"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 32
    1er octobre
    2003
     

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    Actualités de l'UBE

    Mise à jour mensuelle du site

    • Rubrique "Actualités"
      mise à jour de l'agenda : mois d'octobre, novembre et décembre 2003

    Début des cours à Paris

    • samedi 18 octobre
      Les "divinités d'élection" (yidam)
      , cours public donné par François Calmès.
      Le bouddhisme mahâyâna et vajrayâna se caractérise par un grand nombre de figures divines qui se surimposent à la figure du Bouddha. A quoi servent-il et que sont-ils : bouddhas célestes, principes cosmiques, personnification de fonctions psychologiques ? Pourrait-on les rapprocher de figures d'autres religions : saints ou archanges, Ali ou l'Imam caché, ou encore des objets de pouvoir que nous nous créons durant l'enfance ? 
      De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours de Niveau 2. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 

     



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    du samedi 4 au dimanche 19 octobre
    Danses sacrées Cham des moines Bönpo tibétains
    Pour la première fois et dans le cadre de la venue, pendant une semaine à Paris, de Sa Sainteté le Dalaï Lama, la Troupe des Moines Bönpos Tibétains va se produire :
    -
    à l'Institut Karma Ling (entre Grenoble et Chambéry) du 4 au 8 octobre.
    - au Festival de Musiques Sacrées du Monde de Dijon le 10 octobre.
    - à la Grande Halle de la Villette le 12 octobre.
    - aux Arènes de Lutèce les 18 et 19 octobre, de 15 h à 16 h
    Réservation dans les boutiques, les librairies et les restaurants tibétains de Paris. Renseignements : Tél. 01.46.34.65.97 ou sur le site de l'organisateur : http://spheric.org

    samedi 4 et dimanche 5 octobre
    Padmasambhava
    . Commentaire du sens profond de la prière en sept vers de Padmasambhava, en alternance avec des sessions de pratique. Dimanche à 15 h 30, pratique avec Tsok. Renseignements : Institut Karmapa, 35 chemin rural de la Ferrière 06750 Valderoure. Tél. 04.93.60.90.16.
    => voir ci-dessous

    dimanche 5 octobre
    Le bardo du rêve (par-delà la vie et la mort)
    . Conférence de Chépadorjé Rinpoché, de 18 h à 20 h. Lieu : Salle Sainte Agnès, 23 rue Oudinot (au fond de l'allée)- 75007 Paris. Organisé par le Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa (école Nyingma), c/o Dharma Ling, 55-57, rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.28.77.

    samedi 11 octobre
    Etude du Dharma
    (à 14 h), avec Patrick Pargnien. Sujet : Fukazazengi, au dojo de Bruxelles. Renseignements : Association Zen de Belgique, 11 rue Cattoir 1050 Bruxelles. Tél. (00.32) (0)25.244.562.  

    samedi 11 et dimanche 12 octobre
    Chants de Milarépa
    . Enseignement donné par lama Ouangdrak. Renseignements : Dashang Kagyu Ling, Temple des mille Bouddhas, 71320 La Boulaye. Tél. 03.85.79.62.53.

    du lundi 13 au dimanche 19 octobre
    Méditer pour se transformer
    . Stage animé Jean-Pierre Schnetzler. Semaine  niveau 2 : pour les pratiquants réguliers et ceux ayant suivi le niveau 2. L'accent est mis sur la pratique silencieuse. Renseignements : Karma Migyur Ling, Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13. 

     


     
    Guru Rinpoché ou Padmasambhava


    Le « Né du Lotus » (Padma-sambhava) ou le « Précieux Guru » (Guru Rinpoché) sont les deux noms les plus fréquents sous lesquels on évoque Padmakâra, l'un des personnages, historique et mythique tout à la fois, les plus importants du bouddhisme tibétain. Surnommé aussi le « second Bouddha », il dépasse parfois même en popularité, auprès du peuple tibétain, le Bouddha Shâkyamuni.
    Un rapide aperçu biographique montre assez combien il serait vain d'aborder la vie et l'oeuvre de Padmakâra d'un point de vue uniquement soucieux de vérité historique... En effet, Padmakâra serait né huit ou douze ans après la disparition de Shâkyamuni, c'est-à-dire au Ve siècle avant Jésus-Christ. Cependant, il est considéré comme le principal artisan de l'introduction du bouddhisme indien au Tibet, traditionnellement et historiquement datée du VIIIe siècle de notre ère, soit un millénaire plus tard...

    Après quoi il aurait quitté le Pays des Neiges miraculeusement et vivrait désormais, et encore aujourd'hui, sur le continent appelé Zangdopalri, « la glorieuse montagne cuivrée ».
    Si l'existence historique de
    Padmakâra ne semble plus aujourd'hui remise en question - et bien qu'on dispose de fort peu de renseignements à ce sujet - ce sont bien ses aspects mystique, mythique et symbolique qu'il importe de connaître avant tout.

    Nous vous proposons ci-dessous un extrait de l'ouvrage « Mythes et dieux tibétains. Une entrée dans le monde du sacré » (Le Seuil, coll. Points Sagesses n° 152, Paris, 2000), dans lequel Fabrice Midal consacre quelques pages à cette figure hors du commun.



    Une naissance miraculeuse

    Selon le « Sûtra du Dernier Nirvana » ainsi que d'autres prophéties, peu avant qu'il ne quitte son corps terrestre, le bouddha Shakyamuni fit le voeu de revenir dans ce monde, sous une forme miraculeuse pour présenter les enseignements tantriques. Etant né sous une forme humaine, il ne lui avait pas été possible d'enseigner complètement les enseignements ésotériques des tantra. Cette renaissance fut Guru Rinpotché, qui émana du coeur du bouddha Amitabha et apparut miraculeusement sous la forme d'un enfant de huit ans assis sur un lotus, sur le lac de Danakosha, en Oddiyâna - dans l'actuelle vallée de Swat, au nord du Pakistan, disent les spécialistes, mais il s'agit aussi d'un lieu mythique, une terre spirituelle.
    Ch
    ögyam Trungpa, dans son livre « Folle Sagesse » (Editions du Seuil, 1993), explique le sens de cette naissance en remarquant que notre compréhension de l'éveil est erroné :
    « Une personne éveillée, explique-t-il, est censée ressembler plus ou moins à un vieux sage : pas tout à fait à un vieux professeur, mais peut-être à un père âgé susceptible de donner des conseils judicieux quant à la manière de régler tous les problèmes de la vie, ou à une grand-mère qui connaît toutes les recettes et tous les remèdes. Telle semble être la lubie que notre culture entretient habituellement vis-à-vis des êtres éveillés. Ils sont vieux, adultes et sérieux. Le tantra présente une notion différente de l'éveil reliée à la jeunesse et à l'innocence. Nous pouvons voir ce modèle à l'oeuvre dans la vie de Guru Rinpotché, où l'état d'esprit éveillé ne renvoie pas à la vieillesse et à l'âge adulte, mais à la jeunesse et à la liberté. Dans ce cas, la jeunesse et la liberté sont associées à la naissance de l'esprit éveillé. Cet état a la qualité du matin, de l'aube - frais et étincelant, complètement éveillé. C'est la qualité de la naissance de Padmasambhava. »

    Padmasambhava signifie « celui né du lotus », et le symbolisme de cette fleur joue un rôle essentiel dans la mythologie tibétaine. Le lotus naît dans l'eau, pousse dans la boue des profondeurs invisibles pour éclore à l'air libre.
    L'épanouissement de la fleur sert de métaphore pour le passage de la frontière qui sépare deux ordres d'expérience, en particulier de l'invisible au visible, d'autant plus que, à la différence du nénuphar, sa fleur ne touche pas la surface de l'eau.
    L'apparition de Padmasambhava est pure et libérée du processus ordinaire de la naissance.
    Le roi avait demandé à ses jardiniers de cueillir des fleurs près du lac. L'un des jardiniers, à sa surprise, découvrit un lotus géant sur lequel trônait un enfant. N'osant le toucher il vint apporter la nouvelle au roi qui ordonna de rapporter l'enfant et la fleur.
    Padmasambhava fut ainsi adopté par le roi Indrabodhi, qui n'avait jamais pu avoir d'enfant et en était très malheureux. Il l'éleva comme son fils et le nomma Padma Raja, « prince du Lotus ».



    Padmakara sous sa forme Padma-Gyalpo ou
    Padma-raja, nom qui lui fut donné par son père
    adoptif, en souvenir du lieu de sa "naissance".

    Par la suite, Padmasambhava reçut sept autres noms, correspondant aux différentes manifestations qu'il prit en fonction de la situation dans laquelle il se trouvait. Ces huit aspects recèlent chacun un message différent, qui sont comme autant de manières de pouvoir approcher notre vie - car Guru Rinpotché n'est pas séparé de notre propre éveil. 

    Nommé régent, Guru Rinpotché dut gouverner le royaume d'Oddiyâna, ce qui faisait de lui une sorte de fonctionnaire occupé à des tâches purement administratives, sans lui permettre d'aider les êtres. Rapidement, il adopta un comportement au-delà de toutes les conventions humaines et se mit à manifester des pouvoirs magiques. Chassé du palais, il devint semblable à Vajradhara.
    Nous retrouvons ici le caractère non conformiste du tantra, tel que l'ont incarné les quatre-vingt-quatre mahasiddha, qui ont vécu entre le VIIe et le XIIe siècle, en Inde. Ils offrent autant d'exemples différents de pratiquants, généralement des laïcs, hommes ou femmes, menant une vie errante fort peu conventionnelle de saints magiciens aux allures de fous. Ils cherchaient à insuffler un esprit neuf et dynamique au Mahayana, quelque peu saturé par des habitudes sociales et la rigidité des monastères.
    Dans les différents charniers qu'il visita, il reçut des initiations d'une dakini, et rencontra les huit détenteurs de la présence pure ou Vidhyadhara qui lui transmirent les huit heruka et la grande perfection (dzogchen).



    Padmakara sous sa forme "Nyima Ozer" ("rayons de soleil"),
    représenté comme un yogi-mahasiddha, vivant dans un charnier.

    Venir au Tibet et apprivoiser les dieux

    Le roi Trisong Détsèn, désireux d'introduire le bouddhisme au Tibet, décida de fonder un grand monastère. Il invita au Tibet, dans ce dessein, le maître indien Shantarakshita qui tenta sans succès de subjuguer les forces négatives qui étaient opposées à la propagation des enseignements du Bouddha. Autrement dit, Shantarakshita ne réussit pas à entrer pleinement en relation avec l'atmosphère particulière qui existait au Tibet. Seul Padmasambhava, déclara-t-il, pourrait mener à bien cette tâche, car il était à ce point au-delà de toute conception intellectuelle, qu'il lui serait possible d'entrer directement en rapport avec le génie propre du Tibet.
    Après avoir vécu en l'Inde, Padmasambhava apporta donc les enseignements complets du bouddhisme au Tibet. Il est nommé par les Tibétains Guru Rinpotché : le « Précieux Guru ». Il est bien plus que le personnage historique dont les tibétologues s'accordent à reconnaître le passage bref au Tibet. Il est l'incarnation même des enseignements, de l'esprit d'éveil, dans son aspect de « folle sagesse ». Comme l'explique Chögyam Trungpa : « En parlant de Padmasambhava, nous ne faisons pas simplement allusion à un personnage historique : "Il était une fois Padmasambhava, né en Inde..." [...] Nous essayons au contraire de montrer que Padmasambhava est notre expérience. Nous essayons de nous relier à la "padmasambhava-ité" qui se tient en nous, en notre être. »
    On peut noter que, sous sa direction, une centaine de pandit indiens et le même nombre d'érudits tibétains traduisirent en tibétain le canon bouddhiste complet et la plupart de ses commentaires indiens. Mais l'essentiel de son éclat dépasse encore cette réalisation, il est véritablement un principe cosmique.

    Les démons et les génies malfaisants se liguèrent contre lui ; ils ne cessaient de faire tomber des montagnes entières et de déchaîner les éléments afin d'entraver sa démarche, mais rien n'y fit. Padmasambhava dompta ces forces et finit par les convaincre de protéger son oeuvre de propagation de la douceur et de la compassion propres au bouddhisme.
    Padmasambhava est ainsi la figure emblématique de celui qui a dompté les dieux du Tibet en les forçant à se consacrer aux pratiquants qui les invoqueraient.
    Sa dernière manifestation est celle de Dordjé Trol
    ö. Il chevauche alors une tigresse gravide, tient un vajra et un poignard, des flammes jaillissent de son corps. Il est alors l'ultime incarnation du Vajrayana sans compromission.

     

    Padmakara sous sa forme "Dordjé Trolö"
    ( "Diamant à la panse tombante")