"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 23
    1er mai
    2003
     

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    Actualités de l'UBE


    ATTENTION !!!

    L'UBE dispose désormais de nouvelles coordonnées postales et téléphoniques.

    Tout courrier doit être adressé à :
    Université Bouddhique Européenne
    29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris.

    Cette adresse reste une simple adresse postale : inutile de vous y présenter !
    Nos activités parisiennes continueront d'avoir lieu au « Forum 104 »,
    104 rue de Vaugirard 75006 Paris.

    Pour téléphoner, vous pourrez maintenant utiliser un Numéro « Indigo »
    (0,09 euros TTC la minute, quel que soit le lieu d'appel en France) :
    0.820.20.50.77.

    Les coordonnées Internet, elles, restent inchangées
    site Internet : http://www.bouddhisme-universite.org
    courrier électronique : ube@club-internet.fr.
     

     

    Mise à jour mensuelle de Site : rubrique "Actualités"

    • Mise à jour de l'agenda : mois de mai et juin 2003
    • Actualités de l'édition : parutions d'avril 2003
       

    Cours au "Forum 104"

    samedi 17 mai
    Le terme « yâna » (véhicule) et ses emplois
    , cours de Dominique Trotignon, de 15 h à 18 h au "Forum", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du cycle "Doctrines et Pratiques" de l'UBE. Renseignements : UBE, 61bis avenue de la République 92120 Montrouge. Tél. 0.820.20.50.77 - email : ube@club-internet.fr.
    Le terme yâna ou « véhicule » désigne l'Enseignement du Bouddha. Il est employé dès le canon pâli mais connaîtra une grande diversification d'emploi avec les écoles du Mahâyâna et du Tantrayâna, puis ensuite avec les chercheurs occidentaux modernes. A travers l'histoire d'un mot et de ses emplois, c'est l'évolution même du bouddhisme qui peut être ainsi suivie et interprétée. 


     Cours au Centre Sèvres

    Cours publics proposés dans le cadre du séminaire "Le bouddhisme et les grandes questions de société", sous la direction de Paul Magnin (sept séances, du 22 avril au 3 juin 2003, les mardis de 14 h 30 à 16 h 30). Lieu : Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), 35 bis, rue de Sèvres 75006 Paris.

    • mardi 6 mai
      Le bouddhisme et la guerre, cours public d'Eric Rommeluère, Vice-président de l'UBE

    • mardi 13 mai
      L'attention portée à l'autre ; une comparaison entre compassion et charité
      , cours public de Paul Magnin, professeur au Centre Sèvres
       


    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    samedi 3 et dimanche 4 mai
    Introduction au Dharma
    . Session de découverte de l'enseignement du Bouddha et de la pratique de la méditation. Renseignements : Institut Karma Ling, Hameau de St Hugon, 73110 Arvillard. Tél : 04.79.25.78.00.

    du mercredi 7 au samedi 10 mai
    Le chemin vers l'éveil : conseil du coeur pour des temps difficiles
    . Retraite avec Sogyal Rinpoché, à Paris. Renseignements : Centre Rigpa Paris (école : Nyingma), 6bis rue Vergniaud, 92300 Levallois-Perret. Tél. 01.46.39.01.02.
     

    du mercredi 7 au dimanche 11 mai
    Retraite zen sôtô
    , avec Jokei-Ni. Renseignements : La Demeure sans Limites, Riou La Selle 07320 Saint-Agrève. Tél. 04.75.30.13.62.

    du jeudi 8 au dimanche 11 mai
    Retraite Zen / Vipassana
    , conduite par Martine Batchelor. Lieu : Couvent des soeurs dominicaines, Dammarie Les Lys. Renseignements : Dharma Network Paris.

    du vendredi 9 au dimanche 11 mai

    • Se préparer au processus de la mort et au bardo (période post-mortem). Enseignement assuré par Lama Shérab Gyaltsen Rinpoché. Renseignements : Karma Migyur Ling, Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.
       
    • Retraite de méditation Zen sôtô, dirigée par Catherine Genno Pages, Sensei, à Montreuil. Renseignements : Centre Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.

    du vendredi 9 au dimanche 18 mai
    Sesshin s
    ôtô zen, dans la Drôme, sous la direction de maitre Ryôtan Tokuda. Renseignements :  Maha-Muni, (adresse postale uniquement : 52 rue Pernety 75014 Paris). Tél. 01.45.42.73.00.

    samedi 10 mai
    Méditer : comment et pourquoi ? Journée de méditation, avec Lama Karta. Renseignements : Institut Nalanda (affilié au centre Yeuten Ling), 48-50 rue de l'Orme, 1030, Bruxelles (Belgique) Tél. (00.32) (0)26-753.805.

    mercredi 14 mai
    Le véritable amour, la véritable compassion
    . Conférence par Lama Jigme Rinpoche, à 20h30. Lieu : Salle Asiem, 6 rue Lapparent, 75005 Paris. Organisé par : Dhagpo Kagyu Ling, Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75.
     



    « Angulimala » : un film qui fait scandale !

     


    Le mois d'avril dernier a été marqué, en Thaïlande, par un scandale cinématographique peu commun... Pas moins de 21 groupes bouddhistes, réunis en réseau, ont en effet demandé l'interdiction d'un film intitulé « Angulimala », invoquant le fait qu'il déformait l'histoire, l'enseignement et la signification des préceptes bouddhiques.
    Ce film a pour héros un personnage hors du commun dont l'histoire est évoquée dans un sûtra du Majjhima-Nikaya. Il s'agit d'un jeune homme, brillant étudiant dans l'une des plus célèbres universités brahmaniques de l'époque, qui se voit abusé par son guru à la suite d'une véritable conspiration tramée par ses condisciples, jaloux des relations étroites et amicales qui unissent le maître et le disciple. Pour le punir d'un fait qu'il n'a pas commis, son maître incite Angulimala à assassiner mille personnes, lui assurant qu'il gagnera ainsi les cieux de Brahma.
    Obéissant, et pris par sa folie meurtrière, Angulimala collectionne les doigts de ses victimes et les porte en collier, d'où son nom de « collier de doigts » (anguli-mala). Le point culminant de son histoire (alors qu'il dispose déjà de 999 doigts...) est sa confrontation avec le Bouddha, dont il voulait faire sa dernière victime. Mais le Bouddha parvient à le convertir !
    pour plus de détails => ci-dessous

    Le film « Angulimala » (qui sera présenté au Marché du film de Cannes, le 19 mai prochain) s'attarde davantage sur l'histoire meurtrière du jeune brahmane que sur sa carrière de moine bouddhiste - carrière pourtant exemplaire puisqu'elle le mène jusqu'à l'obtention de l'Eveil, malgré ses crimes !
    Plus que le film lui-même, c'est d'ailleurs sa publicité qui a provoqué un véritable tollé dans le milieu bouddhiste thaïlandais. Celle-ci présentait en effet Angulimala comme « un homme qui a tué mille personnes pour parvenir au nirvâna », ce qui paraît bien évidemment en contradiction avec l'enseignement bouddhiste !
    Plusieurs pétitions, émanant d'un réseau de groupes bouddhistes, ont été adressées aux services de la Police nationale tha
    ïlandaise, au Gouvernement et même au Roi, accusant le film de déformer le bouddhisme en y introduisant des thèses hindoue et théiste. Le Comité pour la religion, les arts et la culture a finalement lui-même saisi le Comité de Censure, qui a tout d'abord réclamé le changement du titre, la suppression de deux scènes particulièrement violentes ainsi que l'insertion d'un avis spécifiant que le film était une fiction due à la seule imagination du scénariste. Le réalisateur, de son côté, arguait du fait que le Canon mentionnait bien l'existence du meurtrier qui, abusé par son mauvais guru, avait finalement renoncé à sa macabre chasse à l'homme après avoir rencontré le Bouddha.
    Au final, cependant, seules les deux scènes violentes ont été supprimées. « Ce film ne fait pas honte au bouddhisme mais il déforme les faits », a simplement déclaré Phra Payom, moine choisi comme « médiateur » dans cette affaire, après avoir visionné la version "corrigée" ! Et le film a pu être diffusé dans les salles.
    Cette décision a cependant déçu les contestataires qui ont déclaré qu'ils continueraient d'exiger son interdiction pure et simple.

    Une bande-annonce du film peut être visionnée sur son site officiel (en thailandais) :
    http://www.angulimalathemovie.com/
     



    Angulimala : un exemple de justice, selon le bouddhisme ancien
     

    Nous reproduisons ci-dessous un extrait d'un article de David Loy,
    intitulé "Une justice réparatrice : une perspective bouddhiste" (traduit de l'anglais par Alain Liénard)
     
     

    Angulimala était un bandit sans pitié, qui avait assassiné de nombreuses personnes et portait leurs doigts en collier - d'où son nom, qui signifie littéralement « collier (mala) de doigts (anguli) ». Bien qu'ayant été mis en garde contre lui, le Bouddha s'engagea dans la région où il sévissait en marchant silencieusement. Pourtant lorsqu'Angulimala tenta de le saisir, le Bouddha accomplit une action surnaturelle : Angulimala, tout en marchant aussi vite qu'il le pût, ne parvint pas à le rattraper bien que le Bouddha continuât de marcher de son pas habituel. Etonné, Angulimala lui cria : « Arrête-toi, Solitaire ! »
    Tout en continuant de marcher, le Bouddha répondit : « Je suis arrêté, Angulimala. Arrête-toi à ton tour. » Pour répondre à l'étonnement d'Angulimala, il lui expliqua : « Je me suis arrêté pour toujours, m'abstenant de toute violence envers les êtres. Mais tu ne fais preuve d'aucune retenue de ce genre. » Angulimala fut tellement impressionné qu'il renonça à jamais aux mauvaises actions et demanda à rejoindre le Sangha. Le Bouddha l'accepta alors comme bhikkhu.
    Entre temps, la foule s'était assemblée aux portes du palais du roi Pasenadi et réclamait l'arrestation d'Angulimala. Le roi Pasenadi se mit en marche avec cinq cents hommes pour le capturer. Quand il rencontra le Bouddha et lui exposa sa quête, ce dernier lui répondit : « Si tu devais constater qu'il est devenu désormais un bon bhikkhu, qui s'abstient de tuer etc., comment le traiterais-tu ? » Le roi répondit qu'il lui rendrait hommage comme à un bon bhikkhu, et fut surpris lorsque le Bouddha lui désigna Angulimala, assis à proximité.
    Le roi fut émerveillé de ce que le Bouddha ait été capable de dompter l'indomptable et d'apporter la paix à celui qui ne la connaissait pas. « Vénérable Seigneur, nous n'avons pas réussi à le dompter nous-mêmes avec la force ou les armes, et voici que le Bienheureux l'a dompté sans force ni armes. » Puis il quitta les lieux.
    Peu après, le vénérable Angulimala réalisa le but suprême d'une vie de sainteté et atteignit le nirvâna. Plus tard, cependant, alors qu'il effectuait sa tournée d'aumônes, il fut battu par des villageois, mais le Bouddha lui dit de le supporter, car c'était le résultat de son karma antérieur. Le sutta se termine par quelques vers récités par Angulimala, entre autres :

    « Celui qui compense les mauvaises actions qu'il a commises
    En accomplissant des actes vertueux à la place,
    Celui-là illumine le monde
    Comme la lune après le passage d'un nuage. »

    Le sens de ce sutta n'est pas difficile à saisir : il nous suffit de comparer le sort d'Angulimala avec ce que notre système de justice rétributive lui infligerait.
    Pourquoi cette histoire est-elle si importante dans le bouddhisme ? Elle souligne l'unique raison pour laquelle il admet la punition d'un délinquant : pour réformer son caractère. Il n'y a donc aucune raison de punir quelqu'un qui s'est déjà amendé de lui-même. Il n'est pas fait mention de la punition comme d'un facteur de dissuasion. Au contraire, on peut considérer le cas d'Angulimala comme l'exposé d'un exemple négatif, impliquant que l'on peut échapper au châtiment en devenant un bhikkhu, comme si le sangha était comparable à la légion étrangère en France. Il n'y a pas non plus la moindre allégation selon laquelle la punition répondrait à la nécessité « d'annuler l'infraction », même si Angulimala subit effectivement les conséquences karmiques auxquelles même son nirvâna (sa perfection spirituelle) ne lui permet pas d'échapper. D'une façon plus générale, on ne peut déterminer quelle réponse judiciaire serait bonne ou mauvaise - déterminer ce qui est juste - en faisant abstraction de la situation particulière du délinquant.
    Cependant, cette histoire n'est pas satisfaisante du point de vue d'une justice de restauration. Le sutta ne dit rien des familles des victimes d'Angulimala, ou des conséquences sociales plus générales de ses crimes, sauf à mentionner la foule à la porte du palais du roi Pasenadi. Le fait que l'humble moine Angulimala soit lapidé par les villageois est l'indice de bien plus que d'un mauvais karma. Il implique qu'il n'y a pas eu de tentative de justice de restauration, prenant en compte les effets de ses actes sur la société. Le tissu social de la communauté a été déchiré, et pourtant il n'y a pas d'effort pour « remettre les choses en place ». On prend en compte la situation particulière du délinquant en l'abstrayant de son contexte social. Il ne serait pas juste de considérer cette attitude comme l'indice d'une indifférence du Bouddhisme envers la société, mais elle illustre bien l'attitude du bouddhisme primitif envers le salut spirituel : la libération est une affaire individuelle, et le chemin pour y parvenir implique de quitter la société, non de la transformer.

     

    Pour en savoir plus :

    • La version intégrale de cet article de David Loy - "Une justice réparatrice : une perspective bouddhiste" - est accessible sur le site de l'UBE :
      => rubrique : Université - Publications - Articles en ligne
       
    • On pourra lire le récit complet de la vie et de la conversion d'Angulimala dans le tome 2 de "Les grands disciples du Bouddha", Nyanaponika Thera et Hellmuth Hecker, éd. Claire Lumière, Saint-Cannat, 1999.