"micro-hebdo" de l'UBE  -  N°11
    1er novembre
    2002
     

    Accéder aux autres numéros 



    Actualité de l'UBE

    samedi 9 novembre
    Le mandala : origine et fonction
    , cours de François Calmès, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, de 15 h à 18 h.

    Dans le cadre du cycle de cours de Niveau 2 de l'Université Bouddhique Européenne.
    Renseignements : UBE - Tél. 01.46.55.33.19 - email : ube@club-internet.fr.  
     

    Les mandala sont devenus des objets familiers aux Occidentaux. Quelle est leur origine ? Quelle est leur signification dans le cadre de la pratique bouddhiste ? Leur fonction est-elle identique dans les écoles tantriques (japonaises ou tibétaines) et celles du Dzogchen ?


    Mise à jour mensuelle du site de l'UBE

    Rubrique "Actualités" :

    • actualités de l'édition : parutions du mois d'octobre, publications annoncées
       
    • actualités du bouddhisme dans le monde :
      • Allemagne : La « Maison du Bouddha » fête son cinquantenaire
      • Grande-Bretagne : Paul MacCartney « proche » du bouddhisme
      • Inde : La matière et la vie en débat
      • Thaïlande : Un ministère du bouddhisme ou de la religion ?
         


    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)

    du mardi 5 novembre au 28 février 2003
    Rituels tibétains : autour du manuscrit des "Visions secrètes" du 5e Dalaï Lama
    . Exposition au Musée Guimet : peintures portatives et statues représentant des divinités ainsi que des objets liés aux rituels tibétains, réunis autour du manuscrit du 5e Dalaï Lama (1617-1682), figure importante de l'histoire religieuse et politique du Tibet. Renseignements : Musée des Arts asiatiques Guimet, 6 place d'Iéna 75016 Paris. Tél. 0
    1.56.52.53.00.

    vendredi 8 novembre
    Fête de Lha bab dutchèn
    , retour du Bouddha des « Cieux des Trente-Trois ». au « Forum », 104 rue de Vaugirard 75006 Paris. Renseignements : Thar Deu Ling, 68 rue Archereau 75019 Paris Tél. 01.43.67.79.39 / 01.53.60.05.25.

    => voir ci-dessous

    samedi 9 et dimanche 10 novembre
    Forum International du Bouddhisme et de la Médecine, au « Corum » de Montpellier, sur le thème « La douleur a-t-elle un sens ? ». Ce Forum réunira plusieurs enseignants bouddhistes parmi lesquels Nishijima roshi et Sogyal Rimpoché. Renseignements : « Jaune.sarl » (société affiliée à Rigpa France), 4 rue Bornier 34000 Montpellier. Tél. 04.67.58.73.32.  

    samedi 16 et dimanche 17 novembre

  • Mort et réincarnation, avec lama Namdak. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling, Landrevie 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75.
  • Transmigration et réincarnation dans le bouddhisme, avec Jean Pierre Schnetzler. Renseignements : Karma Migyur Ling, Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.  
  • Mort, état intermédiaire et renaissance. Enseignement par Guéshé Lobsang Tengyé. Renseignements : Monastère Nalanda, Vajra Yogini, Rouzegas 81500 Labastide Saint Georges. Tél. 05.63.58.02.25.
  • => voir ci-dessous

     



    Le prodige de Sânkâcya :
    la descente des Cieux des "Trente-Trois"

    Le prodige de Sânkâçya est un épisode apocryphe des plus étonnants dans la biographie du Bouddha.
    L'essentiel du récit tourne autour de la Descente du Bouddha depuis les cieux des Tusita, demeure des dieux "Trente-Trois".
    C'est cette "Descente" que figure ce bas-relief gréco-bouddhique présentant, au centre, le Bouddha entouré des dieux Sakra/Indra et Brahmâ sur l'escalier de pierres précieuses spécialement créé par eux pour honorer l'Eveillé. Le trio y est figuré à trois reprises, dans un mouvement plus solennel que dramatique, entourés d'une foule de personnages les honorant.

     


    Le prodige de Sânkâçya

    Le texte suivant est extrait du Cours en Ligne de l'UBE - 1er module : "le Bouddha Sâkyamuni"
    Certaines pages de ce premier module sont accessibles dans la rubrique
    "Cours en Ligne" - "Le matériel pédagogique" - "exemple"


    L'épisode de l'enseignement du Bouddha à sa mère, dans le ciel des Tusita ou des Dieux « Trente-Trois », est l'un des événements particulièrement riches et problématiques de sa biographie « mythique ». Il a été notamment étudié par Alfred Foucher, dans son ouvrage « La vie du Bouddha d'après les textes et les monuments de l'Inde » (Adrien Maisonneuve, Paris, 1993).
    Voici comment il résume le récit traditionnel, tel qu'il était raconté aux pèlerins se rendant à la ville de Sânkâçya :
    « En ce temps-là (c'était, à ce que certains croient savoir, la seizième année de l'Illumination), le Bouddha résolut de monter au ciel des Trente-Trois dieux où sa mère Mâyâ était renée afin de lui enseigner la Bonne-Loi. Il disparut donc mystérieusement de la terre et n'y redescendit que trois mois plus tard, le jour de la pleine lune d'octobre, près de la ville de Sânkâçya. Mais si son « Ascension » - fait donné comme assez banal et à la portée d'autres que lui - passa inaperçue, il n'en fut pas de même de sa « Descension ». Celle-ci se fit en grande pompe, par un triple escalier en matières précieuses créé tout exprès par les dieux, entre Brahma à sa droite et Indra à sa gauche, sur un fond de ciel tout meublé de divinités chantant ses louanges et faisant pleuvoir des fleurs. Au bas des degrés l'attendait la foule de ses fidèles avec ses principaux disciples. De bonne heure le motif se fixa ainsi en une sorte de triptyque, mais à volets verticalement superposés, représentant en haut la prédication chez les dieux, au milieu la descente sur la terre, en bas la reprise de l'enseignement et l'espèce d'examen que le Bouddha fit passer aux membres de la Communauté en leur posant des questions de plus en plus difficiles ; à l'avant-dernière seul Sâriputra put encore répondre, et il n'y eut que Sâkyamuni pour donner la solution de la dernière ». (p. 274)

    Alfred Foucher note d'abord que, dans les huit grands pèlerinages qui rythmaient la « géographie sacrée » du bouddhisme indien, la ville de Sânkâçya est la seule dans laquelle le Bouddha n'a jamais pu, matériellement, se rendre au cours de sa vie. Elle est en effet située très à l'ouest de la vallée du Gange dans laquelle celui-ci enseigna et, à l'exception de cet épisode, n'est jamais citée parmi les villes qu'il visita au cours de sa vie de prédication.
    Il remarque ensuite que cette région - qui fut toujours un fief du brahmanisme - possède un paysage tout différent de celui des sept autres villes « saintes » : pas de rizières dans une campagne où l'eau affleure la terre mais, au contraire, une très riche terre à blé qu'il faut irriguer en allant chercher l'eau dans des nappes phréatiques situées à très grande profondeur.
    Enfin, si l'événement en lui-même n'a rien qui doive vraiment surprendre (le Bouddha, en tant qu'enseignant, use à maintes reprises de ses pouvoirs pour divulguer la Doctrine à des personnages et en des lieux très divers), le point central semble se résumer à la forme architecturale très particulière qui en rend compte. Toutes les représentations iconographiques accordent une importance considérable à ce triple escalier, que l'empereur Asoka matérialisera d'ailleurs sur les lieux (des pèlerins chinois, au VIIe et VIIIe siècles après J.-C. en verront encore les ruines).

    Or, en se rendant sur les lieux, Alfred Foucher constate :
    « Le seul trait un peu saillant du paysage est le grand nombre de pans inclinés, faits de terre battue, qui d'une part surmontent les puits et de l'autre s'enfoncent dans le sol alluvial. Le long de ces rampes artificielles montent ou descendent avec une régularité d'horloges, sous les cris de leurs conducteurs, de patients attelages de boufs, occupés presque sans relâche à élever au-dessus de la surface, dans de grandes outres de cuir, l'eau de la nappe souterraine. [...] L'avouerons-nous ? A force de voir se dresser de tous côtés le profil de ces rampes inclinées à environ 30° au-dessus de la plaine, on ne peut se défendre de penser qu'elles sont responsables de la localisation en ces parages de la « Descension de chez les dieux ». Le fait indéniable est qu'elles dessinent sur le ciel l'élévation du monument commémoratif de ce miracle, tel que les témoins oculaires sont d'accord pour nous le décrire. » [pp.276-7]

    Alfred Foucher insiste ici, non pas tant sur l'aspect merveilleux et incroyable de l'événement du « miracle », que sur le fait qu'on en a conservé la mémoire et qu'il a été considéré comme important, parce qu'un lieu, un paysage, un « objet de vénération » tangible pouvaient y être associés (quand bien même ce lieu se situe en dehors de la région où vécut le Bouddha). Autant dire qu'il existe peut-être, dans la biographie réelle du Bouddha, nombre d'événements qui nous paraîtraient, à nous, très importants mais dont la Tradition n'a rien retenu parce qu'ils ne pouvaient pas être matérialisés ou qu'on avait perdu le souvenir du lieu où ils s'étaient produits.

    D'autres aspects de la légende associée à Sânkâçya viennent confirmer ce point de vue car l'épisode ne concerne pas que le monde des dieux ; il a eu de l'importance, aussi, pour le monde des hommes. C'est à l'occasion de cet enseignement que, pour pallier l'absence inopinée du Bouddha, le roi de la région demanda, dit-on, qu'on fabrique la première statue du Maître. Un habile artisan eut alors la possibilité de fixer ses traits au plus près de la réalité, authentifiant ainsi de visu et pour l'éternité les Trente-deux Marques corporelles du Grand Homme que reproduiront par la suite tous les sculpteurs et les peintres bouddhistes.
    Une tradition ultérieure en profitera, d'ailleurs, pour envoyer cet artisan au ciel même des Tusita, occasion pour lui de portraiturer aussi le futur Bouddha, le bodhisattva Maitreya, qui assistait à l'enseignement de son prédécesseur et qui séjourne toujours actuellement dans ce ciel en attendant son heure. Le pèlerin chinois Huan Tsang, au VIIe siècle, verra cette statue de Maitreya considérée, elle aussi, comme ayant été fabriquée directement « sur le modèle »...
    De plus, de retour chaque nuit dans le domaine des hommes, le Bouddha est censé avoir répété son enseignement divin à l'un de ses disciples, le Vénérable Sâriputra, ce qui serait à l'origine de la troisième « Corbeille » des enseignements : l'Abhidharma ou « enseignement supérieur ».
    On le voit, Sânkâçya méritait de devenir l'un des lieux de pèlerinage les plus importants du monde bouddhiste ! Ou bien plutôt était-il heureux qu'un lieu particulier puisse correspondre aussi bien au cadre d'un tel événement, offrant ainsi une « preuve » tangible et incontestable de la réalité de tous les faits qu'on y rattache.

    Pour en savoir plus :

    • "La vie du Bouddha, d'après les textes et les monuments de l'Inde",
      A. Foucher, éd. J. Maisonneuve, Paris, 1993
       


    La signification de la mort dans le bouddhisme

    (extrait d'un article de Philippe Cornu - le texte entier est disponible
    dans la rubrique "Université" - "Publications" - "Articles en ligne")

    Pour le bouddhisme, la mort ne s'oppose pas à la vie mais se définit comme un processus inverse de celui de la naissance. Cette conception, caractéristique d'une vision spirituelle de l'existence, s'ancre profondément dans une réflexion sur la condition humaine et la possibilité de s'affranchir de la souffrance.
    Dans le bouddhisme, en effet, tout effort de compréhension et d'explication philosophique a une visée sotériologique et débouche sur une pratique spirituelle libératrice. La mort apparaît à tout un chacun comme une séparation douloureuse, une rupture d'équilibre voire une injustice, bref comme une manifestation évidente de la souffrance qui est notre lot. Or, le bouddhisme est né de l'expérience et de l'enseignement d'un homme éveillé, le Bouddha, dont la quête était essentiellement motivée par la compréhension du processus de la souffrance et la possibilité de s'en délivrer définitivement.
    La mort occupe donc une place centrale dans les préoccupations de tout bouddhiste.

    [...]

    Si la mort et l'après-mort dépendent de la qualité de nos actes antérieurs, il est capital d'acquérir de bonnes habitudes et de maîtriser, si possible, notre esprit et nos actes durant cette vie-ci. Ainsi raisonnent les bouddhistes, qui considèrent cette existence comme une préparation.
    Selon le Bouddha, la cause de la souffrance est l'ignorance de notre véritable nature. Ne sachant pas qui nous sommes, nous nous identifions à notre sentiment du "moi", lequel, pour survivre, manifeste diverses émotions. Ces émotions nous poussent à agir égoïstement et donc à créer du karma, le germe de notre souffrance à venir.
    Sachant cela, le pratiquant s'efforce de s'abstenir d'actes nuisibles par la discipline de l'éthique. Il apprend à mieux se connaître en se tournant vers l'intérieur pour observer et maîtriser son esprit dans la pratique de la méditation. Enfin, il étudie les enseignements du Bouddha, y réfléchit et les applique dans sa pratique, développant ainsi la sagesse. Il peut espérer ainsi mener une bonne vie et donc avoir une bonne mort, garante d'une meilleure renaissance ou, mieux, de la libération définitive de la souffrance s'il atteint l'Éveil, qui est dissipation de tous les conditionnements, apaisement de toutes les émotions perturbatrices et épanouissement de toutes les qualités de notre être véritable.
    Tel est l'enjeu de cette vie, la mort étant le fidèle miroir de ce qu'aura été notre existence. Le moment de la mort est crucial : en lui se récapitule la totalité de la vie qui vient d'être vécue. D'où l'importance de régler litiges, dettes, rancoeurs et conflits avant le dernier instant et d'aborder en paix et sans regret le grand passage.