"micro-hebdo"
de l'UBE - N° 28 Accéder aux autres numéros
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Târâ, la "Libératrice" "Seigneur, je guiderai les êtres afin qu'ils
traversent le grand flot de leurs peurs.
Le texte que nous vous
proposons ci-dessous est extrait de l'ouvrage Târâ, dont le nom signifie "Libératrice", est, avec Avalokiteshvara [le bodhisattva de la Compassion], la divinité la plus populaire du Pays des Neiges. Elle est, pour les Tibétains, la mère qui protège de tous les dangers et de toutes les difficultés de l'existence. La confiance et la dévotion qu'ils lui vouent sont tout à fait semblables à la confiance et à l'amour d'un enfant pour sa mère. Dans la peine ou dans le danger, l'enfant appelle sa mère ; le Tibétain prie Târâ. L'enfant ne doute pas que sa mère vienne le protéger ; le Tibétain est certain que Târâ viendra le secourir. De
Târâ on peut dire qu'elle est un bouddha
se manifestant sous la forme d'un bodhisattva.
Son esprit, totalement libéré des impuretés
et des voiles et possédant pleinement les qualités
éveillées, est bouddha, tandis que son aspect
est celui d'un bodhisattva. Bien
que cette facette de la divinité soit certainement la
plus bénéfique, ce n'est pas, le plus souvent,
vers elle que se tourne le Tibétain. Pour lui, Târâ est surtout celle qui secourt dans
le relatif, disons dans le quotidien. Si elle est mère
de tous les bouddhas, elle est encore plus mère des pauvres
humains confrontés aux misères de la vie. Nombreux
sont les auteurs qui ont, pour cette raison, rapproché
Târâ d'autres aspects féminins
du divin, que ce soit l'Isis des Egyptiens, la Durga des hindous
ou, plus encore, la Vierge Marie des chrétiens. Il n'est
pas rare non plus, lorsque des lamas tibétains visitent
des églises et voient les ex-voto adressés à
Marie, qu'ils fassent un rapprochement avec Târâ, la mère qui protège.
On connaît trois versions différentes de la naissance de Târâ qui, toutes, la relient étroitement au bodhisattva de la Compassion, Avalokitesvara. Selon
"L'origine du Tantra de Târâ", rédigé au XVIe
siècle par l'historien tibétain Târânatha (dont le nom signifie "enfant
de Târâ"), son histoire commencerait
à l'époque très lointaine où vivait
le Bouddha Dundubhisvara ("Son du Tambour"). Elle
était alors princesse et se nommait "Lune de Sagesse"
(Jñânachandra). Chaque jour, pendant plusieurs
millions d'années, elle fit des offrandes au Bouddha
et à ses disciples et acquit ainsi de très nombreux
mérites. Touchée par l'enseignement du Dharma,
elle fit le voeu d'obtenir l'Eveil pour secourir tous les êtres et fit ainsi naître la "pensée d'éveil"
(bodhicitta) par laquelle débute
la carrière des bodhisattvas. Ici,
pas d'homme ni de femme, pas de moi, pas d'individu, pas de
catégories. Après avoir pratiqué les "vertus transcendantes" (pâramitâ) pendant plusieurs millions d'années, elle devint capable de libérer dix millions d'êtres chaque matin et chaque soir et continua d'oeuvrer aux biens de tous les êtres, jusqu'à notre époque, sous de multiples manifestations. Selon une autre tradition, Târâ serait née d'une larme versée par le bodhisattva Avalokitesvara qui, alors qu'il oeuvrait au bien de tous les êtres, ne put s'empêcher de pleurer devant le spectacle des milliards d'êtres souffrant dans le samsâra. Des larmes qui s'écoulaient de son oeil droit naquit la Târâ verte, symbole de sa compassion, tandis que de celles qui s'écoulaient de son oeil gauche naissait la Târâ blanche, symbole de sa sagesse. Un autre récit la présente comme la soeur jumelle du boddhisattva Avalokitesvara, tous deux émanations du Bouddha Amitabha. Considérant les êtres souffrant dans le monde, Amitabha émit deux rayons de lumière de ses yeux, l'un de couleur blanche, qui prit la forme du boddhisattva masculin, l'autre de couleur verte, qui devint un bodhisattva féminin sous la forme de Târâ verte.
Typique
du bouddhisme tantrique, Târâ est la manifestation féminine de
l'Eveil. Les huit grandes peurs récapitulent les dangers extérieurs les plus menaçants dans la vie quotidienne des Indiens du Moyen-Age. Mais la liste peut être lue de manière symbolique comme autant de dangers intérieurs... Un texte célèbre - "Louange à Târâ en vingt-et-un hommages" - relie chacune de ses vingt-et-une stances à une forme particulière de Târâ. Mais deux d'entre elles sont particulièrement populaires : la Târâ verte et la Târâ blanche.
Târâ verte est l'aspect le plus courant de Târâ et c'est généralement à elle que s'adresse le fidèle confiant dans son attention secourable. Sa couleur verte est celle de "l'activité éveillée", de la compassion en actes. Elle est représentée assise, la jambe gauche pliée (symbolisant qu'elle n'est plus soumise aux perturbations) et la jambe droite dépliée, prête à entrer en action ; sa main droite fait le geste du don tandis que sa main gauche fait le geste du refuge tout en tenant une fleur de lotus, symbole de son Eveil. Târâ blanche est surtout associée aux rituels de longévité ou de guérison. Sa couleur blanche symbolise la pureté de son Eveil et l'absence des "voiles" (ignorance et passions). Elle présente sept yeux, trois sur le visage (symbolisant les trois Portes de la Libération : vacuité, absence de caractéristiques et absence de souhaits), deux sur la paume des mains et deux sur la plante des pieds, symboles de sa mise en oeuvre des quatres "Illimités" : compassion, bienveillance, joie sympathique et équanimité.
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