"micro-hebdo"
de l'UBE - N° 27 Accéder aux autres numéros
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Le bouddhisme admet
traditionnellement cinq états d'existence possibles pour les êtres
sensibles (six, dans les traditions plus tardives), parmi lesquelles
l'existence humaine est considérée comme « précieuse ». Un sixième état, celui des asura (« titans »), a finalement
fait son apparition au cours des siècles. Il regroupe des êtres dont l'état
tient à la fois à celui des preta (esprits affamés) et à celui des dieux
(deva) ; on les appelle parfois aussi « demi-dieux », ou
« dieux jaloux ». Il s'agit de génies « supérieurs »,
proches des deva, mais dont la caractéristique principale est l'ambition :
bien qu'ils luttent sans cesse pour parvenir aux états divins, ils échouent et
finissent toujours par être vaincus.
Ce schéma est sensiblement différent de la présentation traditionnelle qui propose (comme dans la tradition tibétaine - figure ci-dessous) une roue divisée en six portions équivalentes. Les différents états d'existence sont alors présentés dans l'ordre suivant : en haut les deva, suivis (à droite) des asura, puis des animaux, des enfers, des preta et enfin des humains. Les deux « mondes » des deva et des asura ne sont ici séparés, symboliquement, que par un arbre (et non une ligne rouge), montrant bien que les asura ne sont en fait qu'une « sous-classe » des deva.
Même si l'existence humaine bénéficie de certains « avantages » par rapport aux autres états - par l'équilibre relatif des différents modes d'appréhension du monde - on ne parle strictement de « précieuse vie humaine » que lorsque plusieurs conditions supplémentaires sont réunies : être né humain ne suffit pas, il faut disposer aussi de toutes ses facultés physiques et mentales, ne pas subir les conséquences d'actes particulièrement défavorables (certains « karma » dits « négatifs »), vivre dans un lieu où un Bouddha a enseigné, que cet enseignement (Dharma) ait été correctement conservé et pratiqué, qu'il existe des personnes aptes à le diffuser et, enfin, avoir personnellement foi en l'efficacité de ce Dharma. La possibilité d'accéder
à cette « précieuse vie humaine » est d'une très grande rareté.
Selon une comparaison traditionnelle un être sensible a autant de chance d'y
parvenir qu'une tortue marine, qui ne viendrait respirer à la surface de
l'océan qu'une seule fois par siècle, a de chance de passer la tête, alors,
dans le trou d'un joug qui flotterait à la surface de l'eau.
Le texte
proposé ci-dessous est extrait du transcript d'une conférence La loi d'interdépendance - que l'on peut traduire aussi par « production conditionnée », « origine conditionnée » ou « co-production conditionnée » - est l'un des points essentiels de l'enseignement du Bouddha. Le mot « origine » est traduit du terme pali paticasamutpada ou du sanskrit pratityasamutpada, c'est-à-dire « l'origine à cause de » : une chose va se présenter en relation avec d'autres causes. Il faut toujours avoir à l'esprit que ce n'est pas seulement A qui va être la cause de B, mais qu'il existe plusieurs relations qui vont conditionner et donner naissance aux différents phénomènes. Ainsi, il n'y a pas seulement A et B, mais plusieurs A et plusieurs B qui rentrent dans le jeu, dans la relation. Cette loi de l'interdépendance est non seulement reliée à notre propre expérience, mais constitue aussi une logique plus générale, qui anime, coordonne et conditionne tous types de phénomènes. C'est une loi que l'on peut voir à l'oeuvre dans notre vie présente, passée ou future (ne me sentant pas suffisamment réalisée, je serai amenée à renaître !) mais en même temps il s'agit d'une loi qui se trouve dans LA vie, dans les phénomènes, dans les choses. C'est-à-dire qu'elle n'est pas seulement liée à nous-mêmes, mais aussi à tout ce qui nous entoure. Je voudrais commencer en m'appuyant sur les paroles mêmes du Bouddha. A ce propos, dans un sûtra du Dîghanikâya (un long sûtra), il énonça à son disciple Ananda : « Profonde est l'origine interdépendante, et difficile est sa compréhension ». Le Bouddha est donc très clair quant à la difficulté de comprendre l'origine interdépendante. Comprendre signifie aussi vivre à la lumière de la loi d'interdépendance. Le Bouddha ajoute : « Sans la compréhension et l'approfondissement de cette loi, le monde ressemble à une boule de fils enchevêtrés, à un nid d'oiseau, à une haie de plantes piquantes et coupantes. Sur cette base, l'on ne peut sortir des plus bas états d'existence, du cycle des douleurs et de la ruine, de la souffrance du cycle de la renaissance ». Il apparaît ainsi clairement que, bien que la compréhension de la loi d'interdépendance soit ardue, elle seule donne les moyens de sortir de la situation d'insatisfaction et de profond malaise dans laquelle on vit. Voici également une autre citation du Bouddha issue du Dhammapada : « Qui comprend l'origine interdépendante comprend le Dharma, et qui comprend le Dharma comprend l'origine interdépendante ». Il ne s'agit pas d'une tautologie mais d'un rapport que le Bouddha veut souligner en direction de l'homme qui vit dans la souffrance, le malaise et l'insatisfaction. On vit dans le malaise en raison de l'incompréhension de la relation qui nous lie aux phénomènes et aux autres êtres. (...) La citation « Qui comprend l'origine interdépendante comprend le Dharma, et qui comprend le Dharma comprend l'origine interdépendante » nous montre que le Dharma, qui offre à l'homme la possibilité de se libérer du samsâra, EST la loi de l'origine interdépendante. En effet, cette loi nous indique quelle est l'origine du samsâra et comment il est possible d'en sortir. Une autre notion fondamentale de l'enseignement du Bouddha concerne l'impermanence de tout chose (anicca en pâli, anitya en sanskrit), c'est-à-dire que tout change perpétuellement. Ceci donne la possibilité de sortir du cycle infernal du samsâra. Il s'agit de trouver la voie qui nous permette de défaire la chaîne de la loi de l'interdépendance. L'homme a la possibilité de transformer sa mentalité et rompre cette chaîne incessante de causes à effets, et atteindre ainsi la parfaite réalisation. Je voudrais également faire remarquer que l'on emploie le terme de chaîne, qui peut donner une image linéaire de l'origine interdépendante, alors que l'on doit plutôt envisager paticasamutpada comme un cycle, en rapport avec l'aspect circulaire de la pensée orientale. La chaîne causale, constituée de différents anneaux ou parties, est donc bouclée sur elle-même, à l'image d'une roue. Le cycle de l'origine interdépendante opère partout et dans toute chose, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, sa dynamique est en perpétuel mouvement. Dans les douze facteurs ou séquences qui l'animent, on trouve toujours coexistence et interdépendance. Par ailleurs, la loi ne se contente pas de décrire les êtres, mais la loi EST les êtres : nous « sommes » la loi de l'interdépendance. En regardant profondément en nous-mêmes, nous pouvons la voir à l'oeuvre partout, à travers les relations entre tous nos constituants, qu'ils soient physiques comme les molécules, ou mentaux. En dehors du champ d'action de la loi de l'origine interdépendante, il n'existe aucun être : nous sommes cette chaîne de causes à effets, nous en sommes les activateurs permanents, jusqu'à ce que nous réussissions à reconnaître l'origine de son mécanisme et parvenir à la libération. Le problème consiste à se libérer de ce qui nous relie à la chaîne. Bien que faisant partie de cette chaîne, il s'agit d'en trouver le point faible, ou plutôt la clé. La doctrine de l'origine interdépendante montre ce que nous sommes, comment nous entrons en relation avec nous-mêmes et avec ce que nous pensons être extérieur à nous-mêmes. Elle montre aussi l'activité de tous les phénomènes, et la façon dont l'homme se trouve amené à réagir plutôt qu'à agir, en raison de son conditionnement. (...) |