L'enseignement du Bouddha (appelé Dharma) est issu
de sa propre expérience.
Il trouve son origine dans l'Éveil (la Bodhi) : expérience
de l'esprit - libre de toute déformation, erreur ou illusion - dans
le plein épanouissement de toutes ses qualités.
1) Les fondements de la Doctrine
La Doctrine (Dharma) a été exposée
par le Bouddha dans un discours connu sous le nom de "Quatre Nobles
Vérités".
Il se présente comme un exposé médical :
Si le constat dressé par le Bouddha semble pessimiste
(toute existence est soumise à la souffrance), son enseignement,
lui, est optimiste puisqu'il affirme que chacun peut retrouver la santé,
où toute souffrance est abolie.
Pour parvenir à retrouver la santé (sa propre "nature
de Bouddha"), il faut s'adonner à l'étude et à
la pratique.
L'étude permet de comprendre l'origine de la souffrance (la nature
de l'esprit et des phénomènes) et explique pourquoi notre
expérience habituelle est "erronée".
La pratique est l'application concrète de méthodes aptes à
transformer l'expérience habituelle en expérience d'éveil,
libre de toute déformation et confusion.
Pourquoi tant de "bouddhismes" différents ?
D'après la tradition, le Bouddha a enseigné
pendant 45 ans à un public nombreux et varié, savants brahmanes
ou femmes et hommes sans culture. Les textes les plus anciens le montrent
très soucieux de pédagogie, adaptant ses discours et son enseignement
aux qualités et aux connaissances de chacun.
Très vite après sa mort, ses disciples ont ressenti le besoin
de fixer ses enseignements (les Sûtras) ainsi que leur interprétation
et d'y ajouter des commentaires (l'Abhidharma). De nombreux points de la
doctrine ont donné lieu à des discussions et des interprétations
différentes, donnant ainsi naissance à plusieurs "écoles".
La mise en pratique de ces enseignements a, elle aussi, évolué
et s'est diversifiée, tant du point de vue des règles de vie
(monastiques et laïques) que des techniques de méditation. Au
fil des générations ces courants sont devenus des ordres religieux,
des écoles de pensée philosophique, des écoles pratiques
de méditation etc.
Pendant de nombreux siècles, en Inde, les disciples de ces écoles
différentes vivaient ensemble, dans les mêmes monastères.
Ils se regroupaient davantage selon la règle de vie monastique (le
Vinaya) qu'ils adoptaient que selon leur appartenance à telle ou
telle école de philosophie ou de méditation.
Lors de la diffusion du Dharma du Bouddha dans les différents pays
d'Asie, les enseignements transmis par des représentants de ces écoles
se sont greffés sur les traditions et la culture de chaque pays,
donnant lieu à une nouvelle évolution des styles et des caractéristiques
de la pratique.
On regroupe généralement ces multiples écoles en trois grands courants :
1) les écoles du Theravâda ("Voie des Anciens")
Elles ont développé l'enseignement des Quatres
Nobles Vérités en insistant sur la connaissance systématique
des phénomènes. Elles mettent l'accent sur la discipline,
l'importance du détachement et du renoncement, la valeur de la vie
monastique. Elles pratiquent essentiellement la méditation "sans
référence".
Surtout présentes dans les pays du sud-est asiatique (Sri-Lanka,
Birmanie, Thaïlande, Laos et Cambodge), on les regroupe sous le nom
de "Bouddhisme du Sud". Elles comptent environ 100 millions de
fidèles.
2) les écoles du Mahâyâna ("Grand Véhicule")
Elles ont approfondi l'enseignement philosophique originel.
Elles considèrent que la nature des phénomènes est
d'être "vide" de nature propre (shunyata) et qu'on peut
en faire l'expérience grâce à l'intelligence supérieure
(prajna). Elles mettent l'accent sur la motivation altruiste et développent
des pratiques centrées sur l'intelligence ou la dévotion.
De la réalisation de cet enseignement vient l'expérience de
la compassion.
Les principales écoles de ce courant sont l'école Tientaï
(Tendaï en japonais), le Bouddhisme de la Terre Pure (appelé
aussi "Amidisme") et l'école du Dhyâna ("Chan"
en Chinois, "Zen" en japonais). Elles sont surtout présentes
dans les pays d'Extrême-Orient (Chine, Japon, Corée et Viet-Nâm),
d'où leur appelation de "Bouddhisme de l'Est". On estime
le nombre de leurs fidèles de 200 à 350 millions.
3) les écoles du Vajrayâna ("Véhicule de Diamant")
Elles se caractérisent surtout par les nombreuses
pratiques de méditation formelle qu'elles ont développées,
à partir du même enseignement philosophique que les écoles
du Mahâyâna. Ces pratiques s'appuient sur la notion de pureté
fondamentale de toute expérience - qui est pourtant voilée
par les effets de l'illusion - et proposent une voie qui peut faire réaliser
l'éveil très rapidement (le Vajra, diamant ou foudre, symbolise
cette efficacité et cette rapidité). Les enseignements de
ces écoles sont aussi appelés Tantra (continuité) pour
exprimer, d'une part leur transmission sans interruption, d'autre part la
possibilité du passage immédiat de l'expérience habituelle
et l'expérience d'éveil, dans la continuité du même
esprit.
Elles se sont développées notamment en Inde, puis en Asie
hymalayenne et centrale (Tibet, Népal, Mongolie), ainsi qu'au Japon
(école du Shingon). On les regroupent souvent sous le nom de "Bouddhisme
du Nord" ou Tantrisme. Elles compteraient de 25 à 50 millions
de fidèles.
Il n'existe aucune hiérarchie entre ces écoles.
Aucune d'entre elles ne peut sérieusement revendiquer une authenticité
ou une supériorité par rapport aux autres, ni être légitimée
à influencer ou contrôler les autres.
Toutes ces écoles contribuent, par leurs méthodes et styles
différents, à offrir un très vaste éventail
de possibilités pratiques au plus grand nombre de personnes. Comme
les rayons d'une roue, elles convergent vers un "moyeu-origine"
commun (l'enseignement du Bouddha), mais se singularisent et divergent pour
rejoindre la jante (la mise en pratique adaptée à tout mode
de vie et à toute circonstance).
Les différentes traditions ne devraient donc pas être considérées
en contradiction ou en compétition entre elles mais comme l'expression
d'une complémentarité et d'une synergie dont le but est unique
: l'éveil pour tous. En Occident - où elles sont aujourd'hui
quasiment toutes représentées - le choix et l'adoption de
l'enseignement d'une école ou d'une autre est l'affaire de chaque
pratiquant, en fonction de ses tendances particulières, de ses affinités
pour le style ou avec un ou des maîtres.