"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 39
    16 janvier
    2004
     

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    Actualités de l'UBE
     


    Cours en Ligne
    "Introduction au Bouddhisme"

    La prochaine session du Cours en Ligne
    débutera le
    lundi 17 février prochain !

    Vous pouvez vous inscrire dès maintenant
    (jusqu'au samedi 10 février)

    Vous pouvez prendre connaissance de la présentation du cours
    en consultant les pages "cours en ligne"

    Vous pouvez aussi prendre connaissance gratuitement de son premier module.

     

     

    Cours à Paris

    • samedi 7février
      Le "Mahâ-kammavibhanga-sutta" (texte du canon pâli), cours public donné par Michel-Henri Dufour.
      De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours Etude de textes. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 

    Ce sutta très estimé, issu du Majjhimanikaya, montre les complexités du kamma et de ses résultats et fait un sort à toutes les opinions erronées issues d'une vision partielle de la réalité. Une telle attitude débouche en effet sur une rigidité dogmatique illustrée par la confusion dans laquelle se trouve l'ascète intervenant au début du sutta, questionnant un bhikkhu tout aussi confus.Le Bouddha intervient ensuite en expliquant que l'esprit humain est complexe et que diverses sortes de kamma interviennent dans cette vie même, dont certains peuvent influencer le dernier moment de conscience, lui-même base d'une vie future.
     



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    lundi 26 janvier
    Une introduction au monde himalayen : conférence de Françoise Pommaret, chercheur au CNRS, à 11 h. Lieu des conférences : Maison des Mines 270 rue Saint Jacques, 75005 Paris. Renseignements : Clio, 27 rue du Hameau, 75015 Paris. Tél : 01.53.68.82.82.

    mardi 27 janvier
    L'Eveil et la naissance du sens dans le Shôbôgenzô de Maitre Dôgen. Rencontre avec Yoko Orimo, diplômée de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, spécialiste de Dôgen, auteur de « Une galette en tableau de riz » (Gabyo) et « Le Shôbôgenzô de Maître Dôgen » (éd. Sully). Renseignements : Dojo Zen de Paris (école : Zen sôtô, siège de l'AZI - Association Zen Internationale), 175 rue de Tolbiac 75013 Paris. Tél. 01.53.80.19.19.
    => voir
    ci-dessous

    mercredi 28 janvier
    Enseignement sur la pratique du bouddhisme dans la vie quotidienne  pour les laïques, de 20 h à 21 h 30. Renseignements : Centre Bouddhiste International de Genève, 8 avenue de la Croisette - 1205 Genève. Tél. (00.41) 22-321.59.21.

    samedi 31 janvier
    Comment se passe l'étude d'un Koan ? Journée de réflexion et de pratique animée par Christiane Marmeche, élève du Roshi Eizan Goto. Lieu : Maison de Formation du Chant d'Oiseau à Bruxelles (Belgique). Renseignements : Les Voies de l'Orient, (centre Chrétien), 69 rue du Midi - 1000 Bruxelles. Tél. (00.32) (0)25-117.960. 

    samedi 31 janvier et dimanche 1er février
    Sesshin zen, animée par Bruce Harris, à la salle « Assise », 40 rue Quincampoix, 75003 Paris. Contact : Marie Jasmin - Tél. 01.42.78.44.18. Organisateur : Centre des Trois rivières (So-un Zendo, lignée Zen Sambo Kyodan) Cambous 34725 St-André de Sangonis. Tél. 04.67.88.03.92 ou 06.19.40.66.00.

    du samedi 31 janvier au mardi 17 février
    Retraite de Tchènrézi à 1000 bras, guidée par Michel Henry. Renseignements : Vajra Yogini, Rouzegas 81500 Labastide-Saint-Georges. Tél. 05.63.58.02.25. Inscription et hébergement : 05.63.58.17.22.

    jeudi 5 février
    La méditation dans le bouddhisme, conférence de Dominique Trotignon, Directeur de l'UBE, à 14 h 30, Maison du Champ de Mars de Rennes. Renseignements : Université du Temps Libre du Pays de Rennes, 3 place du Colombier 35006 Rennes. Tél. 02.99.35.04.24.  

    du vendredi 6 au dimanche 8 février
    Méditation Vipashyana à Paris. Renseignements : Centre Shambhala de Paris, 23/25 rue Titon 75011 Paris. Tél. 01.43.73.65.77.

     


     
    Le Shôbôgenzô de maître Dôgen 
    La Vraie Loi, Trésor de l'OEil 

Les éditions Sully viennent de publier, fin décembre dernier, un ouvrage remarquable sur le Shôbôgenzô (ou La Vraie Loi, Trésor de l'OEil), oeuvre maîtresse de Dôgen, fondateur de l'école sôtô zen japonaise. On doit ce livre à Yoko Orimo, diplômée de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, spécialiste de Dôgen, déjà auteur de « Une galette en tableau de riz » (éd. Gabyo), traduction d'un chapitre de ce même Shôbôgenzô.
Ce livre-ci n'est pas une traduction mais une "présentation". Chacun des chapitres de cet ouvrage déconcertant à plus d'un titre y est étudié en quelques pages, de manière à en tirer la "substantifique moëlle"... mais sans en ignorer les difficultés, nombreuses ! C'est un parcours qui se trouve ainsi proposé, beaucoup plus qu'une analyse - ce qui convient tout à fait à cette oeuvre...
Nous vous proposons de découvrir ici deux extraits de l'introduction et de la conclusion de cet ouvrage.
 

     

Introduction

Le Shôbôgenzô ou La Vraie Loi, Trésor de l'OEil est l'oeuvre majeure de Dôgen (1200-1253), le fondateur de l'école Sôtô du Zen au Japon. Ce grand monument de la pensée japonaise consiste en un long recueil de 92 ou 95 textes (selon l'édition) dans lesquels Dôgen aborde les sujets les plus variés de la pratique religieuse.

Ouvrage à multiples facettes, La Vraie Loi, Trésor de l'OEil, comme peut le suggérer son titre, oblige le lecteur à ouvrir l'oeil pour suivre du regard, d'un texte à l'autre, le jaillessement prismatique d'une réflexion aussi riche que complexe. Suivez donc Dôgen : ici, porté par un élan poétique, il vous fait sentir un moment l'air frais du printemps qui éclot avec « la fleur du vieux prunier ». Plus loin, dans une attitude de profond respect, il évoque la vive émotion que font naître en lui les cérémonies religieuses traditionnelles, insistant sur la nécessité, pour les moines, d'observer scrupuleusement les rites séculaires. Ailleurs dans le Trésor, soucieux de régler la vie pratique de ses monastères, il prescrit à ses disciples la manière juste de s'asseoir pour pratiquer la méditation (Zazen). Il entraîne même ses lecteurs derrière les portes closes des latrines du monastère pour donner des leçons d'hygiène corporelle.
La pratique du Zen, l'OEil de la vraie Loi ne connaît pas de frontière. Avec la même aisance, le regard bifurque, sans transition, et vous entraîne vers une méditation sur l'univers des "dix directions" ; Dôgen se livre alors à des pensées d'une haute densité spéculative, ici sur l'espace, là sur le temps, la vacuité, l'Autre, la Nature ou la Réflexion (le reflet de la lune au milieu de l'eau, reflet d'un reflet, le fascine), thèmes qui rappellent inévitablement ceux de la philosophie occidentale. Aussi plusieurs études tentent-elles un dialogue entre Dôgen et Hegel ou
Heidegger (note), par exemple - ce qui a par ailleurs valu à Dôgen le titre de « penseur universel ».
Dans cet ensemble bigarré d'écrits poétiques, philosophiques et de règles pour la vie monacale que constitue le Trésor, les textes s'enchaînent les uns aux autres dans un désordre apparent, ou un ordre voilé, souterrain, en tout cas selon une orchestration décidée par l'auteur, mais dont on peut difficilement espérer, au premier regard, apercevoir la « logique ».

Le Trésor reste une oeuvre difficile et surprenante à maints égards. Par son style très dense, mais aussi par son choix de langage. Il faut en effet savoir qu'au Japon, au moment où Dôgen rédige son Trésor, le chinois est la langue « savante » et officielle du pays, comme peut l'être le latin en Europe médiévale. Mais Dôgen innove et choisit plutôt la langue vernaculaire pour écrire son oeuvre. Ce sera ainsi un des premiers ouvrages savants rédigés en japonais.
À le lire dans le texte originel, on est d'ailleurs frappé par l'énergique travail de langage auquel s'y trouve pliée la langue japonaise. Dôgen sculpte ses phrases dans un étrange amalgame d'archaismes et de néologismes, jouant pleinement sur le jeu des métaphores et sur les subtiles évocations croisées que permettent les idéogrammes sino-japonais. Ce travail de langage, Dôgen l'exerce aussi, d'une autre manière, sur les très nombreuses sources qu'il emprunte aux différentes traditions bouddhiques. La plupart du temps, sous sa main, elles subissent des transformations plus ou moins importantes où le sens d'origine est sciemment dévié, déjoué, voire inversé. Tout se passe comme si, avec la méditation assise, cette activité intense de transformation, de trituration, d'inversion, de subversion du sens - ou des sens - participait pour Dôgen à une seule et même pratique du Zen - la pratique se concentrant ici dans l'écriture. Souvent, Dôgen souligne l'importance capitale
de fréquenter assidûment les textes.
Sans doute faut-il voir dans cet effort manifeste de travailler en profondeur les écritures bouddhiques une tentative de conjuguer la fascination presque scolastique qu'elles pouvaient exercer sur les adeptes de l'école Tendai (à laquelle se rattacha d'abord Dôgen) avec l'enseignement très épuré du Zen, essentiellement axé sur la pratique méditative (Zazen), qu'il a hérité de son maître Nyojô lors de son séjour dans la Chine des Song. Ce projet de symbiose le préoccupe au point qu'il refuse toute étiquette sectaire - paradoxalement, le fondateur de l'école Sôtô du Zen au Japon rejette les appellations mêmes de « Sôtô » et de « Zen » pour qualifier sa propre voie, la Voie de l'Éveillé étant pour lui fondamentalement une.
La pratique de la Voie une en continu, de la salle de méditation à la page écrite, voilà peut-être l'une des grandes intuitions originales de Dôgen.

Il existe déjà en français des études et quelques ouvrages de vulgarisation sur l'itinéraire intellectuel et spirituel de Dôgen, sur son oeuvre, ses idées fondamentales, ses qualités de philosophe, de maître et de poète. On trouve également des traductions de quelques textes qu'on juge les plus représentatifs de sa « pensée ». Mais il est difficile de percevoir ainsi, de l'extérieur ou par morceaux choisis, comment cette pensée se développe, se ramifie et « fonctionne » concrètement dans La Vraie Loi, Trésor de I'oeil.
Pour y parvenir, il faut pénétrer dans sa matière mouvante, coulant page après page en empruntant de sinueux parcours, animée d'une singulière dynamique. Nous souhaitons donc que cette première présentation intégrale des textes de La Vraie Loi, Trésor de I'OEil en français (suivant l'ordre de la compilation d'origine ; il y en a d'autres, nous le verrons) puisse contribuer à combler cette lacune et servir de guide au lecteur pour apprécier la cohérence de fond de cette pensée qui, pour s'exprimer, défie le principe même d'une cohérence systématique, linéaire, dialectique ou circulaire, telle qu'elle s'est développée en Occident. [...]
 

note : En cela déjà, parmi les grands maîtres du bouddhisme japonais, Dôgen fait figure d'exception. Comme le remarque à juste titre Jean-Noël Robert, « on a l'impression que, de tous les religieux japonais, Dôgen seul a la capacité de faire immédiatement résonner la fibre philosophique des chercheurs japonais et occidentaux, à plus ou moins bon escient. » Préface d'Une galette en tableau, Y. Orimo, Tâkyâ, Maison franco-japonaise, 1995, p. 2. (retour au texte)


Conclusion

Dôgen est un auteur réputé difficile, énigmatique, obscur. Cette présentation du Trésor, qui souligne l'importance de concevoir l'oeuvre dans son caractère doublement composite - tant sur le plan structurel que stylistique -, ne va pas contredire cette réputation. Projetée à travers un prisme bien particulier, la pensée de Dôgen oblige en effet le lecteur à éprouver d'un texte à l'autre l'effet de ruptures transformantes, qui donnent l'impression de glissements ou de renversements de sens. Cette pensée s'enroule néanmoins, on l'a vu, autour de quelques idées phares : la pratique épurée de la médiation assise, l'étude assidue des textes bouddhiques, la vénération des pratiques rituelles, la présence de la tradition dans le « Temps qui est là » [Uji], le monde phénoménal comme reflet d'un reflet, la rotation de la roue de la Loi par la « trituration » d'une fleur, d'un écrit.
Un de nos objectifs était justement de montrer que, malgré le caractère composite du Trésor, ces idées ne font pas que s'agglomérer au hasard d'une compilation désordonnée (désordre qui serait celui de la compilation d'origine, dont Dôgen est lui-même l'artisan), mais renvoient l'une à l'autre de façon dynamique. Il y a une cohérence dans cette oeuvre, sans doute étrangère aux critères occidentaux, et qui
l'apparente plutôt, paradoxalement et à première vue du moins, à un patchwork. On a vu en effet que dans cette petite centaine de textes où les mêmes thèmes reviennent, simplement supposés ou relevés, déviés, transformés, consciemment et volontairement « triturés », Dôgen tisse au fil de son écriture un ouvrage qui défie tout plan de représentation.

C'est dire qu'à présenter le Trésor, à l'exposer, à le résumer, on risque d'oublier que son « message », tous comptes faits, se trouve - on excusera l'expression - partout et nulle part. Car le Trésor est une oeuvre qui essentiellement se parcourre, et qui trouve moins sa consistance dans un contenu quelconque que dans le parcours lui-même. Rien d'initiatique dans ce parcours - nous ne cherchons pas ici à colorer Dôgen d'une teinture mystique, qu'on pourrait par ailleurs facilement accommoder à l'engouement actuel pour le Zen. Il n'est d'ailleurs jamais question d'expérience initiatique dans le Trésor, et pour cause : ce serait contraire à l'esprit de son interprétation de l'Éveil, le Honshô myôshû, l'Éveil originel qui se pratique merveilleusemenr (note). L'Éveil est déjà acquis dans la pratique, comment pourrait-on de surcroît ici y parvenir ?
Cela dit, il est vrai que l'Éveil exige une pratique. Et sur ce point, Dôgen fait preuve d'une intransigeance magistrale. La pratique, il la veut constante, assidue, dans tous les moments de la vie quotidienne, sur la « longue estrade du Zazen » aussi bien, on l'a vu, que dans les latrines du monastère... Or pour Dôgen la lecture des dits des anciens et l'écriture sont également des moments de la vie et de la pratique quotidiennes. En ce sens, le Trésor sert de support à la pratique de l'Éveil. Lire le Trésor, c'est pour Dôgen pratiquer l'Éveil. Ce n'est pas apprendre un message, une doctrine. Au mieux, il faudrait concevoir le Trésor comme un « système » (mais dans l'idée de système, il y a déjà trop de programmation, de pla­nification, de prévisibilité pour satisfaire au goût du Zen) où les « thèses » et « antithèses » n'ont d'intérêt que parce qu'on passe de l'une à l'autre, qu'on les traverse sans attendre de synthèse.
Ainsi l'enseignement se transmet-il. Et précisément : là où il empêche
toute saisie prospective et panoramique de son « message », le Trésor révèle son extrême originalité et sa rare plasticité dans son exploration du rapport entre le registre de l'écriture et les dimensions phénoménologique ou ontologique. Voilà ce que notre « présentation » s'est employée à montrer, en portant une attention particulière aux jeux de langage auxquels se prête Dôgen, sur lesquels les traductions et présentations font trop souvent l'impasse. [...]
 

note : Il s'agit de l'Éveil qui est déjà là dans le « coeur » de tous les êtres. La pratique, qui dans un discours mystique s'orienterait sur un état à atteindre, n'est ici soumise à aucune finalité extérieure. (retour au texte)