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La Lettre de l'UBE n° 18 - décembre 2009 |
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Actualité
de l'UBE Les prochains cours à Paris Le bouddhisme et les dieux
Le bouddhisme se présente comme un non-théisme : une « religion »
n’exigeant la croyance en aucun Dieu créateur. Mais si cette absence
permet de le distinguer des religions révélées (judaïsme,
christianisme, islam), le bouddhisme n’a jamais nié, pour autant, l’existence
des dieux et des états divins qui leur sont associés ; et ceux-ci
sont multiples et nombreux...
Les deux premiers séminaires sont confirmés et il reste quelques places disponibles (3...) pour chacun d'eux. Si vous êtes intéressés, merci de vous faire connaître rapidement ! 1er cycle : Bouddhisme
tantrique et alchimie 2e cycle - La Base primordiale de l'esprit, selon l'approche
du Dzogchen |
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Actualité
de l'édition Quelques
livres nouvellement parus et à paraître prochainement
L'art du pardon, de la bonté et de la paix Le yoga de la sagesse Le miroir au sens limpide : trésor du dzogchen Le Vessantara-jataka Petit traité de zen à l'usage des femmes
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Actualités
du bouddhisme en France Expositions Musée
Cernuschi Les buddhas du shandong
Au pays du Dragon : arts sacrés du Bhoutan
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Actualités
du bouddhisme sur Internet
http://www.bouddhisme-france.org/ On y trouvera plusieurs rubriques présentant :
Le site "Buddhachannel"
propose, depuis trois ans, de nombreux articles Les
"Dossiers" thématiques hebdomadaires à venir...
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Saint
Josaphat
saint
Josaphat enseignant (manuscrit grec du XIIe siècle) Aussi étrange
que cela puisse paraître, catholiques et orthodoxes célèbrent le Bouddha comme
un saint chrétien, sous le nom de saint Josaphat… du moins l’ont-ils fait
pendant longtemps - sans le savoir !
Tout commence en
Inde, bien évidemment ! Que la vie du
Bouddha ait pu intéresser les manichéens ne doit pas nous surprendre. On dit du
Perse Mani (216-273), fondateur du manichéisme, qu’il s’est rendu lui-même en
Inde... où on l’aurait d’ailleurs comparé au Bouddha ! Cet homme, hors du
commun et chrétien d’origine, se disait inspiré par l’apôtre Thomas (dont on
pensait qu’il avait évangélisé l’Inde) et souhaita réaliser une synthèse du
christianisme, du zoroastrisme de Perse et du bouddhisme. De l’Asie
centrale et de la Perse,
la biographie du Bouddha pénètrera plus tard le monde arabe et parvient
finalement aux bords de la
Méditerranée : une bibliographie d’origine arabe nous
apprend que, dans la seconde moitié du VIIIe s., au sein de la communauté des
ismaélites de Syrie, des textes persans sont traduits, d’abord en syrien puis
en arabe, sous le nom de « Livre de Bilawhar et Yûdâsaf » (Kitab
Bilawhar wa-Yudasaf). Les musulmans, peu sensibles aux vertus ascétiques, restent
assez proches de leurs modèles perses et ne font que retranscrire les textes en
y ajoutant quelques remarques d’ordre monothéiste qui n’altèrent pas le récit même
de la vie du Bouddha.
Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf Il y a bien longtemps, en Inde,
vivait un roi du nom d’Abénès. Païen, serviteur d’idoles, il se désespérait de
n’avoir pas de fils pour lui succéder quand naquit enfin un garçon, qu’il nomma
Yûdâsaf. Mais un sage devin lui annonça que ce dernier ne régnerait pas sur le
royaume de son père parce qu’il deviendrait « un grand guide sur la voie
de la vérité ».
C'est alors que Bilawhar, un sage moine (monothéiste !) qui vivait dans le désert, eut l'intuition de ce que devait devenir Yûdâsaf. Il quitta son refuge et arriva en ville. Ayant rencontré le prince, il l’instruisit à l’aide de plusieurs paraboles. Certaines d’entre elles ne manqueront pas d’évoquer quelques souvenirs aux bouddhistes, comme, par exemple, cet enseignement sur l’existence comme illusion et les dangers des plaisirs sensuels... « Ceux qui convoitent les délectations
corporelles et qui laissent mourir leur âme de faim ressemblent à un homme qui
s'enfuirait au plus vite devant une licorne qui va le dévorer, et qui tombe
dans un abîme profond. Or, en tombant, il a saisi avec les mains un arbrisseau
et il a posé les pieds sur un endroit glissant et friable ; il voit deux rats,
l'un blanc et l'autre noir, occupés à ronger sans cesse la racine de l'arbuste
qu'il a saisi, et bientôt, ils l'auront coupée. Au fond du gouffre, il aperçoit
un dragon terrible vomissant des flammes et ouvrant la gueule pour le dévorer ;
sur place où il a mis les pieds, il distingue quatre aspics qui montrent tête.
Mais, en levant les yeux, il voit un peu de miel qui coule des branches de cet
arbuste ; alors il oublie le danger auquel il se trouve exposé, et se livre
tout entier au plaisir de goûter ce peu de miel. Cette
parabole - la plus célèbre de la légende - connut
de très nombreuses
Tout l'enseignement de Bilawhar repose sur l'opposition entre Réalité et Illusion. Suit une autre parabole qui illustre la façon de se forger un bon « karma » ! Bilawhar évoque ce qui importe et que l'on néglige, ou plutôt : ce que l'on néglige ordinairement et qui importera en fin de compte. « Celui qui aime le monde est semblable à celui qui a trois amis. L'un qu'il aime plus que lui-même, l'autre autant que lui-même et le dernier moins que lui-même. Il est un jour convoqué par le roi et se sent en grand danger d'être jugé. Il se précipite chez son premier ami qui lui dit être trop occupé mais lui offre quelques tissus afin de se faire un vêtement. Il va ensuite voir le deuxième ami, qui lui dit avoir lui-même beaucoup de soucis mais qui accepte de l'accompagner jusqu'à la porte du palais. En désespoir de cause, il se rend chez son troisième ami. Il lui fait des excuses et implore son aide. Ce dernier lui fait bon accueil, l'appelle son ami très cher et lui rappelle qu'il lui a rendu de menus services dont il est très reconnaissant. Non seulement il l'accompagnera jusqu'au palais mais il plaidera en sa faveur. Le premier ami est la possession des richesses de ce monde qui ne peut offrir rien d'autre qu'un linceul au seuil de la mort, le second représente la famille et les amis, eux-mêmes pris par leurs propres tourments, ils peuvent seulement accompagner l'homme jusqu'au bout de sa vie. Le troisième représente les bonnes oeuvres qui témoigneront pour lui, lors du jugement. » Suivent encore d’autres paraboles pour montrer que les véritables richesses ne sont pas matérielles puis Bilawhar quitte Yûdâsaf, lui expliquant qu'il doit encore subir un temps d'épreuves avant de le rejoindre. A la suite de ces « Quatre
rencontres », Yûdâsaf sera, en effet, soumis à plusieurs épreuves car le
Roi a remarqué des changements dans le comportement de son fils et, après enquête,
en est parvenu à la conclusion qu’il a été converti. Il entend alors user de
ruses diverses pour le détourner de sa vocation : il organise tout d’abord un
débat d’ordre théologique, mais Yûdâsaf triomphe ! Puis il soumet son fils
à la tentation charnelle... celui-ci cède à moitié et, de son relâchement, naîtra
un futur héritier pourle trône. De joie, le roi se convertit…
deux
enluminures du XVe siècle représentant : On aura reconnu là les principaux épisodes de la vie du Bouddha, jusqu’à son retour dans sa ville natale de Kapilavastu, à l’occasion duquel il convertit lui aussi nombre de ses anciens compatriotes, qui deviennent bhikkhu à sa suite… y compris son fils Rahula – ce que les arabes, et leurs prédécesseurs perses, semblent ignorer ! Même l’intervention d’un ange, pour inciter Yûdâsaf à quitter le palais paternel, ne semble pas un anachronisme musulman, car bien des versions bouddhiques évoquent l’intervention des dieux à cette occasion, qui iront jusqu’à soutenir les sabots du cheval du prince pour lui éviter de réveiller les habitants du palais pensant sa fuite. Ces textes
arabes seront eux-mêmes à l’origine de plusieurs récits écrits en géorgien. Comment Bouddha devient saint Josaphat... Située sur la
frontière de l’Europe et de l’Asie, entre Mer Noire et Mer Caspienne, la Géorgie est l'une des
premières nations à avoir adopté la religion chrétienne comme religion
officielle, au début du IVe s. de notre ère, et c’est bien sur ces terres que
l’histoire du Bouddha commence à devenir chrétienne !... Les chrétiens, beaucoup plus que les musulmans, seront particulièrement sensibles aux éloges de l’ascétisme contenus dans le récit… Le monachisme est alors considéré, en chrétienté, comme la meilleure manière de vivre en imitation de Jésus et la vie du Bouddha – christianisée – deviendra une sorte de modèle de cette vocation : appel irrésistible malgré l’éducation reçue et les efforts de la famille pour en écarter, recherche de l’absolu dans la solitude, résistance aux épreuves et à la tentation - notamment de la chair ! Car quelques « entorses » par rapport à la légende initiale apparaissent et, innovation totalement chrétienne, Iodasaph résiste aux femmes tentatrices que son père lui envoie et il quittera le palais sans avoir connu d’épouse ni donné d’héritier au royaume qu’il abandonne... Désormais entrée
en territoire chrétien, l’histoire du Buddha va connaître encore de multiples
traductions et adaptations successives. « Cet homme me pria, au nom de l’amour de Dieu et de la vénération due à la mémoire du bienheureux Barlaam, de traduire du grec en latin, en une langue accessible, cette œuvre de l’Antiquité, inconnue, qui jamais jusqu’alors n’avait été traduite et était ensevelie dans le plus profond oubli. […] Je m’engageai à la traduire mot à mot et fidèlement, à la manière des Anciens, puis je m’appliquai à en accentuer la portée là où je le crus à propos, fut-ce au prix de quelques changements, afin de rendre ma version plus attrayante pour le lecteur de bonne foi… ». C’est cette
version latine qui se répandra par la suite dans toute la chrétienté
occidentale. L’incroyable succès de ce récit est certainement dû à l’œuvre de
Jacques de Voragine, théologien dominicain, archevêque de Gênes, qui vécut de
1225 à 1298 et qui rédigea, vers 1264, la très célèbre « Légende
Dorée », recueil de « Vies des Saints » qui connut un succès
considérable ! La version qu’il y donna de la vie de saint Barlaam et
saint Josaphat devint un « best seller » du Moyen-Age… On en possède
encore aujourd’hui de multiples versions, en vers et en prose, ainsi que des
adaptations scéniques, dans quasiment toutes les langues européennes :
français, italien, espagnol, provençal, portugais, irlandais, allemand,
anglais, néerlandais, norvégien et suédois !... Pour en savoir plus :
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