On ne devient pas bouddhiste par la naissance (comme c'est
le cas pour le judaïsme) ou par un baptême (comme dans le christianisme)
mais par un engagement personnel dont l'expression formelle s'appelle la
"Prise de Refuge" dans les "Trois Joyaux" : le Bouddha,
le Dharma et le Sangha. Cette "profession de foi" marque l'entrée
dans la communauté des disciples - le Sangha - et le souhait de suivre
l'enseignement - le Dharma - de celui qu'on appelle "l'Eveillé"
- le Bouddha.
Le terme de "sarana", qu'on traduit généralement
par "refuge", n'est pas à comprendre comme un endroit où
l'on se réfugie pour fuir ou échapper au malheur. Etymologiquement,
"sarana" veut dire "point d'appui", "source de
lumière". Les Trois Joyaux sont donc les fondements de la pratique,
sur lesquels on prend appui pour marcher sur la Voie, Trois Joyaux qui illuminent
les ténèbres de l'ignorance.
Même si, en principe, cet engagement ne regarde que soi et peut donc
être pris "en solitaire", il est généralement
formulé au cours d'une fête ou d'une cérémonie,
publique ou privée, en présence d'un maître ou de pratiquants
déjà confirmés, le plus souvent devant une statue de
Bouddha.
La prise de refuge n'est pas une déclaration solennelle qui engage
à vie celui qui la prononce ; elle est d'ailleurs souvent reformulée,
parfois même plusieurs fois par jour, et la récitation de la
formule traditionnelle est aussi considérée, dans certaines
pratiques de méditation, comme un moyen de fixer l'exprit et de renforcer
la motivation du pratiquant.
(voir en annexe
la présentation détaillée de ce rituel).
Cette "prise de refuge" n'a de sens que si l'on
s'applique, par la suite, à mettre en pratique l'enseignement du
Bouddha. Outre l'exercice de la méditation, le disciple de Bouddha
suivra généralement une conduite morale (sîla) qui s'exprime
à travers des préceptes ou des voeux.
Leur nombre varie selon les écoles et le degré d'engagement.
Ils sont généralement de 5, parfois 8 ou 10.
Ces préceptes ne sont pas tant des "commandements" que
des engagements à suivre une discipline intérieure afin de
progresser vers l'éveil. C'est ce qu'exprime, dans leur formulation
habituelle, l'expression introductive : "Je m'engage à pratiquer
la discipline de m'abstenir de...". Plus que l'acte lui-même,
c'est l'intention qui le sous-tend à laquelle le disciple devra prêter
toute son attention et qu'il est appelé à modifier.
Les cinq préceptes les plus courants consistent donc à s'abstenir de :
1) nuire aux êtres vivants et retirer la vie
2) prendre ce qui n'est pas donné
3) mener une vie sexuelle dissolue
4) user de paroles inutiles, blessantes ou mensongères
5) ingérer tout produit intoxicant supprimant la maîtrise de
soi (alcool ou drogues).
Si l'expression de ces préceptes est négative, c'est qu'ils visent à détruire - ou au moins à diminuer - des tendances "négatives", nourries par l'illusion, mais c'est afin de favoriser l'expression de la nature profonde de l'esprit dans sa pureté naturelle :
1) bonté et compassion
2) générosité et détachement
3) contentement
4) amour de la vérité et sa recherche
5) attention vigilante et conscience lucide.
(voir en annexe la présentation détaillée de ce rituel).
Les disciples qui souhaitent s'engager davantage peuvent aussi devenir "moines" ou, dans les écoles du Mahâyâna, prononcer les "voeux de Bodhisattva".
Toutes les écoles bouddhistes reconnaissent aux laïcs
la capacité d'atteindre de hauts états de réalisation,
ou l'Eveil lui-même, mais la pratique régulière ou intensive
de la méditation paraît assez peu compatible avec les contraintes
de la vie mondaine. On insiste donc sur la valeur d'une vie "hors du
monde" et le bhikkhu ("renonçant") est généralement
tenu en grand respect.
Si ce retrait du monde peut aboutir à une vie solitaire, en ermite,
la majorité des bhikkhus vivent en communauté et certains
monastères ont pu compter jusqu'à plusieurs milliers de "moines".
Deux ordinations (mineure et majeure) permettent d'entrer dans de telles
communautés : elles se distinguent par le nombre de préceptes
que le postulant est invité à suivre. Ce sont ces préceptes
qui composent la règle de vie (Vinaya).
La première ordination, "mineure", ne compte que dix préceptes. L'ordination "majeure" n'est accordée généralement qu'après une dizaine d'années de "noviciat". Elle comporte de 227 à 258 préceptes, selon les écoles, et jusqu'à 366 pour les nonnes. Tous les quinze jours (à la pleine lune et à la nouvelle lune), une récitation publique de ces préceptes a lieu, en présence de l'ensemble de la communauté : les moines sont invités à déclarer s'ils ont transgressé l'une de ses règles ou à garder le silence dans le cas contraire. Cette cérémonie de "confession publique" (à laquelle ne participent pas les laïcs) est le seul rituel communautaire auquel sont tenus d'assister tous les moines.