"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 36
    1er décembre
    2003
     

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    Actualités de l'UBE

    Mise à jour mensuelle du site

    • Rubrique "Actualités"
      mise à jour de l'agenda : mois de décembre 2003 et janvier - février 2004

    Cours à Paris

    • samedi 13 décembre
      Bouddhisme et philosophie : la question de l'identité, cours public donné par Françoise Bonardel.
      De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours Niveau 2. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 

      La confrontation de la philosophie occidentale avec le bouddhisme n'est pas chose nouvelle, puisque la plupart des grands penseurs du XIXe siècle en avaient pressenti le possible impact sur la culture moderne. Les modalités philosophiques et spirituelles de cette "rencontre" demeurent pourtant  encore assez floues dans les esprits, quant à la question de l'identité en particulier (moi, sujet, individu, personne), déconstruite par la pratique du Dharma. S'il  est aujourd'hui mieux admis que le bouddhisme n'est pas un "culte du néant", les Occidentaux sont-ils prêts à accepter que le "moi" puisse n'être qu'une fiction entre nihilisme et éternalisme ?

    Stage à Aix-en-Provence

    • samedi 5 et dimanche 6 décembre
      Textes de la tradition du Therav
      âda, étude de textes dirigée par Raphaël Liogier.
      Deuxième session d'un cycle proposé à Aix-en-Provence par l'UBE et le Centre bouddhique d'étude et de méditation "Le Refuge", 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles.
      Renseignements : UBE ; Tél. 0.820.20.50.77 ou "Le Refuge" : Tél/Fax :  04.42.92.45.28  - courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr.

      La concentration dans le "Visuddhimagga", de Buddhaghosa
      Il s'agira de sortir de certains a priori modernes qui assimilent par exemple concentration et méditation, ou parfois même concentration et bouddhisme, à travers les commentaires de passages caractéristiques du "Visuddhimagga" de Buddhaghosa. A la lumière de ces passages textuels nous tenterons de réfléchir essentiellement aux questions suivantes : quelles sont les conditions favorables et défavorables, extérieures et intérieures de la concentration ? Quels sont ses objectifs, mais aussi ses limites ? Peut-on entièrement assimiler concentration et méditation ? Est-ce un état de conscience ou un acte volontaire ? Quelle place conférer à la concentration dans l'ensemble du cheminement bouddhique ? Quelles sont les différentes formes et méthodes de concentration ?

     



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    dimanche 7 décembre
    Méditer, comment et pourquoi ? par Lama Karta. Renseignements : Institut Yeuten Ling, Promenade St Jean l'Agneau, 4 - 4500 Huy, Belgique. Tél. (00.32) (0)85-271.188.

    samedi 13 décembre
    Vivre avec sa maladie sur le chemin spirituel
    . Groupe de pratique et de soutien lié à l'approfondissement des enseignements présentés dans le « Livre Tibétain de la Vie et de la Mort ». De 14 h 30 à 17 h. Renseignements : Centre Rigpa Paris (école : Nyingma), 6bis rue Vergniaud, 92300 Levallois-Perret. Tél. 01.46.39.01.02.

    dimanche 14 décembre
    Journée d'étude et de méditation dans la tradition Theravâda, animée par Michel-Henri Dufour, à Paris (13 rue Philibert Lucot 75013). Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.  

    jeudi 18 décembre
    La compassion en action, la générosité, moteur de la vie
    , conférence de Lama Jigmé Rinpoché, à la Salle ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent - 75007 Paris (Métro Ségur). Renseignements : KTT de Paris (affilié à Dhagpo Kagyu Ling) 36 rue Traversière 75012 Paris. Tél. 01.43.07.65.26.
    => voir ci-dessous

    vendredi 19 décembre
    « Le bouddhisme en Belgique, bilan et perspectives »
    , conférence de Frans Goetghebeur, président de l'Union Bouddhique Belge. Renseignements : Dojo Shikantaza (centre Zen sôtô affilié à Maha-Muni ; Ryôtan Tokuda), 4 place du Béguinage 7000 Mons. Tél. (00.32) (0)65-840-825.

    samedi 20 décembre
    Zazenday (zen sôtô) à Camboux (Hérault). Renseignements : Centre des Trois rivières (So-un Zendo, lignée Zen Sambo Kyodan), Cambous 34725 St-André de Sangonis (Hérault). Tél. 04.67.88.03.92 ou 06.19.40.66.00.

     


     
    Qu'est-ce que karunâ :
    la "compassion" bouddhique
     ?

Le terme de « compassion », par lequel on traduit généralement le terme sanskrit « karunâ », est un bien mauvais cadeau que l'Occident a fait à l'enseignement bouddhique !

Si l'on en suit strictement l'étymologie, la compassion est le fait de « souffrir avec » (« passion » vient du verbe latin « patior » = souffrir ; cf. « la Passion du Christ »). Il s'agit, en français, d'un « sentiment qui porte à plaindre et partager les maux d'autrui » (Le Petit Robert).
La compassion, au sens strict, est donc une passion, c'est-à-dire une émotion que l'on subit, « passivement », et qui a tendance à paralyser celui qui l'éprouve (qui la vit comme une « épreuve ») plutôt qu'à l'inciter à l'action.

Or, si la souffrance (duhkha) est bien au centre de la Doctrine bouddhique, elle n'y est pas considérée comme une vertu - loin de là ! - et la vocation d'un disciple du Bouddha n'est ni de partager sa souffrance avec autrui ni de partager la souffrance d'autrui...
La karunâ  bouddhique est même à l'opposé de l'idée d'un tel « partage de passion », puisqu'elle  est censé, tout au contraire, provoquer chez celui qui la cultive la volonté d'agir - afin de détruire, pour soi et pour autrui, toute forme de souffrance comme aussi toute racine de souffrance.
Karunâ c'est, beaucoup plus exactement, savoir que tout être sensible est soumis à la souffrance, tant qu'il n'est pas parvenu à l'Eveil et à la Libération, et vouloir tout faire pour lui permettre de s'en libérer.
Karunâ n'est donc pas une émotion qu'on subit et qui rend passif, mais un état d'esprit qu'on cultive et qui pousse à agir !

La première manifestation de karunâ, traditionnellement, est associée au Bouddha Shâkyamuni lui-même, lorsque, parvenu à l'Eveil, il se décide à enseigner « le Chemin qui mène à la cessation de la souffrance ».
Rien ne manifeste mieux karunâ que cette action de vouloir partager la bonne nouvelle du Dharma : la souffrance n'est pas une fatalité, il est possible d'y mettre fin et s'en libérer est accessible à tous !
Sans karunâ, il n'y aurait sans doute jamais eu ni enseignement (Dharma) ni communauté (Sangha) bouddhiques et elle constitue l'une des principales caractéristiques du Bouddha, enseignant et fondateur de la communauté. Autant dire que karunâ est le dénominateur commun aux Trois Joyaux du bouddhisme, dans lequel tout disciple « prend refuge ».
Transmettre l'enseignement délivré par le Bouddha, et le mettre en pratique au sein de la Communauté, est sans doute la meilleure manière de pratiquer karunâ...

Pour les écoles du bouddhisme ancien - comme encore aujourd'hui pour le Theravâda - karunâ se manifeste donc, avant tout, dans le fait d'être un « bon disciple » du Bouddha, un vrai « fils du Sâkya », en s'exerçant au Dhamma-Vinaya : l'étude et la transmission de l'enseignement (Dharma), compris comme il convient grâce au développement de la sagesse (prajñâ), et la pratique de la discipline (sîla, ou vinaya), qui en découle naturellement.
Dans la pratique plus particulière du « développement mental » (bhâvanâ, la « méditation »), karunâ est « cultivée » par l'exercice des quatre Demeures divines (brahma-vihâra) dont elle est un composant, à côté de la bienveillance (maitrî), de la joie sympathique (muditâ) et de l'équanimité (upeksâ). Il s'agit alors, réellement, de « cultiver » (au sens agricole du terme...) un état d'esprit positif, contre-poison à l'indifférence (« que m'importe la souffrance d'autrui ! »), à la joie malsaine (« tant mieux s'il souffre ! ») et, plus généralement, à de nombreux points de vue biaisés, cette Ignorance qui nous fait mal interpréter les actes d'autrui, en oubliant que c'est la souffrance universelle qui constitue l'un des moteurs les plus performants de l'activité  humaine !

Une image, souvent employée par les enseignants tibétains, met bien en évidence cet aveuglement contre lequel karunâ permet de lutter : « Si un homme te frappe avec un bâton, tu n'accuses pas le bâton de te faire souffrir, mais l'homme qui le tient... Tu devrais plutôt accuser la colère qui tient cet homme, dont il souffre lui-même et qu'il subit ! ».
Cultiver karunâ permet, au moment où l'homme frappe du bâton, de ne pas s'arrêter aux apparences mais de voir, au-delà de l'homme armé, la colère ou la haine qui l'animent, elles-mêmes nées de la souffrance qu'il éprouve...
Il s'agit donc du développement d'une vision juste, et non de l'expression communicative d'un sentiment de commisération !!

Les écoles du Mahâyâna insisteront tout particulièrement sur cette « vertu » bouddhique. Elle deviendra même centrale au point d'être représentée sous la forme de bouddha et de bodhisattva, masculin et féminin. C'est la triade célèbre du Bouddha Amitayus-Amitabha (au Japon : Amida), du bodhisattva Avalokiteshvara (en Asie du sud-est : Lokesvara ; au Tibet : Tchenrezi, en Chine : Guanyin ; au Japon : Kannon) et de la manifestation féminine propre au bouddhisme tantrique indo-himalayen : Tara.
[voir illustrations ci-dessous]

Il faut cependant ici distinguer deux formes de karunâ :
- la karunâ « simple », qui ne diffère guère de celle envisagée dans les écoles du bouddhisme ancien, comme pratique des quatre Demeures divines, appelées aussi « Quatre Pensées Illimitées », mais qui trouve cependant son aboutissement dans le développement de la « bodhicitta relative », fondement de la carrière du bodhisattva selon les écoles du Mahâyâna (voir le Micro-Hebdo n° 4) ;
- la « Grande karunâ » (mahâ-karunâ), de son côté, est celle que manifestent les bouddha et les bodhisattva « grands-êtres ». Il ne s'agit plus ici d'un état d'esprit qui se « cultive », comme la précédente, mais de l'expression naturelle de la qualité d'Eveillé et de la Sagesse - à l'image de la compassion qu'a manifesté le Bouddha Shâkyamuni, après son Eveil, lorsqu'il s'est décidé à enseigner pour le bien de tous les êtres.
Karunâ est ainsi, à la fois, l'aliment qui soutient l'engagement d'un individu dans la voie du bodhisattva et l'expression parfaite de l'Eveil réalisé.
Mais seuls les bouddha et bodhisattva « grands-êtres », parce qu'ils sont « accomplis », n'ont plus rien à faire pour que karunâ s'exprime... Pour tous les autres - vous et moi, y compris les bodhisattva encore en chemin - il s'agit bien encore d'agir et de cultiver !

Ainsi, parler de karunâ en employant le terme de « compassion », alors qu'il ne s'agit ni d'une passion à partager ni d'une passivité à subir, confirme bien l'expression : « traduire, c'est trahir ! »

    Dominique Trotignon
    Directeur de l'UBE


Illustrations

    Le Bouddha Amida,
    entouré des bodhisattva Avalokiteçvara et Mahâsthâmaprâpta

ci-dessous : deux représentations sino-japonaises du bodhisattva Avalokiteshvara
[ à gauche : les mille bras du bodhisattva symbolise son activité en faveur de tous les êtres ;
 à droite : on aperçoit, sur le devant de sa coiffure, une représentation
du Bouddha Amida, dont il est une émanation ]

        

    Tara, manifestation féminine, née d'une larme d'Avalokistehvara