La Lettre de l'UBE

     n° 17 - novembre 2009


 

 Actualité de l'UBE
 

Les prochains cours à Paris

  • samedi 21 novembre 2009, de 15 h à 18 h
    Les dix-huit dhâtu (« éléments »)
    Cours public donné par Christian Maës

    Etude approfondie, selon la perspective des anciens commentaires, d’un passage du Majjhima Nikâya, du canon pâli, qui parle des dix-huit éléments ("dhâtu") – l’une des bases traditionnelles pour développer cette sorte de sagacité qu’on appelait "paññâ" – et de la façon dont ces dix-huit "dhâtu" contribuent à l’apparition des nombreuses manifestations du désir. Nous verrons aussi comment l’alliance entre une étude de texte détaillée et une observation directe permet d’arriver à une plus juste compréhension de processus fondamentaux.
     


Le bouddhisme et les dieux

    Le bouddhisme se présente comme un non-théisme : une « religion » n’exigeant la croyance en aucun Dieu créateur. Mais si cette absence permet de le distinguer des religions révélées (judaïsme, christianisme, islam), le bouddhisme n’a jamais nié, pour autant, l’existence des dieux et des états divins qui leur sont associés ; et ceux-ci sont multiples et nombreux...
    Si l’on veut éviter un comparatisme simpliste entre déisme et bouddhisme, il faudra tout d’abord préciser quelle vision l’Occident s’est faite de Dieu et du divin. Puis on étudiera les différentes présentations que les grands courants du bouddhisme ont proposé des dieux et des divinités, leur nature, leurs rôles, leurs pouvoirs, leurs relations avec les humains...

  • séance n° 3 : samedi 19 décembre 2009, de 15 h à 18 h
    Dieux et divinités du Mahâyâna sino-japonais  -  Cours public donné par Jérôme Ducor 
     
  • séance n° 4 : samedi 9 janvier 2010, de 15 h à 18 h
    Dieux et divinités du Mahâyâna indo-tibétain - Cours public donné par Philippe Cornu
     


Séminaires d'études

    Attention ! Les inscriptions aux deux premiers séminaires ne seront acceptées que jusqu'au 15 novembre prochain (les séminaires seront annulés si le nombre d'inscrits est insuffisant)

    1er cycle : Bouddhisme tantrique et alchimie
    directeur d'étude : Françoise Bonardel
    Nombre d'Occidentaux portent aujourd'hui au tantrisme indo-tibétain un vif intérêt, sans réaliser qu'ils renouent ainsi avec l'art secret que fut en Occident l'alchimie. La plupart des pratiques tantriques du Vajrayâna mettent  en ouvre un processus de « transmutation » d'ordre alchimique, dont on rappelera les bases théoriques et la finalité, concrète et spirituelle. Ce rapprochement invite à s'interroger sur la nature réelle de la non-dualité qui, dans un cas comme dans l'autre, en est le fondement : coïncidence des opposés ou vacuité (sûnyatâ) ?
    Calendrier des sessions :  les lundis : 18 janvier, 22 février, 22 mars et 19 avril 2010

    2e cycle - La Base primordiale de l'esprit, selon l'approche du Dzogchen
    directeur d'étude : Philippe Cornu
    Connaître l'esprit est une clé pour comprendre le karma, l'illusion et la méditation. Le Yogacara présente déjà une analyse très fine des fonctions de l'esprit. Mais le Dzogchen ou Grande Perfection va plus loin, car la nature fondamentale de l'esprit, dénommée Base primordiale, est à l'origine à la fois du samsâra et du nirvâna. Comprendre la Base et son dynamisme permet d'embrasser la génèse de tous les phénomènes et leur possible libération au sein de l'espace de la réalité. Philippe Cornu s'appuiera notamment sur l'oeuvre de Longchenpa (1308-1364) pour aborder ce thème.
    Calendrier des sessions : les mardis : 19 janvier, 2 février, 9 et 30 mars 2010
     



Autres rendez-vous...
 

 

Visites commentées au Musée Guimet
avec Philippe Cornu

L'UBE souhaite organiser des visites commentées de l'exposition temporaire "Au pays du Dragon - Arts sacrés du Bhoutan", actuellement proposée au Musée Guimet de Paris.

Les commentaires seront assurés par Philippe Cornu.

Dates proposées :
samedi 5 décembre 2009 et samedi 16 janvier 2010

Programme de visite complet :
plus de places disponibles... désolé !

 

 

 

 

 

 Actualité de l'édition

Quelques livres nouvellement parus et à paraître prochainement 

Bouddhisme et re-naissances dans la tradition Theravada
Didier Treutenaere
Editions : Asia - Date de parution : 15/09/2009
N° ISBN : 978-2-9534056-0-6 -  Prix de vente : 33,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : L'auteur est remontée aux origines du bouddhisme pour faire émerger le principe de renaissance dans cette religion et montrer qu'elle offre en ce domaine des réponses qui satisferont nombre d'Occidentaux.
Niveau de lecture : Tout public

Commentaire de la pratique du Nyoung-nè
Guéshé Lobsang Tengyé
Editions : Editions Vajra Yogini - Date de parution : 25/09/2009
N° ISBN : 978-2-911582-70-7 -  Prix de vente : 14,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Le Nyoung-nè est commenté pour faciliter sa pratique. Il dure trois jours. Le premier jour est une journée de préparation. Le second jour est le Nyoung-nè proprement dit, un jour de jeûne. Le dernier jour comprend une session le matin, avant le lever du soleil.
Niveau de lecture : Public motivé

Bouddhismes d'Asie : monuments et littératures
Journée d'étude en hommage à Alfred Foucher (1865-1952)
recueil édité par Pierre-Sylvain Filliozat et Jean Leclant
Editions : Académie des inscriptions et belles-lettres - Date de parution : 30/09/2009
N° ISBN : 978-2-87754-221-0 -  Prix de vente : 70,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Série de textes sur l'oeuvre du savant orientaliste entré à la Société asiatique en 1891. Membre actif de l'Académie, il contribue à la connaissance de l'Asie avec pour collègues et amis, Sylvain Lévi, spécialisé dans l'Asie centrale et la Chine, et Louis Finot, expert de l'Asie du Sud-Est. Ses travaux permettent d'admirer les vestiges grecs à Bactres, lieu à nouveau  prospecté en 2002.
Niveau de lecture : Professionnel, spécialiste

Chan & zen : le jardin des iconoclastes
Daniel Odier
Editions : Pocket, coll. « Spiritualité » - Date de parution : 01/10/2009
N° ISBN : 978-2-266-18733-6 -  Prix de vente : 5,90 €
Présentation du livre par l’éditeur : Présentation du chan, bouddhisme zen chinois, qui relie sa tradition au Bouddha historique, qui lors d'une triple transmission, désigna Mahakashyapa comme le successeur de cette manière de transmettre l'essence du bouddhisme, dans une relation de coeur à coeur. L'auteur, héritier de la lignée de Zhaozhou, propose de découvrir la dynamique des ancêtres du chan.
Niveau de lecture : Tout public

Le bouddhisme en 50 clés
Dennis Gira
Editions : Bayard- Le Pèlerin- Date de parution : 01/10/2009
N° ISBN : 978-2-227-47831-2 -  Prix de vente : 17,50 €
Présentation du livre par l’éditeur : 50 clés permettent de comprendre et découvrir la complexité du bouddhisme à travers son histoire, ses différents héritages et sa réception par l'Occident.
Niveau de lecture : Tout public

Bouddha : le diamant et le feu
textes choisis et présentés par Carisse Busquet
Editions : Le Seuil, coll. « Points Sagesses » n° 254 - Date de parution : 08/10/2009
N° ISBN : 978-2-7578-1330-0 -  Prix de vente : 5,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : C'est la connaissance acquise par l'expérience qui libère, et non la foi. Bouddha parvint à l'Eveil en contemplant directement le fonctionnement de l'esprit humain.
Niveau de lecture : Tout public

Les revenants de l'au-delà dans le monde tibétain : sources littéraires et tradition vivante
Françoise Pommaret
Editions : CNRS Editions - Date de parution : 08/10/2009
N° ISBN : 978-2-271-06811-8 -  Prix de vente : 25,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Les récits d'expérience de morts revenus de l'au-delà incitent les êtres humains à se conduire de façon conforme à la doctrine bouddhique. Ils sont traités à travers l'analyse philologique et historique des sources littéraires tibétaines et bhoutanaises, associée à une étude ethnologique de la tradition vivante.
Niveau de lecture : Public motivé

Zen, simple assise : le Fukanzazengi de maître Dôgen
Philippe Coupey 
; préf. Luc Boussard ; introd. Guy Faure
Editions : Désiris - Date de parution : 17/10/2009
N° ISBN : 978-2-915418-39-2 -  Prix de vente : 14,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Le moine zen commente très précisément le  'Fukanzazengi' , guide universel sur la voie juste du zazen. Ce texte, écrit par le maître Eihei Dôgen en 1227, est un des textes fondateurs du  zen japonais. Il explique comment et pourquoi pratiquer la méditation assise.
Niveau de lecture : Tout public

Le Bouddha à la rencontre de Socrate
Harrison J. Pemberton
Editions : Dzambala - Date de parution : 26/10/2009
N° ISBN : 978-2-906940-35-2 -  Prix de vente : 12,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Journal d'un professeur américain qui s'est rendu dans les contreforts de l'Himalaya pour devenir le tuteur particulier de l'un des plus hauts lamas du bouddhisme tibétain.
Niveau de lecture : Tout public

L'art du pardon, de la bonté et de la paix
Jack Kornfield
Editions : Pocket, coll. « Spiritualité » - Date de parution : 05/11/2009
N° ISBN : 978-2-266-17850-1-  Prix de vente : 6,50 €
Présentation du livre par l’éditeur : Moine bouddhiste formé en Thaïlande, en Birmanie et en Inde, J. Kornfield propose un choix de citations, d'anecdotes et de récits édifiants rappelant combien le pardon et la bienveillance ont le pouvoir de transformer chaque personne en apportant la paix intérieure.
Niveau de lecture : Tout public

Le yoga de la sagesse
Tenzin Gyaztso, XIVe Dalaï-lama

Editions : Le Seuil, coll. « Points, Sagesses » n° 154 - Date de parution : 05/11/2009
N° ISBN : 978-2-7578-1540-3 -  Prix de vente : 7,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Issu d'un enseignement donné par le dalaï-lama en 1986, cet ouvrage explique comment la pratique tantrique s'imbrique dans celle du bouddhisme.
Niveau de lecture : Tout public

Le miroir au sens limpide : trésor du dzogchen
Nuden Dorje
 ; commentaires de James Low
Editions : Almora - Date de parution : 18/11/2009
N° ISBN : 978-2-35118-043-3 -  Prix de vente : pas d’indication de prix
Présentation du livre par l’éditeur : Ce livre traite de la vue et de la pratique du dzogchen, la grande perfection naturelle, voie directe permettant d'actualiser la nature essentielle de l'esprit. Le dzogchen est une école de bouddhisme tibétain dont les enseignements pénètrent peu à peu en Occident grâce à des maîtres comme Namkhai Norbu ou Sogyal Rimpoché. Le texte expose les différents points de cet entraînement spirituel.
Niveau de lecture : Tout public

Le Vessantara-jataka
ou L'avant dernière incarnation du Bouddha Gautama : une épopée bouddhique
Traduction et présentation de Jean-Pierre Osier
Editions : Cerf, coll. « Patrimoines » - Date de parution : 19/11/2009
N° ISBN : 978-2-204-08982-1 -  Prix de vente : 24,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : Ce récit en vers et en prose raconte comment le roi Vessantara a conquis la perfection du don en donnant son propre corps, son royaume, sa femme et ses enfants pour parvenir à la perfection de l'éveil comme Bouddha.
Niveau de lecture : Public motivé

Petit traité de zen à l'usage des femmes
Grazyna Perl et Arnaud Gonzague

Editions : Seuil - Date de parution : 31/12/2009
N° ISBN : 978-2-02-098298-6 -  Prix de vente : 17,00 €
Présentation du livre par l’éditeur : La peintre d'origine polonaise, maître zen de tradition coréenne, sous le nom de maître Bon Yo, partage ses réflexions sur le bouddhisme zen et les sociétés modernes, la place des femmes dans le bouddhisme, etc.
Niveau de lecture : Tout public

 

 

     

Actualités du bouddhisme en France
 

Expositions

    Musée Cernuschi
    du 18 septembre 2009 au 3 janvier 2010

Les buddhas du shandong

Cette exposition de buddhas et bodhisattva trouvés en 1996 dans la ville chinoise de Qingzhou (Province du Shandong) est présentée pour la première fois en France au musée Cernuschi.
Toutes les statues datent du VIe siècle, apogée de la statuaire bouddhique en Chine. Encore inconnues du grand public, les pièces par leur taille, le raffinement de leur traitement, leur état exceptionnel de conservation et les restes de leur polychromie, constituent l'un des sommets de la statuaire asiatique. 

Musée Cernuschi
musée des arts de l’Asie de la Ville de Paris

7 avenue Vélasquez 75008 Paris
(l’entrée de l’avenue Vélasquez se situe au niveau du 111-113 boulevard Malesherbes, et par le Parc Monceau, allée centrale)
Tél. 01 53 96 21 50
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, sauf les lundis et jours fériés.
=> en savoir plus

 


     
    Musée Guimet
    du 7 octobre 2009 au 25 janvier 2010

Au pays du Dragon : arts sacrés du Bhoutan 

Cette exposition réunira pour la première fois une centaine d’œuvres bouddhiques prêtées par divers temples et monastères du Bhoutan, royaume himalayen situé entre le Tibet et l’état indien de l’Assam, et qui constitue une enclave miraculeusement préservée et vivante du bouddhisme tibétain.
Objets de culte, composée d’une majorité de thangkas, peints ou brodés, parfois de très grandes dimensions, mais aussi de sculptures métalliques et de quelques objets liturgiques, s’échelonnant du VIIIe au XIXe siècles, ces pièces n’avaient jamais pour la plupart été présentées en dehors du Bhoutan.
Une série de films exceptionnels et inédits, tournés dans le pays, consacrés aux danses bouddhiques rituelles ou cham, accomplies par les moines lors de certaines grandes fêtes, complètera l’exposition.
En outre, deux moines bhoutanais qui accompagneront celle-ci, exécuteront des rituels journaliers, dans un espace aménagé pour l’occasion au sein du musée, et qui sera accessible au public. 

Renseignements : Musée national des Arts asiatiques-Guimet
6 place Iéna, 75016 Paris. Tél. 01.40.73.88.18. 

 

 

 

     

Actualités du bouddhisme sur Internet
 


L'Union Bouddhiste de France vient de se doter d'un nouveau site Internet entièrement rénové :

http://www.bouddhisme-france.org/ 

On y trouvera plusieurs rubriques présentant :

  • l'Union Bouddhiste de France, fédération de centres bouddhistes de France
  • l'émision de télévision "Sagesses bouddhistes" (programme des prochaines émissions, transcription de certaines d'entre elles, etc.)
  • les reliques du Bouddha historique, installées à la grande Pagode du Bois de Vincennes (cérémonies, histoire des reliques, quand et comment les voir, etc.)
  • les activité à la Grande Pagode du Bois de Vincennes
  • les livres présentés lors des émissions "Sagesses bouddhistes" et la documentation juridique concernant les centres bouddhistes
  • les "Lettres d'information" de l'UBF...

 

 

Le site "Buddhachannel" propose, depuis trois ans, de nombreux articles
ainsi que des reportages vidéos consacrés au bouddhisme
(plus de 250 à ce jour : enseignements, actualités, reportages, etc.).
Chaque semaine, un dossier thématique propose un ensemble de contributions
sur un thème donné, dont régulièrement un thème lié au bouddhisme.
Certains événements donnent aussi lieu à des dossiers particuliers...

http://www.buddhachannel.tv
 

Les "Dossiers" thématiques hebdomadaires à venir...
Les dossiers plus particulièrement consacrés au bouddhisme sont signalés en rouge...

  • du 2 au 8 novembre : Ego
  • du 9 au 15 novembre :  Karma & Liberté
  • du 16 au 22 novembre : L'Université monastique de Nalanda
     

 

 

" Bardo Thödröl "
le "Livre des morts" tibétain

traduit du tibétain et commenté par Philippe Cornu


Depuis sa première traduction en langue occidentale, en 1927, le "Livre des morts tibétain" n'a cessé de fasciner... à tort ou à raison !?!
Présenté de façon fragmentaire, jamais traduit en français depuis des originaux tibétains (mais toujours depuis des traductions anglaises), le plus souvent détourné de son sens véritable, il alimenta l'imaginaire occidental - comme un pendant oriental au "Livre des morts" egyptien - sans qu'on tienne réellement compte de son inscription au sein de la doctrine bouddhique et, plus particulièrement, de l'enseignement de la plus ancienne école bouddhique tibétaine des Nyingma, à laquelle il appartient tout d'abord.
Il revient à Philippe Cornu, aujourd'hui, de nous offrir non seulement une traduction nouvelle en français - réalisée à partir des originaux tibétains - mais aussi un ensemble d'explications et de commentaires qui permettent de mieux comprendre et d'appréhender justement le rôle et la signification précise des textes ici réunis.
Pour introduire à la lecture de ce monumental ouvrage, nous vous proposons deux extraits de l'introduction et de l'épilogue de Philippe Cornu, qui présentent et expliquent le contexte et l'intérêt de ce texte qui fait désormais partie du patrimoine littéraire et spirituel de l'humanité.
 



Introduction
Extraits des pages 19-20 et 51-55
 

Pourquoi le Bardo thödröl, rebaptisé Le Livre des morts tibétain lors de sa première traduction en 1927, continue-t-il de fasciner les esprits occidentaux à l’aube au XXIe siècle ?
Certes, il s’agit de prime abord d’un ouvrage déroutant dont l’étrangeté et l’exotisme produisent un choc culturel et un dépaysement complets. Mais cela suffit-il à expliquer l’engouement provoqué par cette œuvre ? Passé cette première impression, il faut se demander en quoi il nous parle, au-delà de cet inévitable hiatus culturel. Qu’est-ce que ces vieux textes, porteurs d’un savoir et d’une sagesse si étranges, peuvent nous apporter aujourd’hui ?

Au XXe siècle, l’Occident et le monde à sa suite ont connu de profondes transformations, d’immenses progrès matériels, mais aussi de grands traumatismes historiques et un net recul de la spiritualité. Dans ce contexte, un élément essentiel de l’existence humaine, la mort, est devenu tabou dans nos sociétés. Pourtant  son écho nous parvient chaque jour sous forme d’images médiatisées d’une violence parfois insoutenable. Au lieu de susciter la moindre réflexion sur le sens de la mort, ce phénomène, pardoxalement, la rend encore plus abstraite, la relègue au plus loin de nos préoccupations. Des facteurs socioculturels ont joué dans ce sens. L’éclatement de la famille et la fin de vie en milieu hospitalier font que bien peu de gens assistent à la mort d’un proche. Le mourant, maintenu jusqu’au bout dans l’ignorance de son état, est dépossédé de ses derniers instants par le non-dit. Dans les établissements de soins, la mort est encore vécue comme une défaite médicale face à la maladie. Le corps du défunt est vite escamoté et les cortèges funéraires se font discrets - on préfère un doux grisé au noir des corbillards d’antan... Le deuil lui-même se doit d’être invisible. La disparition de ces rituels laisse les vivants face à un vide désespérant et douloureux, qui les incite à l’oubli et au refoulement. Malgré un intérêt récent pour l’accompagnement et les soins palliatifs, ainsi qu’un timide retour des préoccupations spirituelles, le déni de la mort persiste. Dépouillée de toute vision du sacré, cette dernière est devenue synonyme de non-sens et de désespoir sans appel.

La lecture du Livre des morts tibétain nous invite à sortir de cette amnésie, à voir la mort comme un passage et non une fin. Dans le bouddhisme, celle-ci est non seulement un fait accepté, mais elle est aussi et surtout un sujet central de réflexion, d’étude et d’entraînement spirituel pour penser autrement notre existence et notre devenir. C’est pourquoi, comme nous allons le voir, le Bardo Thödröl prend autant soin de la vie actuelle que de la mort et de l’après-mort. S’il est un guide pour les défunts, il l’est aussi pour les vivants, futurs défunts. [...]

 

Le cycle du Bardo thödröl

Appelé en tibétain Bardo Thödröl chenmo ou La Grande libération par l’audition dans les états intermédiaires, le prétendu Livre des morts tibétain n’est pas un livre au sens occidental du terme, fait d’un seul tenant, mais bien plutôt une constellation de textes réunis sous la forme d’un cycle, et tous consacrés à la préparation de la mort et de la période post mortem. En outre, le cycle du Bardo Thödröl chenmo constitue lui-même un sous-ensemble au sein d’une œuvre plus vaste, La profonde doctrine de la libération naturelle par l’Intention éveillée des Paisibles et des Courroucés (Zab chos zhi khro dgongs pa rang grol), un trésor spirituel ou terma plus connu sous son nom abrégé de Karling Shitro (Kar gling zhi khro), Les Paisibles et les Courroucés de Karma Lingpa, du nom de son découvreur.
Cette tradition des terma ou trésors spirituels (tib. gter ma) remonte, selon l’école des Nyingmapa ou Anciens, au grand maître Padmasambhava qui séjourna au Tibet vers la fin du VIIIe siècle. En enseignant le Vajrayåna ou « Véhicule de diamant », Padmasambhava instaura, au côté d’autres maîtres, des lignées de transmission orale de maître à disciple. Mais, pressentant la destruction prochaine des institutions bouddhistes, il cacha aussi ses enseignements les plus précieux sous forme de trésors spirituels en différents lieux tenus secrets comme des temples, des parois rocheuses et des lacs. Il prédit ensuite que seules les incarnations futures de ses disciples, les « découvreurs de trésors » ou tertön, pourraient les exhumer le temps venu pour en révéler le contenu à l'humanité.
C’est ainsi qu’à la fin du XIVe siècle, le tertön du nom de Karma Lingpa découvrit ce cycle d’enseignements terma au pied du mont Gampodar, dans le Sud du Tibet. Mais l’histoire du Karling Shitro est longue et complexe car Karma Lingpa mourut jeune et ce furent son père, son fils et ses successeurs qui jouèrent un rôle décisif dans l’organisation du cycle.
De cet ensemble, le Bardo Thödröl chenmo va peu à peu émerger en tant que groupe de textes distincts, mais ses différentes éditions, toutes assez tardives (à partir du XVIIe siècle), sont loin d’être identiques. Elles regroupent un nombre de textes variable, même si l’on retrouve toujours un noyau fixe autour desquels gravitent des textes plus occasionnels. Par souci d’exhaustivité et à la différence de toutes les traductions de l’anglais actuellement disponibles en français qui ne livrent que les textes centraux, le Bardo thödröl présenté dans ce volume rassemble les textes les plus représentatifs des différentes éditions, dans une articulation respectant la dynamique interne du cycle.

Le plan choisi est le suivant :

1) Six textes concernent la Vue, la Méditation et la Pratique dans cette vie-là, en préparation pour la mort. Le premier texte, La Libération naturelle de l’esprit, le yoga en quatre sessions quotidiennes, présente les pratiques préliminaires communes aux tantras et au Dzogchen. Le second de ces textes, La Libération naturelle par la vision nue, la Présentation de la Présence éveillée (Rig pa ngo sprod gcer mthong rang grol) est un beau poème de présentation à la nature fondamentale de l’esprit, la Présence éveillée, qui transcende les consciences dualistes ordinaires selon l’enseignement du Dzogchen ou Atiyoga. Il donne le ton pour les autres pratiques du cycle en déployant la Vue ultime et en exposant le principe de la libération naturelle ou auto-libération (tib. rang grol). Les quatre textes suivants appartiennent au Mahåyogatantra et à l’Anuyoga, les tantra internes de l’école Nyingmapa, dont le propos est de transformer la vision karmique impure en perception pure. Ce sont d’abord quatre textes liés à la visualisation des déités paisibles et courroucées selon la phase de développement (tib. bskyed rim) : Après une courte Prière au maître en Trois Corps, la libération naturelle des trois poisons (tib. Sku gsum bla ma’i gsol ‘debs dug gsum rang grol), une pratique dévotionnelle de guru yoga adressée aux bouddhas en Trois Corps, La pratique quotidienne qui libère naturellement les imprégnations karmiques (Chos spyod bag chags rang grol) est une pratique de visualisation, selon l’Anuyoga, des déités paisibles et courroucées qui résident à l’intérieur du corps, dans le cœur, la gorge et le cerveau, du vivant du pratiquant ; suit le Rituel d’activité abrégé, l’essence de la libération naturelle des sensations (Las byang chung ba tshor ba rang grol), un sådhana complet du Mahåyoga avec offrandes. Ensuite vient La confession dans la sphère des Paisibles et Courroucés, la libération naturelle de l’expression verbale (Zhi khro klong bshags brjod pa rang grol), un magnifique texte de purification des actes négatifs et de réparation des brisures de vœux ; et enfin L’Hommage centuple, la libération naturelle des actes négatifs et des voiles (brGya phyag ‘tshal sdig sgrib rang grol), un hommage rendu à chacune des déités en complément au texte précédent. Ces quatre textes constituent donc l’entraînement à la visualisation des déités du mandala dit du Filet d’illusion du vivant des yogis, le préparant aux visions pures des déités lors du bardo de la Réalité.

2) Trois textes consacrés à l’approche de la mort : Les Présages de la mort, la libération naturelle des signes (‘Chi ltas mtshan ma rang grol), un texte étonnant consacré aux présages de la mort et aux phases de dissolution de la mort, destiné aux yogis pratiquants qui se préparent au grand passage ; Tromper la mort, la libération naturelle de la peur (‘Chi bslu ‘jigs pa rang grol), texte curieux expliquant les procédés rituels permettant de reculer le moment de la mort quand celle-ci est prématurée ; et La libération par le port, la libération naturelle des agrégats (bTags grol phung po rang grol), où il est enseigné comment confectionner un diagramme protecteur (sk. yantra) couvert de mantra à placer sur le corps du yogi vivant, puis du défunt avant sa crémation.

3) Les textes constituant le cœur du Bardo thödröl, consacrés aux états intermédiaires post mortem et aux visions qui s’y déploient. Ces sept textes sont ceux qui ont déjà été traduits antérieurement dans toutes les éditions dudit Livre des morts tibétain. Parmi eux, on trouve d’abord les trois grands textes suivants : La Clarification de l’état intermédiaire de la Réalité, la grande libération par l’écoute (Chos nyid bar do’i ngo sprod gsal ‘debs thos grol chen mo), consacré à l’exposé de la première moitié du bar do de la Réalité, émaillé de présentations à la Présence éveillée, et où apparaissent les quarante-deux déités paisibles et les dix vidyådhara ; L’enseignement sur le mode d’émergence de l’état intermédiaire des Courroucés (Khro bo’i bar do ‘char tshul bstan pa) qui fait suite au précédent et décrit les témoignages courroucées qui se manifestent après les paisibles — ces deux textes n’en formant parfois qu’un seul quand on les joint dans certaines éditions ; et La Clarification qui présente l’état intermédiaire du devenir, la grande libération par l’écoute (Srid pa bar do’i ngo sprod gsal ‘debs bar do thos grol chen mo), consacré au bar do du devenir et aux moyens d’éviter une mauvaise renaissance. Ces trois textes forment le corpus narratif principal de la collection.

Suivent quatre prières courtes : Les Principaux Vers sur les six états intermédiaires (Bar do rnam pa drug gi rtsa tshigs) qui résument les points-clés de la pratique dans chacun des états intermédiaires ; La prière d’aspiration pour appeler les bouddhas et les bodhisattvas à la rescousse (Sangs rgyas dans byang chub sems dpa’ rnams la ra mda’ sgran pa’i smon lam) ; La Prière d’aspiration qui libère de la dangereuse et étroite sente de l’état intermédiaire (Bar do ‘phrang sgrol gyi smon lam) ; et La prière d’aspiration qui protège de la peur de l’état intermédiaire (Bar do’i smon lam ‘jigs skyobs ma). Ces prières sont souvent évoquées dans les trois grands textes centraux.

4) Trois textes annexes et complémentaires : le premier, La Libération naturelle de l’attention par le transfert de conscience (‘Pho ba dran pa rang grol) est un texte d’instructions pratiques sur le transfert de conscience que l’on peut effectuer au moment même de la mort pour diriger son esprit vers une terre pure de bouddha. Il ne fait pas traditionnellement partie du Bardo Thödröl mais d’un autre sous-ensemble de textes du Karling shitro, Le Guide d’instructions des six états intermédiaires selon la phase de perfection (rDzogs rim bar do drug gi khrid yig) qui sont six instructions pratiques sur les yoga internes applicables à chacun des six états intermédiaires. Les deux derniers textes, le court Rituel pour guider les défunts hors des lieux des six destinées (Rigs drug gnas ‘dren) et Le rituel pour guider les défunts hors des destinées, composé de façon condensée (gNas ‘dren ‘gro drug ‘khrigs su bkod pa), conçus sur la base du Bardo Thödröl par deux maîtres de la lignée du Karling shitro au XVIIe siècle, sont des rituels où un maître ou un pratiquant exercé guide mentalement et symboliquement les défunts pour leur éviter une renaissance dans le saµsåra.

Présenté ainsi, cet ensemble de textes permettra, je l’espère, au lecteur d’aborder tous les aspects du Bardo Thödröl et d’en acquérir une vision et une compréhension complètes sans trahir l’esprit qui a présidé à l’élaboration de ce cycle exceptionnel de pratiques.

 


 
Epilogue

extrait des pages 727-730
 

Il est deux façons d’aborder le Bardo Thödröl. La première revient à considérer celui-ci comme un objet d’intérêt anthropologique. Cette approche, d’ordre purement intellectuel, peut aller de la simple curiosité jusqu’à l’analyse méthodique et scientifique du texte. Elle permet de mieux connaître l’histoire des idées et des pratiques spirituelles dans la culture tibétaine. A ce titre, le Bardo Thödröl peut être considéré comme une mine d’or tibétologique et philologique.
La seconde approche, que je qualifierai d’existentielle, nous concerne plus directement en tant qu’être vivant plongé dans l’existence. C’est celle de tous ceux qui se questionnent sur la nature de l’existence et de la mort, au niveau philosophique ou spirituel. Cet angle implique une plus grande intimité avec le contenu des textes. C’est celui de nombre d’Occidentaux, en quête de réponses spirituelles ou déjà investis personnellement dans le bouddhisme tibétain.
Bien qu’habituellement considérées comme difficilement conciliables, ces deux lectures peuvent pourtant être utiles l’une à l’autre. Le sens critique ne nuit pas à l’approche spirituelle s’il affranchit celle-ci des croyances naïves ou aveugles. A l’inverse, l’authentique  attitude spirituelle exige un courage et un engagement personnels pour ne pas se retirer de la vie elle-même et se réfugier dans un intellectualisme rassurant mais stérile.
 

Une autre vision de la vie et de la mort

Penchons-nous à présent sur la seconde approche du Bardo Thödröl. Aussi étrange que cela puisse nous paraître de prime abord, il ouvre d’extraordinaires perspectives sur le sens de l’existence, bien au-delà des limites imposées par les cadres culturels habituels. En proposant un large éventail de pratiques spirituelles, il nous dit qu’il est possible d’atteindre la liberté du Plein Éveil, dans cette vie même ou après la mort. C’est pourquoi il embrasse tous les aspects de l’existence — la naissance, la vie, la mort et la période entre la mort et la renaissance. Toutes les pratiques du Vajrayåna n’ont qu’un seul but : révéler au yogi sa nature éveillée, un prodigieux potentiel enfoui sous les souillures et les voiles de l’ignorance immémoriale. Le Bardo Thödröl nous encourage à ne pas nous abandonner à la confusion et à la souffrance, à envisager notre existence en prenant de la hauteur. Notre vie d’être humain, au lieu de se réduire à une lutte sans espoir contre les vicissitudes d’une existence incertaine et chaotique, peut au contraire devenir l’occasion de nous affranchir des constructions artificielles de l’esprit conditionné et d’accéder directement à l’Éveil inconditionné, qui sommeille au plus profond de nous — notre nature de bouddha. Les divers moyens proposés ici n’ont d’autre but que de nous relier à cette vacuité lumineuse et atemporelle, qui sous-tend tous les aspects de l’existence. Loin d’être un néant, la vacuité est l’Ouvert. Ce qui en jaillit est la vie dans sa spontanéité naturelle, c’est-à-dire l’énergie même de l’amour inconditionné que nous avons tous au plus profond de nous-mêmes. Mais, par une tragique méprise, nous ne comprenons pas cette réalité généreuse : l’éclat de la vie pâlit donc sous l’épais brouillard de la confusion. Détournée de sa nature première, la vie se densifie sous l’effet des conditionnements ; elle se réduit bientôt au fruit du mûrissement des forces opérantes du karma. À la manière d’un rêve ou d’un cauchemar, elle est alors vécue comme un scénario omnubilant résultant de nos actes passés et nous empêche de découvrir ce que nous sommes véritablement. Empruntant la fausse identité d’un soi individuel, les êtres errent ainsi de vie en vie, incapables de retrouver la force vive de l’esprit inconditionné spacieux et bienveillant, qui est à la source même de leurs existences. Chaque vie conditionnée a cependant une fin et ce qui meurt alors est précisément la gangue compacte des conditionnements karmiques et des fausses identifications — les cinq agrégats d’appropriation. Et, pour tous les êtres sans exception, la claire lumière, la Base primordiale de l’esprit se dévoile à cet instant. Ce moment de la mort est bien le moment de vérité, à la croisée des chemins entre l’Éveil et le retour vers l’aliénation du cycle des existences douloureuses. Toutefois, le choix lui-même dépend de la pratique antérieure, car on ne peut re-connaître que ce que l’on connaît déjà. Ainsi des aperçus, sinon une expérience fiable de la claire lumière pendant la vie, sont-ils la condition nécessaire pour la reconnaître et s’y absorber à la fin du processus de la mort. L’objectif des pratiques tantriques et dzogchen est donc de proposer toute une panoplie de méthodes ou de moyens habiles donnant accès à cette expérience première.

Le grand dessein qui sous-tend le Karling shitro est de permettre au pratiquant de découvrir la vraie nature de son esprit, de la reconnaître et d’y demeurer. Pour cela, les enseignements tantriques disposent pour cela de tout un arsenal de méthodes utilisant la visualisation, la récitation de mantra et surtout les pratiques de la phase de perfection qui induisent un processus de dissolution semblable à celui qui se produit au moment de la mort. Le yogi peut ainsi se familiariser avec la claire lumière de la voie, ce qui, s’il est un pratiquant aux facultés supérieures, lui permet de s’éveiller dès cette vie ou au moment de sa mort. S’il est un pratiquant plus médiocre, il pourra malgré tout reconnaître la claire lumière fondamentale quand elle lui sera présentée par son maître ou un compagnon  de pratique au moment de sa mort ou dans les jours qui suivent. Les textes principaux du Bardo Thödröl se présentent précisément comme un guide de la voie de l’Éveil dans ces moments cruciaux.

Plus direct, le Dzogchen propose d’approcher l’Esprit éveillé par un procédé qui ouvre instantanément une brèche dans l’esprit conceptuel et illusionné, et permet au yogi de reconnaître sa propre Présence vide et lumineuse. Par la méditation, le pratiquant prolonge et entretient la fraîcheur de cet état naturel entrevu, et quand il l’a suffisamment stabilisé, il devient capable de s’y relier en toutes circonstances. Plus sa Présence s’affirme, plus il se détend dans cet espace primordialement pur et plus sa confusion se libère naturellement. Puis, sans donner prise à la dualité, il contemple le déploiement visionnaire de l’énergie de la Présence, ce qui l’amène peu à peu à fondre toutes ses visions impures dans la Réalité primordialement pure. S’il est un pratiquant aux facultés supérieures, il peut accomplir dans cette vie les Trois Corps d’un bouddha. Sinon, il rejoindra la claire lumière fondamentale en mêlant sa Présence à l’espace au moment de sa mort. Et s’il est familier des visions lumineuses, il aura aussi le loisir de se libérer lors des déploiements visionnaires du bardo de la Réalité. S’il est peu expérimenté, il pourra rejoindre une terre pure de bouddha lors du bardo du devenir, de sorte qu’en séjournant dans ce champ pur il atteindra progressivement l’Éveil sans plus renaître dans le saµsåra. Au pire, il pourra renaître en choisissant une bonne matrice humaine, ce qui lui permettra de poursuivre sa pratique dans la vie suivante et de parvenir finalement à l’Éveil.

Toutes ces méthodes sont présentes dans la collection du Bardo Thödröl qui les associe pour offrir à l’être humain toutes les chances de se libérer. La compassion, le souhait que les êtres s’affranchissent de la souffrance et de ses causes, sous-tend donc l’œuvre dans son ensemùble. Les conseils spirituels ne sont certes pas très faciles à appliquer, mais ils indiquent une direction de vie. Ils nous suggèrent qu’il ne tient qu’à nous d’entreprendre de nous détourner des voies de l’illusion pour accéder à notre être fondamental. La confusion et la souffrance ne sont pas inéluctables, nous avons le choix entre le conditionnement et la liberté, la souffrance et le bonheur, le ressentiment et l’amour, et le discours du Bouddha sur les Quatre Nobles Vérités prend tout son sens : la cessation de la souffrance est possible parce que notre vraie nature est étrangère à la douleur. Prodigieux déploiement jailli d’une source toujours pure, la vie peut soit nous étourdir et nous égarer très loin de notre être véritable, soit devenir la précieuse occasion de réintégrer à jamais cette source éveillée. Dans cette perspective, le bouddhisme n’a rien de pessimiste. Il n’est pas un « non » à la vie comme l’ont souvent cru ses détracteurs. C’est un « oui » qui ouvre toutes grandes les portes d’accès à nos qualités les plus fondamentales, la sagesse innée et la compassion universelle.

 

 

 


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