
"micro-hebdo"
de l'UBE - N° 34 1er novembre 2003
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numéros
Actualités de l'UBE
Cours à Paris
- samedi
8 novembre
Houei-neng, patriarche du Chan chinois,
cours public donné par Patrick Carré. VIe
patriarche chinois de l'école du Chan, Houei-neng, selon la tradition,
connut sa première illumination sur un marché, alors qu'un
homme récitant le "Sûtra du diamant" déclamait :
"Le bodhisattva a des pensées sans que jamais elles ne se figent".
Il n'était alors qu'un petit marchand de bois, orphelin et sans éducation.
Il s'engage ensuite dans la voie religieuse et rejoint le monastère
du Cinquième Patriarche dont il devient, quelques mois plus tard,
le successeur. "Le sûtra de l'estrade", qui évoque sa biographie
et rassemble l'essentiel de ses enseignements, est considéré
comme l'ouvrage fondateur de l'école Chan du sud.
De
14 h 30 à 17 h 30, au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de cours de Niveau
2. Renseignements : UBE - courriel
ou Tél. 0.820.20.50.77.
Stage à Aix-en-Provence
- samedi 15 et dimanche 16 novembre
Textes fondateurs du bouddhisme ancien, étude de textes
dirigée par Dominique Trotignon, Directeur de l'UBE. Première
session d'un cycle proposé à Aix-en-Provence par l'UBE et
le Centre bouddhique
d'étude et de méditation "Le Refuge", 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles.
Renseignements : UBE
; Tél. 0.820.20.50.77 ou "Le Refuge" : Tél/Fax : 04.42.92.45.28 - courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr. Ce stage permettra d'étudier en détail
le Dhamma-cakka-sutta ("La Roue
de la Loi", dit "Sermon de Bénarès"),
considéré comme la première prédication
du Bouddha et l'acte fondateur de sa communauté monastique,
ainsi que
le Mahâ-tanhâ-sankhaya-sutta,
qui
est l'un des textes exposant la "co-production conditionnée",
notion centrale de l'enseignement bouddhique, fondant la théorie
de l'anatta ("inexistence-en-soi"). L'étude
de ces deux textes sera complétée par des extraits d'autres
sutta, notamment ceux qui évoquent le kamma,
"l'acte intentionnel". A travers ces différents
textes, nous tâcherons
de mettre en valeur la rigueur doctrinale du bouddhisme ancien et le danger
de certaines interprétations personnelles, condamnées
par le Bouddha.
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
du vendredi 7 au
mardi 11 novembre Sesshin zen animée par Bruce Harris, au Moulin de Vaux
(Sarthe). Renseignements : Marie Cousin. Tél. 02.47.39.57.09. Organisateur :
Centre des Trois rivières (So-un Zendo, lignée Zen Sambo Kyodan), Cambous 34725
St-André de Sangonis. Tél. 04.67.88.03.92 ou 06.19.40.66.00.
du mardi 11 au dimanche 16
novembre « Le rugissement du
lion », comprendre les enseignements bouddhistes. Séminaire-retraite
animé par Fabrice Midal et Philippe Cornu. Renseignements et
inscriptions : Dechen Chöling, Mas Marvent 87700 Saint-Yriex-sous-Aixe (proche
Limoges). Tél. 05.55.03.55.52 ou auprès de Claude Brina 06.60.22.62.65
(courriel : cbrina@bluewin.ch)
et Gilles Cruypenynck 06.67.43.34.63 (courriel : gilck@wanadoo.fr) Ce séminaire
présentera une exploration du chemin bouddhiste dans la perspective des écoles
Kagyü et Nyingma du bouddhisme tibétain. Si, sans pratique, l'étude du
bouddhisme ne peut conduire à aucune transformation, « Celui qui médite
sans avoir étudié, ressemble à un manchot qui fait de l'escalade » (Patrul
Rinpoche). Les quatre jours
de cette retraite seront consacrés à l'étude des trois véhicules qui permettent
au pratiquant de se libérer de la confusion pour le bénéfice de tous les êtres
- soit le hinayâna, le mahâyâna, le tantra et le Mahamudra et Dzogchen. Un temps sera consacré à la méditation,
Shamatha-Vipashyana ou Ngondrö (étudiants autorisés). Un groupe de discussion
quotidien sera organisé pour les débutants. Ce programme est ouvert à tous -
aucune connaissance préalable n'est nécessaire.
mercredi 12
novembre Que nous enseigne le bouddhisme et la science occidentale à propos de
l'esprit ? conférence d'Alan B. Wallace. La conférence sera traduite en
français. Renseignements : Institut Nalanda (affilié à l'Institut
Yeuten Ling), 48-50 rue de l'Orme, 1030, Bruxelles (Belgique) Tél. (00.32)
(0)26-753.805. => voir ci-dessous
samedi 15 novembre Bouddhisme en Belgique, bouddhisme en Occident. Journée d'étude qui se
déroulera dans l'auditoire Pieter de Domer à Louvain (Leuven -
Belgique). Conférences et
ateliers en français, en anglais et en néerlandais (traductions). Pour toutes informations et inscriptions, contacter
Annemie Dumoulin au [00.32] (0)16.32.38.73 ou info@theo.kuleuven.ac.be ou
visiter les sites des organisateurs : Université
Catholique de Louvain et Institut
Yeuten Ling.
Il est difficile de cerner l'attitude exacte des bouddhistes à l'égard de la
science. Premièrement, ils n'ont jamais été confrontés, comme le furent les
chrétiens d'Occident, à une remise en question de leurs mythes et de leurs
vérités par une réflexion critique basée sur la méthode d'investigation
scientifique. Le bouddhisme n'a donc pas eu à défendre sa vision du monde
contre celles issues de la science moderne. Deuxièmement, le bouddhisme a été
parfois perçu, par les savants et les commentateurs qui l'ont fait connaître en
Occident, comme étant avant tout une philosophie, voire même une science En effet, le Bouddha a enseigné une
doctrine visant à libérer l'homme de sa souffrance, une souffrance causée par
l'ignorance et les mauvais choix qui en découlent. À ce titre, elle serait
comparable à la psychologie ou plus précisément aux méthodes d'analyse et de
thérapie psychanalytiques. De plus, l'approche bouddhique serait semblable à la
méthode moderne d'investigation scientifique car le Bouddha n'a jamais imposé
sa thérapie, mais plutôt nous a invités à l'expérimenter par nous-mêmes.
Conception apologétique du bouddhisme Cette conception quelque peu
apologétique du bouddhisme - elle vise surtout à présenter celui-ci comme une
alternative à la 'pensée dogmatique' des religions d'origine sémitique
- a
souvent été reprise et propagée par les intellectuels d'allégeance bouddhique
de sorte que même les dires de ceux qui sont issus de cette tradition peuvent
nous donner une fausse impression du rapport réel entre le bouddhisme et la
science. En effet, cette conception quasi
scientifique du bouddhisme n'est pas sans problème. Elle s'aliène la majorité
des bouddhistes qui, dans leurs pratiques et leurs croyances, incluent beaucoup
d'éléments religieux comme les rituels, les prières, les pèlerinages et les
dévotions aux saints. D'après cette conception, il y aurait donc un bouddhisme
scientifique -celui que l'on veut attribuer au Bouddha, une sorte de bouddhisme
originel- et un bouddhisme populaire, ce dernier étant une dégradation ou une
dégénérescence du premier. Selon ce raisonnement, il faudrait exclure du
bouddhisme les traditions du Tibet, de la Chine et du Japon pour ne nommer que
les principales. Cette compréhension du bouddhisme a
également été remise en question de façons plus précises. Mentionnons seulement
celles qui situent les présuppositions du bouddhisme par rapport à celles de la
science moderne. Le but de la science est d'expliquer le
monde et d'en prédire ses comportements. Pour cela, elle présuppose une
correspondance entre sa description de la réalité et la réalité même. Par
conséquent, la science n'admet qu'une réalité. Dans le bouddhisme par contre,
on conçoit deux réalités distinctes: une réalité conventionnelle et une réalité
ultime.
Réalité conventionnelle et réalité ultime Selon certaines écoles de pensée,
celle du Madhyamaka par exemple, la réalité conventionnelle est une
réalité cohérente mais fausse, c'est-à-dire le fruit d'une ignorance
fondamentale. Ses critères d'évaluation sont surtout d'ordre pragmatique -il
faut distinguer le vrai du faux conventionnel, l'oasis du mirage, par exemple-
sans toutefois exclure les mondes surnaturels comme les enfers et les paradis. La réalité ultime est spirituelle et elle
transcende les sphères de la connaissance rationnelle. Cette réalité ne peut
être expérimentée que de façon intuitive. Le rapport entre ces deux réalités a
été clairement établie par Nâgârjuna (c.150-250 A.D.), le fondateur de l'école Madhyamaka,
lorsqu'il a déclaré que la réalité ultime ne pouvait être appréhendée sans le
concours de la réalité conventionnelle.
Les upâya kaushalya: une voie de transformation Dans la pratique, cette doctrine
des deux réalités, aussi appelée 'Les Deux Vérités', se traduit par une
compréhension de la pratique spirituelle assez particulière. Pour les
bouddhistes, surtout ceux de la tradition Mahâyâna (Tibet, Chine, Corée,
Japon), leurs pratiques et leurs croyances sont vraies dans la mesure où elles
conduisent à une transformation spirituelle. En langage technique, ce sont des
«upâya kaushalya» (moyens salvateurs, salutaires). Les «upâya kaushalya»,
façonnés selon les dispositions et les attentes de ceux qui s'engagent sur la
voie de la libération bouddhique -ceci expliquerait la grande diversité des
enseignements du bouddhisme- ne prétendent aucunement à décrire la réalité
telle qu'elle est mais plutôt offrent une vision du monde qui est avant tout
spirituellement bénéfique. C'est ainsi qu'il faut comprendre la
signification des grandes doctrines du bouddhisme comme celle de la loi du karma
par exemple. Le karma est vrai dans le contexte de la réalité
conventionnelle parce qu'il permet, à ceux qui y croient, de progresser sur la
voie du bouddhisme. Du point de vue de la réalité ultime, il n'est ni affirmé
ni nié car, comme il a été mentionné plus haut, cette réalité transcende le
discours rationnel.
Relations entre tradition religieuse et pensée scientifique D'une certaine façon, les
apologistes du bouddhisme scientifique ont raison de dire que cette tradition
religieuse ne peut être en conflit avec la pensée scientifique. On ne peut
cependant pas parler d'harmonie avec celle-ci car les bouddhistes traditionnels
ne sont nullement préoccupés par le discours scientifique moderne. À cet égard,
on demanda un jour à un bouddhiste tibétain d'expliquer pourquoi malgré le fait
que sa tradition ait acquis une grande connaissance de la psychologie humaine,
il croyait toujours que le soleil tourne autour de la terre. Ce dernier
répondit que le fait de savoir que la terre tourne autour du soleil est sans
doute utile pour envoyer des hommes sur la lune, mais si c'est plus bénéfique
spirituellement de croire que c'est le soleil qui tourne autour de la terre,
alors c'est cette idée qui doit être vraie. Il ne serait pas entièrement exact de
dire que les bouddhistes ne tiennent pas compte des réalités scientifiques pour
formuler leurs enseignements. À ce sujet, le Dalaï Lama a souvent affirmé que
les diverses idées scientifiques pouvaient être utilisées pour une meilleure
compréhension de la doctrine bouddhique. Si par exemple les théories de la
mécanique quantique permettent une assimilation de l'idée d'impermanence, elles
ne doivent pas être rejetées. Le but, cependant, n'est pas d'arriver à
formuler une théorie cohérente pour prédire les mouvements des particules
élémentaires, mais plutôt de susciter une expérience existentielle et intuitive
de l'impermanence qui, elle, permet une transformation radicale de l'agir. En
fait, le traitement des idées de la science moderne par les bouddhistes
ressemble beaucoup à l'approche chrétienne pour accéder à la connaissance de
Dieu. Les arguments de la science, tout comme ceux qui relèvent de la
mythologie et de l'imagination, sont des «arguments convergents et convaincants
qui permettent d'atteindre à de vraies certitudes» (Catéchisme de
l'Église catholique, #31). Ainsi, toute la philosophie bouddhique,
sa scolastique et ses traités doivent être assimilés à une démarche
d'intériorisation de ses grandes vérités comme celles de la souffrance
universelle, de l'impermanence et de la vacuité. Ces vérités ne sont pas, comme
il a été mentionné plus haut, une fin en soi mais bien des «upâya kaushalya»
qui entraînent une transformation du comportement humain.
Intégrer les vérités au coeur des traditions En d'autres termes, le bouddhiste
acquiert une compassion envers tous les êtres en méditant, en intégrant, entre
autres, la vérité bouddhique de la vacuité universelle. Son discours ne vise
qu'à faciliter cette intégration. À cet égard, la tradition Geluk-pa du
bouddhisme tibétain a développé tout un système de formation intellectuelle et
spirituelle pour ses moines. Une particularité intéressante de ce système est
l'importance accordée aux joutes oratoires. Ces joutes ou débats incitent les
moines à utiliser leur imagination pour formuler de nouvelles façons de
défendre les thèses principales de leur tradition. Il ne s'agit donc pas de les
remettre en question, mais plutôt de moderniser, d'actualiser les arguments qui
les supportent. En résumé, que les similarités entre les vérités du bouddhisme et les
idées de la science moderne soient fortuites ou réelles, le bouddhiste ne
s'intéresse que par ce qui favorisera son développement spirituel. Dans cette
perspective, les théories de la science ne sont pas plus importantes que les
simples observations des phénomènes naturels comme le flétrissement d'une fleur
pour prendre conscience du caractère éphémère des choses. Pour le bouddhisme,
la science n'est qu'une nouvelle poésie qui s'ajoute à ses traditions
philosophiques, mystiques, mythologiques et artistiques.
Francis
BRASSARD
Francis
Brassard détient un doctorat en études religieuses de l'Université McGill.
Chargé de cours aux universités Concordia et McGill, il a enseigné, entre
autres, sur l'hindouisme, le bouddhisme et le sanskrit.
Assez peu de choses en français sur
le Net... En plus de l'article que nous avons reproduit,
on pourra consulter le texte d'une conférence donnée
par le Dr Trinh Dinh
Hy sur ce même thème général de "Bouddhisme
et science" => http://membres.lycos.fr/cusi/fra/fra0072.htm
Les ouvrages à lire
sont plus nombreux, parfois difficiles, toujours intéressants...
Tout
d'abord deux livres qui concernent avant tout les relations entre le
bouddhisme et les sciences exactes, physique et astro-physique notamment :
-
"Science et Bouddhisme. A chacun sa réalité", de B. Allan Wallace,
Calmann-Lévy, 1998
-
"L'infini dans la paume de la main. Du Big-Bang à l'Eveil", Matthieu
Ricard et Trinh Xuan Thuan, Fayard/Nil éditions, 2000
Il
existe surtout des ouvrages traitant des relations entre l'approche bouddhique
de l'esprit et les neurosciences :
- "EspritScience. Dialogue Orient-Occident", colloque entre
scientifiques américains et le Dalai-Lama, éd. Claire Lumière, 1993
- "Dormir, rêver,
mourir. Explorer la conscience avec le Dalaï-Lama", de Francisco Varela, éd. Nil, 1998
- "L'esprit, deux perspectives : bouddhisme et neurosciences", de
Christopher Decharms, éd Kunchab, 1999
- "Passerelles : entretiens avec des scientifiques sur la nature de
l'esprit", Dalaï-Lama, Francisco Varela et alia, éd. Albin Michel, coll. Spiritualités
vivantes, 2000
- "Le pouvoir de l'esprit. Entretiens avec des scientifiques", le Dalaï-Lama, Fayard, 2000
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