Conseils de pratique

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Conseils de pratique - publié le : ven 16/08/2013 à 10:15

La générosité, d'abord...

buddhist-statues-praising-tian-tan-buddha-16083.jpgSi la plupart des Occidentaux viennent à la pratique du bouddhisme par celle de la méditation, la plus grande majorité des asiatiques, eux, y viennent par la pratique de la générosité et du don !
Cette pratique du don, dit « méritoire », est généralement assez mal considérée en Occident, où elle est assimilée à une sorte de calcul pour obtenir seulement une meilleure renaissance — à laquelle peu d'Occidentaux croient ! Pourtant, dans toutes les traditions bouddhiques, la générosité est présentée comme la première vertu à accomplir — dāna-pāramitā —, notamment pour les bodhisattva, et la pierre angulaire de toute autre pratique, y compris celle, justement, de la méditation...
Pour illustrer — et vous faire découvrir — cette articulation essentielle entre don et méditation, nous vous proposons la lecture d'un enseignement de Thanissaro bhikkhu (Geoffrey DeGraff), un Américain engagé dans la tradition de forêt du bouddhisme de Thaïlande, bien connu des internautes pour ses traductions de sutta accessibles sur le site Internet Acces to Insight.
Dans cet enseignement, Thanissaro bhikkhu évoque les avantages de la pratique du don et des préceptes comme la première « expérience qu’il existe dans le monde des formes de bonheur qui sont contre-intuitives » ou « à contre-courant » — selon l'expression habituelle des textes bouddhiques.
Il s'agit de développer dans l'esprit l'idée que « le véritable bonheur ne passe pas par une dichotomie affirmée entre son propre bien-être et le bien-être des autres ». Ainsi, la méditation ne peut-elle plus être une pratique « égoïste », centrée sur soi et son propre intérêt, mais au contraire une pratique généreuse, un espace ouvert et accueillant, l'opposé du « monde de peur que vous créez lorsque vous n’êtes pas généreux, un monde très étouffant, parce qu’il y manque toujours quelque chose » et qu'il reste dominé autant par l'attachement que par l'avidité ! De plus, la pratique du don consiste en une pratique de « lâcher-prise » qui rejaillira automatiquement sur la pratique de la méditation car « si vous êtes habitué à lâcher prise des choses matérielles, cela sera beaucoup plus facile de commencer à faire l’expérience du lâcher-prise des attitudes mentales malhabiles »...


La générosité d’abord

Thanissaro bhikkhu

Texte extrait de « Enseignements 1 »
[mars 2003, pp. 8-15, traduit de l’anglais par Claude Le Ninan]

Il y a plusieurs années, alors qu’Ajaan Suwat enseignait à l’IMC *, j’étais son interprète. Au bout du deuxième ou du troisième jour de la retraite, il s’est tourné vers moi et a dit : « J’ai remarqué que lorsque ces gens méditent, ils ont l’air affreusement lugubre ». En parcourant la salle des yeux, je me suis rendu compte que tout le monde était effectivement assis l’air très sérieux, le visage tendu, les yeux hermétiquement clos. C’était presque comme s’il y avait écrit sur leur front : « Le nirvāṇa ou la mort ».

* Ajaan Suwat (1919-2001), bhikkhu thaï de la tradition de forêt, est le fondateur de quatre monastères aux Etats-Unis, dont le Metta Forest Monastery de San Diego, en Californie, dont Thanissaro bhikkhu est aujourdhui le supérieur. L'Insight Meditation Center, est l'un des plus anciens et des plus célèbres centres de méditation des Etats-Unis, au Massachusetts, fondé en 1975 par Jack Kornfield et Joseph Goldstein.
 

« En Occident, tout se fait à l'envers... »

Il attribuait leur aspect lugubre au fait que la plupart des gens ici, en Occident, viennent à la méditation bouddhiste sans aucune préparation aux autres enseignements bouddhistes. Ils n’ont aucune expérience de la générosité en accord avec les enseignements du Bouddha à propos du don. Ils n’ont aucune expérience du développement de la vertu selon les préceptes bouddhistes. Ils viennent aux enseignements du Bouddha sans les avoir testés dans leur vie quotidienne, et ils n’ont donc pas la confiance nécessaire pour traverser les parties difficiles de la méditation. Au lieu de cela, ils estiment qu’ils doivent compter sur la détermination pure et simple.

Si vous observez la manière dont la méditation, la vertu et la générosité sont enseignées ici, c’est exactement le contraire de l’ordre dans lequel elles sont enseignées en Asie. Ici, les gens s’inscrivent à une retraite pour apprendre des choses à propos de la méditation, et c’est seulement lorsqu’ils se présentent au centre de méditation qu’ils apprennent qu’ils vont devoir observer certains préceptes pendant la retraite. Et puis, tout à la fin de la retraite, ils apprennent qu’avant d’être autorisés à rentrer chez eux, ils vont devoir être généreux. Tout se fait à l’envers.

Là-bas en Thaïlande, le premier contact des enfants avec le bouddhisme, dès qu’ils ont appris les gestes de respect, se fait à travers la pratique du don. Lorsqu’un moine passe quêter sa nourriture, vous voyez des parents prendre leurs enfants dans leurs bras et les aider à mettre une cuillère de riz dans le bol du moine. Avec le temps, lorsque les enfants commencent à faire ce geste eux-mêmes, le processus devient de moins en moins mécanique, et après un certain temps, ils commencent à prendre plaisir à offrir.

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Au début, ce plaisir peut sembler contre-intuitif. L’idée que donner aux autres soit source de joie ne vient pas automatiquement à l’esprit d’un jeune enfant, mais avec la pratique, il découvre que c’est vrai. Après tout, lorsque vous donnez, vous vous placez en position de richesse. Le don est la preuve que vous avez plus que le nécessaire. Il vous donne en même temps un sentiment de votre valeur en tant que personne : vous êtes capable d’aider les autres. L’acte de donner crée aussi une sensation d’espace dans l’esprit, parce que le monde dans lequel nous vivons est créé par nos actions, et que l’acte de donner crée un monde spacieux : un monde où la générosité est un principe opératoire, un monde où les gens ont plus que le nécessaire, où ils ont suffisamment pour partager. Et cela crée une sensation agréable dans l’esprit.

A partir de là, les enfants sont mis en contact avec la vertu : la pratique des préceptes. Et encore une fois, du point de vue d’un enfant, il est contre-intuitif de penser que vous allez être heureux en vous abstenant de faire certaines choses que vous voudriez faire — comme lorsque vous voulez prendre quelque chose, ou lorsque vous voulez mentir pour dissimuler votre gêne, ou vous protéger de la critique ou de la punition. Mais avec le temps, vous commencez à découvrir que, oui, il y a un sentiment de bonheur, il y a un sentiment de bien-être qui vient du fait que l’on a des principes, que l’on n’a pas besoin de dissimuler des mensonges, d’éviter les actions malhabiles, de savoir que les actions malhabiles sont indignes de vous.
 

« En donnant, vous vous protégez... »

Donc, lorsqu’ensuite vous venez à la méditation en étant passé par la voie du don et de la vertu, vous avez déjà fait l’expérience qu’il existe dans le monde des formes de bonheur qui sont contre-intuitives. Lorsque vous avez été entraîné grâce au contact direct avec les enseignements du Bouddha, vous avez découvert le bonheur profond qui vient du don, le bonheur profond qui vient du fait de vous abstenir d’actions malhabiles, quelle que soit la force de l’envie qui vous pousse. Lorsque vous venez ensuite à la méditation, vous avez déjà développé une certaine confiance vis-à-vis du Bouddha : jusqu’à maintenant, il a eu raison. Alors, vous lui accordez le bénéfice du doute en ce qui concerne la méditation.

Cette confiance est ce qui vous permet de surmonter nombre des difficultés initiales : les distractions, la douleur. En même temps, la sensation d’espace qui naît de la générosité vous met dans l’état d’esprit adéquat pour la pratique de la concentration, vous met dans le bon état d’esprit pour la pratique de la vision pénétrante, parce que lorsque vous vous asseyez et que vous vous focalisez sur la respiration, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ? L’esprit que vous avez créé à travers vos actions généreuses et vertueuses. Un esprit spacieux, et non pas l’esprit étroit d’une personne qui n’a pas assez. C’est l’esprit spacieux d’une personne qui a plus qu’il n’en faut pour partager, l’esprit d’une personne qui ne regrette ni ne renie ses actions passées. En résumé, c’est l’esprit d’une personne qui réalise que le véritable bonheur ne passe pas par une dichotomie affirmée entre son propre bien-être et le bien-être des autres.

L’idée même que le bonheur doit consister à faire soit des choses uniquement pour satisfaire vos propres motifs égoïstes, soit des choses pour les autres en vous sacrifiant — la dichotomie entre ces deux attitudes — est quelque chose de très occidental, mais c’est à l’opposé des enseignements du Bouddha. Selon ses enseignements, le véritable bonheur est quelque chose qui, de par sa nature, se répand autour de soi. En travaillant dans votre véritable intérêt, vous travaillez dans l’intérêt des autres. Et en travaillant dans l’intérêt des autres, vous travaillez dans votre propre intérêt. En donnant, vous êtes récompensé. En observant fidèlement les préceptes, en restant fidèle à vos principes avec fermeté, en protégeant les autres de votre comportement malhabile, vous êtes aussi gagnant. Vous gagnez en sati* , vous êtes gagnant sur le plan de votre propre estime en tant que personne. Vous vous protégez.

* sati : capacité à conserver quelque chose à l'esprit ; le plus souvent traduit par "attention" ou "vigilance"

Donc, vous venez à la méditation en étant prêt à appliquer les mêmes principes pour vous entraîner à la tranquillité et à la vision pénétrante. Vous vous rendez compte que la méditation n’est pas une activité égoïste. Vous êtes assis là, à essayer de comprendre votre avidité, votre colère et votre illusion, à essayer de les maîtriser, ce qui signifie que vous n’êtes pas la seule personne qui va bénéficier de la méditation. D’autres personnes en bénéficieront — en bénéficient déjà — également. A mesure que vous avez plus de sati, que vous êtes plus en attitude d’alerte, plus habile à réduire les obstacles de votre esprit, les autres sont également moins susceptibles de se heurter à ces empêchements. Moins d’avidité, de colère et d’illusion résultent de vos actions, de sorte que les gens autour de vous souffrent moins. Le fait que vous méditiez est un cadeau que vous leur faites.
 

« En étant généreux, vous créez un monde où il fait bon vivre... »

La qualité de la générosité, que l’on appelle cāga en pali, fait partie d’un grand nombre d’ensembles d’enseignements du Dhamma. L’un d’eux est l’ensemble des pratiques qui mènent à une renaissance favorable. Ceci ne s’applique pas seulement à la renaissance qui suit la mort, mais aussi aux états d’existence, aux états d’esprit que vous créez pour vous-même d’instant en instant, vers lesquels vous vous dirigez à chaque instant. Vous créez le monde dans lequel vous vivez au travers de vos actions. En étant généreux — non seulement en ce qui concerne les choses matérielles, mais aussi en ce qui concerne votre temps, votre énergie, votre mansuétude, votre volonté à être honnête et juste vis-à-vis des autres —, vous créez un monde où il fait bon vivre. Si vos habitudes tendent plus vers l’avarice, elles créent un monde très étouffant, parce qu’il y manque toujours quelque chose. Il manque toujours ceci ou cela, ou bien vous craignez que quelque chose ne vous échappe ou ne vous soit dérobé. C’est donc un monde étriqué, un monde de peur que vous créez lorsque vous n’êtes pas généreux, contrairement au monde de confiance et d’ouverture que vous créez grâce à des actes de générosité.

La générosité est également considérée comme l’une des formes de la Noble Richesse, car qu’est-ce que la richesse, sinon le sentiment d’avoir plus que le nécessaire ? Il y a beaucoup de gens qui sont pauvres d’un point de vue matériel, mais qui, du point de vue de leur attitude, sont très riches. Et beaucoup de gens qui sont très riches du point de vue matériel sont extrêmement pauvres. Ceux qui n’ont jamais assez sont ceux qui ont toujours besoin de plus de sécurité, qui ont toujours besoin d’accumuler plus. Ce sont ces gens-là qui construisent des murs autour de leurs maisons, qui vivent dans des communautés fermées, de peur que d’autres ne leur prennent ce qu’ils ont. C’est une forme de vie très pauvre, une forme de vie étriquée. Mais lorsque vous pratiquez la générosité, vous vous rendez compte que vous pouvez vivre avec moins, que c’est un réel plaisir de donner aux autres. Vous éprouvez un sentiment de richesse. Vous avez plus que le nécessaire.

En même temps, vous faites tomber les barrières. Les transactions monétaires créent des barrières. Quelqu’un vous tend quelque chose, et vous devez lui donner de l’argent en échange : voilà une barrière. Autrement, si vous ne payiez pas, l’objet ne franchirait pas la barrière. Mais si quelque chose est donné gratuitement, cela fait tomber la barrière. Vous faites alors partie de la famille étendue de cette personne. En Thaïlande, les moines s’adressent à leurs sympathisants laïcs comme aux membres de leur famille. Le don du soutien crée un sentiment d’appartenance. Le monastère où je résidais — et ceci inclut aussi bien les sympathisants laïcs que les moines — était comme une grande famille étendue. Ceci est vrai pour un grand nombre de monastères en Thaïlande. Il y a un sentiment d’appartenance, il n’y a pas de frontière.

Nous entendons tellement parler de l’« inter-relation ». Souvent, on explique ce mot en utilisant les termes de l’enseignement sur la co-apparition en dépendance, ce qui constitue vraiment une utilisation inappropriée de cet enseignement. La co-apparition en dépendance enseigne la liaison entre l’ignorance et la souffrance, la liaison entre le désir ardent et la souffrance. Il s’agit là d’une liaison à l’intérieur de l’esprit, et c’est une liaison que nous devons trancher, parce qu’elle entretient la souffrance, encore et encore, pendant de très nombreux cycles. Mais il existe une autre sorte de liaison, une liaison intentionnelle qui provient de nos actions. Ce sont les liens du kamma. En occident, nous sommes souvent mal à l’aise avec les enseignements sur le kamma, et c’est peut-être la raison pour laquelle nous voulons les enseignements sur la liaison sans parler de kamma. Donc, nous allons chercher ailleurs dans les enseignements du Bouddha afin de trouver une logique ou un fondement pour un enseignement sur la liaison. Mais le fondement réel du sens de liaison vient du kamma. Lorsque vous êtes en interaction avec une autre personne, un lien est établi.
 

« Votre générosité permet au bonheur de se diffuser... »

Maintenant, ce peut être un lien positif ou négatif, en fonction de l’intention. Avec la générosité, vous créez un lien positif, un lien utile, un lien qui fait que vous êtes content que la barrière soit levée, un lien où les bonnes choses peuvent aller et venir. Si c’est du kamma malhabile, vous créez un lien, vous créez une brèche que vous allez regretter tôt ou tard. Il y a un verset du Dhammapada qui dit qu’une main non blessée peut être en contact avec du poison sans être infectée. En d’autres termes, si vous n’avez pas du tout de mauvais kamma, les résultats du mauvais kamma ne vous affecteront pas. Mais si vous avez une blessure à la main et que vous tenez du poison, il va pénétrer à travers la blessure et vous tuer. Le kamma malhabile n’est que cela : une blessure. C’est une brèche qui permet aux choses empoisonnées de pénétrer.

Le principe opposé est également vrai. S’il y a un comportement habile, un bon lien est créé. Cette sorte de lien positif commence avec la générosité et croît avec le don de la vertu. Comme le Bouddha l’a dit, lorsque vous observez les préceptes quoi qu’il advienne, sans aucune exception, c’est comme offrir la sécurité à tous les êtres. Vous offrez une sécurité illimitée à tout le monde, et ainsi vous profitez également de cette sécurité illimitée. Avec le don de la méditation, vous protégez les autres des effets de votre avidité, de votre colère et de votre illusion. Et vous êtes également protégé.

Voilà donc ce que fait la générosité : elle rend votre esprit plus vaste et crée de bons liens avec les gens autour de vous. Elle dissout les frontières qui autrement empêchent le bonheur de se diffuser.

Lorsque vous venez à la méditation avec cet état d’esprit, cela change totalement votre approche. Il y a tellement de gens qui viennent à la méditation en se demandant : « Que vais-je retirer du temps que je passerai à méditer ? » Nous sommes très pauvres en temps, en particulier dans le monde moderne. Donc, la question d’obtenir, d’obtenir, d’obtenir quelque chose de la méditation est toujours là, à l’arrière-plan. On nous conseille d’effacer cette idée d’obtenir, mais vous ne pouvez pas l’effacer si vous avez créé et entretenu cette habitude dans votre esprit. Mais si vous venez à la méditation en ayant fait l’expérience de la générosité, la question devient : « Qu’est-ce que je donne à la méditation ? » Vous lui donnez votre entière attention. Vous lui offrez vos efforts. Vous êtes heureux de fournir ces efforts, parce que l’expérience vous a appris que lorsque l’on pratique le Dhamma en fournissant de bons efforts, cela donne de bons résultats. Et donc cette pauvreté intérieure qui consiste à dire : « Que vais-je retirer de cette méditation ? » disparaît. Vous venez à la méditation avec un sentiment de richesse : « Que puis-je offrir à cette pratique ? »
 

« Lorsqu'on est découragé dans sa méditation,
on doit contempler sa générosité passée... »

Bien sûr, vous découvrez que vous finissez par obtenir beaucoup plus si vous commencez avec une attitude de don. L’esprit est plus disposé à relever des défis : « Et si je lui consacrais plus de temps ? Et si je méditais plus tard la nuit que je ne le fais habituellement ? Et si je me levais plus tôt le matin ? Et si j’accordais une attention plus constante à ce que je suis en train de faire ? Et si je restais assis plus longtemps lorsque je ressens de la douleur ? » La méditation devient alors un processus de don, et bien sûr vous continuez à obtenir des résultats. Lorsque vous n’êtes pas aussi avare de vos efforts ni de votre temps, vous mettez de moins en moins de limitations au processus de la méditation. De cette manière, il est certain que les résultats seront également moins avares, plus illimités. Il est donc important que nous développions la Noble Richesse de la générosité afin de l’apporter à notre méditation.

Les textes disent que lorsque l’on est découragé dans sa méditation, lorsque la méditation s’assèche, on doit contempler sa générosité passée. Cela apporte un sentiment d’estime vis-à-vis de soi, un sentiment d’encouragement. Bien sûr, vers quelle générosité passée allez-vous vous tourner, s’il n’y en a pas ? C’est la raison pour laquelle il est important que vous abordiez la méditation en ayant pratiqué la générosité très consciemment.

Souvent, nous demandons : « Comment est-ce que j’intègre ma méditation quand je retourne dans le monde ? » Mais il est aussi important que vous intégriez les bonnes qualités du monde dans votre méditation, les bonnes qualités de votre vie de tous les jours, et que vous les développiez régulièrement. Repenser à des actes de générosité passés devient stérile au bout d’un moment s’il n’y a eu qu’un seul acte de générosité, il y a longtemps. Vous avez besoin de générosité fraîche pour vous encourager.

C’est la raison pour laquelle, lorsque le Bouddha a parlé des formes de mérite, il a dit : «  Ne craignez pas le mérite, car le mérite est un autre mot pour le bonheur.  » La première des trois formes principales de mérite est dāna, le don, qui est l’expression de la générosité. Le don d’être vertueux se bâtit à partir du simple acte de donner, et le don de la méditation se bâtit à partir des deux autres.

Bien sûr, une partie importante de la méditation consiste à lâcher prise : lâcher prise des distractions, lâcher prise des pensées malhabiles. Si vous êtes habitué à lâcher prise des choses matérielles, cela sera beaucoup plus facile de commencer à faire l’expérience du lâcher-prise des attitudes mentales malhabiles — les choses auxquelles vous vous accrochez depuis si longtemps que vous pensez avoir besoin d’elles. Mais lorsque vous les regardez réellement, vous découvrez que ce n’est pas le cas. En fait, vous voyez qu’elles constituent un fardeau inutile, qui est cause de souffrance. Lorsque vous voyez la souffrance et que vous voyez qu’elle est inutile, vous pouvez lâcher prise. De cette manière, la force du don influe sur toute la pratique, et vous vous rendez compte qu’il ne vous prive de rien. C’est plus comme un échange : vous donnez un objet matériel et vous obtenez des qualités d’esprit généreuses. Vous abandonnez vos souillures et vous obtenez la liberté.

 


Pour en savoir plus

De nombreux enseignements de Thanissaro bhikkhu sont accessibles en français sur le site de Dhammatalks.org :
=> http://www.dhammatalks.org/french_index.html

Une version française du site "Access to insight" a été développée par Michel Prouxl, sous le titre de "Portail sans porte du Canon pali" :
=> http://www.canonpali.org/index.html

On pourra lire aussi, sur Internet, et issu de la même tradition Theravāda, un enseignement de Bhante Rahula sur le site du Centre Bouddhique International :
=> http://www.centrebouddhique.net/content/view/227/30/

Sur le site de l'Union Bouddhiste de France, la transcription d'une émission "Sagesses bouddhistes" du 24 février 2008, avec pour invité Mogchok Rinpoché, représentant des traditions Kagyu et Gueloug du bouddhisme tibétain :
=> http://www.bouddhisme-france.org/sagesses-bouddhistes/emissions-sagesses-bouddhistes/la-generosite.html

Sur le site du Centre bouddhiste Triratna de Paris, un enseignement de Sangharakshita :
=> http://www.centrebouddhisteparis.org/Bouddhisme/Altruisme_individualisme/dana_generosite.html