|
La Lettre de l'UBE janvier
2009 |
||||||||||
|
Actualité
de l'UBE
Les prochains cours à Paris
Les prochains séminaires à Paris
|
||||||||||
|
|
||||||||||
|
Actualité
de l'édition Quelques livres nouvellement parus et à paraître prochainement L'esprit en éveil :
conseils de sagesse aux hommes d'aujourd'hui Ego, attachement et libération Un trappiste à la
rencontre des moines tibétains Réflexions d'une
nonne bouddhiste Nagarjuna et la
doctrine de la vacuité Tout l'univers dans
un atome : science et bouddhisme, une invitation au dialogue Méditer zen : une
anthologie spirituelle Se voir tel qu'on est |
||||||||||
|
|
||||||||||
|
Actualités
du bouddhisme en France Hommage
à Jean-Pierre Schnetzler
Frederic Schnetzler ont la douleur de vous faire part du décès de
|
||||||||||
|
Janvier 2009 |
|
|
dimanche 4 janvier |
Kalachakra, un mandala pour la Paix |
|
dimanche 11 janvier changement de programmation |
En hommage au Docteur Jean-Pierre Schnetzler, décédé le 4 janvier 2009,
"
Sagesses bouddhistes" rediffuse l'émission qui lui avait été consacrée le 23 Novembre 2008 : |
|
dimanche 18 janvier |
Rencontre avec
un Maître de
P’Owa |
|
dimanche 25 janvier |
Sa Sainteté le
Dalaï-Lama à Veneux-les- Sablons et Evry |
Actualités du bouddhisme sur Internet
Le site "Buddhachannel"
propose, depuis trois ans, de nombreux articles
ainsi que des reportages vidéos consacrés
au bouddhisme
(plus de 250
à ce jour : enseignements, actualités, reportages,
etc.).
Chaque semaine, un dossier thématique propose
un ensemble de contributions
sur un thème donné,
dont régulièrement un thème lié au bouddhisme.
Certains
événements donnent aussi lieu à des dossiers
particuliers...
Les
"Dossiers" thématiques hebdomadaires à venir...
Les
dossiers plus particulièrement consacrés au bouddhisme
sont signalés en rouge...
Bouddhisme et Psychanalyse
Conférence de Jean-Pierre Schnetzler
28 février 1996
[ce texte
est extrait du transcript de la conférence qui est disponible
à la vente sur notre site
Internet :
rubrique : "Université"
=> "Publications" => "Transcripts de conférence"]
[…]
Les difficultés présentées par la comparaison entre
la méditation et la psychanalyse tiennent évidemment à des conceptions de l’homme
et du monde qui sont différentes dans les deux cas. Il s’agit, dans le premier,
d’une voie traditionnelle, et dans le second d’une méthode d’investigation
scientifique moderne. Il y a toutefois une analogie profonde entre ces deux
démarches.
Le Bouddha décrit le bouddhisme comme une méthode de
guérison de la souffrance, ce qui lui a valu, d’ailleurs dans le bouddhisme, le
titre canonique de Grand médecin « Bhaisajya guru ». Personnellement je
préférerai l’appeler le Maître psychiatre, car la maladie dont il guérit est
avant tout mentale.
Cette idée de thérapie est en effet commune aux deux
démarches que nous allons traiter ce soir. Et je pense, pour ma part, qu’elles
sont capables de se féconder réciproquement. Il nous faudra toutefois délimiter
les domaines et les modes d’action ; les difficultés tenant aux différences de
concepts, de doctrines, et de but car ils sont, nous le verrons, analogues mais
pas identiques. Bien entendu je me tiendrai à l’essentiel, et en dehors des
querelles de chapelle qui, vous le savez, existent partout dès qu’il y a plus
de trois hommes ensemble !
Nous allons commencer par voir quelle est la
structure du monde auquel se réfère le bouddhisme, par rapport à celle qui est
explicite dans la psychanalyse.
Pour la psychanalyse, l’évolution de l’homme culmine
dans un état de maturité psychologique chez un être humain capable de jouir, de
supporter une dose raisonnable de contrariétés, de travailler, d’élever sa
progéniture. Après quoi il décline et il disparaît définitivement, au travers
de la sénilité, puisque, bien entendu, il n’y a rien après la mort. Les idées
de la psychologie classique et de la psychanalyse sont évidemment celles du
rationalisme et du matérialisme de leur temps.
Mais la psychologie contemporaine, en particulier aux
Etats-Unis, et à la suite, en France, dans le mouvement transpersonnel, est née
sur la côte californienne, sous les influences conjuguées de Carl Gustav Jung
et des doctrines orientales. La psychologie transpersonnelle a étudié la
maturation du moi de l’adulte jusqu’à un niveau qui n’est pas celui auquel je
me référais auparavant. Il intègre des expériences et des modes de
fonctionnement psychologique qui sont ceux des mystiques, de toutes les
religions d’ailleurs, mais aussi, de façon beaucoup plus rare, de certains
non-religieux. Ces expériences ont été décrites sous le nom « d’expériences de
sommet » par Abraham Maslow et, d’une façon générale, par des observateurs qui
ne se sont pas crus obligés de se limiter à la description du citoyen ordinaire
mais ont tenu compte des phénomènes peut-être relativement rares mais tout de
même bien attestés, qui font partie d’une évolution naturelle et nullement
pathologique de l’être humain ; phénomènes qui relèvent de ce que, de façon
abusive, on appelle, avec une légère condescendance méprisante, les phénomènes
mystiques.
Dans cette optique, la psychologie transpersonnelle
reconnaît, de façon schématique, qu’il existe d’abord des stades pré-personnels
de développement qui sont bien connus de la psychologie génétique et de la
psychanalyse. Je vais vous rappeler simplement que le nourrisson commence à
prendre conscience de son environnement sensori-moteur, puis des émotions qu’il
éprouve et de quelques fantasmes, pour ensuite accéder à un niveau de pensée
que Piaget appelle pré-opératoire et qui constitue un élément normal mais,
évidemment, temporaire de l’évolution. Après quoi, le stade personnel est
atteint, lorsque sur le plan intellectuel l’enfant est capable de faire des
opérations concrètes mais raisonnables où il comprend les rôles et les règles.
Il acquiert ensuite une pensée formelle où il est capable de penser le monde et
lui-même, suivant les règles de la logique. Il appréhende des relations
conceptuelles et, finalement, il est capable d’opérations synthétiques et
intégrantes, créatives, où il est possible d’intégrer tous les processus
formels et réflexifs d’une façon personnelle. Lorsque l’adulte est arrivé à ce
stade, il a terminé son évolution.
Ce n’est pas exact, disent les psychologues du
transpersonnel. L’être humain est encore capable, si son évolution continue, d’atteindre
un stade transpersonnel du fonctionnement psychique, qui est ce que je décrirai
tout à 1’heure comme le début des processus de la méditation, de la
concentration, au seuil du premier dhyâna. Il est aussi capable d’atteindre un stade, dit « subtil »
par Ken Wilber - un des psychologues transpersonnels dont je suis en train de
résumer les positions - qui correspond à ce que le bouddhisme appelle la forme
pure : le rûpaloka, et
qui correspond aussi aux archétypes et aux idées platoniciennes, aux
visualisations des yidam dans le bouddhisme tantrique et aux stades des dhyâna
de la forme pure ; nous y reviendrons tout à l’heure. Enfin le neuvième
stade, qui est le stade causal pour Ken Wilber, est l’expérience du vide, du
sans forme, ou de l’universel, ce qui constitue la fin des phénomènes
psychiques. Au delà, c’est un état ultime, que l’hindouisme appelle le
quatrième état : turîya, ou ce qui constitue le svabhavikakâya du
bouddhisme, nous allons aussi y revenir. Je vous cite simplement ces neuf ou
dix stades de Ken Wilber parce qu’ils sont représentatifs de la position
contemporaine de la psychologie transpersonnelle qui montre qu’au-delà des
stades du moi, connus de la psychologie classique, on peut décrire, suivant des
critères formels basés sur des constatations d’expériences, des types de
fonctionnement mental qui ne relevaient pas, ordinairement, de ce que l’on
enseignait à la faculté.
Nous sommes donc là au-delà du moi ordinaire. Est-ce de cela dont il s’agit quand la mystique chrétienne parle de la mort du moi ? Est-ce de cela dont il s’agit quand le bouddhisme parle de l’illusion du moi, ou de l’inexistence du moi, ce qui est une façon de traduire le pâli anatta ou le sanscrit anâtman et qui constitue, vous le savez, l’enseignement essentiel, fondamental du bouddhisme ?
Cet enseignement de l’anâtman, de l’anatta, de l’inexistence réelle et ultime du moi, est un enseignement difficile à comprendre dit le Bouddha. Il avait sûrement raison car dans l’expérience que peuvent en avoir des pratiquants du bouddhisme, on s’aperçoit qu’il y a souvent des erreurs de compréhension. J’en cite quelques-unes tout à fait classiques. Il y en a une qui consiste à dire que la libération survient en rejetant tout dans un acte romantique ou anarchiste de liberté sans frein. On a connu cela sur les chemins de Kathmandou, et également chez ceux qui recherchent une fusion extatique, de type non pas transpersonnelle mais en réalité de type pré-personnelle, une expérience de fusion avec le sein maternel ou avec la puissance protectrice, comme on voudra. C’est d’ailleurs ce qui motive les critiques de Sigmund Freud sur ce point précis. D’autres voient une libération du moi dans le fait de se soumettre complètement à un autre : le maître spirituel, ressenti comme un autre que moi, en essayant ainsi de supprimer désespérément les limites interpersonnelles. D’autres enfin pensent qu’il faut tuer le moi pour passer outre et se livrent à des processus d’assassinat de l’individu à la suite de guerres civiles douloureuses qui relèvent à mon sens du sado-masochisme, mais certainement pas d’une voie spirituelle. Le Bouddha était, vous le savez, non violent et n’a jamais recommandé d’assassiner personne, pas même soi-même. En fait, avant de devenir personne, d’accepter de n’être rien, il faut déjà être quelqu’un ; il faut avoir un moi avant d’accepter de le perdre. Il faut que celui-ci fonctionne avant qu’il puisse s’effacer.
La réalité relative du moi est précieuse et tous les
psychiatres savent la gravité des troubles chez ceux dont le moi s’est mal
structuré. Ce complexe fonctionnel qu’est le moi doit donc exister; et exister
normalement et correctement. L’anatta, encore une fois, ne consiste pas à tuer un moi réel.
Cette vérité consiste à reconnaître que le moi est une illusion, à percevoir qu’il
n’a jamais été réel et que ce qui n’a jamais été réel disparaît au moment même
où l’on découvre l’illusion. Le moi n’est pas quelque chose de réel et d’authentique
qu’il faille faire disparaître. On ne fait disparaître qu’une illusion, l’illusion
qu’on a été identifié à ce moi. Lorsque le bouddhisme dit que le moi est une
illusion, ou qu’il est irréel, n’oubliez pas que pour lui la seule chose qui
est réelle c’est le nirvâna ; tout le reste est illusoire. Il faut donc
comprendre que ce qu’il y a à supprimer, c’est l’attachement passionnel à une
identification illusoire ; c’est la fixation à un mode d’opérer, à un mode de
fonctionner qui existe sous le primat de l’identification : « Je suis cela ».
Ce dont il y a lieu de se libérer, c’est donc de cette identification, en
reconnaissant : « Je ne suis pas cela, ceci ne m’appartient pas, ceci n’est
pas mon moi ». C’est-à-dire qu’il faut se libérer de la relation d’identification
: « Je suis cela », ou de la relation d’appropriation : « Ceci
est à moi ». Il faut donc se désapproprier et se désidentifier. Mais il
n »y a évidemment pas à supprimer de force quoi que ce soit de façon
artificielle ; bien au contraire les consignes de la méditation nous demandent
de ne rien rejeter, de ne rien supprimer, de tout voir comme c’est réellement.
Alors que d »habitude nous voyons les choses comme nous désirons qu’elles
soient, ou comme nous avons peur qu’elles soient, ou comme nous imaginons qu’elles
sont. Ce sont donc les puissances de l’attachement au désir, les puissances de
l’attachement à la répulsion et les puissances de l’identification engendrée
par le voile de l’ignorance qui doivent être abandonnées. Si ces trois-là sont
abandonnées, le moi disparaît, puisqu’il n’a jamais existé.
En fait on pourrait dire, en reprenant la formule de
Lavoisier, qu’il n’y a rien qui se crée, rien qui disparaît, mais tout qui se
transforme. Et on pourrait reprendre cette formule chimique au sens
alchimique... Il y a de grandes parentés spirituelles entre l’alchimie et le
bouddhisme tantrique en particulier, puisque la spécialité, pourrait-on dire,
du bouddhisme tantrique, c’est justement de ne rien supprimer, de ne rien
détruire, mais de tout transformer, exactement au sens alchimique du terme. On
va donc laisser se dissoudre, naturellement, avec sagesse et compassion, ce qui
est impermanent de par sa nature et qui donc, de toutes façons, se dissoudra.
Nous en arrivons donc à la méditation ; ou
plutôt, aux méditations, au pluriel, car il y a des centaines de techniques
dans le bouddhisme. Mais, pour faire bref, je décrirai très simplement les deux
grandes familles de technique de méditation qui existent. La première est la
famille de la concentration : samâdhi, qu’on appelle aussi la voie du
calme : samatha yâna, chiné (Zignas
thegpa) en tibétain. Cette voie de la concentration aboutit à
une série de huit extases ou enstases (on peut traduire de deux façons le pâli jhâna
ou le sanscrit dhyâna). Voilà
pour la première famille. La deuxième famille est la famille dite de la «
vision pénétrante » ou « vision supérieure », ou « vision transcendante »
qui traduit le pâli vipassâna ou le sanscrit vipshyanâ ou le
tibétain lag thong. Cette
deuxième famille de technique est la seule, dit le Bouddha, qui permet d’atteindre
le nirvâna ; et c’est donc elle qui est caractéristique de la méditation
bouddhique proprement dite, la voie de la concentration lui étant parfaitement
commune avec le Râja-Yoga hindou, et avec l’hindouisme tantrique bien
évidemment, en ce qui concerne les formules tantriques. La famille de la vision
pénétrante consiste à voir, de façon lucide et sage, tous les phénomènes quels
qu’ils soient, qu’ils appartiennent au monde matériel ou au monde mental de nos
sensations, de nos sentiments, de nos émotions, de notre conscience et de nos
objets mentaux.
Le tantrisme, qui constitue la troisième grande école
du bouddhisme, utilise pour sa part les mêmes techniques de méditation que
celles de la Voie
des Anciens (Theravâda :
doctrine des anciens) ou du Grand Véhicule (Mahâyâna), dont je viens de parler, et il ajoute en fait
seulement deux caractéristiques qui lui sont propres. La première consiste en
certaines techniques de yoga physique et, je dirais, subtil, qui consiste à
maîtriser certains phénomènes physiologiques du corps humain et certaines
fonctions mentales qui lui sont correspondantes. La deuxième consiste en l’utilisation
de visualisations symboliques comme des mandala... Je crois que tout le monde, maintenant, a vu des mandala
en Occident, peintures ou dessins représentant des déités, des divinités de
méditation qu’on appelle yi-dam en tibétain (yi-dam [la], skt. : istadevatâ, divinité ou déité
d’élection) et qui sont des représentations symboliques d’aspect de la sagesse ou
de la compassion des Buddha, que le méditant est invité à visualiser, auxquels,
dans un deuxième temps, il s’identifie, et qu’il dissout, enfin, dans la
vacuité. Voilà donc pour les spécificités du tantrisme qui font appel, vous
voyez, d’une part à des yoga
physiques et d’autre part au mode symbolique de fonctionnement du mental dont
nous allons un peu reparler par la suite.
Le but des pratiques méditatives est de se dégager de ce qu’on appelle les samskâra, en sanskrit, qui sont des formations mentales, formées et formantes, ou des dynamismes formateurs, à la fois inconscients et conscients, bâtis par le désir et la répulsion, et verrouillés par l’ignorance. Ils constituent la base des contraintes mentales qui nous ligotent. Ces samskâra viennent, bien sûr, de l’enfance, et là-dessus, tous les psychologues et tous les psychanalystes seront d’accord ; ils viennent aussi, disent l’hindouisme et le bouddhisme, des vies antérieures, ce qui est déclaré parfaitement impossible par la science contemporaine, dans sa majorité, et parfaitement possible pour les quelques équipes scientifiques universitaires, existant à l’heure actuelle - il y en a au moins quatre à ma connaissance - qui ont vérifié la réalité de l’existence des souvenirs de vies antérieures chez certains enfants, de tout jeune âge, (entre deux et cinq ans), qui se souviennent spontanément de leurs vies antérieures et qui les racontent. Ceci a été, non seulement enregistré, mais vérifié par une étude des témoignages et des faits, par un de mes collègues pionnier de cette recherche, le professeur Stevenson, qui est professeur de psychiatrie à l’Université de Virginie aux Etats-Unis. A l’heure actuelle, il a réuni environ plus de deux mille cinq cents cas vérifiés de cette question. Ce qui n’avait été étudié jusqu’ici, il faut bien le dire, que par Stevenson, a été vérifié et publié dans les journaux scientifiques depuis deux à trois ans par trois autres équipes universitaires indépendantes. C’est la raison pour laquelle, j’ai moi-même écrit un livre sur la question, résumant les constatations de Stevenson, et les miennes propres car j’ai aussi observé un petit nombre de cas. Voilà donc pour l’existence des samskâra, qui constituent entre autres l’inconscient. Cet inconscient est personnel, au sens freudien, collectif, au sens jungien, ou transpersonnel, s’il vient aussi d’individualités nous ayant précédés et nous ayant légué un héritage dont nous ne sommes pas toujours conscients mais dont il faut que nous payions les droits.
Quels sont alors les moyens pour se débarrasser de ces samskâra ? C’est d’abord, et avant tout, la sagesse : prajñâ, qui permet de voir justement les choses comme elles sont, associée à des règles de comportement : l’éthique, la moralité, sîla, qui évite que nous nous fassions du mal, à nous-mêmes ou à autrui, et que, par conséquent, nous développions une série de causes qui trouble notre mental, charge notre inconscient et nous empêche de développer comme il convient la lucidité de l’esprit et la tranquillité intérieure, indispensables pour que nous puissions pratiquer la méditation de façon fructueuse et, de ce fait, nous libérer.
Qu’est-ce que disent, de leur côté, la psychanalyse et les psychothérapies individuelles d’inspiration analytique ? […]
Les psychanalyses, freudienne, post freudienne ou
jungienne, en reprenant ce qu’elles ont de commun, nous disent toutes qu’il est
nécessaire d’intégrer l’inconscient et ses contenus infantiles, au travers d’une
compréhension des régularités de notre comportement et des défenses par
lesquelles nous nous empêchons de prendre conscience de certaines choses. Ceci
est mené dans le cadre d’une relation transférentielle entre l’analysant et l’analyste,
ce qui permet à l’analysant de voir, précisément et avec justesse, comment se
sont constitués ses désirs, ses répulsions, ses peurs, etc... au fil de son
enfance, ce qui lui permet de comprendre le présent en reconstituant le passé.
A cet égard, il faut dire que la psychologie génétique, en général, et la
psychanalyse ont beaucoup apporté au bouddhisme dans le détail de la façon dont
se constitue la personne, dont les modes de fonctionnement de l’intelligence
croissent en complexité, etc. Tout cela n’a pas été étudié, dans le détail, par
le Bouddha qui n’avait pas les moyens que nous possédons à l’heure actuelle et
n’était pas non plus très intéressé par la connaissance minutieuse des
mécanismes subtils puisqu’il lui suffisait de s’en débarrasser, en bloc. Pour
ce qu’il recherchait, c’était largement suffisant.
De même la psychologie jungienne nous apporte des
connaissances fort intéressantes par tout ce qu’elle a mis en évidence sur le
rôle du symbolisme, rôle capital, car c’est un mode naturel et spontané, un
mode premier, comme dit Mircéa Eliade, fonctionnement de notre mental. C’est le
mode de fonctionnement nocturne de notre mental et notre façon de parler par
images, et poétiquement, qui est, vous le savez, le premier langage de l’humanité.
Celui-ci a un gros avantage car il véhicule, en même temps, des informations
intellectuelles et affectives. Il permet donc la circulation du sens et sa
compréhension ; mais, en même temps, il évoque des émotions et nous permet de
faire circuler nos affections positives et négatives - ce que le langage
purement intellectuel ne fait pas. Le langage abstrait, on le sait, n’a jamais
fait bouger personne, ce que savent tous les orateurs politiques. L’intérêt du
langage symbolique, c’est donc qu’il fait l’unité de l’être, dans ses
dimensions intellectuelles et affectives. Et c’est la raison d’ailleurs pour
laquelle les méthodes de méditation tibétaine sont particulièrement actives et
efficaces parce qu’elles intéressent la totalité du fonctionnement mental et
pas seulement une partie de celui-ci. D’autre part, le mode logique dans lequel
fonctionne le rêve n’est pas le mode aristotélicien ordinaire, Dieu merci - ou « Bouddha
merci », comme vous voudrez... En effet, la limitation de la logique
classique est qu’elle ne s’adresse pas à tout ce qui dépasse le domaine des
objets quantifiables et des idées claires et distinctes, comme disait Monsieur
Descartes. Tout ce qui est au-delà ne fonctionne pas correctement avec la
logique du tiers-exclu. Je n’insiste pas sur ce point parce que le problème est
compliqué. J’y ai consacré un chapitre dans mon ouvrage sur les souvenirs de
vies antérieures, parce qu’il y a là un problème de compréhension du symbole qui
est extrêmement important. Il se trouve que la logique bouddhique du
tétralemne, que l’on rencontre aussi chez Platon, n’est pas la logique
ordinaire aristotélicienne, puisqu’elle comporte quatre propositions dont la
troisième régit le symbolisme. Elle dit qu’un objet est à la fois ce qu’il est
et ce qu’il n’est pas. Dans le rêve, une chose peut être une chose et autre
chose en même temps. Et ce n’est pas scandaleux pour le rêve. Ce n’est pas
scandaleux pour le bouddhisme non plus. On trouve ainsi des argumentations
bouddhiques qui obéissent à la logique du tétralemne et ont fait grincer les
dents d’un certain nombre de logiciens classiques. Plus maintenant d’ailleurs,
depuis quelques années, parce que la logique moderne s’est assouplie et n’est
plus aussi strictement corsetée que la logique d’Aristote. Nous trouvons donc
là dans le canon bouddhique et dans les méthodes de méditation, comme dans le
rêve, un mode de pensée qui va plus loin que la logique classique des objets
quantifiables. On pourra y revenir si vous voulez tout à l’heure, mais je ne
vais pas insister parce que ça nous entraînerait trop loin.
Nous en arrivons maintenant au maître spirituel,
comparé au thérapeute. Ils ont des fonctions thérapeutiques analogues, visent
tous les deux à une certaine libération, mais pas au même niveau. Voilà en gros
l’argument de ce paragraphe. Le maître spirituel, quand il est complet,
authentique, réalisé, est capable de transmettre sans paroles, silencieusement,
directement, de coeur à coeur, ou d’esprit à esprit, l’influx spirituel de
sagesse et d’amour, de sagesse ou d’amour ou les deux en même temps, qui
éveille l’esprit de son disciple, lequel était déjà présent mais plutôt
endormi.
Une autre caractéristique du maître spirituel est qu’il
se réfère à une lignée spirituelle traditionnelle et n’est pas comme l’analyste,
qui ne s’autorise que de lui-même. Le maître dépend de la lignée spirituelle
dont il transmet la pratique et les formes qui remontent au Bouddha lui-même,
par une lignée ininterrompue, même si le coeur de la pratique va au-delà des
rites, des paroles et de toutes les formes, d’ailleurs. Le coeur est au-delà
des formes, mais il se sert des formes. Je vous parle avec des formes et des
mots, même si l’essentiel est au-delà de ce que je peux formuler. Le rôle
fondamental du maître est d’introduire son disciple à la véritable nature de
son esprit qui est transcendante, nature de l’esprit que le bouddhisme appelle
aussi la « nature de Bouddha » et qui est le véritable maître intérieur du
disciple. Le maître extérieur ne sert qu’à révéler le maître intérieur. C’est
un des paradoxes de la relation maître/disciple.
D’ailleurs vous savez, c’est le disciple qui fait le
maître, car s’il n’y avait pas de disciple, il n’y aurait pas de maître, qui n’aurait
pas besoin d’enseigner. Et suivant une formule classique, « quand le disciple
est prêt, le maître apparaît », ce qui peut s’entendre de bien des façons. En
tous cas cela suppose la qualification du disciple ; et en particulier de ses
motivations, le but d’un véritable disciple n’étant évidemment pas la simple
cure de traits névrotiques. C’est pourquoi le disciple demande et accepte l’influence
spirituelle de la lignée du maître, et s’il s’ouvre sagement et amoureusement à
ce qui le dépasse, alors le maître donnera ce qui lui est demandé. Il donnera, bien sûr, gratuitement. A
la différence de l’analyse, on n’est pas obligé de payer à chaque séance ; mais
en fait le maître demande beaucoup plus. Ce qu’il demande a un prix
incalculable, car il demande tout : la peau, la chair, les os et le mental et
il faut que l’on donne tout, ce qui est d’ailleurs rien, bien sûr, car tout ce
que l’on donne n’a pas d’existence réelle, donc ne vaut rien. Il le donne en
tout temps, en tout lieu. Parfois on ne peut le voir qu’une seule fois dans sa
vie, ou deux ou trois fois. Il est
tout de même toujours présent. Mais si on est auprès de lui, la relation
peut-être quotidienne, intime et physique. On peut lui laver les pieds, ou lui
donner à manger ; ce qui, évidemment, est très différent aussi de la façon dont
on se comporte avec l’analyste...
Il peut
arriver parfois que le maître spirituel assume une fonction thérapeutique à l’égard
de certains de ses disciples ; une fonction à la fois paternelle et maternelle,
pour des disciples dont l’état exige cette préparation. Mais il faut d’abord
que le maître ressente s’il en a la capacité ; ce n’est pas évident qu’il en
ait la disponibilité non plus. Et s’il sent que le disciple n’est pas prêt, il
l’enverra ailleurs pour cette entreprise. De nos jours, en Occident, cette
dimension de transfert et de thérapeutique, au sens médical du terme, est
souvent constatée en ce qui concerne des candidats disciples occidentaux, qui
sont immatures. Ce qui n’a rien d’étonnant parce que, comme vous le savez, la
production industrielle la plus réussie de l’Occident n’est pas celle de l’automobile,
mais celle des névrosés.
Il y a
là, bien évidemment, une grande difficulté pratique et parfois des obstacles
majeurs. Ces obstacles, en principe, c’est le travail de l’analyste. Vous savez
qu’il est à la fois présent et absent, si effacé dans sa dimension individuelle
et concrète, que le peu qu’on en voit exister est très circonscrit. C’est un
miroir qui parle, qui parle peu d’ailleurs, qui vend de son temps, assez cher,
et de sa compréhension quelquefois mais, tout de même, qui donne discrètement
de son amour. Je pense, pour ma part, que c’est ce qu’il y a de meilleur dans
ce qu’il est capable de faire. C’est de là que dépend bien souvent l’efficacité thérapeutique. En tout
cas son silence et sa discrétion permettent à l’analysant d’user de sa parole et de libérer son verbe. Après
tout, c’est ce qu’il est venu chercher. Faut-il dire que les motivations de l’analysant
sont de niveau très variable, on s’en doute, et qu’elles sont loin d’être
toujours spirituelles, de même que tous les analystes ne sont pas prêts à
pouvoir entendre de telles demandes... Ce qui peut parfois rendre conflictuels
des rapports entre le maître spirituel et l’analyste, lorsqu’ils entrent en compétition auprès du même
client. Ceci, dans le cas, bien entendu, où ils ne font pas correctement leur
travail.
[...]
accès
au site public de l'UBE / accès
au "site des Adhérents" de l'UBE