Les fondements du bouddhisme

Traditionnellement, on distingue trois "Joyaux" dans le bouddhisme : le Buddha, le Dharma et le Sangha. Le Buddha est l'enseignant fondateur, le Dharma est son enseignement (doctrine et pratique) et le Sangha est le nom donné à la communauté de ses disciples.
 
buddha-dhamma Museum für indische Kunst Berlin.jpg Personnages rendant hommage
à une triple "roue du Dharma"
symbolisant les "Trois Joyaux" :
le Buddha, le Dharma et le Sangha.

(Gandhara - Museum für indische Kunst, Berlin)

 

Le Buddha

"Buddha" est un titre honorifique attribué à tous les êtres qui, par leurs propres efforts, ont atteint l'Eveil, la "bodhi". Employé de manière absolue, "le Bouddha" désigne un homme en particulier, Siddharta Gautama Sakyamuni, dont l'enseignement a donné naissance à ce que l'Occident appelle "bouddhisme" et qu'on connaît en Orient sous le nom de Buddha-Dharma, "l'enseignement du Buddha". 

à noter !
Nous distinguons le terme "buddha" (orthographe sanskrite), qui est un titre, et le nom "Bouddha" (orthographe française), qui désigne le Buddha "historique" : Siddharta Gautama Sakyamuni.
 

bouddha-sourire.jpgQu'est-ce qu'un "buddha" ?

Le terme « buddha » (« Eveillé ») est un titre qui n’est pas réservé au seul « Bouddha historique », mais qu’on attribue à toute personne qui, comme lui, a fait l’expérience de l’Eveil (bodhi).
On distingue deux étapes dans la vie d’un buddha : celle de bodhisattva, « être promis à l’Éveil », et celle de buddha proprement dit, une fois qu’il a atteint l’Éveil. Le bodhisattva est proposé comme modèle aux disciples et les événements de sa vie constituent des étapes caractéristiques de la Voie spirituelle. En cela, il est un homme comme les autres. Un futur buddha reste néanmoins exceptionnel : il se voue à la recherche du Dharma et cette quête s’effectue au long d’innombrables vies. Ces vies antérieures permettent de mettre en valeur les qualités qu’il a développées de manière extraordinaire : détachement, amour universel, compassion, effort, etc.
 

Qui est le Bouddha historique ?

Le Bouddha "historique", Siddharta Gautama Sakyamuni, a vécu au Ve siècle avant Jésus-Christ.
Sa vie s'articule autour de quatre épisodes essentiels : la naissance, l'Éveil et la première prédication, enfin la "disparition complète" (selon l'expression traditionnelle).
Selon la chronologie la plus longtemps acceptée, il serait né en 566 avant notre ère, près de Kapilavastu (bourgade située sur la frontière actuelle entre l'Inde et le Népal), il aurait obtenu l'Éveil en 531, à Bodhgayâ, aurait donné sa première prédication quelques temps plus tard à Sarnath, près de Bénarès, avant de connaître son "extinction définitive" (pari-nirvâna) à l'âge de quatre-vingts ans, à Kusinagara, dans l'Inde du Nord. 
On considère aujourd'hui qu'il a dû naître vers ~470 et qu'il a "complètement disparu" aux alentours de ~400, ce qui en fait un strict contemporain du philosophe grec Socrate.
 

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Le "rêve de Maya"
Selon la tradition, le Bouddha n'a pas été conçu comme un être humain ordinaire.
Une nuit, sa mère, la reine Maya, a rêvé d'un éléphant blanc qui lui pénétrait le flanc...
Et c'est ainsi qu'elle se trouva enceinte du futur Bouddha !

Que nous apprend sa vie ?

Les documents, même très anciens, ne constituent pas des preuves scientifiques sur la vie du Bouddha. Ils présentent les éléments d'une tradition, transmise oralement de génération en génération, puis fixés sous forme de textes écrits aux environs du IIe siècle avant Jésus-Christ.
Ces textes ne présentent pas une "biographie" continue du Bouddha mais de nombreux épisodes disséminés dans deux recueils principaux : le "Vinaya-pitaka (la règle monastique) et le "Sutra-Pitaka" (les discours d'enseignement). C'est à partir de cette mosaïque qu'a été composée, par la suite, une histoire chronologique.
En affirmant que l'Eveil était accessible à tous, le Bouddha invitait chacun à suivre son exemple. Il était donc particulièrement important de connaître les étapes de cette progression jusqu'à l'Eveil.
Mais, si les disciples bénéficiaient de l'enseignement délivré par le Bouddha, lui-même était parvenu à l'Eveil par ses propres efforts, ce qui faisait de lui un être exceptionnel.

L'histoire de sa vie est donc l'occasion :
- de montrer sa supériorité évidente sur les autres hommes
- de présenter un chemin symbolique par lequel passent tous les futurs bouddhas et que tous leurs disciples doivent emprunter pour suivre leur exemple.

L'humanité du Bouddha y est donc tempérée par de nombreux éléments surnaturels et symboliques, à valeur pédagogique.

Le récit de sa naissance insiste surtout sur sa supériorité. Il s'agit essentiellement d'un événement symbolique.
La période de sa jeunesse présente les différentes étapes par lesquelles un futur Bouddha doit passer avant d'atteindre l'Eveil : la découverte de la souffrance humaine, l'engagement sur la voie spirituelle, l'étude avec des maîtres d'autres traditions...
Son Eveil est présenté, à la fois, comme une expérience très humaine (accessible à tous) et comme un événement surnaturel.
Le récit de sa vie de prédication fourmille d'anecdotes qui présentent la manière dont vivait la communauté des disciples de l'époque, les différents personnages que le Bouddha rencontre et avec lesquels il discute (rois, maîtres d'autres traditions, laïcs...).
Sa mort a une haute valeur pédagogique et symbolique : elle est l'occasion de rappeler l'essentiel de son enseignement, la dimension humaine mais aussi "supra-mondaine" du Bouddha, et annonce comment ses disciples, moines et laïcs, perpétueront son souvenir, son enseignement et son exemple.

Parinirvana - Myoson - détail

Détail d'une peinture représentant le parinirvâna du Bouddha - Japon, période Momoyama, 16e siècle
Le Bouddha y est entouré de disciples, de bodhisattva, de génies et de dieux...

 

L'enseignement du Bouddha : le Dharma

L'enseignement du Bouddha (le Dharma) est issu de sa propre expérience : il trouve son origine dans l'Éveil (la bodhi) : expérience de l'esprit, libre de toute erreur ou illusion. Il se compose d'un ensemble doctrinal (le dogme) et d'un ensemble de conseils et de méthodes (la pratique).
dharma-cakra-gazelles_Lhassa.JPG
Le premier sermon public du Bouddha a eu lieu dans le "Parc aux gazelles" de Sarnath, près de Bénarès.
Aussi est-il très fréquemment symbolisé par une "roue du Dharma", encadré de deux gazelles,
comme sur cette représentation figurant sur le toit d'un temple de la capitale tibétaine, Lhassa.

Le "Discours de Bénarès", premier enseignement public du Bouddha

La Doctrine (Dharma) a été exposée par le Bouddha dans un enseignement connu sous le nom de "Quatre Nobles Vérités". C'est le principal enseignement de son premier discours public, à Bénarès, peu de temps après son Eveil.
Il se présente comme un exposé médical :

  • 1ère Vérité : le symptôme - l'insatisfaction est inhérente à l'existence humaine ;
  • 2ème Vérité : le diagnostic - cette insatisfaction trouve son origine dans l'ignorance et le désir d'appropriation, propre à l'ego ;
  • 3ème Vérité : la thérapeutique - il existe un état de santé où, l'ignorance étant abolie, le désir ne s'exprime pas et ne donne pas naissance à l'insatisfaction ;
  • 4ème Vérité : le remède - pour retrouver cet état de santé, il convient de suivre une Voie (une discipline de vie déclinée en huit "branches" : "l'Octuple Noble Sentier") qui met fin à l'ignorance et au désir.

Si le constat dressé par le Bouddha semble pessimiste (toute existence est soumise à l'insatisfaction), son enseignement, lui, est optimiste puisqu'il affirme que chacun peut retrouver la santé, où toute insatisfaction est abolie.
Pour parvenir à retrouver la santé (sa propre "nature de Bouddha"), il faut s'adonner à l'étude et à l'entraînement.

Les trois premières "Vérités" invitent à l'étude, qui permet de comprendre l'origine de l'insatisfaction (la nature de l'esprit et des phénomènes), explique pourquoi notre expérience habituelle est "erronée" et proclame la possibilité de mettre fin à l'Ignorance.
Ces trois premières "Vérités", développées, expliquées et commentées, constituent la doctrine.

La quatrième "Vérité" préconise l'entraînement par l'application concrète de méthodes aptes à transformer l'expérience habituelle en expérience d'éveil, libre de toute déformation et confusion. 
Cette quatrième "Vérité" expose les principes qui donneront naissance aux différnetes formes de la pratique.

La doctrine

La doctrine bouddhique est souvent présentée comme un "enseignement graduel". Le Buddha commence par exposer "notre" vision de la réalité, puis il en propose une analyse nouvelle et, finalement, enseigne comment parvenir à voir les choses comme il les voit lui-même, c'est-à-dire "telles qu'elles sont"...
Le "Soi" et l'ego

Dans notre expérience habituelle, nous considérons le monde et ses phénomènes, notre corps et notre esprit, ou encore nos sentiments et nos idées... comme s'ils étaient en relation entre eux mais foncièrement indépendants les uns des autres et comme façonnés sur des modèles - ce qu'on appelle une "essence", un "Soi".
Pour expliquer la variété du monde, on imagine que chaque individu, chaque phénomène n'est en fait qu'une sorte de "variation" sur le thème de ce "Soi" : cheval, arbre, pluie, montagne, étoile, colère, liberté, amour...
En ce qui concerne notre esprit, nous croyons fermement en l'existence d'un "ego" (âtman), insubstantiel et permanent, qui, à travers le corps, appréhende le monde, éprouve des sentiments, raisonne, conçoit des idées. L'ego, encore plus que le corps, est ce qui nous semble constituer notre personnalité, notre individualité, ce qui nous appartient en propre.

L'impermanence et la souffrance

A chaque instant de notre vie, nous pouvons constater que tout, dans la nature, est soumis à la mort. Tout ce qui apparaît, disparaîtra un jour ou l'autre. C'est aussi le cas de notre propre corps, comme pour tous les êtres vivants et toutes les choses matérielles. C'est aussi le cas pour nos sentiments et nos idées : comme les étoiles ou les montagnes, notre amour apparaît un jour et un jour disparaîtra, et nous changeons d'idées et d'opinions.
C'est cette impermanence qui nous fait souffrir. Parce que nous constatons que tout meurt - tout ce qui, pour nous, a un "Soi" - nous craignons que notre propre ego soit, lui aussi, mortel !
Mais il en va des choses comme de l'ego : rien n'existe "en Soi", indépendamment. Tout - y compris notre ego - naît et meurt. C'est parce que nous refusons cette réalité des choses, "telles qu'elles sont", parce que nous entretenons l'illusion de l'existence d'un "Soi", que nous souffrons.

Karma et renaissance

Dans notre vie quotidienne, tous nos actes (karma) dépendent étroitement de cette vision des choses : nos actions, nos réactions, nos désirs et nos craintes sont déterminés par cette croyance en l'ego. C'est pour l'entretenir, le protéger et le développer que nous agissons ou réagissons, en fonction de nos idées et de nos sentiments ou des événements extérieurs.
A chaque fois que quelqu'un ou quelque chose nous semble le mettre en cause, nous agissons comme pour bien nous prouver à nous-même que nous existons, que cet ego existe. Chacun de nos actes, ainsi, naît de cette intention de prouver son existence et, une fois l'acte passé, nous nous réjouissons de l'avoir prouvée.
Chaque fois que notre ego est en danger de mort, nous faisons tout pour le faire renaître, pour le maintenir en vie... C'est la croyance en l'ego qui nourrit l'intention de chacun de nos actes et c'est l'attachement au résultat de ces actes qui entretient notre croyance en l'ego. Chaque acte entraîne ainsi une "nouvelle naissance" - une renaissance - de l'ego.

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Bhava-cakra : la "Roue de la vie" - Tibet

Cette représentation symbolique figure, au centre, les "Trois Poisons" de l'esprit :
l'avidité (un oiseau), l'aversion (un serpent) et la stupidité (un boeuf) ;
dans le premier cercle, les six états d'existence (à droite, sur fond noir et de haut en bas :
animal, fantôme affamé et être des Enfers ; sur fond blanc et de bas en haut : homme, demi-dieu et dieu).
Les six quartiers principaux reprennent les six états d'existence de manière développée
(en haut, les dieux puis, à droite, les hommes et les animaux ; en bas les Enfers ;
en bas à gauche les fantômes affamés puis, au-dessus, les demi-dieux).
Enfin, le cercle extérieur représente en détail les 12 maillons de la chaîne du cycle des renaissances.

 

L'interdépendance

Mais, en fait, tous les phénomènes n'existent qu'en inter-dépendance.
Les objets physiques sont des composés. Comme la montagne est un agrégat de pierre, de terre et de résidus végétaux ou animaux, notre corps est composé de cellules qui nous viennent de nos parents, de la nourriture que nous ingérons, de l'air que nous respirons.
Nos perceptions, elles aussi, sont "composées". Elles sont le résultat combiné de l'existence des objets extérieurs, de leur contact avec notre corps, de l'impression qu'ils laissent sur nos sens et de l'interprétation qu'en fait notre cerveau.
Nos idées, de même, sont composées. Elles dépendent de l'éducation que nous avons reçue, de notre perception du monde extérieur, des événements que nous avons vécus, des idées que d'autres personnes ont exprimées. Et notre ego - l'idée que nous avons de nous-même - est une idée comme une autre...

La vacuité et l'esprit

La réalité nous apparaît comme une relation de dualité : il existerait un sujet (l'ego) qui expérimenterait des objets (les phénomènes extérieurs). Selon le Bouddha, cette réalité "objective" n'existe pas, il s'agit d'une illusion. C'est elle qui entretient le désir et la souffrance.
En fait, les phénomènes que nous expérimentons dans notre vie quotidienne n'existent pas "en Soi", indépendamment de l'expérience que nous en faisons. Ils n'ont d'existence que "relative". C'est ce que peut nous faire comprendre l'étude des enseignements du Bouddha.
En réalité - la réalité "absolue" - tous les phénomènes sont "vides" parce qu'ils n'existent qu'en inter-dépendance. C'est ce qu'on appelle la "vacuité" des phénomènes (shunyata) et c'est cette vacuité que l'on peut expérimenter dans la pratique de la méditation.
Il ne s'agit pas alors d'une expérience vécue par l'ego, dans le désir et l'attachement, mais d'une connaissance directe et intuitive de la réalité, "telle qu'elle est", vécue par l'Esprit, notre "nature de Bouddha".

 

La pratique

La "pratique" regroupe différents "entraînements" et "exercices spirituels" que les disciples du Bouddha mettent en oeuvre pour vérifier, par leur propre expérience personnelle, la véracité des enseignements et leur efficacité, en vue de progresser sur la voie spirituelle et d'atteindre ainsi son but : l'Eveil et la Libération.

 

En quoi consiste la pratique ?

La pratique se définit comme un ensemble de moyens mis à la disposition des disciples pour faciliter et rendre possible l’expérience directe et individuelle de la Réalité. Chacun est invité à en vérifier l’efficacité par lui-même mais, s’il est mis à la disposition de tous, il n’est efficace que s’il est mis en pratique et cette vérification n’est possible que dans la mesure où le disciple s’engage lui-même individuellement, qu’il dispose ou développe les capacités requises et qu’il suit strictement et fidèlement la méthode proposée.
 

L’Octuple Noble Sentier

Exposée dans la Quatrième Noble Vérité, la Voie - ou Chemin - se présente en huit catégories (Octuple Noble Sentier), regroupées sous trois rubriques : sîla, la conduite éthique, samâdhi, la discipline de l’esprit, et prajñâ, la sagesse « intuitive » (pour la distinguer de la sagesse intellectuelle).

•  Sîla permet d’agir dans le domaine du samsâra, de réduire le karma « négatif » et de développer le karma « positif », afin de créer un environnement favorable à la pratique, la sienne et celle des autres. Elle comprend trois catégories : parole juste, action juste et moyens d’existence justes.

•  Samâdhi permet à chacun, individuellement, de calmer l’esprit, de connaître et de maîtriser son fonctionnement et ses « pouvoirs ». Il comprend l’effort juste, l’attention juste et la concentration (ou recueillement) juste. C'est ce qu'on appelle généralement, en Occident, la "méditation".

•  Prajñâ est l’accès à la réalité ultime, et son développement augmente d’autant que l’attachement diminue. Elle est issue de l’écoute, de la réflexion personnelle et de la mise en pratique des enseignements. Elle consiste en pensée juste et compréhension juste.

La base de la pratique est donc la discipline. Elle porte sur le comportement extérieur, les actions physiques et verbales, mais aussi la pensée intérieure et, donc, participe directement à l'entraînement à la méditation. Et la méditation, à son tour, soutient la discipline... 
Les deux sont elles-mêmes soutenues par leur motivation commune. Une pratique équilibrée et correctement motivée se fonde sur certaines convictions - qui peuvent résulter de tendances "innées" ou de réflexions nourries par l'étude - et sur des instructions demandées et reçues au cours d'un enseignement suivi avec un maître.
Ainsi, les différents aspects de l'Octuple Chemin se nourrissent mutuellement et la pratique se doit de les appliquer tous en même temps...

La méditation - ou plutôt "l'entraînement de l'esprit", au sens propre du terme - consiste à placer l'esprit dans un état d'équilibre entre détente et attention, sans agitation et sans fixation.
On entend par méditation, aussi, différentes techniques aptes à favoriser un tel état :
- méditations réflexives : pour développer une pensée juste, préalable à la méditation
- méditations formelles : représentations mentales qui permettent le dépassement de la personnalité habituelle et développent les qualités de l'esprit éveillé
- méditations sans référence : accès direct à la nature de l'esprit et des phénomènes

 

Est-il nécessaire d'avoir un guide ou un maître ?

La nécessité d'un guide spirituel est une caractéristique constante dans toutes les écoles bouddhistes. D'une façon générale, dans le domaine spirituel, il vaut d'ailleurs mieux se méfier de "l'autodicactisme" qui risque fort d'être un "egodidactisme" !
Le guide, représentant de la tradition, assure la transmission des enseignements théoriques et des instructions pratiques, assiste et conseille dans les choix parfois difficiles, constitue une source d'inspiration et une référence fiable. Il est nécessaire de vérifier que la compréhension des enseignements est correcte et complète, non déformée ou partielle à cause des tendances personnelles. Le guide, référence neutre et compétente, en est le garant.
D'un point de vue plus profond, il transmet l'expérience et l'exemple du succès de l'application de l'enseignement. Lors d'une pratique méditative véritable, l'esprit passe par des expériences inhabituelles qu'il faut savoir reconnaître et bien gérer. Le guide assiste dans ce travail délicat de reconnaissance de ce qui est authentique et de ce qui ne l'est pas. Dans certaines écoles (les écoles Vajrayâna, les écoles Zen et bien d'autres), la relation au maître constitue la colonne vertébrale de la pratique et la clef de son succès.

 

Comment trouver un guide ?

On dit que "lorsque le disciple est prêt, le maître se présente" ! Nous pouvons cependant faciliter cette rencontre par notre présence lors d'événements comme les enseignements publics et les programmes de méditation qui sont proposés par de nombreuses écoles présentes en France. La lecture d'ouvrages sur le Dharma constitue aussi une bonne source d'information et d'inspiration, qui peut nous faire savoir où et comment rencontrer celui ou celle qui pourrait devenir notre maître.

Pour reconnaître un maître "authentique", le Dharma donne des repères utiles, qui peuvent se résumer ainsi :

- le rattachement à une tradition authentique
- la transmission non-déformée de l'enseignement
- la compétence et l'expérience dans tous les domaines de son enseignement
- une motivation purement altruiste
- un comportement et un mode de vie en harmonie avec son enseignement
- la compatibilité entre son enseignement et les possibilités de ses disciples

En pratique : le seul repère facilement vérifiable, au début, est l'appartenance du maître à une lignée de transmission, ce qui permet d'éviter que le maître soit lui-même un autodidacte.
En tout cas, la juste relation maître-disciple devrait être fondé sur le libre-choix, mûri après un temps raisonnablement long de connaissance réciproque, et formalisé par une requête et l'acceptation de celle-ci.

 

La Communauté : le Sangha

La communauté (sangha) des disciples du Bouddha se compose, traditionnellement, de "quatre quartiers" : les "moines" (bhiksu), les "moniales" (bhiksunî), les laïcs hommes (upasaka) et femmes (upasika). Ils se distinguent par leur statut social et leur engagement dans la pratique, en fonction des "préceptes" (ou "entraînements") qu'ils s'engagent à mettre en oeuvre.

Devenir bouddhiste

On ne devient pas bouddhiste par la naissance ou par un baptême mais par un engagement personnel dont l'expression formelle s'appelle la "Prise de Refuge" dans les "Trois Joyaux" : le Buddha, le Dharma et le Sangha. Cette "profession de foi" marque l'entrée dans la communauté des disciples - le Sangha - et le souhait de suivre l'enseignement - le Dharma - de celui qu'on appelle "l'Eveillé" - le Buddha.

 

Les "refuges" - sarana

Le terme de "sarana", qu'on traduit généralement par "refuge", n'est pas à comprendre comme un endroit où l'on se réfugie pour fuir ou échapper au malheur. Etymologiquement, "sarana" veut dire "point d'appui", "source de lumière". Les Trois Joyaux sont donc les fondements de la pratique, sur lesquels on prend appui pour marcher sur la Voie, Trois Joyaux qui illuminent les ténèbres de l'ignorance.
Même si, en principe, cet engagement ne regarde que soi et peut donc être pris "en solitaire", il est généralement formulé au cours d'une fête ou d'une cérémonie, publique ou privée, en présence d'un maître ou de pratiquants déjà confirmés, le plus souvent devant une statue de Bouddha.
La prise de refuge n'est pas une déclaration solennelle qui engage à vie celui qui la prononce ; elle est d'ailleurs souvent reformulée, parfois même plusieurs fois par jour, et la récitation de la formule traditionnelle est aussi considérée, dans certaines pratiques de méditation, comme un moyen de fixer l'exprit et de renforcer la motivation du pratiquant.
(voir en annexe la présentation détaillée de ce rituel).

Les préceptes

Cette "prise de refuge" n'a de sens que si l'on s'applique, par la suite, à mettre en pratique l'enseignement du Bouddha. Outre l'exercice de la méditation, le disciple de Bouddha suivra généralement une conduite morale (sîla) qui s'exprime à travers des préceptes ou des voeux.
Leur nombre varie selon les écoles et le degré d'engagement. Ils sont généralement de 5, parfois 8 ou 10.
Ces préceptes ne sont pas tant des "commandements" que des engagements à suivre une discipline intérieure afin de progresser vers l'éveil. C'est ce qu'exprime, dans leur formulation habituelle, l'expression introductive : "Je m'engage à pratiquer la discipline de m'abstenir de...". Plus que l'acte lui-même, c'est l'intention qui le sous-tend à laquelle le disciple devra prêter toute son attention et qu'il est appelé à modifier.

Les cinq préceptes les plus courants consistent donc à s'abstenir de :

1) nuire aux êtres vivants et retirer la vie
2) prendre ce qui n'est pas donné
3) mener une vie sexuelle dissolue
4) user de paroles inutiles, blessantes ou mensongères
5) ingérer tout produit intoxicant supprimant la maîtrise de soi (alcool ou drogues).

Si l'expression de ces préceptes est négative, c'est qu'ils visent à détruire - ou au moins à diminuer - des tendances "négatives", nourries par l'illusion, mais c'est afin de favoriser l'expression de la nature profonde de l'esprit dans sa pureté naturelle :

1) bonté et compassion
2) générosité et détachement
3) contentement
4) amour de la vérité et sa recherche
5) attention vigilante et conscience lucide.

(voir en annexe la présentation détaillée de ce rituel).

Les disciples qui souhaitent s'engager davantage peuvent aussi devenir "moines" ou, dans les écoles du Mahâyâna, prononcer les "voeux de Bodhisattva".

L'engagement monastique

Toutes les écoles bouddhistes reconnaissent aux laïcs la capacité d'atteindre de hauts états de réalisation, ou l'Eveil lui-même, mais la pratique régulière ou intensive de la méditation paraît assez peu compatible avec les contraintes de la vie mondaine. On insiste donc sur la valeur d'une vie "hors du monde" et le bhikkhu ("renonçant") est généralement tenu en grand respect.
Si ce retrait du monde peut aboutir à une vie solitaire, en ermite, la majorité des bhikkhus vivent en communauté et certains monastères ont pu compter jusqu'à plusieurs milliers de "moines". Deux ordinations (mineure et majeure) permettent d'entrer dans de telles communautés : elles se distinguent par le nombre de préceptes que le postulant est invité à suivre. Ce sont ces préceptes qui composent la règle de vie (Vinaya).

La première ordination, "mineure", ne compte que dix préceptes. L'ordination "majeure" n'est accordée généralement qu'après une dizaine d'années de "noviciat". Elle comporte de 227 à 258 préceptes, selon les écoles, et jusqu'à 366 pour les nonnes. Tous les quinze jours (à la pleine lune et à la nouvelle lune), une récitation publique de ces préceptes a lieu, en présence de l'ensemble de la communauté : les moines sont invités à déclarer s'ils ont transgressé l'une de ses règles ou à garder le silence dans le cas contraire. Cette cérémonie de "confession publique" (à laquelle ne participent pas les laïcs) est le seul rituel communautaire auquel sont tenus d'assister tous les moines.

La prise de refuges et l'observance des préceptes

Nous vous proposons de découvrir dans cette page le texte traditionnel, en langue pâlie, récité lors des cérémonies de "prise de refuge" et de "prise de préceptes", selon le rituel de l'école Theravâda.

à voir aussi...
une présentation audio-vidéo de la cérémonie (pûjâ)

Généralement, les refuges et les 5 préceptes (ou 8 lors de fêtes ou de circonstances exceptionnelles) se prennent dans une pagode, devant un bhikkhu ou une bhikkhuni ; si ce n'est pas possible, devant un ou une laïque qui connaît bien les dix préceptes. S'il n'y a absolument personne on peut les prendre soi-même.

Ce rituel donne lieu à un dialogue dont les formules, récitées en pâli dans la tradition Theravâda (présentée ici), ont été fixées au cours des siècles.

  •  les disciples disent :

mayam bhante tisaranena saha attangasamannagatam uposatham yacama
Nous vous demandons le triple refuge ainsi que les huit préceptes

on commence par rendre hommage au Bouddha :
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa
namo tassa bhagavato arahato samma-sambuddhassa

Hommage à lui, le Parfait, le Bienheureux, l'Eveillé

puis on prend refuge dans les Trois Joyaux
(Bouddha, Dharma et Sangha) :

buddham saranam gacchami
Je vais vers le Bouddha comme vers un refuge
dhammam saranam gacchami
Je vais vers le Dhamma comme vers un refuge
sangham saranam gacchami
Je vais vers la Sangha comme vers un refuge

La formule est répétée en tout trois fois, autant pour marquer la vénération aux trois Joyaux que pour s'assurer que le récitant les prononce, au moins une fois, en toute conscience.

dutiyampi (pour la deuxième fois) buddham saranam gacchami
dutiyampi dhammam saranam gacchami
dutiyampi sangham saranam gacchami

tatiyampi (pour la troisième fois) buddham saranam gacchami
tatiyampi dhammam saranam gacchami
tatiyampi sangham saranam gacchami

  • le bhikkhu :

tisarana-gamanam nitthitam
le triple refuge est complet

Les cinq préceptes

Les facteurs qui permettent de savoir si un précepte est violé ont été définis dans les commentaires. Le précepte est violé seulement si toutes les conditions mentionnées ci-dessous sont remplies. Si une ne l'est pas, le précepte est encore intact.Si on a violé un ou plusieurs préceptes, on doit les reprendre avec la ferme intention de ne plus les violer dans le futur.

  •  les disciples :

1 - panatipata veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas tuer.

Ne pas tuer se refère à tout être vivant, y compris les insectes.

Le premier précepte est violé si :
Il y a un être vivant (pano) dont on sait qu'il est vivant (panasannita) on a l'intention de le tuer (vadhacittam) on agit pour le tuer (upakkamo) et la mort en résulte (tena maranam).

2 - adinnadana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas prendre ce qui ne m'a pas été donné.

Le deuxième précepte est violé si :
Il y a un objet appartenant à quelqu'un (para parigga hitam), on sait qu'il a un propriétaire (para parigga hita sannita), on a l'intention de le voler (theyya cittam) on agit pour voler (upakkamo) et l'objet est emporté (tena haranam)

3 - kamesu micchacara veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas commettre l'adultère.

Le troisième précepte est violé si :
On a l'intention d'avoir des rapports sexuels (sevanacittam) par un contact avec les organes génitaux, l'anus ou la bouche (maggena maggap pati padanam), on a des rapports (sevanappayogo) et on éprouve du plaisir (sadiyanam)

4 - musavada veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas mentir.

Ne pas mentir inclut aussi : ne pas médire, ne pas jurer et ne pas parler de choses inutiles.

Le quatrième précepte est violé si :
Il y a un mensonge (atatham vatthu), l'intention de mentir (visam vadana cittam), la parole est prononcée (tajjo vayamo) et l'autre croit ce qu'on a dit (parassata dattha vijananam dattha vijananam)

5 - sura meraya majja pamadatthana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas consommer d'alcool ni de drogues qui conduisent à la négligence.

L'alcool désigne : champagne, vin, bière, pastis, whisky et autres.
Drogues : opium, marijuana, LSD, extasy, cocaïne et autres.
Les cigarettes et les médicaments contenant de l'alcool ne sont pas inclus.

Le cinquième précepte est violé si :
La substance est de l'alcool (mada niyam), il y a un désir de le boire (patu kamyata cittam), on le boit (tajjo vayamo) et il passe par la gorge (pitappa vesanam).

Les huit préceptes

Le troisième précepte est modifié comme suit
et s'ajoutent 3 nouveaux préceptes :

3 - abrahmacariya veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas avoir de rapports sexuels.

6 - vikala bhojana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de ne pas manger après midi jusqu'à l'aube du prochain jour.

L'après-midi on peut boire des jus de fruits ou consommer une des substances suivantes : miel, beurre, mélasse ou huile de sésame (considérés comme des médicaments au temps du Bouddha)

Le sixième précepte est violé si :
Dans le temps de midi jusqu'à l'aube du jour suivant (vikalo), on consomme (ajjho haranap payogo) des aliments ou ce qui est considéré comme nourriture (yava kalikam) et on l'avale (ajjho haranam)

7 - nacca gita vadita visuka dassana mala gandha vilepana dharana mandana vibhusanatthana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de m'abstenir de danses, de chants et de spectacles ; de l'usage de parfums, maquillage et accessoires qui embellissent le corps.

S'abstenir soi-même de danser, chanter et jouer de la musique et s'abstenir aussi de regarder ou écouter les autres chanter, danser ou jouer de la musique. Les crèmes de soin de la peau sont autorisées.

Le septième précepte est violé si :
Il existe des divertissements (nacca-dini), on se déplace pour les voir ou les écouter (dassanat thaya), on regarde ou on écoute (dassanam). Pour la deuxième partie, il y a des accessoires pour embellir le corps (maquillage, parfums, bijoux = maladinam), on n'est pas malade (anunna takarana bhavo) et on les utilise (alankata).

8 - uccasayana mahasayana veramani sikkhapadam samadiyami.
Je m'efforce d'observer le précepte de m'abstenir de sièges et de lits hauts et confortables.

Dans les cultures asiatiques, ces sièges sont réservés aux personnes au rang social plus élevé que soi-même. Ce précepte doit contrer l'orgueil et aussi la langueur

Le huitième précepte est violé si :
Il y a un grand (ou haut) lit ou fauteuil (ucca sayana, maha sayanam), on est conscient de la taille du meuble (maha sayana sannita) et on s'y asseoit ou s'y allonge (ucca sayana).

  • les disciples :

imam atthamgasamannagatam buddhapaññattam uposatham imanca rattim imanca divasam sammadeva abhirakkhitum samadiyami.
Je prends la ferme résolution d'observer correctement ces huit préceptes de l'Uposatha, déterminés par le Bouddha, pour un jour et pour une nuit.

  •  le bhikkhu :

appamadena rakkhitabbani
Observez-les sans négligence

  • les disciples :

ama bhante
Oui Vénérable

Le Bouddhisme : religion, philosophie, morale, science ?

On cherche souvent à mettre une "étiquette" sur l'enseignement du Bouddha : on se demande si le Dharma est une religion, une philosophie, une morale, une "science de l'esprit"... Mais ces étiquettes dépendent de définitions qui ont été établies au fil des siècles, en fonction de l'histoire de l'Occident. Aucune ne lui correspond vraiment exactement !

 

Religion ?

Une religion, généralement, s'appuie sur la croyance en l'existence d'un dieu, créateur du monde et de l'homme. Elle fournit une explication "extérieure", que l'homme subit et à laquelle il doit s'adapter. Pour être "sauvé", celui-ci doit entrer en communication avec ce dieu et respecter ses commandements.
Le Dharma, lui, présente une explication "intérieure" : sa vision du monde et sa propre vie dépendent de chaque homme. L'homme est ainsi seul responsable de son illusion et de sa souffrance, mais aussi seul responsable de son "salut", qui dépend de son engagement et de sa pratique pour échapper à l'illusion.
Par bien des aspects, pourtant, le bouddhisme ressemble à une religion : il existe des temples, des rituels, des statues, des actes de dévotion...
Si on peut parler de "foi" dans le bouddhisme, c'est plutôt dans le sens d'une confiance dans l'enseignement du Bouddha et le témoignage de ses successeurs, qui assurent que chacun est capable d'échapper à la souffrance et d'expérimenter l'Eveil. Mais le Bouddha est un exemple à suivre : on ne le "prie" pas pour qu'il nous viennne en aide.
Des cérémonies ont lieu en son honneur : il s'agit de le commémorer, comme on honore un "grand homme". Les rituels (offrande d'encens, de bougies, de nourriture) ne sont pas destinées à s'attirer ses faveurs mais sont des marques de respect, une façon détournée d'offrir des offrandes aux moines ou une mise en pratique de son enseignement (le don est une manière de pratiquer le détachement).
Le rituel est aussi une pratique de méditation, qui facilite la concentration et détourne l'esprit des préoccupations quotidiennes. Les temples et les statues de Bouddha jouent aussi ce rôle : ils représentent, de manière symbolique, différents points de son enseignement, aident à les avoir toujours présents à l'esprit et contribuent à soutenir la motivation.

Philosophie ?

La philosophie s'appuie sur l'intelligence et la raison pour comprendre le monde et l'homme. La philosophie, aujourd'hui, est surtout un discours théorique "sur" le monde, qui n'implique pas forcément de changer sa manière de vivre. Alors que, dans l'Antiquité, les philosophes étaient aussi des "maîtres à vivre", et leur philosophie se voulait pratique.
Le Dharma propose une démarche qui est plus proche de celle des philosophes antiques que des philosophes modernes, puisqu'elle doit entraîner une nouvelle manière de vivre. Mais il ne s'appuie pas seulement sur la raison et l'intelligence. Si l'étude et la réflexion sont nécessaires, la pratique de la méditation est indispensable, et celle-ci ne fait pas appel au raisonnement mais à l'expérience directe.

Morale ?

La morale se présente comme un ensemble de règles de conduites pour la vie en société, fondé sur une définition "absolue" du bien et du mal. On peut distinguer une morale "naturelle", dans laquelle tout le monde est sensé pouvoir s'entendre sur la définition du bien et du mal (parce qu'elle dépend d'une "raison universelle") et une morale "religieuse", le bien et le mal étant alors définis par les "commandements divins".
Il existe bien une "morale bouddhiste", qui préconise des règles de vie commune. Mais sa définition du bien et du mal ne dépend pas de commandements divins ni d'une "raison universelle". Elle part de la constatation de l'universalité de la souffrance humaine, considère comme mal tout ce qui peut générer de la souffrance, pour soi et pour autrui, et comme bien tout ce qui permet d'atténuer la souffrance ou d'empêcher son apparition.
Il ne s'agit donc pas d'une définition théorique, "absolue", mais d'un ensemble de conseils pratiques qui doivent faciliter l'accès à l'Eveil pour tous.

On pourra lire, en complément, l'article "Le bouddhisme : au-delà du Bien et du Mal" (accès direct ou rubrique "Médiathèque" => "Documents à lire" => "Bibliothèque" => "Articles en ligne")

Science ?
Quelques points communs

Si le Bouddhisme peut être défini comme une "science", c'est qu'il se présente comme un projet de recherche dont le domaine d'étude est l'esprit et les expériences de l'esprit.
Les notions transmises par la tradition ne sont pas à adopter "telles quelles", mais doivent être vérifiées par l'expérience personnelle. Elles ne sont pas une affirmation péremptoire d'une vérité objective, mais le compte-rendu d'une expérience de lucidité, qui est reproductible dans des conditions appropriées - ce qu'on appelle la "méditation".
La pratique correcte est ainsi semblable à un projet de recherche scientifique.
La réflexion permet de diriger la recherche et d'éviter de prendre des directions fausses.
La méditation permet de connaître le fonctionnement du "corps-esprit", sous ses différents aspects : vécu physique, verbal et mental. Elle constitue un "outil de recherche" de la nature de l'esprit et de ses modes de connaissance.
Les résultats de la recherche ne sont pas imposés comme vérité universelle, mais offerts à la réflexion et à l'expérimentation de toutes les personnes intéressées par le problème de la souffrance.

Quelques nuances

Le bouddhisme, cependant, ne tombe pas dans la croyance en l'existence d'une réalité "objective", que pourrait expérimenter un "sujet" observateur. La Voie qu'il propose doit mener au-delà de toute dualité "sujet-objet".
Si l'élite scientifique tient compte désormais de "l'influence subjective de l'observateur" sur les phénomènes qu'il observe, il faut noter cependant que cette évolution reste encore peu connue du grand public (ni même acceptée, parfois encore, par une partie non négligeable de la communauté scientifique) ; on continue souvent de considérer la science comme "objective".
On peut aussi se demander si une telle "prise en compte" de la subjectivité équivaut exactement au "projet de dépasser" toute forme de dualité...
Lorsqu'on évoque le bouddhisme comme "science de l'esprit", il faudra donc tenir compte de cette distinction essentielle.

Relations actuelles entre bouddhisme et sciences

Dans le domaine des sciences fondamentales comme la physique, les théories de la relativité et du vide quantique, le principe d'indétermination et, tout récemment, la théorie des "champs de probabilité" rejoignent certains fondements de l'enseignement du Bouddha.
Des échanges, de plus en plus nombreux, ont lieu entre des représentants de la tradition et des scientifiques. D'un côté comme de l'autre, on exprime un profond respect et l'on croit possible un enrichissement réciproque.
Le domaine des sciences cognitives - dont la vocation est très proche de la recherche bouddhiste - ont donné lieu à de très nombreux échanges et un dialogue positif est d'ores et déjà engagé.
La contribution du bouddhisme à ce dialogue vient surtout du savoir des écoles philosophiques du Mahâyâna (Madhyamaka, en particulier) et du savoir-faire de la tradition méditative et yogique.

Bouddhisme et médecine

La médecine traditionnelle est peut-être la seule science, au sens courant du terme, où le bouddhisme a, depuis toujours, joué un rôle central dans les pays d'Asie.
La médecine traditionnelle tibétaine peut être considérée comme l'expression la plus complète de cette interaction. Née de la fusion des médecines indienne, perse et chinoise, elle a reçu du bouddhisme sa dimension spirituelle, qui en fait un très bon exemple de médecine de la personne, non pas conçue comme une "mécanique" physiologique mais comme un ensemble "corps-esprit".
La science médicale occidentale s'intéresse aujourd'hui à ces connaissances profondes si efficaces, dans le contexte traditionnel, aussi bien sur le plan somatique que psychique.
La méditation et ses différentes méthodes intéressent aussi de plus en plus chercheurs, médecins et psychologues occidentaux qui prennent acte de ses effets positifs, incontestables à court et moyen terme, sur le système complexe corps-parole-esprit.