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Actualité
de l'édition
Quelques
livres nouvellement parus et à paraître prochainement
Réflexions d'une
nonne bouddhiste
Tenzin Palmo
Editions G. Trédaniel – Date de parution : 01/07/2008
N° ISBN : 978-2-84445-915-2 – Prix de vente : 18 €
Présentation du livre par l’éditeur : Conférences de la nonne d'origine britannique,
Diane Perry, ordonnée en 1964, sur son initiation au bouddhisme tibétain, son
étude des textes sacrés et sa pratique
de la méditation.
Niveau de lecture : Tout public
La Centurie du Lotus : poèmes de Jien (1155-1225) sur
le « Sûtra du Lotus »
Jean-Noël Robert
Editions du Collège de France, Institut des hautes études japonaises - Date
de parution : 15/07/2008 N° ISBN :
978-2-913217-19-5 - Prix de vente : 23,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Traduction et commentaire de 170 poèmes
japonais à thème bouddhique, écrits par le moine Jien (1155-1225) portant sur
cent citations de la version chinoise du « Sûtra du lotus ». Ces
textes fournissent une série d’interprétations doctrinales fondamentales de la
lecture de ce sûtra en Extrême-Orient. Le commentaire, très développé,
s’attache à éclairicir les principales correspondances de ces textes japonais.
Niveau de lecture : Public motivé
Shikoku : les 88
temples de la sagesse : le compostelle japonais
Léo Gantelet – préface de Maurice Depaix
Editions de l'Astronome - Date de parution : 23/07/2008
N° ISBN : 978-2-916147-34-5 - Prix de vente : 18,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Invitation à suivre L. Gantelet en pèlerinage
bouddhiste sur la plus petite des quatre grandes îles de l'archipel nippon,
Shikoku. Il parcourt à pied, durant 50 jours, 88 temples de la sagesse et
décrit les étapes de son cheminement spirituel : éveil, ascèse, illumination,
nirvana.
Niveau de lecture : Tout public
Au coeur de la
compassion :
les Trente-sept stances sur la pratique des bodhisattvas de Gyalsé Thogmé Zangpo
Dilgo Khyentse rinpoché - traduit par le Comité de traduction Padmakara
Editions Padmakara – Date de parution :
25/08/2008
N° ISBN : 978-2-916915-38-8 –
Prix de vente : 17,50 €
Présentation du livre par l’éditeur : Maître bouddhiste tibétain, Dilgo Khyentsé Rinpoché
(1910-1991) commentait en 1984, lors d'un enseignement donné en Dordogne, les stances
écrites au XIVe siècle par le maître tibétain. A la lumière de sa connaissance
et de sa compassion, il apporte une explication essentiellement pratique des
divers aspects de la pensée et de l'action des bodhisattvas. Cet ouvrage contient
la traduction française des « Trente-sept stances » de Gyalsé Thogmé
Zangpo, glossaire et bibliographie.
Niveau de lecture : Public motivé
La voie du bambou : bouddhisme
chan et taoïsme
Yen Chan
Editions Almora – Date de parution : 26/08/2008
N° ISBN : 978-2-35118-027-3 – Prix de vente : 27,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Présentation du taoïsme et du bouddhisme
chan, de leurs enseignements et
pratiques traditionnels et contemporains, ainsi que de la quête de la voie
chinoise du bambou. Cet ouvrage, résultat d'une démarche solitaire, s'adresse à
ceux et celles qui se sont déjà engagés dans un processus de recherche intérieure
à travers les traditions bouddhistes ou taoïstes.
Niveau de lecture : Public motivé
Ce que le bouddhisme
peut apporter aux managers
Laurens van den Muyzenberg, le XIVe Dalaï-Lama
Editions Vuibert, coll. « Signatures » - Date de parution : 26/08/2008
N° ISBN : 978-2-7117-4340-7 - Prix de vente : 18,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Ce livre est issu d'une série d'entretiens
entre le dalaï-lama et un consultant en management. Il propose un chemin en 3
étapes : apprendre l'art de prendre la bonne décision pour se conduire soi-même, apprendre la vision
juste pour conduire un groupe ou une
entreprise, appliquer ces principes aux enjeux du monde globalisé d'aujourd'hui.
Niveau de lecture : Tout public
La béatitude du feu
intérieur : la pratique essentielle des six yogas de Naropa
Yeshe Thubten
Editions Vajra Yogini - Date de parution : 29/08/2008
N° ISBN : 978-2-911582-67-7 - Prix de vente : 19,50 €
Présentation du livre par l’éditeur : Manuel dans lequel le moine bouddhiste expose
la méthode de méditation du feu intérieur (tümo) qui permet d'absorber les souffles
d'énergie dans le canal central et de faire l'expérience de la sagesse de la
grande béatitude innée.
Niveau de lecture : Tout public
Itinéraire d'un
maître zen venu d'Occident
Taïkan Jyoji
Editions Almora – Date de parution : 09/09/2008
N° ISBN : 978-2-35118-029-7 – Prix de vnete : 10,90 €
Présentation du livre par l’éditeur : Le parcours de Georges Frey, ex-étudiant
en architecture, son initiation à la pratique zen, depuis son admission au
monastère de Shofuku-ji à Kobé en avril 1968 jusqu'à son ordination en 1970
sous le nom de maître Taïkan Jyoti.
Niveau de lecture : Tout public
ABC du bouddhisme
Fabrice Midal
Editions Grancher – Date de parution : 10/09/2008
N° ISBN : 978-2-7339-1047-4 – Prix de vente : 16,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : L'auteur explique en une centaine de
questions ce qu'est le bouddhisme et la manière de le vivre au quotidien. Il
présente la pratique de la méditation, les grandes règles éthiques et les principaux
points de doctrine.
Niveau de lecture : Tout public
Rééditions
de Bokar rinpoché - trad. du tibétain par Cheuky Sèngué
aux Editions Claire Lumière – Date de parution : 30/06/2008
- Le voeu de
Bodhisattva
N° ISBN : 978-2-905998-90-3 - Prix
de vente : 19,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Par le voeu de Bodhisattva, le pratiquant
du bouddhisme fait la promesse du Grand Véhicule pour atteindre l'Eveil afin de
devenir capable de secourir les êtres. Exposé de la nature de ce voeu et de ses
implications.
Niveau de lecture : Public motivé
- Savoir méditer
N° ISBN : 978-2-905998-88-0 – Prix de vente : 19,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Introduction à la méditation par un
maître tibétain dont la pratique est destinée à trouver la richesse et la paix
intérieures.
Niveau de lecture : Tout public
- Le soutra du cœur
N° ISBN : 978-2-905998-89-7 – Prix de vente : 18,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Commentaire d'un des textes les plus
célèbres de la littérature bouddhiste, basé sur la négation de ce qui n'est pas,
et sur l'expérience ultime de ce qui est.
Niveau de lecture : Tout public
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Bouddhisme
et science
Le bouddhisme
a souvent été présenté comme une "science
de l'esprit" et, depuis la fin du XIXe siècle, on compare
volontiers la démarche du Bouddha à celle des scientifiques,
surtout lorsqu'on veut montrer que le Dharma ne demande pas une
adhésion de foi aveugle mais, au contraire, une confiance
née de l'expérimentation. Cette comparaison n'a
pas toujours été exempte d'une certaine mauvaise foi,
parfois même caricaturale... car elle servait aussi à
opposer de manière un peu simpliste les religions du Livre
- présentées comme essentiellement dogmatiques - et
le bouddhisme - rationnel et scientifique.
| Il
faudra attendre les toutes dernières décennies
du XXe siècle pour qu'un véritable dialogue
s'instaure entre les bouddhistes et les scientifiques
occidentaux et que soit vérifiée - de
manière scientifique ? - la pertinence d'une
telle affirmation...
Le Dalaï-Lama participera activement
à ce dialogue, dont il reste aujourd'hui l'un
des membres bouddhistes les plus actifs. Dans un ouvrage
paru il y a quelques années - "Tout l'univers
dans un atome" - il évoque sa découverte
de la science occidentale, raconte ses rencontres avec
certains de ses plus éminents représentants
et offre son point de vue éclairé sur
cette question, analysant avec finesse et sans concession
ce qui lui paraît effectivement comparable mais
aussi les différences essentielles entre les
deux démarches.
L'ouvrage est passionnant, parfois
difficile, toujours intéressant... Nous vous
proposons d'en découvrir quelques pages, tirées
du chapitre 2, dans lesquelles il évoque ses
premières découvertes adolescent, jusqu'aux
premiers dialogues formels engagés dans des rencontres
intitulées "Mind and Life"..
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Le
témoignage du Dalaï-Lama :
Tout l’univers dans un atome Science et bouddhisme, une invitation au dialogue Ed. Robert Laffont, Paris, 2006
Chapitre 2 : Rencontre avec la science (extraits tirés des pages 31 à 47)
Mes entretiens avec certaines personnes, en particulier
des scientifiques de profession, m’ont permis de constater certaines
similarités entre la science et la pensée bouddhique dans l’esprit d’investigation
- similarités que je continue à trouver frappantes. La méthode scientifique,
telle que je la comprends, part de l’observation
de certains phénomènes du monde matériel. S’ensuit une généralisation
théorique qui prédit les événements et les résultats à condition de traiter ces
phénomènes d’une façon particulière. Enfin, l’expérience permet de tester la prédiction. Le résultat est
accepté et intégré dans l’ensemble d’un savoir scientifique plus large si l’expérience
est effectuée de manière correcte et peut être répétée. Cependant, si l’expérience contredit la théorie, c’est
alors la théorie qui doit être adaptée - étant donné que l’observation empirique des phénomènes
a la priorité. Effectivement, la science passe de l’expérience empirique à une explication via un processus de
pensée conceptuelle incluant l’exercice de la raison. Elle conduit à d’autres
expériences empiriques permettant de vérifier l’explication fournie par la raison.
Longtemps, j’ai été fortement saisi par le parallèle entre cette forme d’investigation
empirique et celles que j’avais apprises dans le cadre de ma formation philosophique
et de ma pratique contemplative bouddhiques. Le bouddhisme, au cours de son évolution, est devenu
une religion dotée d’un ensemble caractéristique de textes sacrés et de
rituels. Mais, si on veut le comprendre au sens strict, il faut savoir que l’autorité
des textes sacrés ne peut surpasser une compréhension fondée sur la raison et l’expérience.
En fait, le Bouddha lui-même a fait une déclaration célèbre où il réduit l’autorité
des textes issus de ses propres paroles en exhortant ses disciples à ne pas
accepter la validité de ses enseignements simplement sur la base du respect qu’ils
ont à son égard. Tout comme un orfèvre éprouverait la pureté de son or par un
examen méticuleux, le Bouddha conseille de tester la vérité de ses paroles par
un examen raisonné et par l’expérimentation personnelle. Par conséquent, lorsqu’il
s’agit de valider la vérité d’une affirmation, le bouddhisme accorde la plus
grande autorité à l’expérience, en deuxième lieu à la raison et en dernier aux
textes. Les grands maîtres de l’école Nalanda du bouddhisme indien, d’où est
issu le bouddhisme tibétain, se sont appliqués à suivre l’esprit du conseil du
Bouddha dans leur examen rigoureux et critique de ses propres enseignements. D’un côté, les méthodes de la science et du bouddhisme
sont différentes : l’investigation scientifique procède par expérimentation, en
utilisant des instruments qui analysent des phénomènes extérieurs. L’investigation
contemplative, elle, procède en développant et en affinant l’attention, cette
dernière étant utilisée dans l’examen introspectif de l’expérience intérieure.
Mais, d’un autre côté, les deux méthodes ont en commun une solide base
empirique : si la science démontre que quelque chose existe ou n’existe pas (ce
qui n’est pas la même chose que de ne pas la trouver), nous devons alors
reconnaître cette chose comme un fait. Si une hypothèse est testée et avérée,
nous devons l’accepter. Pareillement, le bouddhisme doit accepter les faits -
qu’ils soient découverts par la science ou le résultat d’intuitions contemplatives.
Si, en explorant quelque chose, nous découvrons la raison et la preuve de son
existence, nous devons la reconnaître comme une réalité - même si celle-ci est
en contradiction avec l’explication littérale d’un écrit qui a prévalu durant
des siècles ou avec une opinion ou bien un point de vue fermement ancrés. Le
bouddhisme et la science partagent donc une même attitude fondamentale, à
savoir s’engager à poursuivre la recherche de la réalité par des moyens
empiriques et consentir à abandonner des positions acceptées ou ancrées depuis
longtemps si cette recherche découvre une vérité différente. À l’inverse de la religion, une caractéristique
importante de la science est l’absence de référence à des écrits faisant
autorité pour valider ses prétentions à la vérité. En science, toutes les
vérités doivent être démontrées soit par l’expérimentation, soit par la preuve
mathématique. L’idée que quelque chose est ainsi parce que Newton ou Einstein l’ont
déclaré n’est tout simplement pas scientifique. Pour procéder à une recherche,
il faut donc être ouvert à la question ainsi qu’au contenu de la réponse, état
d’esprit que je considère comme un scepticisme sain. Ce type d’ouverture rend
les individus réceptifs à de nouvelles idées et à de nouvelles découvertes ;
et, lorsqu’elle est associée à la quête de compréhension naturelle chez l’homme,
elle contribue à élargir profondément notre horizon. Bien sûr, cela ne signifie
pas que tous ceux qui pratiquent la science vivent selon cet idéal. Certains se
retrouvent même prisonniers de paradigmes anciens. […]
L’un de mes premiers enseignants en science et de mes
plus proches amis scientifiques a été le physicien et philosophe allemand Carl
von Weizsäcker, frère du président ouest-allemand. […] Von Weizsäcker insistait
beaucoup sur l’importance de l’empirisme
en science. On peut connaître la matière de deux manières, disait-il -
soit elle est donnée comme phénomène, soit elle est déduite. Par exemple,
imaginons que nous voyons à l’œil nu
une tache brune sur une pomme ; il s’agit d’un phénomène. Mais le fait qu’il y
ait un ver dans la pomme, cela, nous pouvons le déduire de la tache et de notre
connaissance générale concernant les pommes et les vers. Dans la philosophie bouddhique existe le principe
selon lequel les moyens utilisés pour tester une proposition spécifique doivent
coïncider avec la nature du sujet analysé. Prenons l’exemple d’une proposition
qui porte sur des faits observables (y compris notre propre existence). C’est l’expérience
empirique qui permettra d’affirmer si la proposition est valable ou non. Le
bouddhisme accorde ainsi la priorité à la méthode de l’observation directe. En revanche, si la proposition a trait à
des généralisations déduites de notre expérience du monde (par exemple, la
nature transitoire de la vie ou l’interconnectivité de la réalité), c’est alors
par la raison, principalement sous forme de déduction, que la proposition sera
acceptée ou rejetée. Ainsi, le bouddhisme accepte la méthode de la déduction
raisonnée - très proche du modèle présenté par von Weizsäcker. Enfin, du point de vue bouddhique, il existe un autre
niveau de réalité qui demeure obscur pour l’esprit non éveillé. Dans la tradition, une illustration typique
en serait les mécanismes très subtils de la loi du karma et la question de savoir pourquoi il existe tant d’espèces d’êtres
vivants sur terre. Seuls les textes appartenant à cette catégorie de
propositions font autorité. Les bouddhistes partent en effet du principe que le
témoignage de Bouddha s’est révélé fiable dans sa façon d’examiner la nature de
l’existence et la voie vers la libération. Ce principe des trois méthodes de vérification
- expérience, déduction et autorité fiable - est demeuré implicite dans les
premiers temps de la pensée bouddhique. Ce sont les grands logiciens indiens
Dignana (Ve siècle) et Dharmakirti (VIIe siècle) qui, les premiers, l’ont
ensuite adopté comme méthodologie systématique dans leur philosophie. Dans ce dernier exemple, le bouddhisme et la science
se séparent nettement, puisque la science, du moins en principe, ne reconnaît
nulle autorité à un écrit. Mais les deux traditions d’investigation convergent
sur la méthodologie : application de l’expérience empirique et de la raison.
Reste que, dans notre vie quotidienne, c’est à la troisième méthode que nous
faisons habituellement appel pour tester la véracité de certaines affirmations.
Par exemple, nous acceptons la date de notre naissance sur la foi du témoignage
oral de nos parents et du témoignage écrit d’un certificat de naissance. Même dans
le domaine scientifique, nous acceptons les résultats publiés par des
chercheurs dans des revues scientifiques sans reproduire nous-mêmes leurs
expérimentations. […]
Si le bouddhisme et la science mettent tous deux l’accent
sur l’empirisme et la raison, les deux systèmes diffèrent profondément sur leur
acception de l’expérience empirique et emploient des formes de raisonnement
différentes. Lorsque le bouddhisme parle de l’expérience empirique, c’est dans
une acception large qui inclut aussi bien les états de méditation que les
preuves fournies par les sens. Du fait du développement de la technologie ces
deux derniers siècles, la science a pu étendre la capacité des sens à des
degrés inimaginables auparavant. Les scientifiques observent donc à l’oeil nu,
bien sûr, avec l’aide de puissants instruments comme les microscopes et les
télescopes, d’une part des phénomènes atomiques minuscules, telles les cellules
et les structures atomiques complexes, d’autre part les vastes structures du
cosmos. En repoussant l’horizon des sens, la science a aussi repoussé les
limites de la déduction plus loin que ne l’avait jamais atteinte le savoir
humain. Maintenant, des traces laissées dans les chambres à bulles, les
physiciens déduisent l’existence des constituants des atomes, même et y compris
les éléments à l’intérieur du neutron, comme les quarks et les gluons. Lorsque, enfant, je menais des expériences avec le
télescope appartenant au treizième dalaï-lama, je fis un jour une vive
expérience du pouvoir de déduction fondée sur l’observation empirique. Dans le
folklore tibétain, nous parlons du lapin dans la Lune - je crois que les
Européens y voient plutôt un homme qu’un lapin. En tout cas, une nuit de pleine
lune d’automne, alors que l’astre était particulièrement clair, je décidai d’examiner
le lapin à l’aide de mon télescope. À ma surprise, je vis ce qui apparaissait
comme des ombres. J’étais si excité que j’insistai pour que mes deux
précepteurs viennent regarder dans le télescope. Je leur dis que la présence d’ombres
sur la Lune
apportait la preuve qu’elle était éclairée par la lumière du Soleil de la même
manière que la Terre. Ils
semblaient perplexes mais convinrent que la perception des ombres sur la Lune était indubitable. Plus
tard, lorsque j’ai vu des photos de cratères lunaires dans un magazine, j’ai
remarqué le même effet : dans le cratère, il y avait une ombre d’un côté, mais
pas de l’autre. À partir de cela, j’ai déduit qu’il devait y avoir une source
de lumière projetant cette ombre, tout comme sur la Terre. J’en ai conclu que
le Soleil devait forcément être la source de lumière responsable des ombres sur
les cratères de la Lune. J’ai
été très excité lorsque, plus tard, j’ai découvert que c’était effectivement le
cas. En toute rigueur, ce processus de raisonnement n’appartient
en propre ni au bouddhisme ni à la science ; il reflète plutôt une activité
fondamentale de l’esprit humain, qui s’exerce tous les jours de façon
naturelle. Ainsi, pour les jeunes aspirants moines, l’introduction formelle à
la déduction comme principe de logique se fait avec l’histoire de la colonne de
fumée. Lorsqu’on la voit s’élever au-dessus d’un col de montagne, on en déduit
la présence d’un feu. Au Tibet, il serait normal de déduire que, s’il y a un
feu, il y a des habitations. On imagine aisément qu’un voyageur assoiffé après
une longue journée de marche ressente le besoin de boire une tasse de thé. Il
aperçoit la fumée, en déduit qu’il y a du feu et donc une habitation où il s’abritera
pour la nuit. À partir de cette déduction, le voyageur va pouvoir assouvir son
désir de boire du thé. À partir de l’observation d’un phénomène, directement
évident pour les sens, on déduit ce qui reste caché. Cette forme de raisonnement
est commune au bouddhisme et à la science. […]
C’est dans le rôle de la déduction que bouddhisme et
science diffèrent. La science se distingue tout particulièrement dans son
exercice de la raison par son recours hautement développé à un raisonnement
mathématique complexe. Le bouddhisme, comme toutes les autres philosophies
indiennes classiques, est demeuré historiquement très concret dans son utilisation
de la logique, le raisonnement n’étant jamais détaché d’un contexte
particulier. Le raisonnement mathématique de la science offre, en revanche, un
degré immense d’abstraction, de sorte qu’un argument est validé ou non
simplement sur la base de l’exactitude d’une équation. En un sens, la généralisation
ainsi obtenue par le biais des mathématiques se situe à un niveau beaucoup plus
élevé que ne le permettent les formes traditionnelles de la logique. Étant
donné le succès extraordinaire des mathématiques, il n’est pas étonnant que
certaines personnes pensent que les lois mathématiques sont absolues et que les
mathématiques sont le véritable langage de la réalité, consubstantiel à la
nature elle-même. Une autre différence entre la science et le bouddhisme
réside, selon moi, dans ce qui fait la validité d’une hypothèse. Là aussi,
quand Popper a expliqué comment tracer la ligne de démarcation du champ d’une
question strictement scientifique, il a marqué l’aboutissement d’une grande
intuition. Il s’agit de la thèse de la réfutabilité poppérienne, selon laquelle
toute théorie scientifique doit contenir en elle-même les conditions permettant
de démontrer qu’elle est fausse. Par exemple, la théorie selon laquelle Dieu a
créé le monde ne pourra jamais être considérée comme une théorie scientifique.
Elle ne contient pas d’explication des conditions selon lesquelles on pourra
prouver qu’elle est fausse. Si nous prenons ce critère au sérieux, de
nombreuses questions relatives à notre existence humaine telles que l’éthique,
l’esthétique et la spiritualité demeurent alors hors du champ de la science. En
revanche, le domaine d’investigation, dans le bouddhisme, n’est pas limité à l’objectif.
Il englobe également le monde subjectif de l’expérience ainsi que la question
des valeurs. En d’autres termes, la science traite de faits empiriques mais pas
de métaphysique et d’éthique, tandis que, pour le bouddhisme, l’investigation
critique de ces trois domaines est essentielle. La thèse de la réfutabilité de Popper fait écho à un
grand principe méthodologique de ma propre tradition philosophique bouddhique
tibétaine. Nous pourrions l’appeler le « principe du champ de la négation ».
Selon ce principe, il y a une différence fondamentale entre ce qui n’est « pas
trouvé » et ce dont on « a trouvé qu’il n’existe pas ». Si je cherche quelque
chose et ne le trouve pas, cela ne signifie pas que la chose que je recherche n’existe
pas. Ne pas voir une chose est différent de voir sa non-existence. Afin qu’il y
ait coïncidence entre ne pas voir une chose et voir sa non-existence, la
méthode de recherche et le phénomène recherché doivent être commensurables. Par
exemple, ne pas voir un scorpion sur la page que vous êtes en train de lire est
une preuve adéquate qu’il n’y a pas de scorpion sur la page. Car s’il y avait
un scorpion sur la page, il serait visible à l’oeil nu. Cependant, ne pas voir
d’acide dans le papier sur lequel la page est imprimée n’est pas la même chose
que de voir que le papier ne contient pas d’acide, car, pour voir de l’acide
dans le papier, il faudrait des outils autres que l’oeil nu. Le philosophe du
XIVe siècle, Tsongkhapa, énonce de surcroît qu’il existe une distinction
similaire entre ce qui est nié par la raison et ce qui n’est pas affirmé par la
raison. De même, il existe une distinction entre ce qui ne résiste pas à l’analyse
critique et ce qui est infirmé par cette analyse. Ces distinctions méthodologiques semblent peut-être
abstruses, mais elles ont d’importantes répercussions sur la compréhension du
champ de l’analyse scientifique. Par exemple, le fait que la science n’ait pas
prouvé l’existence de Dieu ne signifie pas que Dieu n’existe pas, pour ceux qui
ont une tradition théiste. De même, que la science n’ait pas prouvé, sans l’ombre
d’un doute, que les êtres revivent ne signifie pas que la réincarnation est
impossible. En science, le fait que nous n’ayons jusqu’à présent trouvé de vie
sur aucune autre planète que la nôtre ne prouve pas que la vie n’existe pas
ailleurs. Au milieu des années 1980, j’avais déjà rencontré,
lors de mes multiples voyages hors de l’Inde, de nombreux scientifiques et
philosophes des sciences et participé à divers entretiens avec eux, en public
et en privé. […] Cependant, l’année 1987 marqua une étape importante dans mon
implication vis-à-vis de la science. Cette année-là eut lieu la première conférence
Mind and Life (on les connaît sous ce nom anglais, qui signifie « l’esprit
et la vie », NdT) à
ma résidence de Dharamsala.
La rencontre fut organisée par le neuroscientifique
chilien Francisco Varela, qui enseignait à Paris, et l’homme d’affaires
américain Adam Engle. Varela et Engle me firent la proposition suivante : ils
réuniraient un groupe de scientifiques de diverses disciplines, favorables au
dialogue, et nous nous engagerions dans une discussion privée, ouverte et
informelle pendant une semaine. D’emblée, j’ai accepté l’idée. C’était une
extraordinaire opportunité pour en apprendre encore plus sur la science, de
découvrir les dernières recherches et les derniers progrès en la matière. Tous
les participants à cette première rencontre furent si enthousiastes que le
processus s’est poursuivi jusqu’à ce jour, au rythme d’une rencontre d’une
semaine tous les deux ans. […] Lors de cette première conférence Mind and Life, j’ai,
pour la première fois, entendu le récit historique complet des évolutions de la
méthode scientifique en Occident. Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est
l’idée des changements de paradigme - c’est-à-dire le moment où une culture
change fondamentalement de vision du monde et l’impact qu’a ce changement sur
tous les aspects de l’interprétation scientifique. Un exemple classique est le
passage, au début du XXe siècle, de la physique newtonienne à la relativité et
à la mécanique quantique. Au départ, l’idée de changement de paradigme m’a
choqué. Ma vision de la science était celle d’une quête incessante de la vérité
ultime sur ce qu’est la réalité. Les nouvelles découvertes représentaient des
étapes dans un processus progressif et collectif de connaissance du monde par l’humanité.
Idéalement, cela consistait à atteindre une étape finale de connaissance
complète et parfaite. Et, là, j’entendais dire que des éléments subjectifs
étaient impliqués dans l’émergence de tout paradigme particulier et qu’il y
avait de bonnes raisons de manier avec prudence l’idée d’une réalité
entièrement objective à laquelle la science nous donnerait accès. Lorsque je m’entretiens
avec des scientifiques et des philosophes des sciences à l’esprit ouvert, il
est clair que leur compréhension de la science est profondément nuancée et qu’ils
reconnaissent les limites de la connaissance scientifique. En même temps, il y
a beaucoup de gens, scientifiques et non scientifiques, qui semblent penser que
tous les aspects de la réalité doivent entrer dans le champ de la science et y
entreront forcément. On émet souvent 1’hypothèse que, au fur et à mesure que la
société progresse, la science ne cesse de révéler les erreurs de nos croyances
- particulièrement les croyances religieuses - et que finalement émergera une
société séculaire éclairée. C’est, entre autres, la vision des matérialistes
dialectiques marxistes, comme je l’ai découvert, dans les années 1950, lors de
mes rencontres avec les dirigeants de la Chine communiste ainsi qu’au cours de mes études
de la pensée marxiste au Tibet. Cette façon de voir montre que la science a
réfuté de nombreuses prétentions de la religion, telles que l’existence de
Dieu, la grâce et l’âme éternelle. Et, dans ce cadre conceptuel, tout ce qui n’est
pas prouvé ou affirmé par la science est d’une certaine façon soit faux, soit
négligeable. De fait, il s’agit d’hypothèses philosophiques qui reflètent les
préjugés métaphysiques de leurs défenseurs. Tout comme nous devons éviter le
dogmatisme en science, nous devons veiller à ce que la spiritualité ne s’enferme
pas dans de semblables limites. La science traite de cet aspect de la réalité et de l’expérience
humaine qui se prête à une méthode particulière d’investigation : faire une
observation empirique puis la quantifier et la mesurer, enfin, s’assurer que l’expérience
est répétée et vérifiée par différentes personnes. Plus d’un observateur doit
dire : « Oui, j’ai vu la même chose, j’ai obtenu les mêmes résultats. »
Sa légitimité est donc limitée au monde physique, comprenant le corps humain,
les corps astronomiques, l’énergie mesurable et le fonctionnement des
structures. Les résultats empiriques obtenus de cette manière constituent la
base d’autres expérimentations et généralisations qui seront intégrées dans l’ensemble
plus large de la connaissance scientifique. C’est effectivement le paradigme
actuel de la science. Il est clair que ce paradigme n’englobe pas - et ne peut
pas englober - tous les aspects de la réalité, en particulier la nature de l’existence
humaine. Outre le monde objectif de la matière, que la science excelle à
explorer, il existe un monde subjectif des sentiments, émotions, pensées ainsi
que des valeurs et aspirations spirituelles nées de ces derniers. Si nous
traitons ce domaine comme s’il n’avait pas de rôle constitutif dans notre
compréhension de la réalité, nous perdons de vue ce qui fait la richesse de
notre propre existence et notre compréhension n’est pas complète. La réalité,
englobant notre propre existence, est tellement plus complexe que ce que
propose le matérialisme scientifique objectif.
Assez peu de choses en français sur
le Net... En plus d'un article de Francis
Brassard que nous avons reproduit dans le Micro-Hebdo
n° 34,
on pourra consulter le texte d'une conférence donnée
par le Dr Trinh Dinh
Hy sur ce même thème général de "Bouddhisme
et science" => http://membres.lycos.fr/cusi/fra/fra0072.htm. Sur
le site "Athéisme", Benoît Sorel propose
un résumé de son mémoire de DEA intitulé
"Regard
sur une rencontre actuelle : science exacte et bouddhisme",
ainsi qu'une critique du documentaire "Des
moines au laboratoire", diffusée sur la chaîne de
télévision Arte, en janvier 2007.
Les ouvrages à lire
sont plus nombreux, parfois difficiles, toujours intéressants...
Tout
d'abord deux livres qui concernent avant tout les relations entre le
bouddhisme et les sciences exactes, physique et astro-physique notamment :
-
"Science et Bouddhisme. A chacun sa réalité", de B. Allan Wallace,
Calmann-Lévy, 1998
-
"L'infini dans la paume de la main. Du Big-Bang à l'Eveil", Matthieu
Ricard et Trinh Xuan Thuan, Fayard/Nil éditions, 2000.
Cet
ouvrage dispose d'un "site officiel" sur le Net
: http://www.trinhxuanthuan.com/sb.htm
Sinon,
il
existe surtout des ouvrages traitant des relations entre l'approche bouddhique
de l'esprit et les neurosciences :
- "EspritScience. Dialogue Orient-Occident", colloque entre
scientifiques américains et le Dalai-Lama, éd. Claire Lumière, 1993
- "Dormir, rêver,
mourir. Explorer la conscience avec le Dalaï-Lama", de Francisco Varela, éd. Nil, 1998
- "L'esprit, deux perspectives : bouddhisme et neurosciences", de
Christopher Decharms, éd Kunchab, 1999
- "Passerelles : entretiens avec des scientifiques sur la nature de
l'esprit", Dalaï-Lama, Francisco Varela et alia, éd. Albin Michel, coll. Spiritualités
vivantes, 2000
- "Le pouvoir de l'esprit. Entretiens avec des scientifiques", le Dalaï-Lama, Fayard, 2000
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