
"micro-hebdo"
de l'UBE - N° 33 16 octobre 2003
Accéder
aux autres
numéros
Actualités de l'UBE
Début
des cours à Paris
- samedi 18 octobre
Les
"divinités d'élection" (yidam), cours
public donné par François Calmès. Le bouddhisme mahâyâna et vajrayâna se caractérise par un grand nombre de
figures divines qui se surimposent à la figure du Bouddha. A quoi
servent-il et que sont-ils : bouddhas célestes, principes cosmiques,
personnification de fonctions psychologiques ? Pourrait-on les rapprocher de
figures d'autres religions : saints ou archanges, Ali ou l'Imam caché, ou
encore des objets de pouvoir que nous nous créons durant l'enfance ? De
14 h 30 à 17 h 30, au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de cours de Niveau
2. Renseignements : UBE - courriel
ou Tél. 0.820.20.50.77.
- samedi
8 novembre
Houei-neng, patriarche du Chan chinois,
cours public donné par Patrick Carré. VIe
patriarche chinois de l'école du Chan, Houei-neng, selon la tradition,
connut sa première illumination sur un marché, alors qu'un
homme récitant le "Sûtra du diamant" déclamait :
"Le bodhisattva a des pensées sans que jamais elles ne se figent".
Il n'était alors qu'un petit marchand de bois, orphelin et sans éducation.
Il s'engage ensuite dans la voie religieuse et rejoint le monastère
du Cinquième Patriarche dont il devient, quelques mois plus tard,
le successeur. "Le sûtra de l'estrade", qui évoque sa biographie
et rassemble l'essentiel de ses enseignements, est considéré
comme l'ouvrage fondateur de l'école Chan du sud.
De
14 h 30 à 17 h 30, au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de cours de Niveau
2. Renseignements : UBE - courriel
ou Tél. 0.820.20.50.77.
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
du vendredi 24 au dimanche 26 octobre Sesshin zen
sôtô, animée par Roland Rech, organisée par le dojo de Saint-Etienne.
Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de la Gendronnière,
41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86. (voir aussi le calendrier général des
sesshins organisées dans diverses villes de province, la page sesshin
du site de l'AZI)
samedi 25 octobre Enseignement et pratique : réunion mensuelle
du Centre Reyukai, à 15 h. Lieu :
Forum 104, 104 rue de Vaugirard, 75006 Paris. Renseignements : Centre Reiyukai (nouvelle
école japonaise), 41 boulevard Meusnier-de-Querlon, 44000 Nantes. Tél.
02.40.59.18.17.
samedi 25 et dimanche 26 octobre Les Quatre Nobles Vérités, enseignement de Guéshé Tenzin Dorjé.
Renseignements : Vajra Yogini, Rouzegas 81500 Labastide-Saint-Georges. Tél.
05.63.58.02.25.
du samedi 25 octobre au dimanche 2 novembre Lo
Djong : l'entraînement de l'esprit. Enseignement donné par Lama Tchodroup
Dorjé et sessions de pratique de Tonglen (le don du bonheur et la prise en
charge de la souffrance). Renseignements : Karma Migyur Ling, Montchardon, 38160 Izeron. Tél.
04.76.38.33.13.
dimanche 26 octobre La prise de refuge, enseignement par Lama Karta. Renseignements : Institut
Yeuten Ling, Promenade St Jean l'Agneau, 4 - 4500 Huy, Belgique. Tél.
(00.32) (0)85-271.188
du jeudi 30
octobre au dimanche 2 novembre Sesshin zen, animée par Bruce Harris. Renseignements :
Centre des Trois rivières (So-un Zendo, lignée Zen Sambo Kyodan), Cambous 34725
St-André de Sangonis (Hérault). Tél. 04.67.88.03.92 ou 06.19.40.66.00.
du vendredi 31
octobre au dimanche 2 novembre Méditation
Vipassana. Retraite dirigée par Charles Genoud. Lieu : Prieuré St-Thomas à
Epernon (près de Rambouillet) . Renseignements: Dharma Network Paris : 01 43 28
09 11. E-mail : Renseignements : Dharma Network Paris. Tél. 01.43.28.09.11.
samedi 1er et dimanche 2 novembre
- La relation au lama - du lama
symbolique au lama des textes, du lama de la situation jusqu'au lama ultime -
stage de méditation animé par Droupla Stéphane. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling,
Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75.
- Pratique de
Gourou Rinpoché et pratique de Milarépa, par Lama Norbou et Lama Shakya.
Renseignements : Vajradhara
Ling, Château d'Osmont 61120 Aubry-le-Panthou. Tél. 02.33.39.00.44.
=>
voir ci-dessous
Guru
Rinpoché ou Padmasambhava (suite
du Micro-Hebdo
n° 32)
Guru
Rinpoché, le modèle du maître tantrique
« Guru rinpoché », le « Précieux
Maître », est certainement le nom le plus connu de Padmakara et celui qui
manifeste le mieux la puissante charge dévotionnelle qui entoure cet enseignant
hors du commun. Etrangement, ce nom mêle le sanskrit - « guru »,
« qui a du poids », habituellement rendu en tibétain par le terme
« lama », qui en est la stricte traduction - et le
tibétain, « rinpoché » étant un titre honorifique voulant dire
« précieux ». Réputé pour l'enseignement qu'il a délivré au Tibet, lorsqu'il y
séjourna, Padmakara l'est aussi par la valeur de ses disciples qui
poursuivirent son oeuvre - dont plusieurs femmes remarquables -, comme aussi
par les enseignements cachés (terma) qu'il délivre encore aujourd'hui, par
l'intermédiaire des « découvreurs de trésors » (tertön).

Guru
Rinpoché entouré de Mandarava et de Yéshé
Tsogyal deux de ses principales disciples féminines
L'importance accordée aux femmes et au principe féminin est,
sans aucun doute, une caractéristique essentielle du bouddhisme tantrique. Elle
se manifeste notamment, dès les commencements de l'histoire du bouddhisme au
Tibet, par l'importance de deux femmes de l'entourage immédiat de
Padmakara : Mandarava et Yéshé Tsogyal.
Mandarava était la fille du roi de Zahor (région située
aujourd'hui dans le nord-ouest de l'Inde). Elle refusa de se marier et préféra
embrasser la vie religieuse avec cinq cents de ses suivantes. On dit que
Padmakara, soucieux de transmettre ses enseignements, se rendit dans le
monastère où elle résidait et enseigna Mandarava et ses compagnes. Un serviteur
du roi, mal intentionné, avertit le monarque qu'un jeune homme résidait au
monastère. On dépêcha des gardes pour arrêter la princesse et Padmakara. Mandarava fut condamnée à être emprisonnée durant vingt-cinq
ans dans une fosse fermée remplie d'épines. Quant au jeune homme, on le
condamna à être brûlé vif. Le bûcher était si important que la fumée qui s'en
dégageait obscurcit le ciel durant sept jours et sept nuits. Mais, lorsqu'on
voulut rechercher ses restes dans les cendres, on découvrit sur les lieux un
grand lac, au milieu duquel un enfant de huit ans siégeait sur un lotus... Désireux de se faire pardonner, le roi offrit la main de sa
fille à Padmakara et lui et son peuple se convertirent au bouddhisme. Le lac
est resté de nos jours un lieu très important de pèlerinage et de méditation
pour les Tibétains, sous le nom de Rewalsar ou Tso Péma.
Yéshé Tsogyal est, elle aussi, une princesse royale. Femme du
roi du Tibet Trisong Détchen - celui qui invita Padmakara dans son royaume -
elle fut « offerte », entre autres cadeaux, par son propre époux au
maître indien. Celui-ci en fit sa principale disciple et lui transmit, petit à
petit, la totalité de ses enseignements. En butte aux grands du royaume, hostiles au bouddhisme, ils
vécurent en partie cachés, en partie séparés - Padmakara conseillant à sa
nouvelle épouse de se réfugier un temps au Népal pour y trouver un autre
compagnon spirituel. De retour au Tibet, après la mort du roi, elle dut encore
se cacher et se rendit à nouveau au Népal, où elle entreprit de collecter tous
els enseignements de Guru Rinpoché, avec l'aide d'autres disciples féminins du
maitre. Revenue finalement au Tibet, après le départ de Padmakara, elle fut
l'une de ses disciples les plus importantes et enseigna tant aux hommes qu'aux
femmes. Elle travailla sans relâche à la préservation des transmissions qu'elle
avait reçues et participa activement à la dissimulation des futurs
« terma ».
Le maître des enseignements cachés ou « trésors
spirituels » (terma)
A son arrivée au Tibet, et bien qu'il soit venu à la demande
du roi lui-même, Padmakara dut combattre, non seulement des déités courroucées,
mais aussi les simples mortels : ministres du roi, religieux traditionnels
tibétains... tous opposants à la nouvelle religion, importée d'Inde. Conscient des dangers que courraient ses enseignements et du
risque de les voir se perdre à tout jamais, Padmakara en aurait dissimulé une
grande partie afin qu'ils puissent être ainsi protégés et redécouverts
ultérieurement, par qui serait capable de les transmettre dans de meilleures
circonstances. Ces « trésors spirituels », ou « terma »,
peuvent être des textes ou des objets variés, et se trouveraient dissimulés en
de multiples lieux : temples, bâtiments, rochers,
lacs, voire dans le ciel... Au fil des siècles, quand les conditions propices sont
réunies, un « découvreur de trésor » (tertön) fait l'expérience de visions ou de signes qui lui
indiquent l'emplacement d'un enseignement particulier, pouvant être transmis à
cette époque. On considère que ces tertön ne sont autres
que des incarnations nouvelles de Padmakara lui-même ou de l'un(e) de ses
vingt-cinq principaux disciples. Chacun « redécouvre » ainsi un
enseignement gardé secret, le plus souvent donné dans le langage symbolique des
dâkinî, qu'il « traduit » pour le rendre accessible
aux pratiquants. La valeur extrême d'un terma vient du mode de transmission
qui s'effectue directement, sans aucun intermédiaire, de Padmakara au tertön. De tels enseignements - révérés pour leur
« puissance » - évitent en effet ainsi les détériorations dues aux
vicissitudes de l'histoire et à la mémoire humaine ! Le nombre de terma attribués à Padmakara est immense. De très
nombreux terma sont censés avoir déjà été redécouverts et constituent une part
importante des enseignements de l'école Nyingmapa, qui considère Padmakara
comme son fondateur. Mais il en resterait toujours de nombreux autres...
Aujourd'hui encore, des tertön assurent la
transmission de ces enseignements et l'on peut citer notamment, parmi les plus
connus et les plus récents de ces personnages, les maîtres Dilgo Khyentsé
Rinpoché et Chögyam Trungpa Rinpoché.

Dilgo Khyentsé Rinpoché
(à gauche) et Chögyam Trungpa Rinpoché
Le maître transcendant
Guru Rinpoché est le Maître par excellence et, dans de
nombreuses pratiques - dites de « guru yoga » -, le méditant est
invité à voir son propre maître comme une de ses manifestations. En effet, bien plus qu'un homme - qu'il fut aussi - Padmakara
est avant tout la manifestation d'un principe transcendant. Cette
« nature » particulière ne peut se comprendre que dans le cadre de la
théorie des « trois corps » (trikâya) d'un Bouddha,
propre au bouddhisme du Grand Véhicule (Mahâyâna) et à ses développements tantriques. Dans cette optique, Padmakara n'est autre qu'une
manifestation humaine - un nirmanakâya (corps de manifestation) - du Bouddha
Amitâbha qui, lui, est alors Bouddha en « corps absolu »
(dharmakâya). Ils forment ainsi une triade avec le bodhisattva
Avalokitesvara, qui en est l'émanation en sambhogakâya (« corps de jouissance pour autrui »). Ces trois
manifestations représentent, chacune à leur manière, l'oeuvre universelle de
Grande Compassion (mahâ-karuna) des
Bouddhas qui s'exprime à travers la transmission des enseignements libérateurs.

de
gauche à droite : le bodhisattva Avalokitesvara -
le Bouddha Amitâbha - Padmakara
Pour l'école Nyingmapa - pour laquelle Padmakara a une importance toute
particulière - cet enseignement culmine avec le Dzogchen, la « Grande
Perfection », dont la pratique peut mener jusqu'à la manifestation d'un
« corps d'arc-en-ciel », quand tous les éléments
« grossiers » qui composent le méditant manifestent leur nature
purement lumineuse. Si le pratiquant se perçoit alors lui-même comme
translucide et insubstantiel, les êtres ordinaires, toujours soumis à la vision
illusoire, peuvent néanmoins continuer de le voir sous son apparence
habituelle. Le pratiquant ne « meurt » pas, au sens ordinaire du
terme, et peut ainsi demeurer indéfiniment pour oeuvrer au bien de tous les
êtres. Padmakara aurait lui-même réalisé un tel « corps ».

Padmakara en "corps
d'arc-en-ciel"
Pour
en savoir plus :
- Padmasambhava,
la magie de l'éveil,
de Philippe Cornu,
éd. Le Seuil, coll. "Points Sagesses" n°
116, 1997
- Folle
sagesse,
de Chögyam
Trungpa, éd.
Le Seuil, coll. "Points Sagesses" n° 61, 1993
- Le
grand Guru Padmasambhava. Histoire de ses existences,
de G.-C. Toussaint,
éd. des Deux Océans, 1997
- Petite
encyclopédie des divinités et symboles du
bouddhisme tibétain,
de
Tcheuky Sèngué,
éd. Claire Lumière, 2002 (voir un compte
rendu de lecture)
|