"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 27
    1er juillet
    2003
     

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    Actualités de l'UBE


    En raison des vacances scolaires
    le prochain "Micro-Hebdo" sera diffusé le 1er ao
    ût 2003
     


    Le programme des cours et stages
    de l'
    année 2003-04
    sera mis en ligne au mois d'ao
    ût prochain

    Les inscriptions auront lieu à partir du 15 septembre

    à noter :
    "Journées Portes ouvertes"
    samedi 27 septembre
    au "Forum" : 104 rue de Vaugirard 75006 Paris
     

     



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    du vendredi 4 au dimanche 6 juillet
    Sesshin zen sôtô avec Maître Tokuda, à Paris. Renseignements :  Maha-Muni, (adresse postale uniquement : 52 rue Pernety 75014 Paris). Tél. 01.45.42.73.00.

    du vendredi 4 au dimanche 13 juillet
    Shesshin d'été (zen sôtô)
    , avec Roland Yuno Rech, à l'Abbaye de Maredsous (Belgique). Renseignements : Association Zen de Belgique (école : Zen sôtô ; réseau AZI), 11 rue Eugène Cattoir - 1050 Bruxelles. Tél. (00.32)-(0)26-486.408.

    samedi 5 et dimanche 6 juillet
    Les 37 pratiques de bodhisattva. Enseignement de lama Oumzé dans le cadre du programme Zab Sel Gyaltsen (enseignements généraux sur les grands thèmes du Dharma). Renseignements : Dashang Kagyu Ling, Temple des mille Bouddhas, 71320 La Boulaye. Tél. 03.85.79.62.53.

    dimanche 6 juillet
    La précieuse existence humaine. Enseignement de Sa Sainteté le 12e Gyalwang Drukpa (école Droukpa Kagyu) à Paris, de14 h 30 à 17 h 30, à la Salle Asiem, 6 rue de Lapparent, 75005 Paris. Pas de réservation, mais arriver à l'avance. Renseignements : Druk Ngedeun Gawei Tsel, 38 avenue Pierre Semard 94200 Ivry Sur Seine, France. Tél. 01.58.46.06.41 ou 01.40.60.62.22.
    => voir ci-dessous

    du lundi 7 au jeudi 10 juillet
    Colloque interreligieux : « Bâtir la paix ensemble : Bouddhistes et Chrétiens s'engagent », au Centre Théologique de Meylan, près de Grenoble. Renseignements : Centre Théologique de Meylan, 15 chemin de la Carronnerie, 38246 Meylan cedex. Tél. 04.76.41.62.70.

    du mercredi 9 au lundi 14 juillet
    Les 12 facteurs interdépendants : enseignement fondamental du bouddhisme, assuré par lama Traleg Rinpoché Rinpoché (école Kagyupa). Renseignements : Karma Migyur Ling, Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.
    => voir ci-dessous

    du jeudi 10 au vendredi 18 juillet
    Retraite zen sôtô : Camp d'été à La Gendronnière, animé par Pierre Crépon. Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86. (voir aussi le calendrier général des sesshins organisées dans diverses villes de province, la page sesshin du site de l'AZI).

    du jeudi 10 juillet au jeudi 7 août
    Retraite d'été 2003  avec Thich Nhat Hanh. Renseignements : Village des Pruniers - Hameau nouveau, 13 Martineau 33580 Dieulivol. Tél. 05.56.61.66.88.

    du vendredi 11 au dimanche 13 juillet
    La sagesse fondamentale de la voie du milieu. Enseignement dispensé par Kempo Tsultrim Rinpoché. Renseignements : Institut Karma Ling, Hameau de St Hugon, 73110 Arvillard. Tél : 04.79.25.78.00.

    du mardi 15 au jeudi 17 juillet
    Compassion et bodhicitta dans la vie quotidienne : vivre avec bodhicitta dans la vie de tous les jours pour en faire un engagement de chaque instant, avec le Vénérable Lobsang Tcheugyal. Renseignements : Vajra Yogini, Rouzegas 81500 Labastide-Saint-Georges. Tél. 05.63.58.02.25. Inscription et hébergement : 05.63.58.17.22.

 



    La « précieuse existence humaine »

     

    Le bouddhisme admet traditionnellement cinq états d'existence possibles pour les êtres sensibles (six, dans les traditions plus tardives), parmi lesquelles l'existence humaine est considérée comme « précieuse ».
    L'existence humaine se caractérise en effet par un relatif équilibre : les humains connaissent la souffrance (de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort), mais celle-ci n'est pas insupportable au point d'obnubiler l'esprit et d'ôter toute capacité de réflexion - comme c'est le cas dans l'état d'existence infernal. Cette souffrance - qui peut générer une prise de conscience « salutaire » - n'existe pas dans le « monde divin », séjour agréable mais qui se révèle sans profit véritable, car les êtres qui y résident jouissent du plaisir en oubliant que celui-ci prendra fin un jour ; ils n'ont donc aucune idée de la nécessité d'échapper au samsâra, le cycle des naissances et des morts. D'autre part, et contrairement aux êtres qui vivent un état animal, les humains sont doués d'intelligence et de parole et sont capables, s'ils le souhaitent, d'écouter les enseignements et de les mettre en pratique pour atteindre l'Eveil libérateur.
    Chacun des « états d'existence » se caractérise en fait par une tendance psychologique fondamentale, un mode d'appréhension de la réalité (vision de soi et vision du monde) qui prédomine dans la personnalité. C'est cette tendance qui « façonne » l'état d'existence dans lequel on vit et, tout particulièrement, le type de pensée qui se manifeste juste au moment de la mort, déterminant le type d'existence auquel on se destine ainsi soi-même lors du processus de renaissance (la dernière pensée « conditionnant » la première pensée suivante).
    Il existe donc, en réalité, autant d'états d'existence que de types psychologiques différents ; la présentation en cinq (ou six) états n'est qu'une présentation synthétique qui met en valeur les caractéristiques les plus dominantes. On peut les résumer de la manière suivante :

    • état infernal (naraka) : prédominance de la répulsion ; tout phénomène est vécu comme un danger extrême pour le Soi et devient ainsi occasion d'une souffrance intense
    • état d'esprit affamé (preta) : prédominance de l'avidité ; l'esprit, dominé par un désir insatiable, considère chaque phénomène comme incapable d'apporter une satisfaction, même minime
    • état d'animal (tiryak) : prédominance du physique ; les constituants psychiques de la personnalité sont réduits à un mode d'expression minimum, le monde est alors vécu essentiellement sous le mode matériel
    • état divin (deva) : prédominance du psychique ; les constituants physiques de la personnalité sont réduits à un mode d'expression minimum, voire totalement absents (dans les modes d'existence dits de « la forme pure » et de « l'absence de forme »), l'Ego mental est « sur-présent »

    Un sixième état, celui des asura (« titans »), a finalement fait son apparition au cours des siècles. Il regroupe des êtres dont l'état tient à la fois à celui des preta (esprits affamés) et à celui des dieux (deva) ; on les appelle parfois aussi « demi-dieux », ou « dieux jaloux ». Il s'agit de génies « supérieurs », proches des deva, mais dont la caractéristique principale est l'ambition : bien qu'ils luttent sans cesse pour parvenir aux états divins, ils échouent et finissent toujours par être vaincus.
     

    Ce schéma est sensiblement différent de la présentation traditionnelle qui propose (comme dans la tradition tibétaine - figure ci-dessous) une roue divisée en six portions équivalentes. Les différents états d'existence sont alors présentés dans l'ordre suivant : en haut les deva, suivis (à droite) des asura, puis des animaux, des enfers, des preta et enfin des humains. Les deux « mondes » des deva et des asura ne sont ici séparés, symboliquement, que par un arbre (et non une ligne rouge), montrant bien que les asura ne sont en fait qu'une « sous-classe » des deva.

    Même si l'existence humaine bénéficie de certains « avantages » par rapport aux autres états - par l'équilibre relatif des différents modes d'appréhension du monde - on ne parle strictement de « précieuse vie humaine » que lorsque plusieurs conditions supplémentaires sont réunies : être né humain ne suffit pas, il faut disposer aussi de toutes ses facultés physiques et mentales, ne pas subir les conséquences d'actes particulièrement défavorables (certains « karma » dits « négatifs »), vivre dans un lieu où un Bouddha a enseigné, que cet enseignement (Dharma) ait été correctement conservé et pratiqué, qu'il existe des personnes aptes à le diffuser et, enfin, avoir personnellement foi en l'efficacité de ce Dharma.

    La possibilité d'accéder à cette « précieuse vie humaine » est d'une très grande rareté. Selon une comparaison traditionnelle un être sensible a autant de chance d'y parvenir qu'une tortue marine, qui ne viendrait respirer à la surface de l'océan qu'une seule fois par siècle, a de chance de passer la tête, alors, dans le trou d'un joug qui flotterait à la surface de l'eau.
    Autant dire que, si on bénéficie de circonstances aussi favorables pour accéder à l'Eveil, mieux vaut ne pas gâcher l'occasion !!

 



    Les douze facteurs interdépendants

Le texte proposé ci-dessous est extrait du transcript d'une conférence
donnée à Paris, le 23 avril 1997, par
Maria-Angela Falà, dans la cadre du programme de l'UBE.
 

    La loi d'interdépendance - que l'on peut traduire aussi par « production conditionnée », « origine conditionnée » ou « co-production conditionnée » - est l'un des points essentiels de l'enseignement du Bouddha. Le mot « origine » est traduit du terme pali paticasamutpada ou du sanskrit pratityasamutpada, c'est-à-dire « l'origine à cause de » : une chose va se présenter en relation avec d'autres causes. Il faut toujours avoir à l'esprit que ce n'est pas seulement A qui va être la cause de B, mais qu'il existe plusieurs relations qui vont conditionner et donner naissance aux différents phénomènes. Ainsi, il n'y a pas seulement A et B, mais plusieurs A et plusieurs B qui rentrent dans le jeu, dans la relation.

    Cette loi de l'interdépendance est non seulement reliée à notre propre expérience, mais constitue aussi une logique plus générale, qui anime, coordonne et conditionne tous types de phénomènes. C'est une loi que l'on peut voir à l'oeuvre dans notre vie présente, passée ou future (ne me sentant pas suffisamment réalisée, je serai amenée à renaître !) mais en même temps il s'agit d'une loi qui se trouve dans LA vie, dans les phénomènes, dans les choses. C'est-à-dire qu'elle n'est pas seulement liée à nous-mêmes, mais aussi à tout ce qui nous entoure.

    Je voudrais commencer en m'appuyant sur les paroles mêmes du Bouddha. A ce propos, dans un sûtra du Dîghanikâya (un long sûtra), il énonça à son disciple Ananda : « Profonde est l'origine interdépendante, et difficile est sa compréhension ». Le Bouddha est donc très clair quant à la difficulté de comprendre l'origine interdépendante. Comprendre signifie aussi vivre à la lumière de la loi d'interdépendance. Le Bouddha ajoute : « Sans la compréhension et l'approfondissement de cette loi, le monde ressemble à une boule de fils enchevêtrés, à un nid d'oiseau, à une haie de plantes piquantes et coupantes. Sur cette base, l'on ne peut sortir des plus bas états d'existence, du cycle des douleurs et de la ruine, de la souffrance du cycle de la renaissance ». Il apparaît ainsi clairement que, bien que la compréhension de la loi d'interdépendance soit ardue, elle seule donne les moyens de sortir de la situation d'insatisfaction et de profond malaise dans laquelle on vit.

    Voici également une autre citation du Bouddha issue du Dhammapada : « Qui comprend l'origine interdépendante comprend le Dharma, et qui comprend le Dharma comprend l'origine interdépendante ». Il ne s'agit pas d'une tautologie mais d'un rapport que le Bouddha veut souligner en direction de l'homme qui vit dans la souffrance, le malaise et l'insatisfaction. On vit dans le malaise en raison de l'incompréhension de la relation qui nous lie aux phénomènes et aux autres êtres.

    (...)

    La citation « Qui comprend l'origine interdépendante comprend le Dharma, et qui comprend le Dharma comprend l'origine interdépendante » nous montre que le Dharma, qui offre à l'homme la possibilité de se libérer du samsâra, EST la loi de l'origine interdépendante.

    En effet, cette loi nous indique quelle est l'origine du samsâra et comment il est possible d'en sortir. Une autre notion fondamentale de l'enseignement du Bouddha concerne l'impermanence de tout chose (anicca en pâli, anitya en sanskrit), c'est-à-dire que tout change perpétuellement. Ceci donne la possibilité de sortir du cycle infernal du samsâra. Il s'agit de trouver la voie qui nous permette de défaire la chaîne de la loi de l'interdépendance. L'homme a la possibilité de transformer sa mentalité et rompre cette chaîne incessante de causes à effets, et atteindre ainsi la parfaite réalisation.

    Je voudrais également faire remarquer que l'on emploie le terme de chaîne, qui peut donner une image linéaire de l'origine interdépendante, alors que l'on doit plutôt envisager paticasamutpada comme un cycle, en rapport avec l'aspect circulaire de la pensée orientale. La chaîne causale, constituée de différents anneaux ou parties, est donc bouclée sur elle-même, à l'image d'une roue. Le cycle de l'origine interdépendante opère partout et dans toute chose, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, sa dynamique est en perpétuel mouvement. Dans les douze facteurs ou séquences qui l'animent, on trouve toujours coexistence et interdépendance.

    Par ailleurs, la loi ne se contente pas de décrire les êtres, mais la loi EST les êtres : nous « sommes » la loi de l'interdépendance. En regardant profondément en nous-mêmes, nous pouvons la voir à l'oeuvre partout, à travers les relations entre tous nos constituants, qu'ils soient physiques comme les molécules, ou mentaux. En dehors du champ d'action de la loi de l'origine interdépendante, il n'existe aucun être : nous sommes cette chaîne de causes à effets, nous en sommes les activateurs permanents, jusqu'à ce que nous réussissions à reconnaître l'origine de son mécanisme et parvenir à la libération.

    Le problème consiste à se libérer de ce qui nous relie à la chaîne. Bien que faisant partie de cette chaîne, il s'agit d'en trouver le point faible, ou plutôt la clé. La doctrine de l'origine interdépendante montre ce que nous sommes, comment nous entrons en relation avec nous-mêmes et avec ce que nous pensons être extérieur à nous-mêmes. Elle montre aussi l'activité de tous les phénomènes, et la façon dont l'homme se trouve amené à réagir plutôt qu'à agir, en raison de son conditionnement.

    (...)
    En Occident, la coproduction interdépendante est généralement identifiée à une théorie de la causalité, mais en réalité, le Bouddha parle plutôt de conditions qui engendrent d'autres conditions. Le Bouddha s'intéresse surtout à l'aspect fonctionnel de ces conditions, et à leur processus inter-relatif et mutuel. Ainsi, les divers éléments de la production interdépendante ne sont pas traités comme des agents de causalité, mais plutôt comme des phénomènes interdépendants imbriqués les uns dans les autres.