"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 42
    1er mars
    2004
     

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    Actualités de l'UBE

    Mise à jour mensuelle du site

    • Rubrique "Actualités"
      mise à jour de l'agenda : mois de mars, avril et mai 2004
      "Actualités de l'édition" : mois de février 2004

    Cours à Paris

    • samedi 13 mars
      Angulimala : le meurtrier devenu arhat , cours public donné par Dominique Trotignon.
      De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours de Niveau 2. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 

      Angulimala est un personnage tout à fait atypique parmi les disciples directs du Bouddha. Brillant étudiant brahmane, il se voit contraint de devenir meurtrier en série et s'apprêtait, dit-on, à assassiner sa propre mère lorsqu'il se trouve converti par le Bouddha lui-même. Devenu bhikkhu, il parvient rapidement à l'état d'arhat mais cela ne l'empêche pas pour autant de continuer à subir les conséquences de ses actes antérieurs (kamma). Un sutta et plusieurs stances des "Theragatha" témoignent de ce parcours exemplaire et inattendu.
       



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    "Tibet, le Pays des Neiges"
    du 15 au 19 mars 2004
    à 13 h 30 et à 0 h 30 chaque jour
    sur France-culture, dans le cadre de l'émission
    "Les chemins de la connaissance" 

    Le Tibet, appelé poétiquement "Pays des Neiges", fascine depuis longtemps les Occidentaux qui en ont bien souvent une connaissance partielle où le fantasme joue un rôle important. Derrière ce mot "Tibet" se profile un pays, un peuple et une culture, marqués par le bouddhisme mais aussi par des croyances plus anciennes. Par sa situation géographique centrale, le Tibet se situe à la croisée des plus brillantes cultures de l'Asie. Mais une telle position l'a aussi placé au centre des enjeux géo-politiques de l'Asie. En 1950, le Tibet a été envahi par les armées de la Chine populaire et, depuis, les Tibétains ne cessent de lutter pour préserver leur langue et leur culture. Au cours de cette série de cinq émissions, Philippe Cornu, président de l'Univesité Bouddhique Européenne, abordera avec ses invités les différents aspects de l'histoire, de la culture et de la spiritualité tibétaines pour offrir aux auditeur un panorama diversifié de l'esprit de ce pays meurtri.

    lundi 15 : Les aléas de l'histoire, entretien avec Laurent Deshayes, auteur de"'Histoire du Tibet" (Fayard)
    mardi 16 : Une culture en péril, entretien avec Françoise Pommaret, tibétologue, chercheur au CNRS, auteur de "Tibet, une civilisation blessée," aux éditions Gallimard collection Découverte, et de "Lhasa, capitale des dalaï lamas", chez Olizane  
    mercredi 17 : Les dieux sont vainqueurs, entretien avec Katia Buffetrille, tibétologue, auteur de "Pèlerinages et Montagnes sacrées," aux éditions Autrement
    jeudi 18 : Les trésors du Bouddhisme tibétain, Jean-Paul Ribes s'entretient avec Philippe Cornu, président de l'Université bouddhique Européenne, auteur du "Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme" (Seuil)
    vendredi 19 : Tibet, l'envers du décors, entretien avec Jean-Paul Ribes, président du Comité de Soutien au Peuple Tibétain, auteur de "Karmapa" chez Fayard


    mercredi 10 mars
    Enseignement sur trois versets du Dhammapada, de 20 h à 21 h 30. Renseignements : Centre Bouddhiste International de Genève, 8 avenue de la Croisette - 1205 Genève. Tél. (00.41) 22-321.59.21.

    du vendredi 12 mars au dimanche 14 mars
    Dharma et psychologie : Illumination ou névrose, clés pour une vie spirituelle simple ; enseignement par Dokushô Villalba, maître Zen et directeur spirituel de la communauté bouddhiste Soto Zen espagnole. Renseignements : Dharma Ling de Paris, 55-57 rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.44.86.

    samedi 13 et dimanche 14 mars
    Le Bouddha et les philosophes - Sakyamuni et Schopenhauer : la lucidité du philosophe et l'éveil du Bouddha. Intervenants : Michel Hulin - Marie-José Pernin - Vénérable Pasadika - Stéphane Arguillère - Lakshami Kapani - Lama Denys - Georges Teutsch - Lama Wangmo. Renseignements : Dharma Ling de Paris, 55-57 rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.44.86.

    dimanche 14 mars
    Journée d'étude et de méditation dans la tradition Theravâda, animée par Michel-Henri Dufour, à Paris. Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.

    du vendredi 19 au dimanche 21 mars
    Enseignements « Shambhala » à Toulouse. Renseignements : Centre Shambhala de Paris, 23/25 rue Titon 75011 Paris. Tél. 01.43.73.65.77.

    samedi 20 et dimanche 21 mars
    Retraite Vipassana, animée par Stephen et Martine Batchelor. Lieu : La Maison de l'Inde, Cité Universitaire de Paris - 14ème arr., 7 R Boulevard Jourdan (côté Stade Charlety). Renseignements : Tél . 01.43.28.09.11. E-mail : DharmaNetworkParis@club-internet.fr.

    dimanche 21 mars
    La manière de penser bouddhiste
    . Conférence de Chépadorjé Rinpoché, de 18 à 20 heures. Lieu : salle Sainte Agnès, 23 rue Oudinot 75007 Paris, au fond de l'allée. Métro : Duroc ou Vaneau. Renseignements : Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa (école Nyingma), c/o Dharma Ling, 55-57, rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.28.77

     


 
Les "oubliés" du Chemin...

 

    L'Octuple Noble Chemin (âriya astangika mârga), que symbolisent les huit rayons de la Roue du Dharma (dharmaçakra), constitue le coeur de l'enseignement du Bouddha et le modèle de toute pratique bouddhiste.
    Mais force est de constater que, sur les huit entraînements proposés, seule la « méditation » semble intéresser la grande majorité des pratiquants bouddhistes occidentaux. Or cette « méditation » ne recouvre que deux de ces huit entraînements. Qu'en est-il des autres ?
    Dans sa présentation traditionnelle, ces huit entraînements du Chemin sont proposés sous la forme de trois « rubriques » : Discipline (sîla), Méditation (samâdhi) et Sagesse (prajña), comme si la première favorisait la seconde qui, seule, permettrait d'atteindre la troisième... Or, dans l'exposé même du Chemin, c'est la Sagesse qui est présentée en premier. Pourquoi ?
    De même, qu'en est-il exactement de la « motivation juste » et de « l'effort juste », bien rarement évoqués...
    Ce sont à ces « oubliés » du Chemin que nous souhaitons nous intéresser ici.



     
    (2e partie)
    La « motivation juste » (sammâ-samkalpa)


    Selon l'introduction au discours des Quatre Nobles Vérités - l'exposé de la Voie du Milieu - l'Octuple Noble Chemin est cela même qui « donne la vue, donne la connaissance », puis « conduit à la tranquillité, à la connaissance suprême, à l'Eveil, au nirvâna ».
    On notera que le texte distingue ici deux types de connaissance : l'une « ordinaire » (jñâna), l'autre « suprême » (abhi-jñâna), qui est celle que connaîtront les arhat et les Bouddha. L'« ouverture de l'oeil de la loi » (que nous avons évoquée plus tôt) constitue le premier type de connaissance : la « compréhension juste » (sammâ-ditthi), qui connaît l'impermanence de tout phénomène (« Tout ce qui a pour nature d'apparaître, a pour nature de disparaître »).
    Le verbe que nous traduisons ici par « donner » (karani) se rattache à la grande famille des termes composés à partir de la racine « *kri », dont la signification est « faire », « fabriquer » (cf. karma). C'est donc dans l'action, dans la pratique même du Chemin que, à chaque instant, peut apparaître cette vue, cette connaissance qui n'est pas encore « suprême ». C'est bien en quoi elle doit être « pratiquée », comme un entraînement, un exercice. Elle est ici associée à la « pensée juste » ou « motivation juste » (sammâ-samkalpa) qui constitue, avec elle, la Sagesse (prajñâ).

    Le terme « pensée » rend assez mal ce terme de samkalpa, qu'on pourrait plutôt traduire par « représentation » ou « motivation », selon les aspects sur lesquels on souhaite insister.
    La pensée juste est un acte mental - un commentateur contemporain parle de « voix intérieure » - qui, devant un phénomène, le présenterait à l'esprit en déclarant : « Observe la nature de ce phénomène et agit de manière adéquate ». Un moment de libre choix entre la passivité et l'activité...
    Soit le phénomène n'est pas reconnu pour ce qu'il est et on le subit, on réagit, passivement, en se laissant emporter par les « flux mentaux » conditionnés, les habitudes mentales égotiques : l'avidité, l'appétit sensuel, la haine et la malveillance, la colère ou la cruauté, autrement dit toutes les « passions » qui maintiennent dans le samsâra. Soit le phénomène est vu « justement » et l'esprit s'oriente alors vers l'abstention ou la maîtrise du nuisible (pâpa), ou vers le maintien et le développement de l'efficace (kusala), autrement dit dans la pratique du Chemin.
    Il s'agit donc d'un acte de (re)présentation mentale, d'analyse et, en même temps, de décision, de motivation, d'orientation de l'esprit vers la maîtrise et le développement - vers « l'agir juste », mental, verbal et physique.
    Là où la compréhension juste connaît l'impermanence d'un phénomène, la motivation juste crée l'espace mental libre des conditionnements antérieurs, débarrassé des Trois Poisons (avidité, aversion et égarement), ce qui permettra d'agir avec justesse, en fonction des conditions. Dans l'instant où naît une juste représentation mentale du phénomène, apparaît aussi la juste « motivation », celle qui entend agir en vue de parvenir à l'Eveil.

    Ajahn Sumedho, chef spirituel de la tradition occidentale des « Moines de forêt » de Thaïlande,  décrit ainsi ce qu'il appelle « l'aspiration juste », dans l'un de ses enseignements :

      « Il importe de reconnaître que l'aspiration diffère fondamentalement du désir. Le terme pâli tanhâ [en sanskrit : trisna] désigne le « désir conditionné par l'ignorance », alors que sankappa [en sanskrit : samkalpa] signifie « aspiration non conditionnée par l'ignorance ».
      L'aspiration peut nous apparaître comme étant une sorte de désir car, en français, nous avons tendance à utiliser le mot « désir » pour toute forme d'intention - que ce soit aspirer à quelque chose ou vouloir.
      On peut croire que cette aspiration représente une forme de tanhâ qui serait le désir de devenir un Eveillé - mais sammâ sankappa a pour source la Compréhension Juste, qui distingue clairement. Il ne s'agit pas de vouloir devenir quoi que ce soit, ce n'est absolument pas le désir de devenir une personne éveillée. Avec la compréhension juste, cette façon de penser n'a plus de sens ! »

    Libre de l'Ignorance (avidyâ : ce qui ne (a-) voit (vidyâ) pas justement) ou Egarement (moha), l'esprit du pratiquant ne se laisse pas emporter par les passions « ordinaires » que sont l'avidité et l'aversion, il ne s'égare pas en empruntant le chemin qui mène vers l'un ou l'autre des deux extrêmes : l'appétit pour les plaisirs sensuels (avidité envers la satisfaction née du corps, le mode de vie ordinaire des « maîtres de maison ») et la mortification (aversion envers la satisfaction née du corps, le mode de vie ordinaire des ascètes). Engagé sur la Voie du Milieu, la voie du bhiksu (« celui qui reçoit ce qui est donné » - ici ce que donnent la vie, les circonstances...), le pratiquant, disciple du Bouddha, reconnaît le caractère éphémère des phénomènes et se détache de tout désir égotique.
    L'aspiration juste pour l'Eveil ou motivation juste qui vise l'Eveil ne sont pas un désir égotique qui maintient la croyance en l'existence d'un « Moi » (« Je deviendrai un Bouddha »). Il s'agit, bien au contraire, de ce qui met « en accord » avec les phénomènes... sans qu'intervienne le « Moi ». C'est une sorte de « lâcher-prise » des habitudes mentales anciennes, par « ouverture des bras » (dans ce cas-là, ça tombe tout seul...), accueil de ce qui apparaît, comme cela apparaît, quand cela apparaît. Aucune tension, même mentale, aucune crispation, aucune réaction égotique et passionnelle (« Je veux... Je ne veux pas... »), aucun égarement ou dispersion (« Où aller ? Que faire ? Ceci ou cela ? Par ici ou par là ? »).
    Juste ceci : « Tel est le phénomène, qui apparaît en fonction de conditions et disparaît parce que ces conditions, comme lui-même, sont impermanentes... Agissons en conséquence, de manière adéquate, sans attachement ni vision erronée, libre de désir égotique. »

    Une telle attitude n'a rien d'habituel chez les « êtres ordinaires » ! Aussi convient-il de la cultiver et de s'y entraîner, grâce à la discipline (sîla).
    Ce terme de discipline n'a pas bonne presse, généralement. Il ne désigne pourtant que « ce que pratique le disciple » : se mettre en accord avec l'enseignement reçu, agir en conséquence.
    Bien que la parenté étymologique ne soit pas attestable, scientifiquement, on pourrait le rapprocher du terme français « silence », avec lequel il partage au moins une parenté phonétique... D'ailleurs, le silence n'est-il pas la première règle que suivent les moines chrétiens ?! « Faire silence », à l'origine, c'est s'abstenir de tout bruit et de tout mouvement, c'est « faire taire les passions » qui risquent de troubler la vie communautaire, laisser le « Moi » de côté... N'est-ce pas là, aussi, le projet du bhiksu qui vit, de même, en communauté (sangha) ?
    Celui « qui reçoit et ne demande rien » est, avant tout, un être discipliné, qui se dompte lui-même et n'entretient aucune de ses passions (ou s'exerce à le faire...). Ce « domptage » de soi (ou domptage du « Moi »), en quoi consiste la discipline, n'est rien d'autre que laisser les passions cesser d'elles-mêmes, lorsque les conditions de leur apparition ont changé, impermanentes. La « cessation du désir » (que présente la troisième Noble Vérité), c'est là le domptage enseigné par le Bouddha, « le dompteur des êtres qui doivent être domptés ». Le terme même de « cessation » - nirodha - a d'ailleurs, au départ, le sens strict de « domptage » ou « maîtrise » !...
    Faire cesser les passions ne consiste donc pas à lutter contre elles, avec aversion, mais à les laisser s'épuiser, sans s'y identifier. Autrement dit : à les voir telles qu'elles sont, phénomènes conditionnés et éphémères (sammâ-ditthi, « compréhension juste »), sans laisser s'exprimer les tendances égotiques et passionnelles habituelles - avidité, aversion et égarement - afin d'agir de manière adéquate et de cheminer ainsi vers l'Eveil (sammâ-samkalpa, « pensée / motivation juste »).

    Mais pour cela, il est vrai, un certain « effort juste » (sammâ-vyâyâma) est nécessaire.