
"micro-hebdo"
de l'UBE - N° 42 1er mars 2004
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numéros
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
"Tibet, le Pays des Neiges" du 15 au 19 mars 2004 à 13
h 30 et à 0 h 30 chaque jour sur France-culture, dans
le cadre de l'émission "Les chemins de la connaissance"
Le Tibet, appelé poétiquement "Pays des Neiges", fascine depuis
longtemps les Occidentaux qui en ont bien souvent une connaissance partielle où
le fantasme joue un rôle important. Derrière ce mot "Tibet" se profile un pays,
un peuple et une culture, marqués par le bouddhisme mais aussi par des croyances
plus anciennes. Par sa situation géographique centrale, le Tibet se situe à la
croisée des plus brillantes cultures de l'Asie. Mais une telle position l'a
aussi placé au centre des enjeux géo-politiques de l'Asie. En 1950, le Tibet a
été envahi par les armées de la Chine populaire et, depuis, les Tibétains ne
cessent de lutter pour préserver leur langue et leur culture. Au cours de cette
série de cinq émissions, Philippe Cornu, président de l'Univesité
Bouddhique Européenne, abordera avec ses invités les différents
aspects de l'histoire, de la culture et de la spiritualité tibétaines pour
offrir aux auditeur un panorama diversifié de l'esprit de ce pays
meurtri.
lundi
15 : Les aléas de l'histoire, entretien avec Laurent Deshayes, auteur de"'Histoire du Tibet" (Fayard) mardi 16 : Une culture en péril, entretien avec
Françoise Pommaret, tibétologue, chercheur au CNRS, auteur de "Tibet, une
civilisation blessée," aux éditions Gallimard collection Découverte, et de "Lhasa,
capitale des dalaï lamas", chez Olizane mercredi 17 : Les dieux sont
vainqueurs, entretien avec Katia Buffetrille, tibétologue, auteur de "Pèlerinages
et Montagnes sacrées," aux éditions Autrement jeudi 18 : Les trésors du
Bouddhisme tibétain, Jean-Paul Ribes s'entretient avec Philippe Cornu, président de
l'Université bouddhique Européenne, auteur du "Dictionnaire encyclopédique du
bouddhisme" (Seuil) vendredi 19 : Tibet, l'envers du décors, entretien avec
Jean-Paul Ribes, président du Comité de Soutien au Peuple Tibétain, auteur de
"Karmapa" chez Fayard
mercredi
10 mars Enseignement sur trois versets du Dhammapada, de 20 h
à 21 h 30. Renseignements : Centre Bouddhiste
International de Genève, 8 avenue
de la Croisette - 1205 Genève. Tél. (00.41) 22-321.59.21.
du
vendredi 12 mars au dimanche 14 mars Dharma et psychologie : Illumination ou névrose, clés pour une vie
spirituelle simple ; enseignement par Dokushô Villalba, maître Zen et
directeur spirituel de la communauté bouddhiste Soto Zen espagnole. Renseignements
: Dharma Ling de
Paris, 55-57 rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.44.86.
samedi 13 et dimanche 14 mars Le Bouddha et les philosophes - Sakyamuni et Schopenhauer : la
lucidité du philosophe et l'éveil du Bouddha. Intervenants : Michel Hulin - Marie-José Pernin - Vénérable Pasadika - Stéphane Arguillère
- Lakshami Kapani - Lama Denys - Georges Teutsch - Lama Wangmo. Renseignements
: Dharma Ling de
Paris, 55-57 rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.44.86.
dimanche 14 mars Journée d'étude et de méditation dans la tradition
Theravâda, animée par Michel-Henri
Dufour, à Paris. Renseignements :
Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma",
c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue
de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.
du vendredi 19 au dimanche 21
mars Enseignements « Shambhala » à Toulouse. Renseignements : Centre
Shambhala de Paris, 23/25 rue Titon 75011 Paris. Tél. 01.43.73.65.77.
samedi 20 et dimanche 21 mars Retraite Vipassana, animée
par Stephen et Martine Batchelor. Lieu : La Maison
de l'Inde, Cité Universitaire de Paris - 14ème arr., 7 R Boulevard Jourdan
(côté Stade Charlety). Renseignements : Tél . 01.43.28.09.11. E-mail : DharmaNetworkParis@club-internet.fr.
dimanche 21 mars La manière de penser bouddhiste.
Conférence de Chépadorjé Rinpoché, de 18 à 20 heures. Lieu : salle Sainte
Agnès, 23 rue Oudinot 75007 Paris, au fond de l'allée. Métro : Duroc ou Vaneau.
Renseignements : Centre
Culturel Tibétain Dzogchenpa (école Nyingma), c/o Dharma Ling, 55-57, rue
Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.28.77
Les "oubliés"
du Chemin...

L'Octuple Noble Chemin (âriya astangika mârga), que symbolisent les huit
rayons de la Roue du Dharma (dharmaçakra),
constitue le coeur de l'enseignement du Bouddha et le modèle de toute pratique
bouddhiste. Mais force est de constater que,
sur les huit entraînements proposés, seule la « méditation » semble
intéresser la grande majorité des pratiquants bouddhistes occidentaux. Or cette
« méditation » ne recouvre que deux de ces huit entraînements. Qu'en
est-il des autres ? Dans sa présentation
traditionnelle, ces huit entraînements du Chemin sont proposés sous la forme de
trois « rubriques » : Discipline (sîla), Méditation (samâdhi) et
Sagesse (prajña), comme si la première favorisait la seconde qui, seule,
permettrait d'atteindre la troisième... Or, dans l'exposé même du Chemin, c'est
la Sagesse qui est présentée en premier. Pourquoi ? De même, qu'en est-il
exactement de la « motivation juste » et de « l'effort
juste », bien rarement évoqués... Ce sont à ces
« oubliés » du Chemin que nous souhaitons nous intéresser ici.
(2e
partie) La
« motivation
juste » (sammâ-samkalpa)
Selon l'introduction au discours
des Quatre Nobles Vérités - l'exposé de la Voie du Milieu - l'Octuple Noble
Chemin est cela même qui « donne la vue, donne la connaissance »,
puis « conduit à la tranquillité, à la connaissance suprême, à l'Eveil,
au nirvâna ». On notera que le texte distingue
ici deux types de connaissance : l'une « ordinaire » (jñâna),
l'autre « suprême » (abhi-jñâna), qui est celle que connaîtront les
arhat et les Bouddha. L'« ouverture de l'oeil de la loi » (que nous
avons évoquée plus tôt) constitue le premier type de connaissance : la
« compréhension juste » (sammâ-ditthi), qui connaît l'impermanence de
tout phénomène (« Tout ce qui a pour nature d'apparaître, a pour nature de
disparaître »). Le verbe que nous traduisons ici
par « donner » (karani) se rattache à la grande famille des termes
composés à partir de la racine « *kri », dont la signification est
« faire », « fabriquer » (cf. karma). C'est donc dans
l'action, dans la pratique même du Chemin que, à chaque instant, peut
apparaître cette vue, cette connaissance qui n'est pas encore
« suprême ». C'est bien en quoi elle doit être
« pratiquée », comme un entraînement, un exercice. Elle est ici
associée à la « pensée juste » ou « motivation juste »
(sammâ-samkalpa) qui constitue, avec elle, la Sagesse (prajñâ).
Le terme « pensée »
rend assez mal ce terme de samkalpa, qu'on pourrait plutôt traduire par
« représentation » ou « motivation », selon les aspects sur
lesquels on souhaite insister. La pensée juste est un acte
mental - un commentateur contemporain parle de « voix intérieure » -
qui, devant un phénomène, le présenterait à l'esprit en déclarant :
« Observe la nature de ce phénomène et agit de manière adéquate ». Un
moment de libre choix entre la passivité et l'activité... Soit le phénomène n'est pas
reconnu pour ce qu'il est et on le subit, on réagit, passivement, en se
laissant emporter par les « flux mentaux » conditionnés, les habitudes
mentales égotiques : l'avidité, l'appétit sensuel, la haine et la
malveillance, la colère ou la cruauté, autrement dit toutes les
« passions » qui maintiennent dans le samsâra. Soit le phénomène est
vu « justement » et l'esprit s'oriente alors vers l'abstention ou la
maîtrise du nuisible (pâpa), ou vers le maintien et le développement de
l'efficace (kusala), autrement dit dans la pratique du Chemin. Il s'agit donc d'un acte de
(re)présentation mentale, d'analyse et, en même temps, de décision, de motivation,
d'orientation de l'esprit vers la maîtrise et le développement - vers
« l'agir juste », mental, verbal et physique. Là où la compréhension juste
connaît l'impermanence d'un phénomène, la motivation juste crée l'espace mental
libre des conditionnements antérieurs, débarrassé des Trois Poisons (avidité,
aversion et égarement), ce qui permettra d'agir avec justesse, en fonction des
conditions. Dans l'instant où naît une juste représentation mentale du
phénomène, apparaît aussi la juste « motivation », celle qui entend
agir en vue de parvenir à l'Eveil.
Ajahn Sumedho, chef spirituel de
la tradition occidentale des « Moines de forêt » de Thaïlande, décrit ainsi ce qu'il appelle
« l'aspiration juste », dans l'un de ses enseignements :
« Il importe de reconnaître que l'aspiration diffère
fondamentalement du désir. Le terme pâli tanhâ [en sanskrit : trisna]
désigne le « désir conditionné par l'ignorance », alors que sankappa
[en sanskrit : samkalpa] signifie « aspiration non conditionnée par
l'ignorance ». L'aspiration peut nous apparaître comme étant une sorte de
désir car, en français, nous avons tendance à utiliser le mot
« désir » pour toute forme d'intention - que ce soit aspirer à
quelque chose ou vouloir. On peut croire que cette aspiration représente une
forme de tanhâ qui serait le désir de devenir un Eveillé - mais sammâ sankappa
a pour source la Compréhension Juste, qui distingue clairement. Il ne s'agit
pas de vouloir devenir quoi que ce soit, ce n'est absolument pas le désir de
devenir une personne éveillée. Avec la compréhension juste, cette façon de
penser n'a plus de sens ! »
Libre de l'Ignorance (avidyâ : ce qui ne (a-) voit
(vidyâ) pas justement) ou Egarement (moha), l'esprit du pratiquant ne se laisse
pas emporter par les passions « ordinaires » que sont l'avidité et
l'aversion, il ne s'égare pas en empruntant le chemin qui mène vers l'un ou
l'autre des deux extrêmes : l'appétit pour les plaisirs sensuels (avidité
envers la satisfaction née du corps, le mode de vie ordinaire des
« maîtres de maison ») et la mortification (aversion envers la
satisfaction née du corps, le mode de vie ordinaire des ascètes). Engagé sur la
Voie du Milieu, la voie du bhiksu (« celui qui reçoit ce qui est
donné » - ici ce que donnent la vie, les circonstances...), le pratiquant,
disciple du Bouddha, reconnaît le caractère éphémère des phénomènes et se
détache de tout désir égotique. L'aspiration juste pour l'Eveil ou motivation juste qui
vise l'Eveil ne sont pas un désir égotique qui maintient la croyance en
l'existence d'un « Moi » (« Je deviendrai un
Bouddha »). Il s'agit, bien au contraire, de ce qui met « en
accord » avec les phénomènes... sans qu'intervienne le « Moi ».
C'est une sorte de « lâcher-prise » des habitudes mentales anciennes,
par « ouverture des bras » (dans ce cas-là, ça tombe tout seul...),
accueil de ce qui apparaît, comme cela apparaît, quand cela apparaît. Aucune
tension, même mentale, aucune crispation, aucune réaction égotique et
passionnelle (« Je veux... Je ne veux pas... »), aucun égarement ou dispersion
(« Où aller ? Que faire ? Ceci ou cela ? Par ici ou par
là ? »). Juste ceci : « Tel est le phénomène, qui
apparaît en fonction de conditions et disparaît parce que ces conditions, comme
lui-même, sont impermanentes... Agissons en conséquence, de manière adéquate,
sans attachement ni vision erronée, libre de désir égotique. »
Une telle attitude n'a rien d'habituel chez les
« êtres ordinaires » ! Aussi convient-il de la cultiver et de
s'y entraîner, grâce à la discipline (sîla). Ce terme de discipline n'a pas bonne presse, généralement.
Il ne désigne pourtant que « ce que pratique le disciple » : se
mettre en accord avec l'enseignement reçu, agir en conséquence. Bien que la parenté étymologique ne soit pas attestable,
scientifiquement, on pourrait le rapprocher du terme français
« silence », avec lequel il partage au moins une parenté phonétique...
D'ailleurs, le silence n'est-il pas la première règle que suivent les moines
chrétiens ?! « Faire silence », à l'origine, c'est s'abstenir de
tout bruit et de tout mouvement, c'est « faire taire les passions »
qui risquent de troubler la vie communautaire, laisser le « Moi » de
côté... N'est-ce pas là, aussi, le projet du bhiksu qui vit, de même, en
communauté (sangha) ? Celui « qui reçoit et ne demande rien » est,
avant tout, un être discipliné, qui se dompte lui-même et n'entretient aucune
de ses passions (ou s'exerce à le faire...). Ce « domptage » de soi (ou
domptage du « Moi »), en quoi consiste la discipline, n'est rien
d'autre que laisser les passions cesser d'elles-mêmes, lorsque les conditions
de leur apparition ont changé, impermanentes. La « cessation du
désir » (que présente la troisième Noble Vérité), c'est là le domptage
enseigné par le Bouddha, « le dompteur des êtres qui doivent être domptés ».
Le terme même de « cessation » - nirodha - a d'ailleurs, au départ,
le sens strict de « domptage » ou « maîtrise » !... Faire cesser les passions ne consiste donc pas à lutter
contre elles, avec aversion, mais à les laisser s'épuiser, sans s'y identifier.
Autrement dit : à les voir telles qu'elles sont, phénomènes conditionnés
et éphémères (sammâ-ditthi, « compréhension juste »), sans laisser
s'exprimer les tendances égotiques et passionnelles habituelles - avidité,
aversion et égarement - afin d'agir de manière adéquate et de cheminer ainsi
vers l'Eveil (sammâ-samkalpa, « pensée / motivation juste »).
Mais pour cela, il est vrai, un certain « effort juste »
(sammâ-vyâyâma) est nécessaire.
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