
"micro-hebdo"
de l'UBE - N° 41 16 février 2004
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numéros
Actualités de l'UBE
Cours à Paris
- samedi
21 février
Thich Nhat Hanh : une relecture moderne
des préceptes traditionnels, cours
public donné par Raphaël
Liogier.
De
14 h 30 à 17 h 30, au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de cours de Niveau
2. Renseignements : UBE - courriel
ou Tél. 0.820.20.50.77.
Nous nous interrogerons sur les relations existant
entre l'éthique bouddhique traditionnelle, en particulier les préceptes, et les
réinterprétations modernistes qui en sont faites par Thich Nhat Hanh, fondateur
de l'Ordre de l'Interêtre. Nous dégagerons à cette occasion certains
paradoxes et ambiguïtés. Nous verrons que cette reconstruction n'est pas
aléatoire mais qu'elle renvoie à des choix idéologiques historiquement
déterminés. De ces nouvelles normes semble se dégager, au-delà de l'évidence d'une
dimension critique du capitalisme et de la société de consommation, un système
dogmatique des plus stricts.
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
dimanche 22 février Initiation et pratique de Tchenrezig par Gueshé Tsering Ngodrup
et Vénérable Kunsang. Renseignements : Centre Kalachakra, 5
passage Delessert 75010 Paris. Tél. 01.40.05.02.22.
du lundi 23 au dimanche 29
février 2004 Sesshin zen à Gand (Belgique), dirigée par Catherine Genno Pagès Sensei.
Renseignements : Centre
Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.
mercredi
25 février Judaïsme et Bouddhisme, conférence du Grand Rabbin
Marc Guedj, de 20 h à 21 h 30. Renseignements : Centre Bouddhiste
International de Genève, 8 avenue
de la Croisette - 1205 Genève. Tél. (00.41) 22-321.59.21.
samedi 28 février Journée de méditation zen, avec
Eric Rommeluère, à Paris, de 9 h à 17h 30. Lieu : 14 rue Philibert Lucot 75013.
Renseignements : Un Zen occidental,
201 rue de Tolbiac 75013 Paris. Tél. 01.45.88.07.15.
(info@zen-occidental.net).
samedi 28 et
dimanche 29 février Conseils sur la voie bouddhiste, enseignement par Trinlay
Toulkou, s'appuyant sur le texte de Nagarjuna
« Lettre à un ami » dans lequel sont développés les points
clefs de l'enseignement bouddhiste communs à toutes les traditions. Renseignements
: Karma Migyur Ling,
Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.
du mardi 2 mars au mardi 6 avril (les
mardis) Introduction à la méditation Vipassana, six mardis
consécutifs, de 20 h à 21 h 30, ouvert à tous ceux qui désirent s'informer. Renseignements :
Dhamma Group, c/o
Marie-Cécile Forget, 2 rue de la Duchesse, 1040 Bruxelles. Tél. (00.32)
(0)474.59.00.21.
jeudi
4 mars Les Quatre Nobles Vérités et la Production
interdépendante, enseignement par S.S. Ganden Tri Loungri Namgyel Rinpoché ou
le Vénérable Géshé Lobsang Yéshé, à 19 h. Lieu : Forum 104, 104 rue de
Vaugirard 75006 Paris. Renseignements : Thar Deu Ling,
68 rue Archereau 75019 Paris Tél. 01.43.67.79.39 / 01.53.60.05.25.
du
vendredi 5 au dimanche 7 mars « D'où vient ta sagesse ? De mon assise (Maître Eckhart) ». Retraite sur l'Enseignement de Maître Eckhart et
l'expérience du Zen dans la vie quotidienne. Co-animation : Jeff Shore, professeur de zen à l'université
Hanazono de Kyoto, et Bernard Durel,
dominicain, élève de K.G. Dürckheim. Lieu : Maison de Formation du Chant
d'Oiseau. Renseignements : Les Voies de l'Orient,
(centre Chrétien), 69 rue du Midi - 1000 Bruxelles. Tél. (00.32) (0)25-117.960.
samedi
6 et dimanche 7 mars « Nos tendances et notre espace de
liberté », enseignements et méditation, assurés par Lama Mingyour de
l'Institut Karma Ling (école Kagyu), à Paris. Renseignements
: Dharma Ling de
Paris, 55-57 rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.44.86.
Les "oubliés"
du Chemin... (1ère
partie)

L'Octuple Noble Chemin (âriya astangika mârga), que symbolisent les huit
rayons de la Roue du Dharma (dharmaçakra),
constitue le coeur de l'enseignement du Bouddha et le modèle de toute pratique
bouddhiste. Mais force est de constater que,
sur les huit entraînements proposés, seule la « méditation » semble
intéresser la grande majorité des pratiquants bouddhistes occidentaux. Or cette
« méditation » ne recouvre que deux de ces huit entraînements. Qu'en
est-il des autres ? Dans sa présentation
traditionnelle, ces huit entraînements du Chemin sont proposés sous la forme de
trois « rubriques » : Discipline (sîla), Méditation (samâdhi) et
Sagesse (prajña), comme si la première favorisait la seconde qui, seule,
permettrait d'atteindre la troisième... Or, dans l'exposé même du Chemin, c'est
la Sagesse qui est présentée en premier. Pourquoi ? De même, qu'en est-il
exactement de la « motivation juste » et de « l'effort
juste », bien rarement évoqués... Ce sont à ces
« oubliés » du Chemin que nous souhaitons nous intéresser ici.
Coeur de la pratique bouddhique,
l'Octuple Noble Chemin - ou Chemin des Nobles en Huit [entraînements] - est
aussi, très certainement, l'un des enseignements les plus anciens du
bouddhisme, sinon même le tout premier, véritable noyau du bouddhisme originel. Dans le récit du premier sermon
du Bouddha, l'Octuple Noble Chemin apparaît non seulement comme la quatrième
des Nobles Vérités, mais aussi déjà dans l'introduction qui expose la juste
Voie du Milieu - répétition textuelle qui démontre son importance.
« Celui qui a renoncé à la
vie mondaine ne doit pas s'abandonner aux deux extrêmes. Quels sont ces deux
extrêmes ? C'est se complaire dans les objets désirables pour les sens, ce qui
est bas, vulgaire, terrestre, vil, indigne et sans profit et c'est se vouer aux
mortifications, ce qui est douloureux, indigne et sans profit. Evitant ces deux extrêmes, le Tathâgatha
a réalisé la Voie du milieu. Celle-ci donne la vue, donne la connaissance, conduit à la tranquillité, à la connaissance
suprême, à l'Eveil, au nirvâna. Et quelle est cette Voie du Milieu
que le Tathâgatha a réalisée ? C'est simplement l'Octuple Noble Chemin, à savoir
: la compréhension juste, l'aspiration juste, la parole juste, l'action juste,
les moyens d'existence justes, l'effort juste, l'attention juste, la
concentration juste. Tel est l'Octuple Noble Chemin réalisé par le Tathâgatha.
Il donne la vue, il donne la connaissance, il conduit à la tranquillité, à la
connaissance suprême, à l'Eveil, au nirvâna. »
Dans ses « Recherches sur la
biographie du Bouddha », André Bareau a bien montré l'ancienneté
de cet exposé : enseignement-pratique, illustration développée de la
« Voie du Milieu » que le Bouddha préconise et expose dès le premier
enseignement à ses tout premiers disciples, la formulation de l'Octuple Noble
Chemin précède - et de beaucoup, historiquement - le discours même des Quatre Nobles Vérités tel que nous le connaissons
aujourd'hui, comme aussi la présentation de la « production en dépendance
mutuelle » (pratîtyasamutpâda)
et, plus encore, celle de la notion d'inexistence-en-soi (anâtman)
dont la formulation ne sera vraisemblablement fixée que près d'un siècle après
la disparition du Bouddha !
Selon la tradition, cet exposé du
Chemin sera présenté deux fois de suite en quelques jours, dans le « Parc
aux gazelles » de Sarnath, près de Bénarès. Le Bouddha s'adresse tout
d'abord à cinq ascètes, dont un certain Kondañña, qui tous demanderont aussitôt à être acceptés comme « compagnons » du
Bouddha et deviendront ainsi les premiers bhiksu. Puis vint le tour d'un
certain Yasas, suivi de quatre de ses compagnons, tous laïcs, qui, eux aussi,
s'engageront immédiatement à la suite du Bouddha comme bhiksu. Il est dit de
ces dix hommes que, à la seule écoute du discours du Bouddha, ils obtinrent
« l'ouverture de l'oeil de la Loi (Dharma) » puis accédèrent à l'état
d'arhat. Et les textes de conclure : « Il y eut alors onze arhat en ce
monde » : le Bouddha, les cinq anciens ascètes et les cinq anciens
laïcs.
Il est tout à fait remarquable
que ces récits des premières « conversions » illustrent parfaitement
l'exposé de la Voie du Milieu : l'extrême qui consiste à « se
complaire dans les objets désirables pour les sens » est une définition de
la vie des laïcs... Quant à « se vouer aux mortifications », tel est
bien l'objectif des ascètes ! Ascètes et laïcs, en entendant
l'enseignement du Bouddha, abandonnent cet « extrême » que
constituait leur mode de vie précédent, « mondain », et ils
s'engagent à la suite du Bouddha sur la « supra-mondaine » et juste
Voie du milieu, sur l'Octuple Noble Chemin... en devenant bhiksu ! Cela voudrait donc dire que c'est
la voie même du bhiksu qui constitue le Chemin des Nobles. Mais comment
comprendre ce « Nobles » ?
Le terme « Nobles »
(arya) désigne ici, en fait, tous ceux qui parviennent à la compréhension,
directe et intime, de « l'enseignement spécifique aux Bouddhas », ce
qui est exposé dans les Quatres Nobles Vérités. Cette « Compréhension
juste » se manifeste - selon l'expression consacrée - par
« l'ouverture de l'oeil de la Loi », moment exceptionnel où
l'auditeur du Bouddha montre sa compréhension en s'exclamant : « Tout
ce qui pour nature d'apparaître, a pour nature de disparaître ». Il s'agit
là d'une étape décisive vers l'Eveil que l'on nomme « Entrée dans le Courant » :
celui chez qui s'ouvre l'oeil « supra-mondain » - celui qui a vu, au
moins une fois, le Dharma par expérience directe - est assuré de parvenir à
l'Eveil, tout au plus en sept vies... Les premiers disciples du Bouddha - les
cinq ascètes et les cinq laïcs - eux, y parviendront le jour même ! L'Octuple Chemin, qu'ils vont
désormais suivre, manifeste donc leur « Compréhension juste »,
première manifestation de la Sagesse. On comprend mieux, dès lors, que celle-ci
soit placée en premier... Elle constitue, en fait, la porte d'entrée sur le
Chemin, et non son aboutissement ! Celui qui a compris l'enseignement
spécifique aux Bouddhas ne peut plus vivre la vie « mondaine »
ordinaire, d'un laïc ou d'un ascète. Il ne peut que s'engager, en toute
connaissance de cause, dans la Voie du Milieu, celle du bhiksu.
Ce titre de bhiksu, qu'on traduit
si souvent (trop souvent...) par « moine », a une signification de
première importance : sa traduction littérale - « celui qui
reçoit » - met en valeur les caractéristiques d'un Noble disciple du Bouddha :
il s'efforce, il s'entraîne à ne plus rien demander, à ne plus rien désirer, en
ne faisant plus que recevoir ce qu'on lui donne. Autant dire qu'il a déjà
éteint en lui certaines expressions égotiques, une partie de cette
« soif » qui maintient les êtres dans le cycle des renaissances de l'âtman,
le samsâra. Cheminer sur l'Octuple Chemin, être bhiksu, c'est avoir compris que
« Tout ce qui pour nature d'apparaître, a pour nature de
disparaître » et vouloir ne plus être la dupe de ses désirs et de ses passions. N'est-ce pas là, d'ailleurs, ce
que montre l'exemple du Bouddha lui-même ? Cette Voie du Milieu, qu'il
enseigne et préconise, lui-même - ancien laïc, puis ancien ascète - la suit
après avoir obtenu l'Eveil... Cette Voie du Milieu est donc comprise, ici, comme
ce qui manifeste « l'ouverture de l'oeil de la Loi » ! Entrer
dans le Chemin des Nobles, dans la Voie du milieu, est déjà un résultat.
Cela ne veut pas dire pour autant
qu'il ne reste plus rien à faire. Celui qui peut s'exclamer
« La vie sainte a été vécue, tout ce qu'il y avait à faire a été accompli.
Il ne reste plus rien à faire » est l'arhat, celui qui a définitivement
rompu les liens qui le maintenaient dans le samsâra. Il reste encore,
effectivement, à « cheminer », à s'entraîner... C'est là qu'interviendront ces
deux entraînements que sont la « motivation juste » et
« l'effort juste » !
(suite
au prochain numéro...)
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