|
La Lettre de l'UBE n° 19 - janvier 2010 |
||||
|
Actualité
de l'UBE Les prochains cours à Paris
Le bouddhisme se présente comme un non-théisme : une « religion »
n’exigeant la croyance en aucun Dieu créateur. Mais si cette absence
permet de le distinguer des religions révélées (judaïsme,
christianisme, islam), le bouddhisme n’a jamais nié, pour autant, l’existence
des dieux et des états divins qui leur sont associés ; et ceux-ci
sont multiples et nombreux... |
||||
|
|
||||
|
Actualités du bouddhisme en France (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda) samedi 16 janvier
samedi 16 et dimanche 17 janvier
vendredi 22 et samedi 23 janvier
samedi 23 et dimanche 24 janvier
samedi 6 et dimanche 7 février
dimanche 7 février
dimanche 14 février
du lundi 15 au jeudi 18 février
Expositions Musée Guimet Au pays du Dragon : arts sacrés du Bhoutan
|
||||
|
|
||||
|
Le bouddhisme sur Internet
http://www.bouddhisme-france.org/ On y trouvera plusieurs rubriques présentant :
Le site "Buddhachannel"
propose, depuis trois ans, de nombreux articles Les
"Dossiers" thématiques hebdomadaires à venir... |
||||
|
|
||||
|
Le
canon pâli,
Le canon pâli est l’ensemble des
écritures sacrées de l’école bouddhiste Theravâda. C’est le plus ancien canon
complet qui ait été conservé jusqu’à nos jours, de l’immense littérature des
écoles bouddhistes indiennes. De plus, selon la tradition, il est aussi le
premier à avoir été mis par écrit, dans l’île de Ceylan, aux alentours de l’ère
chrétienne.
D’un point de vue strictement
scientifique, on ne peut toutefois pas le considérer comme un ensemble
scripturaire reproduisant fidèlement l’enseignement du Bouddha historique, bien
qu’il en soit le plus ancien témoignage connu.
Le pâli : langue ou texte ? Le nom même de
« pâli », qu’on accole à ce canon, pose lui-même quelques problèmes... D’autre part, l’origine même de ce « prakrit » fait débat... Considérée par les Theravadin comme la langue « magadhie » – celle qu’on parlait dans la région du Maghada, où le Bouddha résida souvent et dans laquelle il se serait donc exprimé lui-même – elle a révélé aux spécialistes des particularités nombreuses d’une autre langue « prakrit », parlée, elle, dans une région de la côte ouest de l’Inde, l’Avanti, qui fut la base de départ des missionnaires ayant transmis le bouddhisme à Ceylan. Le canon actuel est en fait une
compilation de textes d’origines et d’époques variées : certains sont
vraisemblablement issus de la plus ancienne tradition orale de transmission, en
langue maghadie ; d’autres ont connu des ajouts ou des corrections dans la
région de l’Avanti ; les plus récents, enfin, ont été fixés à Ceylan même,
dans une langue devenue « sacrée » - qui ressemblait au « latin
d’église » de l’époque médiévale occidentale...
Tradition bouddhiste theravadine et recherche scientifique occidentale se démarquent nettement quant à la fidélité du canon-Pâli par rapport aux enseignements du Bouddha historique... Pour l’école Theravâda, le canon reproduit fidèlement les enseignements du Bouddha, tels qu’ils ont été récitées lors du premier concile de la communauté, quelques semaines après la disparition du Maître. Lors de cette assemblée, plusieurs centaines de disciples, tous parvenus à la Libération – des arahant – auraient approuvé la récitation de deux disciples dont on avait sollicité la mémoire : Ananda aurait rapporté les enseignements doctrinaux, Upali les enseignements disciplinaires, donnant ainsi naissance aux deux premiers ensembles du canon : le Sutta-pitaka ou « Collection des enseignements » et le Vinaya-pitaka ou « Collection de la discipline ». Le troisième ensemble, Abhidhamma-pitaka ou « Collection des enseignements supérieurs », aurait été fixé plusieurs siècles plus tard, durant le règne du roi Asoka, lors d’un autre concile réuni pour régler des débats internes à la communauté : il serait l’œuvre du bhikkhu Moggallana-Tissa, mais celui-ci n’aurait fait que rappeler l’orthodoxie transmise oralement quasiment depuis l’origine, puisque les premiers textes de l’Abhiddhamma seraient l’œuvre de Sariputta, l’un des principaux disciples directs du Bouddha. La vision des scientifiques est, on s’en doute, très différente... Aucun membre de la communauté scientifique, aujourd’hui, ne croit à la réalité historique du premier concile – en tout cas dans son rôle de fixation de l’ensemble des deux premières Collections ! Que les disciples directs du Bouddha aient ressenti la nécessité de se réunir et de débattre ensemble du contenu essentiel de l’enseignement de leur Maître, oui… mais les récits de ce concile – dont on a de très nombreuses versions, fort différentes selon les écoles – sont beaucoup trop divergents, y compris sur des points fondamentaux, pour qu’il s’agisse d’un souvenir historique réel ! En fait, chaque école donne sa version du concile, qui correspond à sa version du canon – certains affirmant, par exemple, que leur troisième Collection, l’Abhidharma, a été récitée elle aussi, entièrement, lors de ce premier concile ! Du point de vue des études comparatives et philologiques il ressort qu’il a dû exister un premier fonds commun d’enseignements, à la fois doctrinaux et disciplinaires (appelé Dhamma-Vinaya), contenant des formulations très vraisemblablement issues de la bouche même du Bouddha (celui-ci enseigna durant plusieurs décennies et il est tout à fait envisageable qu’il fixa lui-même quelques formulations-types) ou de ses principaux disciples directs... Mais très vite, avec l’expansion de la communauté hors du bassin moyen du Gange – où vécut le Bouddha –, des différences se font jour entre plusieurs courants, avec, notamment, une opposition assez claire entre les moines « résidents » dans les grandes villes du bassin du Gange et les moines « itinérants » dans les nouvelles terres « conquises » plus à l’ouest. Un nouveau pôle s’établit ainsi autour de la ville de Kausambi (où le Bouddha ne s’était jamais rendu), où fleurit un courant qui va prendre son indépendance et qui se caractérise, notamment, par des développements philosophiques que certains finiront par juger hétérodoxes... C’est très vraisemblablement à cette époque que vont se fixer les grands sûtra développés et les premiers Abhidharma. Car des textes aussi célèbres et reconnus que les deux Sermons de Bénarès – qui exposent les Quatre Nobles Vérités et la théorie du « Non-Soi » –, dans leur forme actuelle, n’ont pu être fixés avant au moins un siècle après la disparition du Maître ! Au milieu du IIIe siècle avant
notre ère, à l’époque du roi Asoka (environ 150 ans après la disparition du
Bouddha), on comptait déjà quatre grands courants distincts au sein de la
communauté, chacun disposant de son canon propre, c’est-à-dire : en plus
du noyau commun des enseignements Dhamma-Vinaya, d’un ensemble de textes –
considérés comme « enseignements du Bouddha » – justifiant ses vues
particulières, telles qu’elles seront plus précisément exposées, par la suite, dans
un Abhidharma propre à ce courant...
Dans
son édition thaïlandaise du XXe siècle, le Canon-Pâli
représente une quarantaine de volumes.
Le canon-Pâli n’est donc pas l’unique et seul fiable témoignage du bouddhisme originel… Il n’est qu’un canon du bouddhisme ancien, parmi d’autres – même si c’est le seul que nous ayons conservé en son entier jusqu’à aujourd’hui ! D’où vient-il ? De l’école Theravâda de Ceylan. Mais il convient de voir, maintenant, d’où cette école le tenait... et ce qu’elle en a fait ! D’après la tradition – du
Theravâda... – le bouddhisme fut introduit à Ceylan, aux environs de 250 avant
J.-C., par l’un des fils du roi Asoka nommé Mahinda. Fils ou frère... rien n’est
sûr ; mais il est dit qu’il était né à Sañchi, aujourd’hui le plus ancien
site archéologique bouddhiste de l’Inde, situé près de la côte ouest du
sous-continent, au nord-est de Bombay, dans une région, l’Avanti, qui semble
avoir accueilli l’enseignement du Bouddha très tôt dans l’histoire – certains
textes du Canon-Pâli évoquent même un disciple direct du Bouddha, Mahâ-Kaccana,
comme « évangélisateur » de cette région, du vivant même du
Bouddha ! Avant de parvenir sur la côte ouest de l’Inde, le bouddhisme avait progressé, petit à petit, au fil des siècles, depuis le bassin du Gange, situé à l’opposé du sous-continent, au nord-est. Il était forcément passé – selon les routes de l’époque – par la région de Kausambi que nous évoquions plus haut… Parmi les caractéristiques du canon-Pâli qui nous en apportent la preuve, l’importance accordée au personnage de Sariputta, l’un des principaux disciples directs du Bouddha, réputé pour sa sagesse, qui sera choisi comme « saint patron » par l’école de Kausambi qui développa la première, semble-t-il, la littérature des Abhidharma… Parmi toutes les sources anciennes que nous ayons, seul le canon-Pâli, en effet, accorde autant d’importance à Sariputta. Quant à l’école de Kausambi, nous
savons qu’elle est issue de ce mouvement des moines « itinérants » et
missionnaires, issus de la communauté originelle du bassin du Gange. Plusieurs
sources les présentent comme particulièrement rigoristes du point de vue de la
discipline, mais passablement innovateurs du point de vue doctrinal – à la
limite de l’hétérodoxie ! Du point de vue du Theravâda, ils sont les
tenants de la tradition orthodoxe, tant en doctrine qu’en discipline – ce sont
les autres qui innovent et mettent en péril la fidélité à l’enseignement du Bouddha...
Pour certains historiens, au contraire, ils se présentent comme des
réactionnaires du point de vue doctrinal – refusant des développements qui
deviennent majoritaires chez les bouddhistes du bassin du Gange – et plus
qu’ultra conservateurs du point de vue disciplinaires puisque ce sont eux qui
auraient voulu ajouter de nouvelles règles...
Que devient le canon-Pâli à Ceylan ? Ce sont donc les enseignements d’un courant bien particulier du bouddhisme ancien que Mahinda introduit à Ceylan… Certes, le canon-Pâli comporte nombre des enseignements communs à l’ensemble des communautés indiennes, mais aussi certains traits spécifiques que les Cinghalais vont amplifier au fil des siècles. Le « parrainage » de
Sariputta – champion de la sagesse et de l’étude qui y conduit – se ressentira
notamment lors de la mise par écrit du canon. Lorsque plusieurs décennies de
guerres avec les populations dravidiennes du sud de l’Inde eurent
considérablement affaibli le royaume de Ceylan, la communauté des moines se
retrouva si réduite que l’on craignit de perdre la transmission orale du Pâli,
faute d’un nombre suffisant de spécialistes capables de l’apprendre par cœur et
de le commenter. On résolut donc de le mettre par écrit… mais on décida aussi
de privilégier désormais l’étude de ces textes, au détriment de leur mise en
pratique ! Les bouddhistes cinghalais du Ier siècle de notre ère, dans
leur grande majorité, abandonnèrent la pratique de la méditation et
développèrent une longue tradition d’étude et d’exégèse. Parmi ces moines
« citadins », certains prirent connaissance de nouveaux enseignements
transmis en Inde, se réclamant d’un « Grand Véhicule », supérieur à
celui suivi par les arahant et menant
au plein Eveil des Buddha parfaitement accomplis. Le Grand Véhicule (Mahâyâna)
a vraisemblablement pris son essor dans le sud de l’Inde, en pays Andhra, à
quelques encablures de l’île de Ceylan – une région dans laquelle se
développaient aussi quelques écoles « sœurs » des bouddhistes
cinghalais, se référant au même canon-Pâli. On sait, par de nombreuses sources,
que le Mahâyâna eut un nombre conséquent de disciples à Ceylan, diffusé dans
plusieurs monastères importants de l’île. Le canon-Pâli ne fit pas
exception à la règle. Quelques sutta - assez peu nombreux, il faut le dire –
présentent notamment la « carrière de bodhisatta » du Bouddha
Gotama : son parcours, au fil de ses existences antérieures, durant lequel
il se voue à la pratique des « pâramitâ », les « vertus
transcendantes » qui feront de lui un Bouddha pleinement éveillé. Ces
textes n’appartiennent pas au fond commun ancien d’origine indienne, ils sont
proprement cinghalais et montrent une évidente influence des textes équivalents
du Mahâyâna. Jusqu’au terme même de « bodhisatta », choisi par les
rédacteurs du Pâli, qui est une forme particulière au canon cinghalais (la
traduction en sanskrit donnerait « bodhisakta » et non pas
« bodhisattva »).
Pour en savoir plus : Sur Internet
et sur le site de l'UBE... (http://www.bouddhisme-universite.net) :
|
||||
|
|
||||
|
|
||||