Bouddhisme et Occident

Connu en Europe dès le Moyen-Age, grâce aux voyageurs et aux missionnaires chrétiens, le bouddhisme ne sera véritablement étudié qu'à partir du XIXe siècle. Mais c'est au XXe siècle, seulement, que les Occidentaux commenceront à s'intéresser réellement à la "pratique" du bouddhisme, grâce aux enseignants asiatiques qui viendront s'installer en Europe et aux Etats-Unis.
 

Au XIXe siècle, le développement des études indianistes et la colonisation progressive de l'Asie par les grandes puissances européennes ont permis un accès direct aux textes originaux. Malheureusement, une interprétation partiale et hâtive du bouddhisme par de nombreux philosophes occidentaux et des amalgames (opérés notamment par les tenants de la Théosophie) ont durablement installé en Europe une vision fausse ou négative de l'enseignement bouddhiste.

Ce n'est qu'au XXe siècle que les Occidentaux auront réellement accès à l'enseignement traditionnel et authentique. Cette évolution est due à la multiplication des contacts personnels entre des enseignants ou des spécialistes orientaux et des Occidentaux qui se rendirent en Asie (notamment Alexandra David-Neel, la première femme occidentale à entrer au Tibet). Dès le milieu du XXe siècle, un certain nombre d'ouvrages permettent aussi au grand public d'avoir un accès plus sûr à l'enseignement de certaines écoles, notamment le Zen avec la parution en langue anglaise des Essais sur le bouddhisme zen de D.T. Suzuki.

A partir des années 60, les contacts se multiplient : les Occidentaux sont de plus en plus nombreux à se rendre en Asie (surtout au Japon et au Népal) et des enseignants bouddhistes qualifiés s'installent en Occident, aux Etats-Unis ou en Europe. Les ouvrages de présentation du bouddhisme en langue occidentale deviennent plus nombreux. Ils sont l'oeuvre aussi bien d'enseignants orientaux (le Tibétain Chögyam Trungpa, le Sri-lankais Walpola Rahula...) que d'Occidentaux, notamment des moines chrétiens (tels le trappiste Thomas Merton ou le jésuite H. M. Enomiya-Lassalle).

Ce contact direct de quelques "pionniers" et la diffusion de leurs ouvrages dans le grand public ont largement favorisé la création de centres d'enseignements en Europe à partir des années 70. Deux grandes écoles bouddhistes bénéficieront surtout de cette implantation : le bouddhisme Vajrayâna tibétain et le bouddhisme Zen, japonais et vietnamien. L'intérêt qu'elles suscitent auprès des Européens est largement lié à la personnalité de trois maîtres : le Tibétain Kalou Rinpoché, le Japonais Taisen Deshimaru et le Vietnamien Thich Nhat Hanh.

On ne peut sous-estimer l'importance de la situation politique en Asie sur ce phénomène d'introduction du bouddhisme en Occident. Ainsi la curiosité éveillée par le bouddhisme Zen est-elle due en partie à la fascination qu'exerça le Japon, vaincu en 1945, sur l'Occident et, notamment les Etats-Unis. L'invasion du Tibet par les Chinois, en 1959, a notablement attiré l'attention des Occidentaux sur la personnalité du Dalaï-Lama qui, comme le pape catholique, est aussi un chef d'état. La guerre d'Indochine puis la guerre du Vietnam ont joué un rôle évident dans l'installation, notamment en France, d'importantes communautés d'exilés du Sud-est asiatique.