Découverte du bouddhisme

Une première approche...

Nous vous proposons, dans ces pages, de découvrir les fondements du bouddhisme, son histoire et les principaux termes de son vocabulaire...
 

Les fondements du bouddhisme
Traditionnellement, on distingue trois "Joyaux" dans le bouddhisme : le Buddha, le Dharma et le Sangha. Le Buddha est l'enseignant fondateur, le Dharma est son enseignement (doctrine et pratique) et le Sangha est le nom donné à la communauté de ses disciples.

1) Le Bouddha
"Buddha" est un titre honorifique attribué à tous les êtres qui, par leurs propres efforts, ont atteint l'Eveil, la "bodhi". Employé de manière absolue, "le Bouddha" désigne un homme en particulier, Siddharta Gautama Sakyamuni, dont l'enseignement a donné naissance à ce que l'Occident appelle "bouddhisme" et qu'on connaît en Orient sous le nom de Buddha-Dharma, "l'enseignement du Buddha". 

2) L'enseignement : le Dharma
L'enseignement du Bouddha (le Dharma) est issu de sa propre expérience : il trouve son origine dans l'Éveil (la bodhi) : expérience de l'esprit, libre de toute erreur ou illusion. Il se compose d'un ensemble doctrinal (le dogme) et d'un ensemble de conseils et de méthodes (la pratique).

=> Les notions fondamentales
La doctrine bouddhique est souvent présentée comme un "enseignement graduel". Le Buddha commence par exposer "notre" vision de la réalité, puis il en propose une analyse nouvelle et, finalement, enseigne comment parvenir à voir les choses comme il les voit lui-même, c'est-à-dire "telles qu'elles sont"...

=> La pratique
La "pratique" regroupe différents "entraînements" et "exercices spirituels" que les disciples du Bouddha mettent en oeuvre pour vérifier, par leur propre expérience personnelle, la véracité des enseignements et leur efficacité, en vue de progresser sur la voie spirituelle et d'atteindre ainsi son but : l'Eveil et la Libération.

3) La communauté : le Sangha
La communauté (sangha) des disciples du Bouddha se compose, traditionnellement, de "quatre quartiers" : les "moines" (bhiksu), les "moniales" (bhiksunî), les laïcs hommes (upasaka) et femmes (upasika). Ils se distinguent par leur statut social et leur engagement dans la pratique, en fonction des "préceptes" (ou "entraînements") qu'ils s'engagent à mettre en oeuvre.

=> Devenir bouddhiste
On ne devient pas bouddhiste par la naissance ou par un baptême mais par un engagement personnel dont l'expression formelle s'appelle la "Prise de Refuge" dans les "Trois Joyaux" : le Buddha, le Dharma et le Sangha. Cette "profession de foi" marque l'entrée dans la communauté des disciples - le Sangha - et le souhait de suivre l'enseignement - le Dharma - de celui qu'on appelle "l'Eveillé" - le Buddha.

=> La prise de refuges et l'observance des préceptes
Nous vous proposons de découvrir dans cette page le texte traditionnel, en langue pâlie, récité lors des cérémonies de "prise de refuge" et de "prise de préceptes", selon le rituel de l'école Theravâda.

4) Le bouddhisme : philosophie, religion, morale, science ?
On cherche souvent à mettre une "étiquette" sur l'enseignement du Bouddha : on se demande si le Dharma est une religion, une philosophie, une morale, une "science de l'esprit"... Mais ces étiquettes dépendent de définitions qui ont été établies au fil des siècles, en fonction de l'histoire de l'Occident. Aucune ne lui correspond vraiment exactement !

 

Histoire et diffusion

1) Diffusion du bouddhisme
On dit que le Bouddha, d'abord, a hésité à enseigner, mais qu'il s'est résolu à le faire par compassion pour tous les êtres qui souffrent. Dès que ses premiers disciples ont été capables de transmettre son enseignement, il les a envoyés pour répandre la "bonne nouvelle". Son enseignement s'est ainsi répandu rapidement.

2) La diffusion en Asie
Connu aujourd'hui en Occident surtout à travers les écoles tibétaines et l'école japonaise du Zen, le bouddhisme est né et s'est d'abord développé en Inde. C'est dans ce pays que l'enseignement a pris forme et s'est diversifié. Du Ve siècle avant Jésus-Christ jusqu'au XIIe siècle de notre ère, de multiples écoles y ont vu le jour et, de là, ont répandu les enseignements du Bouddha dans l'ensemble du continent asiatique.

3) Bouddhisme et Occident
Connu en Europe dès le Moyen-Age, grâce aux voyageurs et aux missionnaires chrétiens, le bouddhisme ne sera véritablement étudié qu'à partir du XIXe siècle. Mais c'est au XXe siècle, seulement, que les Occidentaux commenceront à s'intéresser réellement à la "pratique" du bouddhisme, grâce aux enseignants asiatiques qui viendront s'installer en Europe et aux Etats-Unis.

 

Les principales écoles
Les différentes écoles actuelles du bouddhisme peuvent être présentées selon leurs référen​ces doctrinales ou leur répartition géographique. On distingue ainsi, doctrinalement, les écoles du Theravâda ("Voie des Anciens"), du Mahâyâna ("Grand Véhicule") et du Vajrayâna ("Véhicule de Diamant" appelé aussi "tantrisme") ; géographiquement, les écoles de l'Asie du sud-est, de l'Extrême-Orient et du Tibet.

1) Theravâda, Mahayâna et Vajrayâna
Doctrinalement, Theravâda, Mahâyâna et Vajrayâna se distinguent par leur vision du Bouddha, leurs textes de référence (le "canon") et la "Voie" qu'elles proposent - c'est-à-dire les pratiques particulières qui en découlent.

2) En Asie du sud-est, en Extrême-Orient et au Tibet
En se diffusant hors de l'Inde, le bouddhisme s'est "acclimaté" aux cultures dans lesquelles il s'est implanté, imprimant des caractéristiques particulières aux différentes écoles des trois grandes aires géographiques de l'Asie du sud-est, de l'Extrême-Orient et du Tibet.

 

Glossaire
Le glossaire que nous vous proposons ici recense les principaux termes utilisés dans les enseignements bouddhiques : noms propres, des principaux personnages, et noms communs, utilisés pour présenter la doctrine bouddhique et ses pratiques.

 

Les fondements du bouddhisme

Traditionnellement, on distingue trois "Joyaux" dans le bouddhisme : le Buddha, le Dharma et le Sangha. Le Buddha est l'enseignant fondateur, le Dharma est son enseignement (doctrine et pratique) et le Sangha est le nom donné à la communauté de ses disciples.
 
buddha-dhamma Museum für indische Kunst Berlin.jpg Personnages rendant hommage
à une triple "roue du Dharma"
symbolisant les "Trois Joyaux" :
le Buddha, le Dharma et le Sangha.

(Gandhara - Museum für indische Kunst, Berlin)

 

Le Buddha

"Buddha" est un titre honorifique attribué à tous les êtres qui, par leurs propres efforts, ont atteint l'Eveil, la "bodhi". Employé de manière absolue, "le Bouddha" désigne un homme en particulier, Siddharta Gautama Sakyamuni, dont l'enseignement a donné naissance à ce que l'Occident appelle "bouddhisme" et qu'on connaît en Orient sous le nom de Buddha-Dharma, "l'enseignement du Buddha". 

à noter !
Nous distinguons le terme "buddha" (orthographe sanskrite), qui est un titre, et le nom "Bouddha" (orthographe française), qui désigne le Buddha "historique" : Siddharta Gautama Sakyamuni.
 

bouddha-sourire.jpgQu'est-ce qu'un "buddha" ?

Le terme « buddha » (« Eveillé ») est un titre qui n’est pas réservé au seul « Bouddha historique », mais qu’on attribue à toute personne qui, comme lui, a fait l’expérience de l’Eveil (bodhi).
On distingue deux étapes dans la vie d’un buddha : celle de bodhisattva, « être promis à l’Éveil », et celle de buddha proprement dit, une fois qu’il a atteint l’Éveil. Le bodhisattva est proposé comme modèle aux disciples et les événements de sa vie constituent des étapes caractéristiques de la Voie spirituelle. En cela, il est un homme comme les autres. Un futur buddha reste néanmoins exceptionnel : il se voue à la recherche du Dharma et cette quête s’effectue au long d’innombrables vies. Ces vies antérieures permettent de mettre en valeur les qualités qu’il a développées de manière extraordinaire : détachement, amour universel, compassion, effort, etc.
 

Qui est le Bouddha historique ?

Le Bouddha "historique", Siddharta Gautama Sakyamuni, a vécu au Ve siècle avant Jésus-Christ.
Sa vie s'articule autour de quatre épisodes essentiels : la naissance, l'Éveil et la première prédication, enfin la "disparition complète" (selon l'expression traditionnelle).
Selon la chronologie la plus longtemps acceptée, il serait né en 566 avant notre ère, près de Kapilavastu (bourgade située sur la frontière actuelle entre l'Inde et le Népal), il aurait obtenu l'Éveil en 531, à Bodhgayâ, aurait donné sa première prédication quelques temps plus tard à Sarnath, près de Bénarès, avant de connaître son "extinction définitive" (pari-nirvâna) à l'âge de quatre-vingts ans, à Kusinagara, dans l'Inde du Nord. 
On considère aujourd'hui qu'il a dû naître vers ~470 et qu'il a "complètement disparu" aux alentours de ~400, ce qui en fait un strict contemporain du philosophe grec Socrate.
 

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Le "rêve de Maya"
Selon la tradition, le Bouddha n'a pas été conçu comme un être humain ordinaire.
Une nuit, sa mère, la reine Maya, a rêvé d'un éléphant blanc qui lui pénétrait le flanc...
Et c'est ainsi qu'elle se trouva enceinte du futur Bouddha !

Que nous apprend sa vie ?

Les documents, même très anciens, ne constituent pas des preuves scientifiques sur la vie du Bouddha. Ils présentent les éléments d'une tradition, transmise oralement de génération en génération, puis fixés sous forme de textes écrits aux environs du IIe siècle avant Jésus-Christ.
Ces textes ne présentent pas une "biographie" continue du Bouddha mais de nombreux épisodes disséminés dans deux recueils principaux : le "Vinaya-pitaka (la règle monastique) et le "Sutra-Pitaka" (les discours d'enseignement). C'est à partir de cette mosaïque qu'a été composée, par la suite, une histoire chronologique.
En affirmant que l'Eveil était accessible à tous, le Bouddha invitait chacun à suivre son exemple. Il était donc particulièrement important de connaître les étapes de cette progression jusqu'à l'Eveil.
Mais, si les disciples bénéficiaient de l'enseignement délivré par le Bouddha, lui-même était parvenu à l'Eveil par ses propres efforts, ce qui faisait de lui un être exceptionnel.

L'histoire de sa vie est donc l'occasion :
- de montrer sa supériorité évidente sur les autres hommes
- de présenter un chemin symbolique par lequel passent tous les futurs bouddhas et que tous leurs disciples doivent emprunter pour suivre leur exemple.

L'humanité du Bouddha y est donc tempérée par de nombreux éléments surnaturels et symboliques, à valeur pédagogique.

Le récit de sa naissance insiste surtout sur sa supériorité. Il s'agit essentiellement d'un événement symbolique.
La période de sa jeunesse présente les différentes étapes par lesquelles un futur Bouddha doit passer avant d'atteindre l'Eveil : la découverte de la souffrance humaine, l'engagement sur la voie spirituelle, l'étude avec des maîtres d'autres traditions...
Son Eveil est présenté, à la fois, comme une expérience très humaine (accessible à tous) et comme un événement surnaturel.
Le récit de sa vie de prédication fourmille d'anecdotes qui présentent la manière dont vivait la communauté des disciples de l'époque, les différents personnages que le Bouddha rencontre et avec lesquels il discute (rois, maîtres d'autres traditions, laïcs...).
Sa mort a une haute valeur pédagogique et symbolique : elle est l'occasion de rappeler l'essentiel de son enseignement, la dimension humaine mais aussi "supra-mondaine" du Bouddha, et annonce comment ses disciples, moines et laïcs, perpétueront son souvenir, son enseignement et son exemple.

Parinirvana - Myoson - détail

Détail d'une peinture représentant le parinirvâna du Bouddha - Japon, période Momoyama, 16e siècle
Le Bouddha y est entouré de disciples, de bodhisattva, de génies et de dieux...

 

L'enseignement du Bouddha : le Dharma

L'enseignement du Bouddha (le Dharma) est issu de sa propre expérience : il trouve son origine dans l'Éveil (la bodhi) : expérience de l'esprit, libre de toute erreur ou illusion. Il se compose d'un ensemble doctrinal (le dogme) et d'un ensemble de conseils et de méthodes (la pratique).
dharma-cakra-gazelles_Lhassa.JPG
Le premier sermon public du Bouddha a eu lieu dans le "Parc aux gazelles" de Sarnath, près de Bénarès.
Aussi est-il très fréquemment symbolisé par une "roue du Dharma", encadré de deux gazelles,
comme sur cette représentation figurant sur le toit d'un temple de la capitale tibétaine, Lhassa.

Le "Discours de Bénarès", premier enseignement public du Bouddha

La Doctrine (Dharma) a été exposée par le Bouddha dans un enseignement connu sous le nom de "Quatre Nobles Vérités". C'est le principal enseignement de son premier discours public, à Bénarès, peu de temps après son Eveil.
Il se présente comme un exposé médical :

  • 1ère Vérité : le symptôme - l'insatisfaction est inhérente à l'existence humaine ;
  • 2ème Vérité : le diagnostic - cette insatisfaction trouve son origine dans l'ignorance et le désir d'appropriation, propre à l'ego ;
  • 3ème Vérité : la thérapeutique - il existe un état de santé où, l'ignorance étant abolie, le désir ne s'exprime pas et ne donne pas naissance à l'insatisfaction ;
  • 4ème Vérité : le remède - pour retrouver cet état de santé, il convient de suivre une Voie (une discipline de vie déclinée en huit "branches" : "l'Octuple Noble Sentier") qui met fin à l'ignorance et au désir.

Si le constat dressé par le Bouddha semble pessimiste (toute existence est soumise à l'insatisfaction), son enseignement, lui, est optimiste puisqu'il affirme que chacun peut retrouver la santé, où toute insatisfaction est abolie.
Pour parvenir à retrouver la santé (sa propre "nature de Bouddha"), il faut s'adonner à l'étude et à l'entraînement.

Les trois premières "Vérités" invitent à l'étude, qui permet de comprendre l'origine de l'insatisfaction (la nature de l'esprit et des phénomènes), explique pourquoi notre expérience habituelle est "erronée" et proclame la possibilité de mettre fin à l'Ignorance.
Ces trois premières "Vérités", développées, expliquées et commentées, constituent la doctrine.

La quatrième "Vérité" préconise l'entraînement par l'application concrète de méthodes aptes à transformer l'expérience habituelle en expérience d'éveil, libre de toute déformation et confusion. 
Cette quatrième "Vérité" expose les principes qui donneront naissance aux différnetes formes de la pratique.

La doctrine

La doctrine bouddhique est souvent présentée comme un "enseignement graduel". Le Buddha commence par exposer "notre" vision de la réalité, puis il en propose une analyse nouvelle et, finalement, enseigne comment parvenir à voir les choses comme il les voit lui-même, c'est-à-dire "telles qu'elles sont"...
Le "Soi" et l'ego

Dans notre expérience habituelle, nous considérons le monde et ses phénomènes, notre corps et notre esprit, ou encore nos sentiments et nos idées... comme s'ils étaient en relation entre eux mais foncièrement indépendants les uns des autres et comme façonnés sur des modèles - ce qu'on appelle une "essence", un "Soi".
Pour expliquer la variété du monde, on imagine que chaque individu, chaque phénomène n'est en fait qu'une sorte de "variation" sur le thème de ce "Soi" : cheval, arbre, pluie, montagne, étoile, colère, liberté, amour...
En ce qui concerne notre esprit, nous croyons fermement en l'existence d'un "ego" (âtman), insubstantiel et permanent, qui, à travers le corps, appréhende le monde, éprouve des sentiments, raisonne, conçoit des idées. L'ego, encore plus que le corps, est ce qui nous semble constituer notre personnalité, notre individualité, ce qui nous appartient en propre.

L'impermanence et la souffrance

A chaque instant de notre vie, nous pouvons constater que tout, dans la nature, est soumis à la mort. Tout ce qui apparaît, disparaîtra un jour ou l'autre. C'est aussi le cas de notre propre corps, comme pour tous les êtres vivants et toutes les choses matérielles. C'est aussi le cas pour nos sentiments et nos idées : comme les étoiles ou les montagnes, notre amour apparaît un jour et un jour disparaîtra, et nous changeons d'idées et d'opinions.
C'est cette impermanence qui nous fait souffrir. Parce que nous constatons que tout meurt - tout ce qui, pour nous, a un "Soi" - nous craignons que notre propre ego soit, lui aussi, mortel !
Mais il en va des choses comme de l'ego : rien n'existe "en Soi", indépendamment. Tout - y compris notre ego - naît et meurt. C'est parce que nous refusons cette réalité des choses, "telles qu'elles sont", parce que nous entretenons l'illusion de l'existence d'un "Soi", que nous souffrons.

Karma et renaissance

Dans notre vie quotidienne, tous nos actes (karma) dépendent étroitement de cette vision des choses : nos actions, nos réactions, nos désirs et nos craintes sont déterminés par cette croyance en l'ego. C'est pour l'entretenir, le protéger et le développer que nous agissons ou réagissons, en fonction de nos idées et de nos sentiments ou des événements extérieurs.
A chaque fois que quelqu'un ou quelque chose nous semble le mettre en cause, nous agissons comme pour bien nous prouver à nous-même que nous existons, que cet ego existe. Chacun de nos actes, ainsi, naît de cette intention de prouver son existence et, une fois l'acte passé, nous nous réjouissons de l'avoir prouvée.
Chaque fois que notre ego est en danger de mort, nous faisons tout pour le faire renaître, pour le maintenir en vie... C'est la croyance en l'ego qui nourrit l'intention de chacun de nos actes et c'est l'attachement au résultat de ces actes qui entretient notre croyance en l'ego. Chaque acte entraîne ainsi une "nouvelle naissance" - une renaissance - de l'ego.

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Bhava-cakra : la "Roue de la vie" - Tibet

Cette représentation symbolique figure, au centre, les "Trois Poisons" de l'esprit :
l'avidité (un oiseau), l'aversion (un serpent) et la stupidité (un boeuf) ;
dans le premier cercle, les six états d'existence (à droite, sur fond noir et de haut en bas :
animal, fantôme affamé et être des Enfers ; sur fond blanc et de bas en haut : homme, demi-dieu et dieu).
Les six quartiers principaux reprennent les six états d'existence de manière développée
(en haut, les dieux puis, à droite, les hommes et les animaux ; en bas les Enfers ;
en bas à gauche les fantômes affamés puis, au-dessus, les demi-dieux).
Enfin, le cercle extérieur représente en détail les 12 maillons de la chaîne du cycle des renaissances.

 

L'interdépendance

Mais, en fait, tous les phénomènes n'existent qu'en inter-dépendance.
Les objets physiques sont des composés. Comme la montagne est un agrégat de pierre, de terre et de résidus végétaux ou animaux, notre corps est composé de cellules qui nous viennent de nos parents, de la nourriture que nous ingérons, de l'air que nous respirons.
Nos perceptions, elles aussi, sont "composées". Elles sont le résultat combiné de l'existence des objets extérieurs, de leur contact avec notre corps, de l'impression qu'ils laissent sur nos sens et de l'interprétation qu'en fait notre cerveau.
Nos idées, de même, sont composées. Elles dépendent de l'éducation que nous avons reçue, de notre perception du monde extérieur, des événements que nous avons vécus, des idées que d'autres personnes ont exprimées. Et notre ego - l'idée que nous avons de nous-même - est une idée comme une autre...

La vacuité et l'esprit

La réalité nous apparaît comme une relation de dualité : il existerait un sujet (l'ego) qui expérimenterait des objets (les phénomènes extérieurs). Selon le Bouddha, cette réalité "objective" n'existe pas, il s'agit d'une illusion. C'est elle qui entretient le désir et la souffrance.
En fait, les phénomènes que nous expérimentons dans notre vie quotidienne n'existent pas "en Soi", indépendamment de l'expérience que nous en faisons. Ils n'ont d'existence que "relative". C'est ce que peut nous faire comprendre l'étude des enseignements du Bouddha.
En réalité - la réalité "absolue" - tous les phénomènes sont "vides" parce qu'ils n'existent qu'en inter-dépendance. C'est ce qu'on appelle la "vacuité" des phénomènes (shunyata) et c'est cette vacuité que l'on peut expérimenter dans la pratique de la méditation.
Il ne s'agit pas alors d'une expérience vécue par l'ego, dans le désir et l'attachement, mais d'une connaissance directe et intuitive de la réalité, "telle qu'elle est", vécue par l'Esprit, notre "nature de Bouddha".

 

La pratique

La "pratique" regroupe différents "entraînements" et "exercices spirituels" que les disciples du Bouddha mettent en oeuvre pour vérifier, par leur propre expérience personnelle, la véracité des enseignements et leur efficacité, en vue de progresser sur la voie spirituelle et d'atteindre ainsi son but : l'Eveil et la Libération.

 

En quoi consiste la pratique ?

La pratique se définit comme un ensemble de moyens mis à la disposition des disciples pour faciliter et rendre possible l’expérience directe et individuelle de la Réalité. Chacun est invité à en vérifier l’efficacité par lui-même mais, s’il est mis à la disposition de tous, il n’est efficace que s’il est mis en pratique et cette vérification n’est possible que dans la mesure où le disciple s’engage lui-même individuellement, qu’il dispose ou développe les capacités requises et qu’il suit strictement et fidèlement la méthode proposée.
 

L’Octuple Noble Sentier

Exposée dans la Quatrième Noble Vérité, la Voie - ou Chemin - se présente en huit catégories (Octuple Noble Sentier), regroupées sous trois rubriques : sîla, la conduite éthique, samâdhi, la discipline de l’esprit, et prajñâ, la sagesse « intuitive » (pour la distinguer de la sagesse intellectuelle).

•  Sîla permet d’agir dans le domaine du samsâra, de réduire le karma « négatif » et de développer le karma « positif », afin de créer un environnement favorable à la pratique, la sienne et celle des autres. Elle comprend trois catégories : parole juste, action juste et moyens d’existence justes.

•  Samâdhi permet à chacun, individuellement, de calmer l’esprit, de connaître et de maîtriser son fonctionnement et ses « pouvoirs ». Il comprend l’effort juste, l’attention juste et la concentration (ou recueillement) juste. C'est ce qu'on appelle généralement, en Occident, la "méditation".

•  Prajñâ est l’accès à la réalité ultime, et son développement augmente d’autant que l’attachement diminue. Elle est issue de l’écoute, de la réflexion personnelle et de la mise en pratique des enseignements. Elle consiste en pensée juste et compréhension juste.

La base de la pratique est donc la discipline. Elle porte sur le comportement extérieur, les actions physiques et verbales, mais aussi la pensée intérieure et, donc, participe directement à l'entraînement à la méditation. Et la méditation, à son tour, soutient la discipline... 
Les deux sont elles-mêmes soutenues par leur motivation commune. Une pratique équilibrée et correctement motivée se fonde sur certaines convictions - qui peuvent résulter de tendances "innées" ou de réflexions nourries par l'étude - et sur des instructions demandées et reçues au cours d'un enseignement suivi avec un maître.
Ainsi, les différents aspects de l'Octuple Chemin se nourrissent mutuellement et la pratique se doit de les appliquer tous en même temps...

La méditation - ou plutôt "l'entraînement de l'esprit", au sens propre du terme - consiste à placer l'esprit dans un état d'équilibre entre détente et attention, sans agitation et sans fixation.
On entend par méditation, aussi, différentes techniques aptes à favoriser un tel état :
- méditations réflexives : pour développer une pensée juste, préalable à la méditation
- méditations formelles : représentations mentales qui permettent le dépassement de la personnalité habituelle et développent les qualités de l'esprit éveillé
- méditations sans référence : accès direct à la nature de l'esprit et des phénomènes

 

Est-il nécessaire d'avoir un guide ou un maître ?

La nécessité d'un guide spirituel est une caractéristique constante dans toutes les écoles bouddhistes. D'une façon générale, dans le domaine spirituel, il vaut d'ailleurs mieux se méfier de "l'autodicactisme" qui risque fort d'être un "egodidactisme" !
Le guide, représentant de la tradition, assure la transmission des enseignements théoriques et des instructions pratiques, assiste et conseille dans les choix parfois difficiles, constitue une source d'inspiration et une référence fiable. Il est nécessaire de vérifier que la compréhension des enseignements est correcte et complète, non déformée ou partielle à cause des tendances personnelles. Le guide, référence neutre et compétente, en est le garant.
D'un point de vue plus profond, il transmet l'expérience et l'exemple du succès de l'application de l'enseignement. Lors d'une pratique méditative véritable, l'esprit passe par des expériences inhabituelles qu'il faut savoir reconnaître et bien gérer. Le guide assiste dans ce travail délicat de reconnaissance de ce qui est authentique et de ce qui ne l'est pas. Dans certaines écoles (les écoles Vajrayâna, les écoles Zen et bien d'autres), la relation au maître constitue la colonne vertébrale de la pratique et la clef de son succès.

 

Comment trouver un guide ?

On dit que "lorsque le disciple est prêt, le maître se présente" ! Nous pouvons cependant faciliter cette rencontre par notre présence lors d'événements comme les enseignements publics et les programmes de méditation qui sont proposés par de nombreuses écoles présentes en France. La lecture d'ouvrages sur le Dharma constitue aussi une bonne source d'information et d'inspiration, qui peut nous faire savoir où et comment rencontrer celui ou celle qui pourrait devenir notre maître.

Pour reconnaître un maître "authentique", le Dharma donne des repères utiles, qui peuvent se résumer ainsi :

- le rattachement à une tradition authentique
- la transmission non-déformée de l'enseignement
- la compétence et l'expérience dans tous les domaines de son enseignement
- une motivation purement altruiste
- un comportement et un mode de vie en harmonie avec son enseignement
- la compatibilité entre son enseignement et les possibilités de ses disciples

En pratique : le seul repère facilement vérifiable, au début, est l'appartenance du maître à une lignée de transmission, ce qui permet d'éviter que le maître soit lui-même un autodidacte.
En tout cas, la juste relation maître-disciple devrait être fondé sur le libre-choix, mûri après un temps raisonnablement long de connaissance réciproque, et formalisé par une requête et l'acceptation de celle-ci.

 

La Communauté : le Sangha

La communauté (sangha) des disciples du Bouddha se compose, traditionnellement, de "quatre quartiers" : les "moines" (bhiksu), les "moniales" (bhiksunî), les laïcs hommes (upasaka) et femmes (upasika). Ils se distinguent par leur statut social et leur engagement dans la pratique, en fonction des "préceptes" (ou "entraînements") qu'ils s'engagent à mettre en oeuvre.

Devenir bouddhiste

On ne devient pas bouddhiste par la naissance ou par un baptême mais par un engagement personnel dont l'expression formelle s'appelle la "Prise de Refuge" dans les "Trois Joyaux" : le Buddha, le Dharma et le Sangha. Cette "profession de foi" marque l'entrée dans la communauté des disciples - le Sangha - et le souhait de suivre l'enseignement - le Dharma - de celui qu'on appelle "l'Eveillé" - le Buddha.

 

Les "refuges" - sarana

Le terme de "sarana", qu'on traduit généralement par "refuge", n'est pas à comprendre comme un endroit où l'on se réfugie pour fuir ou échapper au malheur. Etymologiquement, "sarana" veut dire "point d'appui", "source de lumière". Les Trois Joyaux sont donc les fondements de la pratique, sur lesquels on prend appui pour marcher sur la Voie, Trois Joyaux qui illuminent les ténèbres de l'ignorance.
Même si, en principe, cet engagement ne regarde que soi et peut donc être pris "en solitaire", il est généralement formulé au cours d'une fête ou d'une cérémonie, publique ou privée, en présence d'un maître ou de pratiquants déjà confirmés, le plus souvent devant une statue de Bouddha.
La prise de refuge n'est pas une déclaration solennelle qui engage à vie celui qui la prononce ; elle est d'ailleurs souvent reformulée, parfois même plusieurs fois par jour, et la récitation de la formule traditionnelle est aussi considérée, dans certaines pratiques de méditation, comme un moyen de fixer l'exprit et de renforcer la motivation du pratiquant.
(voir en annexe la présentation détaillée de ce rituel).

Les préceptes

Cette "prise de refuge" n'a de sens que si l'on s'applique, par la suite, à mettre en pratique l'enseignement du Bouddha. Outre l'exercice de la méditation, le disciple de Bouddha suivra généralement une conduite morale (sîla) qui s'exprime à travers des préceptes ou des voeux.
Leur nombre varie selon les écoles et le degré d'engagement. Ils sont généralement de 5, parfois 8 ou 10.
Ces préceptes ne sont pas tant des "commandements" que des engagements à suivre une discipline intérieure afin de progresser vers l'éveil. C'est ce qu'exprime, dans leur formulation habituelle, l'expression introductive : "Je m'engage à pratiquer la discipline de m'abstenir de...". Plus que l'acte lui-même, c'est l'intention qui le sous-tend à laquelle le disciple devra prêter toute son attention et qu'il est appelé à modifier.

Les cinq préceptes les plus courants consistent donc à s'abstenir de :

1) nuire aux êtres vivants et retirer la vie
2) prendre ce qui n'est pas donné
3) mener une vie sexuelle dissolue
4) user de paroles inutiles, blessantes ou mensongères
5) ingérer tout produit intoxicant supprimant la maîtrise de soi (alcool ou drogues).

Si l'expression de ces préceptes est négative, c'est qu'ils visent à détruire - ou au moins à diminuer - des tendances "négatives", nourries par l'illusion, mais c'est afin de favoriser l'expression de la nature profonde de l'esprit dans sa pureté naturelle :

1) bonté et compassion
2) générosité et détachement
3) contentement
4) amour de la vérité et sa recherche
5) attention vigilante et conscience lucide.

(voir en annexe la présentation détaillée de ce rituel).

Les disciples qui souhaitent s'engager davantage peuvent aussi devenir "moines" ou, dans les écoles du Mahâyâna, prononcer les "voeux de Bodhisattva".

L'engagement monastique

Toutes les écoles bouddhistes reconnaissent aux laïcs la capacité d'atteindre de hauts états de réalisation, ou l'Eveil lui-même, mais la pratique régulière ou intensive de la méditation paraît assez peu compatible avec les contraintes de la vie mondaine. On insiste donc sur la valeur d'une vie "hors du monde" et le bhikkhu ("renonçant") est généralement tenu en grand respect.
Si ce retrait du monde peut aboutir à une vie solitaire, en ermite, la majorité des bhikkhus vivent en communauté et certains monastères ont pu compter jusqu'à plusieurs milliers de "moines". Deux ordinations (mineure et majeure) permettent d'entrer dans de telles communautés : elles se distinguent par le nombre de préceptes que le postulant est invité à suivre. Ce sont ces préceptes qui composent la règle de vie (Vinaya).

La première ordination, "mineure", ne compte que dix préceptes. L'ordination "majeure" n'est accordée généralement qu'après une dizaine d'années de "noviciat". Elle comporte de 227 à 258 préceptes, selon les écoles, et jusqu'à 366 pour les nonnes. Tous les quinze jours (à la pleine lune et à la nouvelle lune), une récitation publique de ces préceptes a lieu, en présence de l'ensemble de la communauté : les moines sont invités à déclarer s'ils ont transgressé l'une de ses règles ou à garder le silence dans le cas contraire. Cette cérémonie de "confession publique" (à laquelle ne participent pas les laïcs) est le seul rituel communautaire auquel sont tenus d'assister tous les moines.

La prise de refuges et l'observance des préceptes

Nous vous proposons de découvrir dans cette page le texte traditionnel, en langue pâlie, récité lors des cérémonies de "prise de refuge" et de "prise de préceptes", selon le rituel de l'école Theravâda.

à voir aussi...
une présentation audio-vidéo de la cérémonie (pûjâ)

Généralement, les refuges et les 5 préceptes (ou 8 lors de fêtes ou de circonstances exceptionnelles) se prennent dans une pagode, devant un bhikkhu ou une bhikkhuni ; si ce n'est pas possible, devant un ou une laïque qui connaît bien les dix préceptes. S'il n'y a absolument personne on peut les prendre soi-même.

Ce rituel donne lieu à un dialogue dont les formules, récitées en pâli dans la tradition Theravâda (présentée ici), ont été fixées au cours des siècles.

  •  les disciples disent :

mayam bhante tisaranena saha attangasamannagatam uposatham yacama
Nous vous demandons le triple refuge ainsi que les huit préceptes

on commence par rendre hommage au Bouddha :
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa

Hommage à lui, le Parfait, le Bienheureux, l'Eveillé

puis on prend refuge dans les Trois Joyaux
(Bouddha, Dharma et Sangha) :

buddham saranam gacchami
Je vais vers le Bouddha comme vers un refuge
dhammam saranam gacchami
Je vais vers le Dhamma comme vers un refuge
sangham saranam gacchami
Je vais vers la Sangha comme vers un refuge

La formule est répétée en tout trois fois, autant pour marquer la vénération aux trois Joyaux que pour s'assurer que le récitant les prononce, au moins une fois, en toute conscience.

dutiyampi (pour la deuxième fois) buddham saranam gacchami
dutiyampi dhammam saranam gacchami
dutiyampi sangham saranam gacchami

tatiyampi (pour la troisième fois) buddham saranam gacchami
tatiyampi dhammam saranam gacchami
tatiyampi sangham saranam gacchami

  • le bhikkhu :

tisarana-gamanam nitthitam
le triple refuge est complet

Les cinq préceptes

Les facteurs qui permettent de savoir si un précepte est violé ont été définis dans les commentaires. Le précepte est violé seulement si toutes les conditions mentionnées ci-dessous sont remplies. Si une ne l'est pas, le précepte est encore intact.Si on a violé un ou plusieurs préceptes, on doit les reprendre avec la ferme intention de ne plus les violer dans le futur.

  •  les disciples :

1 - panatipata veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas tuer.

Ne pas tuer se refère à tout être vivant, y compris les insectes.

Le premier précepte est violé si :
Il y a un être vivant (pano) dont on sait qu'il est vivant (panasannita) on a l'intention de le tuer (vadhacittam) on agit pour le tuer (upakkamo) et la mort en résulte (tena maranam).

2 - adinnadana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas prendre ce qui ne m'a pas été donné.

Le deuxième précepte est violé si :
Il y a un objet appartenant à quelqu'un (para parigga hitam), on sait qu'il a un propriétaire (para parigga hita sannita), on a l'intention de le voler (theyya cittam) on agit pour voler (upakkamo) et l'objet est emporté (tena haranam)

3 - kamesu micchacara veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas commettre l'adultère.

Le troisième précepte est violé si :
On a l'intention d'avoir des rapports sexuels (sevanacittam) par un contact avec les organes génitaux, l'anus ou la bouche (maggena maggap pati padanam), on a des rapports (sevanappayogo) et on éprouve du plaisir (sadiyanam)

4 - musavada veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas mentir.

Ne pas mentir inclut aussi : ne pas médire, ne pas jurer et ne pas parler de choses inutiles.

Le quatrième précepte est violé si :
Il y a un mensonge (atatham vatthu), l'intention de mentir (visam vadana cittam), la parole est prononcée (tajjo vayamo) et l'autre croit ce qu'on a dit (parassata dattha vijananam dattha vijananam)

5 - sura meraya majja pamadatthana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas consommer d'alcool ni de drogues qui conduisent à la négligence.

L'alcool désigne : champagne, vin, bière, pastis, whisky et autres.
Drogues : opium, marijuana, LSD, extasy, cocaïne et autres.
Les cigarettes et les médicaments contenant de l'alcool ne sont pas inclus.

Le cinquième précepte est violé si :
La substance est de l'alcool (mada niyam), il y a un désir de le boire (patu kamyata cittam), on le boit (tajjo vayamo) et il passe par la gorge (pitappa vesanam).

Les huit préceptes

Le troisième précepte est modifié comme suit
et s'ajoutent 3 nouveaux préceptes :

3 - abrahmacariya veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas avoir de rapports sexuels.

6 - vikala bhojana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas manger après midi jusqu'à l'aube du prochain jour.

L'après-midi on peut boire des jus de fruits ou consommer une des substances suivantes : miel, beurre, mélasse ou huile de sésame (considérés comme des médicaments au temps du Bouddha)

Le sixième précepte est violé si :
Dans le temps de midi jusqu'à l'aube du jour suivant (vikalo), on consomme (ajjho haranap payogo) des aliments ou ce qui est considéré comme nourriture (yava kalikam) et on l'avale (ajjho haranam)

7 - nacca gita vadita visuka dassana mala gandha vilepana dharana mandana vibhusanatthana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de m'abstenir de danses, de chants et de spectacles ; de l'usage de parfums, maquillage et accessoires qui embellissent le corps.

S'abstenir soi-même de danser, chanter et jouer de la musique et s'abstenir aussi de regarder ou écouter les autres chanter, danser ou jouer de la musique. Les crèmes de soin de la peau sont autorisées.

Le septième précepte est violé si :
Il existe des divertissements (nacca-dini), on se déplace pour les voir ou les écouter (dassanat thaya), on regarde ou on écoute (dassanam). Pour la deuxième partie, il y a des accessoires pour embellir le corps (maquillage, parfums, bijoux = maladinam), on n'est pas malade (anunna takarana bhavo) et on les utilise (alankata).

8 - uccasayana mahasayana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de m'abstenir de sièges et de lits hauts et confortables.

Dans les cultures asiatiques, ces sièges sont réservés aux personnes au rang social plus élevé que soi-même. Ce précepte doit contrer l'orgueil et aussi la langueur

Le huitième précepte est violé si :
Il y a un grand (ou haut) lit ou fauteuil (ucca sayana, maha sayanam), on est conscient de la taille du meuble (maha sayana sannita) et on s'y asseoit ou s'y allonge (ucca sayana).

  • les disciples :

imam atthamgasamannagatam buddhapaññattam uposatham imanca rattim imanca divasam sammadeva abhirakkhitum samadiyami.
Je prends la ferme résolution d'observer correctement ces huit préceptes de l'Uposatha, déterminés par le Bouddha, pour un jour et pour une nuit.

  •  le bhikkhu :

appamadena rakkhitabbani
Observez-les sans négligence

  • les disciples :

ama bhante
Oui Vénérable

Le Bouddhisme : religion, philosophie, morale, science ?

On cherche souvent à mettre une "étiquette" sur l'enseignement du Bouddha : on se demande si le Dharma est une religion, une philosophie, une morale, une "science de l'esprit"... Mais ces étiquettes dépendent de définitions qui ont été établies au fil des siècles, en fonction de l'histoire de l'Occident. Aucune ne lui correspond vraiment exactement !

 

Religion ?

Une religion, généralement, s'appuie sur la croyance en l'existence d'un dieu, créateur du monde et de l'homme. Elle fournit une explication "extérieure", que l'homme subit et à laquelle il doit s'adapter. Pour être "sauvé", celui-ci doit entrer en communication avec ce dieu et respecter ses commandements.
Le Dharma, lui, présente une explication "intérieure" : sa vision du monde et sa propre vie dépendent de chaque homme. L'homme est ainsi seul responsable de son illusion et de sa souffrance, mais aussi seul responsable de son "salut", qui dépend de son engagement et de sa pratique pour échapper à l'illusion.
Par bien des aspects, pourtant, le bouddhisme ressemble à une religion : il existe des temples, des rituels, des statues, des actes de dévotion...
Si on peut parler de "foi" dans le bouddhisme, c'est plutôt dans le sens d'une confiance dans l'enseignement du Bouddha et le témoignage de ses successeurs, qui assurent que chacun est capable d'échapper à la souffrance et d'expérimenter l'Eveil. Mais le Bouddha est un exemple à suivre : on ne le "prie" pas pour qu'il nous viennne en aide.
Des cérémonies ont lieu en son honneur : il s'agit de le commémorer, comme on honore un "grand homme". Les rituels (offrande d'encens, de bougies, de nourriture) ne sont pas destinées à s'attirer ses faveurs mais sont des marques de respect, une façon détournée d'offrir des offrandes aux moines ou une mise en pratique de son enseignement (le don est une manière de pratiquer le détachement).
Le rituel est aussi une pratique de méditation, qui facilite la concentration et détourne l'esprit des préoccupations quotidiennes. Les temples et les statues de Bouddha jouent aussi ce rôle : ils représentent, de manière symbolique, différents points de son enseignement, aident à les avoir toujours présents à l'esprit et contribuent à soutenir la motivation.

Philosophie ?

La philosophie s'appuie sur l'intelligence et la raison pour comprendre le monde et l'homme. La philosophie, aujourd'hui, est surtout un discours théorique "sur" le monde, qui n'implique pas forcément de changer sa manière de vivre. Alors que, dans l'Antiquité, les philosophes étaient aussi des "maîtres à vivre", et leur philosophie se voulait pratique.
Le Dharma propose une démarche qui est plus proche de celle des philosophes antiques que des philosophes modernes, puisqu'elle doit entraîner une nouvelle manière de vivre. Mais il ne s'appuie pas seulement sur la raison et l'intelligence. Si l'étude et la réflexion sont nécessaires, la pratique de la méditation est indispensable, et celle-ci ne fait pas appel au raisonnement mais à l'expérience directe.

Morale ?

La morale se présente comme un ensemble de règles de conduites pour la vie en société, fondé sur une définition "absolue" du bien et du mal. On peut distinguer une morale "naturelle", dans laquelle tout le monde est sensé pouvoir s'entendre sur la définition du bien et du mal (parce qu'elle dépend d'une "raison universelle") et une morale "religieuse", le bien et le mal étant alors définis par les "commandements divins".
Il existe bien une "morale bouddhiste", qui préconise des règles de vie commune. Mais sa définition du bien et du mal ne dépend pas de commandements divins ni d'une "raison universelle". Elle part de la constatation de l'universalité de la souffrance humaine, considère comme mal tout ce qui peut générer de la souffrance, pour soi et pour autrui, et comme bien tout ce qui permet d'atténuer la souffrance ou d'empêcher son apparition.
Il ne s'agit donc pas d'une définition théorique, "absolue", mais d'un ensemble de conseils pratiques qui doivent faciliter l'accès à l'Eveil pour tous.

On pourra lire, en complément, l'article "Le bouddhisme : au-delà du Bien et du Mal" (accès direct ou rubrique "Médiathèque" => "Documents à lire" => "Bibliothèque" => "Articles en ligne")

Science ?
Quelques points communs

Si le Bouddhisme peut être défini comme une "science", c'est qu'il se présente comme un projet de recherche dont le domaine d'étude est l'esprit et les expériences de l'esprit.
Les notions transmises par la tradition ne sont pas à adopter "telles quelles", mais doivent être vérifiées par l'expérience personnelle. Elles ne sont pas une affirmation péremptoire d'une vérité objective, mais le compte-rendu d'une expérience de lucidité, qui est reproductible dans des conditions appropriées - ce qu'on appelle la "méditation".
La pratique correcte est ainsi semblable à un projet de recherche scientifique.
La réflexion permet de diriger la recherche et d'éviter de prendre des directions fausses.
La méditation permet de connaître le fonctionnement du "corps-esprit", sous ses différents aspects : vécu physique, verbal et mental. Elle constitue un "outil de recherche" de la nature de l'esprit et de ses modes de connaissance.
Les résultats de la recherche ne sont pas imposés comme vérité universelle, mais offerts à la réflexion et à l'expérimentation de toutes les personnes intéressées par le problème de la souffrance.

Quelques nuances

Le bouddhisme, cependant, ne tombe pas dans la croyance en l'existence d'une réalité "objective", que pourrait expérimenter un "sujet" observateur. La Voie qu'il propose doit mener au-delà de toute dualité "sujet-objet".
Si l'élite scientifique tient compte désormais de "l'influence subjective de l'observateur" sur les phénomènes qu'il observe, il faut noter cependant que cette évolution reste encore peu connue du grand public (ni même acceptée, parfois encore, par une partie non négligeable de la communauté scientifique) ; on continue souvent de considérer la science comme "objective".
On peut aussi se demander si une telle "prise en compte" de la subjectivité équivaut exactement au "projet de dépasser" toute forme de dualité...
Lorsqu'on évoque le bouddhisme comme "science de l'esprit", il faudra donc tenir compte de cette distinction essentielle.

Relations actuelles entre bouddhisme et sciences

Dans le domaine des sciences fondamentales comme la physique, les théories de la relativité et du vide quantique, le principe d'indétermination et, tout récemment, la théorie des "champs de probabilité" rejoignent certains fondements de l'enseignement du Bouddha.
Des échanges, de plus en plus nombreux, ont lieu entre des représentants de la tradition et des scientifiques. D'un côté comme de l'autre, on exprime un profond respect et l'on croit possible un enrichissement réciproque.
Le domaine des sciences cognitives - dont la vocation est très proche de la recherche bouddhiste - ont donné lieu à de très nombreux échanges et un dialogue positif est d'ores et déjà engagé.
La contribution du bouddhisme à ce dialogue vient surtout du savoir des écoles philosophiques du Mahâyâna (Madhyamaka, en particulier) et du savoir-faire de la tradition méditative et yogique.

Bouddhisme et médecine

La médecine traditionnelle est peut-être la seule science, au sens courant du terme, où le bouddhisme a, depuis toujours, joué un rôle central dans les pays d'Asie.
La médecine traditionnelle tibétaine peut être considérée comme l'expression la plus complète de cette interaction. Née de la fusion des médecines indienne, perse et chinoise, elle a reçu du bouddhisme sa dimension spirituelle, qui en fait un très bon exemple de médecine de la personne, non pas conçue comme une "mécanique" physiologique mais comme un ensemble "corps-esprit".
La science médicale occidentale s'intéresse aujourd'hui à ces connaissances profondes si efficaces, dans le contexte traditionnel, aussi bien sur le plan somatique que psychique.
La méditation et ses différentes méthodes intéressent aussi de plus en plus chercheurs, médecins et psychologues occidentaux qui prennent acte de ses effets positifs, incontestables à court et moyen terme, sur le système complexe corps-parole-esprit.

Histoire et diffusion du bouddhisme

Le bouddhisme s’est toujours voulu une religion missionnaire, quoique non prosélyte. Une règle impose d’ailleurs aux moines de n’enseigner que si la demande leur en a été faite par trois fois. Cela dit, dès que la communauté a compté soixante disciples parvenus à l’Eveil, le Bouddha les a poussés à « parcourir le monde et diffuser la Bonne Loi, pour le bonheur et le profit du plus grand nombre ».

Au Ve siècle av. J.-C., cette diffusion n’a guère dépassé la vallée du Gange que le Bouddha a parcouru durant quarante ans de prédication. Quelques disciples semblent avoir été jusqu’à la côte ouest de l’Inde, peut-être aussi jusqu’aux premiers contreforts de l’Himalaya. Durant un siècle, la Communauté monastique se divise en « citadins », installés dans les grandes villes, et en « itinérants » qui parcourent le reste du pays. Ces derniers trouvent les premiers laxistes et trop proches des laïcs dans leur mode de vie ; ils souhaitent plus de rigueur dans le respect des règles instituées par le Bouddha, car les moines sont sensés prêcher par l’exemple autant que par la parole… Très minoritaires encore, ils entendent frapper les esprits par leur droiture !

La situation va considérablement changer au IIIe s. av. J.-C., avec l’avènement d’Ashoka, premier souverain qui parvient à réunir sous son autorité la quasi totalité du sous-continent indien. Après avoir conquis par la force son vaste territoire, Ashoka regrette sa violence et se convertit au bouddhisme. La paix qui règne désormais profite aux bouddhistes. Ashoka lui-même se targue d’avoir envoyé des missions jusqu’en Grèce et en Egypte – mais nul ne sait si elles y sont parvenues… On est sûr, en revanche, que son fils et sa fille « évangélisent » Ceylan (Sri-Lanka), où le bouddhisme est aussitôt adopté. D’autres missions parviennent en Birmanie et au Gandhara, un territoire recouvrant une partie de l’Afghanistan et du Pakistan actuels, porte d’entrée des Routes de la Soie.

Diffusion du bouddhisme

On dit que le Bouddha, d'abord, a hésité à enseigner, mais qu'il s'est résolu à le faire par compassion pour tous les êtres qui souffrent. Dès que ses premiers disciples ont été capables de transmettre son enseignement, il les a envoyés pour répandre la "bonne nouvelle". Son enseignement s'est ainsi répandu rapidement.

 

Le bouddhisme de l'Inde à l'Asie entière...

Au IIIe siècle avant Jésus-Christ, le roi indien Asoka s'est converti au bouddhisme. Il a envoyé des missionaires sur tout le territoire de son empire et, au-delà, en Asie du Sud-Est (notamment à Ceylan) et au Moyen-Orient, jusqu'en Egypte et en Syrie.
De nombreux missionaires (moines ou laïcs) ont aussi suivis les voies de commerce de l'époque : par terre, la Routes de la Soie jusqu'en Chine, dès le début de l'ère chrétienne ; par mer, en suivant les côtes de l'Indochine, jusqu'en Indonésie et au Vietnam, au IIe et IIIe siècle après Jésus-Christ.

Au fur et à mesure que les nouvelles écoles se développaient, elles répandaient elles aussi leur enseignement. Il y eut ainsi plusieurs "vagues" de diffusion. Par exemple, c'est à partir du Ve siècle que les écoles nées en Chine (Tientaï, Amidisme, Zen...) ont été diffusées en Corée, au Japon et au Vietnam ; c'est à partir du VIIe siècle que l'école Vajrayâna, née en Inde, s'est diffusée au Tibet, mais aussi en Indonésie, en Chine et jusqu'au Japon.
Aux environs du Xe siècle, les Musulmans s'installent en Inde du Nord et le bouddhisme disparaît de sa terre d'origine au XIIIe siècle (il a été en grande partie "intégré" par l'hindouisme). Les royaumes musulmans vont ainsi "couper" les routes de diffusion anciennes et mettre fin aux échanges qui avaient lieu jusque là entre les différents pays d'Asie et l'Inde.

Cela favorisera l'émergence de grands centres régionaux : Ceylan au Sud, Tibet au Nord, Chine à l'Est. Cette situation explique en grande partie les différences qui apparaissent aujourd'hui entre les trois grands courants du bouddhisme, qui correspondent plus ou moins à ces aires géographiques d'influence. Selon les cas une école a pu devenir majoritaire et s'imposer ou, au contraire, plusieurs écoles existent les unes à côté des autres. Parfois aussi, surtout en Indochine, des "mélanges" ont eu lieu entre plusieurs écoles.
 

... et jusqu'en Occident

A partir du XXe siècle, enfin, l'Occident a accueilli des représentants de presque toutes les écoles existantes en Asie, soit à la demande d'Occidentaux, soit par l'émigration de réfugiés. En Europe et en Amérique du Nord, aujourd'hui, on peut rencontrer ainsi des maîtres de très nombreuses écoles, surtout du bouddhisme tibétain ou du zen japonais.

La diffusion en Asie

Connu aujourd'hui en Occident surtout à travers les écoles tibétaines et l'école japonaise du Zen, le bouddhisme est né et s'est d'abord développé en Inde. C'est dans ce pays que l'enseignement a pris forme et s'est diversifié. Du Ve siècle avant Jésus-Christ jusqu'au XIIe siècle de notre ère, de multiples écoles y ont vu le jour et, de là, ont répandu les enseignements du Bouddha dans l'ensemble du continent asiatique.
 

C'est en Inde que sont nées et se sont développées les grands courants auxquels se rattachent aujourd'hui toutes les écoles bouddhistes. Le contact permanent entre toutes les écoles est une caractéristique de cette période. L'université bouddhiste de Nalanda, en cela, est exemplaire. Fondée aux environs de 440, elle sera l'un des principaux centres d'enseignement et de diffusion du bouddhisme, réunissant dans un même monastère plusieurs centaines d'enseignants et de pratiquants de toutes traditions. Sa destruction au XIIe siècle, par les propagateurs de l'Islam en Inde, correspondra d'ailleurs avec l'extinction du bouddhisme dans son pays d'origine.

Entre temps le bouddhisme s'était déjà répandu hors de l'Inde, dès le IIIe siècle avant Jésus-Christ. Aujourd'hui, l'implantation des trois grandes traditions correspond à des aires géographiques bien précises : Theravâda en Asie du Sud-est, Mahayâna en Asie extrême-orientale et Vajrayâna en Asie centrale et himalayenne.
Pourtant, ces rattachements "officiels" sont parfois assez récents, comme par exemple en Asie du Sud-est où le Theravâda ne s'est réellement imposé qu'entre le Xe et le XIVe siècle, alors que le Mahayâna y était florissant auparavant. Plusieurs traditions ont pu aussi cohabiter dans un même pays, comme c'est encore le cas aujourd'hui au Japon ou au Vietnam.

Si toutes les écoles se réclament unanimement de l'enseignement originel du Bouddha et reconnaissent le canon rédigé en langue palie à Ceylan (actuel Sri Lanka), le bouddhisme a pourtant connu, hors de son pays d'origine, des adaptations liées aux religions préexistantes, aux traditions philosophiques et aux cultures propres à chaque pays d'accueil.
Au sein du Mahayâna, le Chan/Zen doit ainsi beaucoup à la pensée chinoise puis à la pensée japonaise ; de son côté le Vajrayâna a été influencé par la culture tibétaine.
Les conditions politiques et les contraintes géographiques ont peu à peu distendu les relations entre les trois grandes traditions qui continuèrent d'évoluer, parfois séparément, autour de trois grands centres de diffusion : le Sri Lanka pour le Theravâda, la Chine pour le Mahayâna et le Tibet pour le Vajrayâna.

C'est par l'intervention des Européens - et notamment les colonisations - que ces différentes écoles renoueront des contacts plus étroits, surtout au XXe siècle. La décolonisation, les réactions contre l'occidentalisation et la christianisation, ont joué leur rôle dans l'organisation de conciles inter-écoles, dont le premier s'est tenu en Birmanie, à Rangoon, en 1955.
C'est à cette occasion que l'ensemble des écoles bouddhistes ont rappelé leur unité autour de l'enseignement fondamental du Bouddha et ont adopté le "drapeau bouddhiste" aux couleurs de l'arc-en-ciel.

 

Bouddhisme et Occident

Connu en Europe dès le Moyen-Age, grâce aux voyageurs et aux missionnaires chrétiens, le bouddhisme ne sera véritablement étudié qu'à partir du XIXe siècle. Mais c'est au XXe siècle, seulement, que les Occidentaux commenceront à s'intéresser réellement à la "pratique" du bouddhisme, grâce aux enseignants asiatiques qui viendront s'installer en Europe et aux Etats-Unis.
 

Au XIXe siècle, le développement des études indianistes et la colonisation progressive de l'Asie par les grandes puissances européennes ont permis un accès direct aux textes originaux. Malheureusement, une interprétation partiale et hâtive du bouddhisme par de nombreux philosophes occidentaux et des amalgames (opérés notamment par les tenants de la Théosophie) ont durablement installé en Europe une vision fausse ou négative de l'enseignement bouddhiste.

Ce n'est qu'au XXe siècle que les Occidentaux auront réellement accès à l'enseignement traditionnel et authentique. Cette évolution est due à la multiplication des contacts personnels entre des enseignants ou des spécialistes orientaux et des Occidentaux qui se rendirent en Asie (notamment Alexandra David-Neel, la première femme occidentale à entrer au Tibet). Dès le milieu du XXe siècle, un certain nombre d'ouvrages permettent aussi au grand public d'avoir un accès plus sûr à l'enseignement de certaines écoles, notamment le Zen avec la parution en langue anglaise des Essais sur le bouddhisme zen de D.T. Suzuki.

A partir des années 60, les contacts se multiplient : les Occidentaux sont de plus en plus nombreux à se rendre en Asie (surtout au Japon et au Népal) et des enseignants bouddhistes qualifiés s'installent en Occident, aux Etats-Unis ou en Europe. Les ouvrages de présentation du bouddhisme en langue occidentale deviennent plus nombreux. Ils sont l'oeuvre aussi bien d'enseignants orientaux (le Tibétain Chögyam Trungpa, le Sri-lankais Walpola Rahula...) que d'Occidentaux, notamment des moines chrétiens (tels le trappiste Thomas Merton ou le jésuite H. M. Enomiya-Lassalle).

Ce contact direct de quelques "pionniers" et la diffusion de leurs ouvrages dans le grand public ont largement favorisé la création de centres d'enseignements en Europe à partir des années 70. Deux grandes écoles bouddhistes bénéficieront surtout de cette implantation : le bouddhisme Vajrayâna tibétain et le bouddhisme Zen, japonais et vietnamien. L'intérêt qu'elles suscitent auprès des Européens est largement lié à la personnalité de trois maîtres : le Tibétain Kalou Rinpoché, le Japonais Taisen Deshimaru et le Vietnamien Thich Nhat Hanh.

On ne peut sous-estimer l'importance de la situation politique en Asie sur ce phénomène d'introduction du bouddhisme en Occident. Ainsi la curiosité éveillée par le bouddhisme Zen est-elle due en partie à la fascination qu'exerça le Japon, vaincu en 1945, sur l'Occident et, notamment les Etats-Unis. L'invasion du Tibet par les Chinois, en 1959, a notablement attiré l'attention des Occidentaux sur la personnalité du Dalaï-Lama qui, comme le pape catholique, est aussi un chef d'état. La guerre d'Indochine puis la guerre du Vietnam ont joué un rôle évident dans l'installation, notamment en France, d'importantes communautés d'exilés du Sud-est asiatique.

Les principales écoles

Les différentes écoles actuelles du bouddhisme peuvent être présentées selon leur répartition géographique ou leurs références doctrinales. On distingue ainsi, géographiquement, les aires culturelles de l'Inde, de l'Asie centrale, de l'Asie du sud-est, de l'Extrême-Orient et du Tibet ; doctrinalement, trois grands courants : du "bouddhisme ancien", du "Grand Véhicule" (Mahâ-yâna) et du "Véhicule de Diamant" (Vajra-yâna, appelé aussi "tantrisme"). Les écoles résultent de la combinaison de ces courants doctrinaux et des aires géographiques dans lesquelles ils se sont implantés et ont évolué au fil des siècles...
 
Pourquoi tant de "bouddhismes" différents ?

D'après la tradition, le Bouddha a enseigné pendant 45 ans à un public nombreux et varié, savants brahmanes, ascètes, notables, artisans, commerçants ou femmes et hommes sans culture. Les textes les plus anciens le montrent très soucieux de pédagogie, adaptant ses discours et son enseignement aux qualités et aux connaissances de chacun.

Après sa mort, ses disciples ont ressenti le besoin de fixer ses enseignements (dans les textes appelés sûtra) ainsi que leur interprétation et d'y ajouter des commentaires (dans les textes appelés abhidharma puis sastra). De nombreux points de la doctrine ont donné lieu à des discussions et des interprétations différentes, donnant ainsi naissance à plusieurs courants ; la mise en pratique de ces enseignements a elle aussi évolué et s'est diversifiée, tant du point de vue des règles de vie (monastiques et laïques) que des "exercices spirituels" (la "méditation"), donnant ainsi naissance à de nombreuses "écoles" dont les caractéristiques varient parfois considérablement...

Pendant de nombreux siècles, en Inde, les disciples de ces écoles différentes vivaient ensemble, dans les mêmes monastères. Ils se regroupaient davantage selon la règle de vie monastique (le Vinaya) qu'ils adoptaient que selon leur appartenance à telle ou telle école de philosophie ou de méditation.
Lors de la diffusion du Dharma du Bouddha dans les différents pays d'Asie, les enseignements transmis par des représentants de ces écoles se sont greffés sur les traditions et la culture de chaque pays, donnant lieu à une nouvelle évolution des styles et des caractéristiques de la pratique.
Ainsi, aujourd'hui, chaque école peut-elle se caracériser, d'une part, par ses choix doctrinaux et pratiques, selon le ou les courants qui l'ont influencé, mais aussi, d'autre part, par des aspects "culturels" particuliers, en fonction de la zone géographique dans laquelle elle s'est développée.

 

Les trois grands courants

Doctrinalement, le bouddhisme "ancien", le "Grand Véhicule" (Mahâyâna) et le Véhicule de Diamant (Vajrayâna) se distinguent par leur vision du Bouddha, leurs textes de référence (le "canon") et la "Voie" qu'ils proposent - c'est-à-dire les pratiques particulières qui en découlent.
 
1) le bouddhisme "ancien"

Le bouddhisme ancien se réfère avant tout à l'enseignement des "Quatre Nobles Vérités" et insiste surtout sur la connaissance directe et systématique des phénomènes (les dharma), afin de les reconnaître, grâce à la "connaissance pénétrante" (prajñâ), comme non-permanents (anitya), insatisfaisants (duhkha) et non "existant-en-soi" (anâtman). Il met l'accent sur la discipline, l'importance du détachement et du renoncement, la valeur de la vie monastique.
Pour le bouddhisme ancien, le Bouddha historique est un être humain, mais tout à fait exceptionnel ; il ne peut donc pas être proposé en modèle à l'ensemble des disciples ; seules quelques très rares personnes peuvent, comme lui, s'engager sur la voie du bodhisattva, qui nécessite de cheminer seul, sans aide ni enseignement, afin de redécouvrir par soi-même le chemin qui mène à l'Eveil parfait et complet (samyaksam-bodhi) qui permet de venir en aide à tous les êtres.
Aussi le bouddhisme ancien propose-t-il plutôt de s'engager sur la Voie du disciple "Auditeur" (sravaka) qui, grâce aux enseignements délivrés par le Bouddha historique, mène à la Libération individuelle du cycle des renaissances (samsâra) et à l'état d'Arhat - le "Méritant".
Ces enseignements ont été conservés dans plusieurs "canons", selon les langues "vulgaires" (les prakrit) dans lesquelles ils étaient transmis. Il n'en reste aujourd'hui qu'un seul qui nous soit parvenu complet (les autres ont été détruits, en partie ou complètement...), celui qui a été mis par écrit au Sri-Lanka (Ceylan), aux alentours de l'ère chrétienne, dans le prakrit "pâli" - on l'appelle donc le canon pâli.
Les enseignements du bouddhisme ancien se sont diffusés dans toute l'Asie et constituent en quelque sorte la "base" commune à toutes les écoles actuelles, surtout en ce qui concerne le "code de vie" des moines, le Vinaya.  Du point de vue des doctrines et des pratiques, il est resté surtout prépondérant dans l'école actuelle du Theravâda, qui s'est développée au Sri-Lanka (Ceylan) et est aujourd'hui présente dans toute l'Asie du sud-est (Sri-Lanka, Birmanie, Thaïlande, Laos et Cambodge), dont les enseignements sont suivis par environ 100 à 150 millions de fidèles.
 

2) le "Grand Véhicule" (Mahâ-yâna)

Le "Grand (mahâ) Véhicule (yâna)" fait référence à des enseignements du Bouddha historique qui auraient été tenus secrets durant plusieurs siècles avant d'être diffusés au plus grand nombre aux environs de l'ère chrétienne. Ces enseignements insistent beaucoup sur le fait que tous les phénomènes sont "vides de nature propre" (ce qu'on appelle la "vacuité", sunyatâ), ce dont on peut faire l'expérience grâce à la "connaissance pénétrante" (prajñâ) ; mais mettent aussi beaucoup l'accent sur la motivation altruiste (karuna, la "compassion") et ont développé, en plus des pratiques centrées sur la connaissance, de nombreuses pratiques de dévotion (bhakti).
Dans les enseignements du Mahâyâna, le Bouddha historique n'est pas un être humain ordinaire, mais la "manifestation" (nirmana-kâya ou "corps d'apparition") d'un Buddha transcendant, depuis toujours éveillé, qui est apparu aux humains afin de pouvoir les libérer. Son apparition et sa disparition n'ont été que des "moyens habiles" (upaya) utilisés par compassion.
Le Mahâyâna considère la voie du "disciple Auditeur" comme insuffisante (hîna-yâna, un "véhicule inférieur"), acceptable seulement comme un "prélude" à la seule voie méritant d'être empruntée, celle du bodhisattva (mahâ-yâna, "grand véhicule") qui mène, non seulement à la Libération mais aussi à l'Eveil parfait et complet (samyaksam-bodhi). S'il propose cette voie à tous c'est parce qu'il affirme aussi que de nombreux Buddha transcendants ne cessent d'enseigner, sous d'autres formes ou dans d'autres univers, à tous ceux qui s'y engagent.
Son canon de référence regroupe certains textes du canon ancien (comme ceux du canon pâli) mais surtout de nombreux textes "nouveaux", les Mahâyâna-sûtra, rédigés dans la langue savante et sacrée de l'Inde, le sanskrit.
Le Mahâyâna est à l'origine de nombreuses écoles d'Extrême-Orient, notamment le Bouddhisme de la "Terre Pure" (parfois aussi appelé "Amidisme") et les écoles du Dhyâna ("Chan" en Chinois, "Zen" en japonais). On estime le nombre de leurs fidèles de 200 à 350 millions. Mais le Mahâyâna est aussi à l'origine d'un nouveau dévloppement des pratiques : le Vajra-yâna ou "Véhicule de Diamant".
 

3) les écoles du Vajra-yâna ("Véhicule de Diamant")

Le Vajra-yâna ("véhicule de diamant") est aussi appelé Mantra-yâna ("véhicule des formules") ou Tantra-yâna ("véhicule des tantra"), car il propose de nombreuses pratiques nouvelles, fondées sur l'enseignement doctrinal du Mahâyâna, présentées dans des textes appelés tantra ("transmission"). Le Vajrayâna n'est donc pas une école "doctrinale" mais plutôt un prolongement "pratique" du Mahâyâna.
Ses pratiques s'appuient sur la notion de pureté fondamentale de toute expérience - pourtant voilée par les effets de l'illusion - et proposent une voie qui peut faire réaliser l'Eveil très rapidement (le vajra, diamant ou foudre, symbolise cette efficacité et cette rapidité). Il part aussi du principe que tous les êtres possèdent en eux une "nature de Buddha" (tathâgata-garbha), depuis toujours présente, qu'il convient de "révéler" grâce à ces pratiques.
Le Vajrayâna s'est développé en Inde avant de gagner l'ensemble de l'Asie bouddhiste. En Asie du sud-est, il a été présent durant de nombreux siècles, avant d'être supplanté par les enseignements du bouddhisme "ancien" du Theravâda ; mais certaines pratiques et des rituels tantriques continuent néanmoins d'y être effectués. Il a donné naissance à plusieurs écoles en Extrême-Orient (écoles du Shingon et du Tendai, au Japon) et certaines de ses pratiques sont aussi présentes dans le Zen. Il s'est surtout développé en Asie hymalayenne (Tibet, Népal) d'où il a essaimé en Mongolie. Ses enseignements sont suivis par environ 25 à 50 millions de fidèles.

 

 

Les aires géographiques

En se diffusant hors de l'Inde, le bouddhisme s'est "acclimaté" aux cultures dans lesquelles il s'est implanté, imprimant des caractéristiques particulières aux différentes écoles des trois grandes aires géographiques de l'Asie du sud-est, de l'Extrême-Orient et du Tibet.
 
Sur les Routes de la Soie

En Inde, le bouddhisme se répand grâce aux moines itinérants, mais c’est par les marchands qu’il se diffuse le long des Routes de la Soie. Cette classe montante, peu appréciée des brahmanes, adopte vite cette religion qui leur paraît plus conciliante. Aux alentours de l’ère chrétienne, l’Inde du nord et le Gandhara, soumis à plusieurs vagues d’envahisseurs, forment un creuset culturel où le bouddhisme se trouve confronté à des influences nombreuses, et s’adapte… Les premiers développements du Mahâyâna favorisent aussi un bouddhisme plus dévotionnel. Le bouddhisme devient, de plus en plus, une religion de masses populaires. Les monastères s’implantent alors le long des routes commerciales. On en trouve tout le long des côtes de l’Asie du sud-est, en Indonésie, jusqu’aux Célèbes… aux portes de l’Iran, autour du désert du Takla-makan en Asie centrale, aux confins de la Chine. Chaque cité-état, port maritime ou oasis du désert, abrite un ou plusieurs monastères, qui diffusent aussi bien les enseignements du bouddhisme "ancien" que ceux du Mahâyâna.

[Voir, dans la rubrique "Médiathèque", les pages "Cartes et graphiques" présentant des cartes des "Routes de la Soie" et les voies empruntées par le bouddhisme dans sa diffusion]

 

En Extrême-Orient : dans l'Empire du Milieu

Le bouddhisme parvient en Chine au début de l’ère chrétienne, avant tout grâce aux textes transmis depuis l’Asie centrale. Ces textes, originaux ou déjà traduits, sont épars et disparates. On a d’abord tenté de les traduire dans le vocabulaire taoïste. Il en est résulté beaucoup de confusion… Du Ve au Xe siècle, de nombreux pèlerins chinois feront le voyage jusqu’en Inde à la recherche de textes originaux ou de l’enseignement direct de maîtres. De nouvelles traductions permettent d’établir un canon hiérarchisé et une dizaine d’écoles se créent, le plus souvent en fonction du texte qu’elles considèrent comme le plus important. Chacune d’elles met l’accent sur un type de pratique particulier : récitation du nom du Bouddha Amida dans l’Ecole de la "Terre Pure", pratique quasi exclusive de la méditation assise, dans l’école du Chan (le Zen japonais)…

Le bouddhisme, cependant, apparaît choquant à de nombreux Chinois, surtout confucéens. La vie monastique, l’aumône et le célibat des moines, notamment, mettent en cause la suprématie de l’Empereur, le culte des ancêtres, le rôle économique et social des individus. Le bouddhisme réussit néanmoins à s’implanter en « profitant » d’une longue période de troubles politiques. Mais les riches et les puissants, donateurs indispensables à la survie des institutions monastiques, sont des mécènes prompts à retirer leur protection. Le bouddhisme connaîtra plusieurs vagues de persécution dont la plus importante, en 845, faillit l’annihiler.

Entre temps, il s’est répandu au Viêtnam, en Corée et, de là, au Japon, grâce au soutien des dirigeants et des élites. Au Japon, une profonde mutation aura lieu au XIIIe siècle, pendant une période de troubles considérée comme la « fin des temps » (mappo). La situation favorisera l’émergence de nouvelles écoles, strictement japonaises, qui cherchent à simplifier la pratique pour une plus grande « efficacité » et rompent souvent avec la tradition monastique.

 

En Asie du sud-est : un ensemble complexe

Au début de l’ère chrétienne, le bouddhisme devient aussi florissant en Asie du sud-est. Les souverains semblent avoir été plutôt sensibles au brahmanisme, qui propose une structure sociale cohérente, basée sur le système des castes. Mais certains adoptent le bouddhisme qui s’est implanté dans le peuple - sensible, lui, au message bouddhique de salut individuel ou à la promesse d’une future vie bienheureuse chez les dieux.

Du Ve au Xe siècle, un syncrétisme complexe se met en place : au brahmanisme et au bouddhisme "ancien", s’ajoutent le shivaïsme et les écoles du Mahâyâna et du Vajrayâna. Les élites adoptent surtout les formes religieuses les plus complexes, qu’elles croient à même d’assurer leur pouvoir ou de glorifier le souverain. Le Vajrayâna connaît un succès incontestable en Indonésie, comme en témoigne le plus vaste monument bouddhique : le stûpa-montagne de Borobudur, construit vers 800 à Java. Des universités célèbres voient aussi le jour, que fréquentent des pèlerins chinois et indiens.

Dans le vaste empire khmer, le Mahâyâna supplante un temps le shivaïsme, au XIe siècle. Il offre au souverain Javayarman VII un idéal de royauté spirituelle ; celui-ci n’hésite pas à se considérer comme un bodhisattva et il fait orner de son visage les tours du Bayon, le temple-montagne d’Angkhor-Thom. Le peuple, de son côté, reste fidèle aux écoles anciennes, au sein desquelles les croyances animistes trouvent leur place – et aussi parce que le Mahâyâna représente le système adopté par le pouvoir !

D’importants bouleversements politiques, dus à l’invasion de peuples sino-tibétains (Birmans, Thaïs, Laos…), favorise finalement la prééminence de l’école Theravâda de Ceylan sur l’ensemble de la péninsule indochinoise.

 

Au Tibet : sur le Toit du monde

Le bouddhisme parvient « officiellement » au Tibet au VIIIe s. mais il y était déjà connu avant, par la Chine et les royaumes d’Asie centrale. Très vite, les Tibétains adoptent le bouddhisme indien du Vajrayâna, alors très influent en Inde du Nord. Un débat célèbre se déroule à la fin du VIIIe siècle, entre représentants du Chan chinois et du tantrisme indien. On conserve deux versions de cette rencontre : la tibétaine déclare que le vainqueur fut l’Indien ; la chinoise donne la victoire aux Chinois. Le Tibet a officiellement choisi son camp… essentiellement pour des raisons politiques !

Une période de répression ralentit quelques temps cette première diffusion mais elle reprend au XIe siècle : les Tibétains créent alors un alphabet et une grammaire de leur langue pour traduire la littérature bouddhiste indienne. Ils disposent d’un canon déjà systématisé, offrant une synthèse de plus de mille ans d’histoire et d’évolution, selon le point de vue du Vajrayâna. De nombreux échanges ont lieu pour recevoir et transmettre les enseignements oraux « secrets ». Plusieurs écoles voient le jour, au gré des traductions et des transmissions orales. Ces institutions monastiques joueront un rôle déterminant dans l’histoire politique du Tibet, du fait de leur puissance idéologique et économique, et plusieurs écoles se succèderont à la tête du pays, en fonction d’alliances avec les puissances voisines, chinoises ou mongoles (ainsi des Dalaï-lama, « intronisés » par les Mongols, au XVIe s.). 

 

Glossaire

Le glossaire que nous vous proposons ici recense les principaux termes utilisés dans les enseignements bouddhiques : noms propres, des principaux personnages, et noms communs, utilisés pour présenter la doctrine bouddhique et ses pratiques.
Les entrées de ce glossaire donnent les termes en sanskrit, la langue de l'Inde la plus fréquemment employée dans la littérature bouddhique de référence. On a indiqué entre [crochets] l'ortographe des mots en pāli, autre langue de référence du bouddhisme ancien de l'Inde.

 

Les noms propres
Les noms communs

 

Les noms propres

Les "Trois Joyaux"

On "devient" bouddhiste par la "prise de refuge" (voir śaraṇa) en les trois Joyaux que sont : le Buddha, le Dharma, le Saṅgha

Buddha : "l'Eveillé".
Titre honorifique de Siddharta Gautama, le Buddha "historique", évoquant sa compréhension de la réalité ultime, au-delà des apparences du monde illusoire.
Toutes les écoles bouddhistes reconnaissent l'existence de plusieurs buddha passés et futurs.
Pour les écoles du Mahāyāna, un buddha historique n'est que la manifestation d'un buddha transcendant qui utilise ainsi un "moyen habile" (voir upāya) pour enseigner le Dharma aux hommes.
Voir aussi dans la section "Notions fondamentales" - buddha

Dharma : la "Loi".
Terme complexe. Ecrit au singulier et avec une majuscule, "Dharma" désigne à la fois la réalité, l'ordre qui la régit et son appréhension par l'homme ; il est aussi couramment employé comme synonyme de "l'enseignement du Buddha" ; au pluriel et sans majuscules, les "dharma" sont les éléments constitutifs de la réalité et des phénomènes.
Voir aussi dans la section "Notions fondamentales" - dharma

Saṅgha : la "Communauté".
Les disciples du Buddha, hommes et femmes, renonçants ou laïcs. Dans les écoles anciennes et le Theravāda, le terme est plutôt réservé aux renonçants (bhikṣu et bhikṣunī).

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Buddha et bodhisattva

Amitābha (japonais : Amida) : un des "Buddha transcendants" reconnus par les écoles du Mahāyāna. Il réside dans la Terre Pure de l'Ouest, le principal paradis bouddhique, où il accueille tous ceux qui font appel à la force de son voeu.

Avalokiteśvara (chinois : Guanyin ; japonais : Kannon) : bodhisattva de la Compassion, "émanation" du Buddha Amithāba. Il est parfois représenté, en Chine et au Japon notamment, sous une forme féminine (dès les textes les plus anciens, la compassion est comparée à l'amour maternel).

Kṣitigharba (chinois : Dizang ; japonais : Jizo) : très populaire en Extrême-Orient, "divinité" des carrefours, c'est lui qui guide les âmes (en principe inexistantes) des morts vers de meilleures renaissances. Il est aussi, au Japon, le protecteur des enfants.

Maitreya : "celui qui aime". Buddha des temps futurs, il attend dans le ciel des bienheureux, les Tusitas, le moment de renaître sur terre et d'enseigner à nouveau aux hommes le Dharma qu'ils auront oublié. Dans les écoles anciennes et, aujourd'hui encore, dans l'école Theravāda, les laïcs souhaitent réaliser le plus d'actions bénéfiques possibles pour pouvoir renaître à l'époque de Maitreya et avoir ainsi plus de chance d'atteindre l'Eveil.

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Grands disciples, Arhat et maîtres

Ānanda : cousin du Buddha et l'un de ses plus proches disciples ; c'est lui qui, lors du premier concile, aurait récité de mémoire tous les discours tenus par le Buddha, donnant ainsi naissance aux premiers sūtra. C'est aussi grāce à son intervention que le Buddha accepta d'instituer la communauté des femmes "renonçantes" (bhikṣunī).

Boddhidharma : fondateur mythique de l'école du Chan/Zen. Moine indien, qui aurait vécu au V-VIe siècle apr. J.-C., Boddhidharma serait venu en Chine où il aurait passé sept ans en méditation avant d'atteindre le parfait Eveil, sur le mont Shaolin, lieu de fondation du premier monastère Chan.

Mahākaśyapa : l'un des principaux disciples directs du Buddha, et son successeur à la tête de la communauté. C'est à sa propre expérience de l'Eveil que remonterait l'origine de la lignée des patriarches, selon l'école du Chan/Zen.

Nāgārjuna : considéré comme le plus important des philosophes et mystiques bouddhistes, il aurait vécu aux environs de 150-250 apr. J.-C. Fondateur de l'école Madhyamaka ("la Voie du Milieu"), son enseignement repose essentiellement sur la notion de vacuité (sunyatā) et l'incapacité du langage et des concepts à rendre compte de la réalité ultime. Sa philosophie a profondément influencé de nombreuses écoles du Mahāyāna, notamment le Zen ou le Vajrayāna.

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Les différentes écoles

Chan/Zen - traduction chinoise et japonaise du terme sanskrit dhyāna : école du Mahāyāna dont l'enseignement repose tout particulièrement sur la pratique de la méditation assise.

Mahāyāna - "Grand Véhicule" : mouvement de réforme né en réaction aux premières écoles indiennes (appelées péjorativement "Hinayāna" - Petit Véhicule). Il met en valeur les vertus de sagesse et de compassion ainsi que l'idéal du bodhisattva ("être apte à l'éveil", qui choisit de retarder son propre éveil pour favoriser celui des autres).
Voir aussi dans la section "Notions fondamentales" - mahāyāna

Madhyamaka - "Voie du Milieu" : école du Mahāyāna fondée par Nāgārjuna (II-IIIe siècle apr. J.-C.). Elle insiste particulièrement sur la notion de vacuité (śunyatā) qui jouera un rôle déterminant dans la naissance du Chan/Zen et du Vajrayāna.

Theravāda - "Voie des Anciens" : la seule existante encore aujourd'hui des dix-huit écoles nées en Inde avant l'apparition du Mahāyāna. Son canon a été rédigé à Ceylan (Sri Lanka), en langue pālie, au 1er siècle avant Jésus-Christ.
Voir aussi dans la section "Notions fondamentales" - sthavira

Vajrayāna - "Véhicule de diamant" : école du Mahāyāna - appelé aussi bouddhisme tantrique - proposant, à travers de nombreuses pratiques, l'obtention rapide de l'éveil (le diamant symbolise pureté et rapidité).
Voir aussi dans la section "Notions fondamentales" - vajrayāna

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Les noms communs

Les notions fondamentales

Les termes présentés ici sont les termes sanskrits suivis [entre crochets] de leur orthographe en pāli et (entre "guillemets") de leur traduction littérale.
Les signes diacritiques n'ont pas pu être respectés.

A - B - C/D - H/K - L/M - N - P - R/S - T - U/V/Y

 

- A -

abhidharma [abhidamma] ("doctrine supérieure") :
Troisième section du canon regroupant les commentaires sur la doctrine, sous forme d'exposés philosophiques et psychologiques (voir tripiṭaka).

anātman [anatta] ("non-Soi") :
Inexistence du Soi (ātman) en tant qu'entité indépendante et permanente ; l'une des trois caractéristiques du Soi, selon les doctrines anciennes, et de tout phénomène, selon les écoles du mahāyāna.

ārya [ariya] ("noble") :
Terme employé dans les sūtra pour qualifier ce qui est noble et juste, éloigné de la réalité conventionnelle et mondaine ; parfois synonyme d'arhat. Voir aussi brahma.

ātman [ātta] (même origine étymologique que "āme") :
Soi, idée du Soi, en tant que personne permanente et indépendante.Concept lié aux "Trois poisons" (voir mūla) et au karma, forgée à partir d'une mauvaise appréhension des cinq agrégats (skandha).

arhat/arhant [arahā] ("digne de", "méritant") :
Etre accompli, ayant détruit les souillures mentales et parvenu à l'extinction (nirvāṇa) des renaissances. Constitue le but de la voie bouddhiste pour les écoles anciennes. Synonyme de śrāvakabuddha.

avidyā [avijjā] ("non-connaissance"):
Ignorance des choses "telles qu'elles sont", comme exposées dans les Quatre Nobles Vérités ; constitue le premier maillon de la chaîne de la "production conditionnée" (pratītyasamutpāda). C'est la destruction définitive et complète d'
avidyā qui constitue l'éveil (bodhi).

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- B -

bhāvanā ("maintenir à l'existence") :
Développement (de
bhava / bhāva : devenir / choses en devenir) , pratiques, exercices spirituels liés à la Voie (généralement traduit par "développement mental" ou, improprement, par "méditation"). Voir dhyanā, prajñā, śamatha, samādhi, vipaśyanā.

bhikṣu [bhikkhu], féminin : bhikṣunī [bhikkhuni]
("renonçant", "celui qui mendie sa nourriture") :
Improprement traduit par "moine", le
bhikṣu est celui qui "quitte le foyer pour la vie sans foyer" et prend l'engagement de suivre les nombreux préceptes regroupés dans les vinayapiṭaka.

bhūmi ("sol", "terre") :
Dans le canon pāli désigne les différents domaines d'existence ; dans les textes du mahāyāna est notamment employé pour désigner les dix étapes de la voie du bodhisattva (le 6e
bhūmi correspond à la réalisation de ce que les écoles anciennes considèrent comme l'état d'arhat).

bodhi ("éveil") :
Expérience vécue par un être lorsqu'il met fin à l'ignorance (avidyā) et se libère définitivement du saṃsāra (voir buddha).

bodhicitta ("conscience d'éveil") :
La "conscience d'éveil" intervient au moment où un être humain décide de s'engager dans la voie du bodhisattva pour parvenir au parfait et complet Eveil des buddha, afin d'obtenir (outre la libération) l'omniscience qui permet d'oeuvrer pour le bien de tous les êtres.

bodhisattva [boddhisatta] ("être d'éveil") :
Futur buddha, être vouant sa (ses) vie(s) à l'obtention du "suprême éveil" (voir buddha), par l'amélioration de ses qualités intérieures (pāramitā). La "voie du
bodhisattva" (bodhisattvayāna) constitue l'idéal du mahāyāna. Ses principales caractéristiques sont les voeux spéficiques, prononcés par le bodhisattva au début de sa carrière, la compassion universelle (karunā) et la sagesse transcendante (prajñā) qu'il développe.

brahma ("noble", "sublime") :
Terme servant à composer des expressions mettant en valeur la pureté, le bonheur, le "mérite", par association au "monde des
brahma", séjour des dieux.

brahma-vihāra ("habitation sublime") :
Désigne les quatre qualités suprêmes et "illimitées" que doit développer le disciple lorsqu'il s'exerce au développement mental (bhāvana) : amour (mettā), compassion (karunā), joie altruiste (muditā) et équanimité (upekkhā).

buddha ("éveillé") :
Tout être parvenu à l'éveil (bodhi), à la plénitude de la sagesse (prajñā) et à la libération, après avoir pratiqué les "perfections" (pāramitā).
On distingue trois types de buddha :

  • le samyaksambuddha [sammāsambuddha] ("complètement, parfaitement éveillé") qui obtient l'éveil par ses seuls efforts et est capable d'enseigner le Dharma ;
  • le pratyekabuddha [paccekabuddha] ("éveillé pour soi") qui obtient l'éveil par ses seuls efforts mais n'enseigne pas le Dharma ;
  • le śrāvakabuddha [sāvakabuddha] ("auditeur éveillé") qui parvient à l'éveil en suivant l'enseignement délivré par un samyaksambuddha, directement ou par ses successeurs (synonyme d'arhat).

buddhānusmrti [buddhānussati] ("souvenir du buddha") :
Pratique de récitation des noms du buddha et de ses qualités.

buddhakśetra ("champ de buddha") :
Domaine de rayonnement des
buddha. On en distingue trois : le champ de naissance (jātikkhetam), cadre de son existence terrestre ; le champ d'autorité (ānākkhetam), dans lequel agit son enseignement ; le champ de connaissance (visayakkhetam), illimité. Appelé aussi "Terre Pure".

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- C / D-

citta ("conscience(s)", état(s) de conscience") :
L'un des cinq composants (skhanda) formant la fausse idée du Soi (ātman) ; il existe six consciences liées aux six sens (5 sens physiques + sens mental). Voir vijñāna (par rapport à vijñāna,
citta est surtout employé en ce qui concerne la réalisation du nirvāṇa).

dāna ("don") :
Le don constitue la première des activités "méritoires", avec la moralité (śīla) et le développement mental (bhāvanā), et l'une des dix "perfections" (pāramitā). On distingue notamment le don matériel, de peu de fruit, et le don du Dharma, qui constitue le "don suprême".

deva ("resplendissant", de même racine étymologique que "dieu") :
L'un des six états d'existence au sein du saṃsāra. En règle générale, non visibles à l'oeil humain et vivant dans des mondes heureux, matériels ou "sans forme", les deva, comme tous les autres êtres, restent soumis à la naissance et à la mort. La notion de "dieu créateur" n'est pas reconnue par les bouddhistes.

dharma [dhamma] ("ce qui porte") :
Le terme a de multiples sens - norme, loi, doctrine, chose, objet mental, phénomène... Nom commun (
dharma), il désigne les constituants de tous les phénomènes, physiques et mentaux. Nom propre (Dharma), il désigne tout à la fois l'Ordre qui régit le monde et l'enseignement des buddha (la Loi) qui en rend compte. Il constitue alors l'un des "Trois Joyaux" (avec Buddha et Saṅgha).

dharmakāya [dhammakāya] ("corps de doctrine") :
Pour les écoles anciennes, le
dharmakāya est ce qui "reste" d'un buddha après son extinction définitive (parinirvāṇa), l'ensemble des enseignements qu'il a légué à la communauté de ses disciples. Pour les écoles du mahāyāna, le dharmakāya désigne le "corps universel et essentiel" des buddha, synonyme de dharmadhātu, la Réalité ultime des choses "telles qu'elles sont", à partir duquel se manifestent les autres "corps" : sambhogakāya et nirmānakāya.

dhātu ("élément") :
Les parties constituantes d'un tout, les quatre éléments physiques, les 18 éléments physiques et mentaux nécessaires au fonctionnement de l'esprit (organes, perceptions et consciences...). Le terme apparaît dans de nombreuses classifications, comme celle des "trois mondes" : monde du désir (
karmadhātu), monde des formes (rūpadhātu), monde du sans forme (arūpadhātu) ; ou pour désigner la Réalité (dharmadhātu = la réalité absolue).

dhyāna [jhāna] ("absorption") :
Au sens large, tout acte de concentration de l'esprit sur un objet, mental ou physique. Au sens technique, désigne les quatre états d'absorption ("enstase") atteints par l'exercice de la concentration (samādhi). Le plus souvent traduit, improprement, par "méditation".

dosa ("haine") :
L'un des "trois poisons" (voir mūla
) à l'origine du karma ; désigne tout état d'aversion ou d'agression, dépendant de l'idée de Soi (ātman), lié à la haine ou à la colère, se manifestant contre soi-même ou tout ce qui est considéré comme "autre que soi" (personne ou objet).

duhkha [dukkha] ("mal-être") :
La principale caractéristique du saṃsāra. Souffrance, insatisfaction, sentiment d'imperfection et d'insécurité (s'oppose à
sukha : sentiment de plénitude).
On distingue trois types de
duhkha : duhkha-duhkha (souffrance physique ou mentale), viparināma-duhkha (souffrance liée au changement, à l'impermanence), saṃskāra-duhkha (souffrance liée au caractère interdépendant, "fabriqué", des phénomènes - voir saṃskāra).

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- H / K -

hinayāna ("petit véhicule") :
Terme péjoratif appliqué par les adeptes du mahāyāna aux représentants d'une vision restreinte de la Voie ; le "petit véhicule" est celui qui vise la délivrance individuelle par l'obtention de l'état d'arhat, et non la recherche de l'éveil des "Buddha parfaitement éveillés" (voir buddha). Aucune école ne peut être réduite à cette définition, qui doit être comprise comme une voie parmi d'autres, puisque même le Theravāda envisage la voie du bodhisattva et du pratyekabuddha.

kalpa [kappa] ("cycle cosmique") :
Traduit généralement par "éon", désigne un laps de temps inconcevablement long. On distingue quatre périodes en un
kalpa : formation d'un "monde", durée du "monde", résorption du "monde", chaos... puis renaissance d'un monde, etc.

karma [kamma] ("acte") :
Le mot
karma est de même origine étymologique indoeuropéenne [*kr] que "création". Dans la doctrine bouddhiste, il désigne exclusivement l'acte né d'une intention ou "volition" (cetanā).
Il est "mauvais" s'il est conditionné par les "trois poisons" : convoitise, aversion, égarement (
lobha, dosa, moha - voir mūla) ; il est "bon" s'il est conditionné par l'altruisme, la bienveillance ou la sagesse (alobha, adosa = mettā, amoha = prajñā).
Il peut être acte du corps (gestes), de la parole (verbalisations) ou de l'esprit (pensées) et porte un "fruit" dans cette vie, dans la prochaine ou au cours de naissances successives, si les circonstances requises sont réunies et seulement dans ce cas (des
karma, faibles ou contrariés par un karma de type opposé, peuvent ne jamais porter de "fruit").
Du point de vue ultime (doctrine de l'anātman), il n'y a que des actes mais aucun acteur qui agisse et "reçoive" un fruit.

karunā ("compassion") :
L'une des quatre "demeures sublimes" (brahma-vihāra) ; représente le sentiment de sympathie à l'égard de tous les êtres soumis à la souffrance et le souhait qu'ils en soient délivrés ; antidote de la cruauté.

kāya ("accumulation", "groupe", "corps") :
Désigne toute manifestation composée d'éléments (dhātu) : corps physique (rūpa), corps mental (nāma), ou corps "subtils".
Le mahāyāna développera la doctrine des différents "Corps de Buddha", manifestations par
lesquelles s'exprime la boddhéité. Les trois principaux sont le dharmakāya, le sambhogakāya et le nirmanakāya.

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- L / M -

lobha ("convoitise") :
L'un des "trois poisons" (voir mūla) à l'origine du karma ; désigne tout état de convoitise et de désir (synonyme de trsnā), dépendant de l'idée de Soi (ātman) et l'alimentant par possession, assimilation, etc.

mārga [magga] ("chemin", "voie") :
Terme générique employé pour désigner l'ensemble des pratiques ; c'est l'Octuple Noble Sentier présenté dans la 4e Noble Vérité, composé de la discipline (śīla), du développement mental (samādhi) et de la sagesse (prajñā).

mahāyāna ("grand véhicule") :
Terme regroupant l'ensemble des écoles nées à partir de l'ère chrétienne et se référant aux textes de la
prajñāpāramitā ("la Perfection de Sagesse" - voir prajñā et pāramitā) et à tous ceux qui les suivront ou s'en inspireront. Son idéal est la voie du bodhisattva, aspiration à l'éveil des "buddha parfaitement éveillés" (samyaksambuddha), conçue comme supérieure à la voie des auditeurs (śrāvaka), parce qu'animée par la compassion universelle (karunā) - le "grand véhicule" est celui qui emmène tous les êtres et non le seul individu qui pratique la voie des auditeurs. Elle se caractérise notamment par la pratique des "perfections" (pāramitā).

maitri [mettā] ("bonté toute d'amour") :
L'une des quatre "demeures sublimes" (brahma-vihāra) ; représente le sentiment de sympathie à l'égard de tous les êtres vivants, antidote de la haine et de la peur.

mandala ("cercle") :
Figure géométrique symbolique, représentant le "monde" ou "terre pure" d'un buddha ou d'un grand bodhisattva (voir buddhakśetra), ainsi que sa figuration peinte ou réalisée en sable coloré, qui, dans les écoles du vajrayāna, sert de base aux méditations de "visualisation".

mantra ("formule sacrée") :
Appelée aussi
dhārani ou, quand il s'agit d'une seule syllabe, bīja ("germe"), le mantra est un son ou un ensemble de sons conçus comme efficace en eux-mêmes, en dépit du sens littéral qu'ils peuvent avoir. Le mantrayāna (autre appelation du vajrayāna) fonde sa pratique sur la correspondance entre les sons et les divinités ou les phénomènes, qui les représentent, en sont l'essence et permettent donc de les créer ou de les susciter.

moha ("aveuglement") :`
L'un des "trois poisons" (voir mūla) à l'origine du karma ; souvent synonyme d'ignorance (avidyā). C'est sa destruction définitive qui provoque l'éveil (bodhi) et la libération définitive du saṃsāra.

muditā ("joie altruiste") :
L'une des quatre "demeures sublimes" (brahma-vihāra) ; représente le sentiment de sympathie éprouvée à l'occasion du bonheur d'autrui, antidote de la jalousie et du mécontentement.

mudrā ("sceau") :
Geste symbolique, le
mudrā correspond au niveau du corps, dans les pratiques tantriques, à ce qu'est le mantra au niveau de la parole.

mūla ("racine") :
Les "racines" ou "causes" sont les conditions qui déterminent la qualité morale d'un acte volitionnel (cetanā), la conscience et les facteurs mentaux qui lui sont associés, donc la qualité du karma. Il existe six racines : trois karmiquement mauvaises (les "Trois poisons" : la convoitise, lobha, la haine, dveṣa, et l'égarement, moha) et trois karmiquement bonnes (les opposés : alobha, adosa et amoha).

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- N -

nāma ("nom") :
Désigne l'esprit dans ses fonctions, tout ce qui relève du mental et de l'intellect, "ce qui nomme" les choses et les conçoit sous la forme d'un Soi (ātman). Le terme regroupe les quatre agrégats (skandha) qui ne relèvent pas de la matière (rūpa) : sensations, perceptions, formations mentales et consciences. Composé avec le terme
rūpa (nāma-rūpa), il désigne l'ensemble des cinq agrégats et le quatrième maillon de la chaîne de production conditionnée (pratītyasamutpāda).

nirmānakāya ("corps d'apparition") :
Pour les écoles du mahāyāna, désigne le "corps" par lequel se manifeste le dharmakāya pour délivrer la Doctrine aux hommes (par exemple Gautama Sakyamuni). Simple "apparence" liée au monde des phénomènes (saṃsāra), c'est ce
nirmānakāya qui disparaît au moment de l'extinction finale (parinirvāṇa) du Buddha, comme "subterfuge" utilisé pour inciter les hommes à oeuvrer pour leur Délivrance.

nirvāṇa [nibbāna] ("extinction") :
Etymologiquement, le
nirvāṇa est l' "extinction" d'une flamme par suite de l'épuisement de son combustible. Dans la doctrine bouddhiste, il désigne l'extinction de duhkha par "épuisement" de l'ignorance et de l'attachement qui conditionnent duhkha à travers l'idée de Soi (ātman). Il constitue le but suprême et ultime de la voie bouddhique. C'est l'extinction des "souillures" que sont la convoitise, la haine et l'égarement (les "trois poisons" - voir mūla) .
Les écoles anciennes distinguent deux
nirvāṇa : celui atteint par l'arhat pendant cette vie ("avec résidus"), lorsque demeurent certains agrégats (skhanda), et le "nirvāṇa complet" (parinirvāṇa), à la mort biologique, quand plus aucun agrégat d'attachement ne "perpétue" le processus physico-mental de l'existence.
Les écoles du mahāyāna s'appuieront sur l'idée de vacuité de tous les phénomènes (śunyatā) pour établir une "équivalence" entre saṃsāra et
nirvāṇa, la distinction s'établissant sur la "vue" (juste ou erronée) des choses, selon le principe des deux Réalités (conventionnelle ou ultime).

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- P -

pāramitā [pāramī] ("perfections") :
Les qualités développées par le bodhisattva, durant de multiples kalpa, avant d'atteindre l'éveil. Les écoles du mahāyāna en distinguent généralement six - le don (dāna), la moralité (śīla), la patience (
kṣānti), l'énergie (vīrya), l'absorption (dhyāna) et la sagesse (prajñā).
Deux oeuvres tardives du canon pāli, de leur côté, évoquent dix
pāramī correspondant à cinq des six pāramitā (ne figure pas dhyāna), auxquelles s'ajoutent le renoncement (nekkhamma), la vérité (sacca), la résolution (adhitthāna), l'amour (mettā) et l'équanimité (upekkhā).

parinirvāṇa [parinibbāna] ("extinction parfaite") :
Le nirvāṇa "absolu", complet, "sans résidus", l'extinction définitive des buddha lors de la dissolution du corps physique, à la mort biologique.

prajñā [paññā] ("sagesse") :
Connaissance ou intelligence non conceptuelle (dite parfois "sagesse transcendante" ou "sapience") ayant directement accès aux choses "telles qu'elles sont". C'est le développement de
prajñā qui met fin à l'ignorance (avidyā) et mène à la réalisation de l'éveil et du nirvāṇa. Elle consiste en la compréhension profonde et vécue des trois caractéristiques du saṃsāra (impermanence, insatisfaction et non-Soi). Désigne aussi la troisième section de l'Octuple Noble Sentier (voir śīla et samādhi), comprenant la pensée juste (pensée de renoncement, de détachement non égoïste, d'amour et de non-violence) et la compréhension juste (prajñā au sens strict).

pratyekabuddha : voir buddha

pratītyasamutpāda [paticcasamuppāda] ("origine conditionnée") :
Exposé systématique, le plus souvent en douze termes, de l'origine conditionnée du Soi (écoles anciennes) et des phénomènes (écoles du mahāyāna). C'est à partir de l'origine conditionnée - le coeur de l'enseignement bouddhiste - que se déduit l'inexistence du Soi (anātman). Elle montre, dans un sens, comment les phénomènes se conditionnent mutuellement au sein du saṃsāra et, dans l'autre sens, comment parvenir à y mettre fin.
Les douze "maillons" de cette chaîne s'étendent sur le passé, le présent et l'avenir, et voient se succéder des temps de formation de karma suivis de temps de renaissance. Le premier terme est l'ignorance (avidyā) ; celle-ci conditionne les formations mentales (saṃskāra) d'où proviennent les éléments constituants le Soi (nāma
-rūpa et les cinq agrégats, skandha) ; de la croyance au Soi découlent le désir (trsnā), l'attachement et le processus du devenir produisant de nouveaux karma, eux-mêmes causes de renaissance, vieillesse et mort, tous phénomènes marqués du sceau de duhkha.

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- R / S -

rūpa ("matière") :
Tout ce qui relève de la matière formée des quatre éléments (terre, air, eau, feu), les objets physiques, ce qui entre en contact avec les sens (voir nāma).

sādhana ("moyens d'accomplissement") :
Pratiques méditatives propres au vajrayāna.

śamatha [samatha] ("calme") :
L'une des pratiques méditatives les plus importantes, permettant de fixer l'esprit et de le calmer (parfois synonyme de
samādhi). Ṥamatha, cependant, ne suffit pas pour atteindre l'Eveil et se libérer définitivement de la souffrance.

samaya ("lien sacré") :
Engagement mutuel, dans les écoles vajrayāna, entre le maître (vajrācarya) et son disciple.

samādhi ("concentration") :
Etat de concentration mentale,
samādhi représente aussi la deuxième section de l'Octuple Noble Sentier (voir śīla et prajñā), comprenant l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste (dhyāna).

sambhogakāya ("corps de jouissance") :
Pour les écoles du mahāyāna, désigne le "corps" par lequel se manifeste le dharmakāya pour enseigner le Dharma aux bodhisattva. Corps "mystique" et rayonnant, c'est par lui qu'on été délivrés les enseignements recueillis dans les principaux "nouveaux" sūtra du mahāyāna.

saṃsāra ("perpétuelle errance") :
Cycle sans fin des renaissances, dénué de finalité, dans lequel tout individu erre à travers les "six états d'existence" - du plus élevé au plus bas :
deva, asura (être intermédiaire entre homme et deva, orgueilleux, violents, avides de pouvoir), hommes, animaux, preta ("trépassés" : fantômes, êtres au corps "subtil" perpétuellement affamés) et enfers (niraya) - et les trois mondes - monde du désir des sens (celui des six états d'existence), monde de la forme pure (accessibles aux êtres proches de l'état d'arhat et aux grands bodhisattva, appelés "sans retour", ou liés aux états réalisés en dhyāna, ou encore demeure des Dieux les plus "haut" placés, comme Mahā-Brahma) et le monde sans forme (lieu de renaissances purement mentales).

saṃskāra [saṅkhāra] ("formations") :
Quatrième des cinq agrégats (skandha), désigne l'action ou le résultat de toute volition consciente et karmiquement active (le mot est composé de "sam", équivalent du "syn" grec = avec, ensemble ; et de la racine *k
= fabriquer, créer). Appelé parfois "tendances fabricatrices" ou "formations mentales", il désigne l'acte karmique, du point de vue du sujet ; appelé parfois "phénomènes conditionnés", il désigne tout phénomène du saṃsāra, pris comme objet. Il constitue le deuxième maillon de la production conditionnée (pratītyasamutpāda).

samyaksambuddha : voir buddha

samjñā [saññā] ("cognition") :
Troisième des cinq agrégats (skandha), désigne la faculté de reconnaissance et de classement des phénomènes et des expériences vécues. C'est elle qui donne un nom à ce dont la conscience est consciente.

saṅgha ("assemblée") :
Nom donné aux disciples du Buddha, répartis en quatre groupes : bhikṣu et bhikṣunī ("moines" et "moniales"),
upāsaka et upāsikā (laïcs hommes et femmes). Désigne le plus souvent les seuls "renonçants" (bhikṣu).

śaraṇa [saraṇa] ("point d'appui") :
Généralement traduit par "refuge" (notamment dans l'expression "prise de refuges"), il est employé à propos des Trois Joyaux que sont Buddha, Dharma et Saṅgha, qui doivent servir de points d'appui, de références et d'exemples dans la conduite de sa vie, selon les enseignements bouddhistes.

śunyatā [suññatā] ("vide") :
Manifeste le caractère illusoire de l'idée de soi (ātman), du point de vue de la Réalité absolue ou ultime, et son caractère conditionné en relation avec les cinq agrégats (skandha), du point de vue de la Réalité relative ou conditionnée.
Le concept de "vacuité" sera particulièrement développé par les écoles du mahāyāna et, notamment, appliqué à l'ensemble des phénomènes (et non seulement à l'idée de Soi, comme dans les écoles anciennes). C'est cette vacuité des phénomènes qui rend possible l'idée d'une "équivalence" du saṃsāra et du nirvāṇa, essentielle dans l'enseignement du mahāyāna.

śīla [sīla] ("vertu", "moralité") :
Principes éthiques de la vie bouddhiste,
śīla reprend trois des huit pratiques de l'Octuple Noble Sentier (parole juste, action juste, moyens d'existence juste). Elle est notamment représentée par les "cinq préceptes" : s'abstenir de nuire aux êtres vivants, de prendre ce qui n'a pas été donné, d'inconduite sexuelle, de paroles blessantes, inutiles ou frivoles, de consommation d'intoxicants.
Certaines écoles mahāyānistes y ajoutent les cinq préceptes suivants : ne pas critiquer les autres, ne pas faire son propre éloge et insulter les autres, ne pas donner avec parcomnie ou réticence (le Dharma ou des biens matériels), ne pas se mettre en colère, ne pas diffamer les Trois Joyaux.

skandha [khandha] ("groupe") :
Désigne les cinq aspects sous lesquels se présentent tous les phénomènes mentaux ou physiques, apparaissant à celui qu'aveugle l'ignorance comme étant un Soi (ātman). Appelés aussi "agrégats" d'attachement (parce qu'ils donnent lieu à une identification en tant que "soi"), ils regroupent la matière (rūpa), les sensations (vedanā), les perceptions (samjñā), les formations (saṃskāra) et les consciences (vijñanā).

śrāvaka [sāvaka] ("auditeur") :
Disciple du Buddha, qui écoute les enseignements. Au sens restreint, désigne les arhat ou śrāvakabuddha.

sthavira [thera] ("ancien") :
Titre monastique accordé à un bhikṣu ayant reçu l'ordination complète depuis au moins dix ans, ou employé de manière honorifique.
Le terme est surtout connu pour son emploi dans le nom de l'école indienne Sthaviravāda ("école des Anciens") lors du premier schisme de l'histoire du bouddhisme, qui en langue pālie, à Ceylan, s'appellera Theravāda.

sūtra [sutta] ("fil") :
Ensemble des textes présentant les discours d'enseignement du Buddha, regroupés dans la deuxième "corbeille" (voir tripiṭaka) du canon. Les sūtra spécifiques du mahāyāna ne sont pas reconnus comme "paroles du Buddha" par les écoles anciennes.

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- T -

tantra ("chaîne d'un tissu") :
Ensemble de textes présentant les pratiques particulières au vajrayāna. Les
tantra constituent une "corbeille" (piṭaka) spécifique, à côté des sūtra, car il sont dits avoir été enseignés par le Buddha ou des bodhisattva, le plus souvent dans des conditions secrètes, à des pratiquants avancés du mahāyāna (mahā-siddha, "Grands Accomplis").

tathāgata ("ainsi allé") :
Un des principaux titres du Buddha, par lequel lui-même se désigne. Son sens est très incertain : qui agit ainsi qu'il dit, qui s'en est allé ainsi (au-delà du saṃsāra), qui est venu ainsi (pour sauver l'humanité)...

tathāgatagarbha ("embryon de Tathāgata") :
Concept du mahāyāna présentant l'idée qu'il existe en chaque être un "embryon de buddha" (ou une "nature de buddha"), rendu invisible par les souillures dues à l'ignorance, qu'il convient de développer et de réaliser.

tathātā ("ainséité") :
Caractère des choses "telles qu'elles sont", "ainsi".

tripiṭaka ("corbeille") :
Désigne l'ensemble des écritures boudhiques dont les manuscrits sur feuille de palmier auraient été rangés dans trois (
tri) corbeilles (piṭaka) : le vinayapiṭaka (corbeille de la discipline monastique, du Saṅgha au sens restreint), le sūtrapiṭaka (corbeille des discours du Buddha) et l'abhidharmapiṭaka (corbeille des commentaires sur le Dharma).

tṛṣṇā [taṇhā] ("soif") :
Le désir, principale racine de la souffrance (duhkha). On distingue la soif du désir sensuel, la soif d'existence et la soif de non-existence ou auto-annihilation.. C'est le huitième maillon de la production conditionnée (pratītyasamutpāda). Souvent synonyme de lobha.

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- U / V / Y -

upāya ("moyens habiles") :
Terme par lequel on désigne, dans les écoles du mahāyāna, les actions des bodhisattva qui, bien qu'ayant la connaissance profonde (prajñā) de la vacuité des phénomènes, n'en agissent pas moins dans le monde du saṃsāra, par compassion (karunā) pour tous les êtres.

upekkhā ("équanimité") :
L'une des quatre "demeures sublimes" (brahma-vihāra) ; sérénité imperturbable et équanime envers les êtres, équilibrant le souci du bonheur d'autrui avec la connaissance du caractère douloureux (duhkha
) de l'existence ; antidote de la partialité et de l'attachement.

vajrācarya ("maître de vajra") :
Maître dirigeant la pratique d'un disciple dans les écoles du vajrayāna.

vajrayāna ("véhicule de diamant/foudre") :
Nom sous lequel on désigne la branche du mahāyāna s'inspirant des tantra. Le
vajra - à la fois diamant et foudre