam) par un contact avec les organes génitaux, l'anus ou la bouche (maggena maggap pati padanam), on a des rapports (sevanappayogo) et on éprouve du plaisir (sadiyanam)

4 - musavada veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas mentir.

Ne pas mentir inclut aussi : ne pas médire, ne pas jurer et ne pas parler de choses inutiles.

Le quatrième précepte est violé si :
Il y a un mensonge (atatham vatthu), l'intention de mentir (visam vadana cittam), la parole est prononcée (tajjo vayamo) et l'autre croit ce qu'on a dit (parassata dattha vijananam dattha vijananam)

5 - sura meraya majja pamadatthana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas consommer d'alcool ni de drogues qui conduisent à la négligence.

L'alcool désigne : champagne, vin, bière, pastis, whisky et autres.
Drogues : opium, marijuana, LSD, extasy, cocaïne et autres.
Les cigarettes et les médicaments contenant de l'alcool ne sont pas inclus.

Le cinquième précepte est violé si :
La substance est de l'alcool (mada niyam), il y a un désir de le boire (patu kamyata cittam), on le boit (tajjo vayamo) et il passe par la gorge (pitappa vesanam).

Les huit préceptes

Le troisième précepte est modifié comme suit
et s'ajoutent 3 nouveaux préceptes :

3 - abrahmacariya veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas avoir de rapports sexuels.

6 - vikala bhojana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas manger après midi jusqu'à l'aube du prochain jour.

L'après-midi on peut boire des jus de fruits ou consommer une des substances suivantes : miel, beurre, mélasse ou huile de sésame (considérés comme des médicaments au temps du Bouddha)

Le sixième précepte est violé si :
Dans le temps de midi jusqu'à l'aube du jour suivant (vikalo), on consomme (ajjho haranap payogo) des aliments ou ce qui est considéré comme nourriture (yava kalikam) et on l'avale (ajjho haranam)

7 - nacca gita vadita visuka dassana mala gandha vilepana dharana mandana vibhusanatthana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de m'abstenir de danses, de chants et de spectacles ; de l'usage de parfums, maquillage et accessoires qui embellissent le corps.

S'abstenir soi-même de danser, chanter et jouer de la musique et s'abstenir aussi de regarder ou écouter les autres chanter, danser ou jouer de la musique. Les crèmes de soin de la peau sont autorisées.

Le septième précepte est violé si :
Il existe des divertissements (nacca-dini), on se déplace pour les voir ou les écouter (dassanat thaya), on regarde ou on écoute (dassanam). Pour la deuxième partie, il y a des accessoires pour embellir le corps (maquillage, parfums, bijoux = maladinam), on n'est pas malade (anunna takarana bhavo) et on les utilise (alankata).

8 - uccasayana mahasayana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de m'abstenir de sièges et de lits hauts et confortables.

Dans les cultures asiatiques, ces sièges sont réservés aux personnes au rang social plus élevé que soi-même. Ce précepte doit contrer l'orgueil et aussi la langueur

Le huitième précepte est violé si :
Il y a un grand (ou haut) lit ou fauteuil (ucca sayana, maha sayanam), on est conscient de la taille du meuble (maha sayana sannita) et on s'y asseoit ou s'y allonge (ucca sayana).

  • les disciples :

imam atthamgasamannagatam buddhapaññattam uposatham imanca rattim imanca divasam sammadeva abhirakkhitum samadiyami.
Je prends la ferme résolution d'observer correctement ces huit préceptes de l'Uposatha, déterminés par le Bouddha, pour un jour et pour une nuit.

  •  le bhikkhu :

appamadena rakkhitabbani
Observez-les sans négligence

  • les disciples :

ama bhante
Oui Vénérable