
"micro-hebdo"
de l'UBE - N° 43 1er avril 2004
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numéros
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
du jeudi 1 avril au lundi 28 juin Les montagnes célestes,
trésors des musées de Chine. Exposition
patrimoniale et photographies anciennes retraçant un phénomène unique dans
l'histoire mondiale de la peinture par son ancienneté et son ampleur. Elle
invite, dans cet univers de mysticisme, à suivre, grâce à quelque 150 ouvres
d'art, essentiellement des peintures, la longue histoire d'une quête
spirituelle, du XIIe au XIXe siècle, des Song à la dernière dynastie des Qing.
Renseignements : Galeries Nationales du Grand
Palais, 1 avenue du général Eisenhower 75008 Paris. Tél :
01.44.13.17.30.
samedi 3 et dimanche 4 avril Explication de la pratique de
Tchenrezi par Droupla Damtcheu. Cet enseignement consiste à redonner à chaque
mot du rituel sa véritable dimension en partant des mots en tibétain. Il ne
s'agit pas de l'explication du rituel de Tchenrézi. Trois week-ends sont
nécessaires pour l'ensemble du texte (1er et 2 mai, 5 et 6 juin).
Stage ouvert à tous, il n'est pas nécessaire de connaître le Tibétain. Renseignements : KTT de Paris (affilié à Dhagpo
Kagyu Ling, école Karma-Kagyu) 36 rue Traversière
75012 Paris. Tél. 01.43.07.65.26.
du
mardi 6 au samedi 17 avril Méditation Vipassana, stage en
anglais et français, en Suisse. Renseignements :
Vipassana
Dhamma Sumeru (école Theravâda birman : tradition de Goenka), N° 140, 2610
Mont-Soleil - Suisse, Tél. (00.41) 32-941.16.70.
du vendredi 9 avril au lundi 12 avril Sesshin zen sôtô, animée par Katia
Robel à La Gendronnière. Renseignements : Association Zen
Internationale - Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél.
02.54.44.04.86. (voir aussi le calendrier général des sesshins organisées dans
diverses villes de province, la page sesshin
du site de l'AZI).
du dimanche 11 au jeudi 15 avril Les émotions perturbatrices, les
voir et les reconnaître pour mieux les transformer. Stage réservé aux
adolescents de 14-18 ans, animé notamment par Lama Jigmé Rinpoché, lama
Puntso. Chaque journée est consacrée à l'une des émotions perturbatrices, le
but étant d'aller vers plus de clarté et de bienveillance. Renseignements : Dhagpo
Kagyu Ling, Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél.
05.53.50.70.75 ou 06.88.47.47.17 (Virginie).
du dimanche 11 au dimanche 18
avril Sesshin zen sôtô à Vimoutiers
(61) dirigée par Catherine Genno Pagès Sensei. Renseignements : Centre Dana, 22 avenue
Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.
les mardis 13 et 20 et le samedi 17
avril Enseignement dans la
tradition Theravâda, par Ajahn Khemasiri, bhikkhu occidental
dans la tradition des Moines de forêt de Thaïlande, résidant
au monastère de Dhammapala (Suisse). Renseignements : "Le Refuge", Centre bouddhique
d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles.
Tél/Fax : 04.42.92.45.28 ou
04.42.92.60.39 (courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr).
Les "oubliés"
du Chemin...

L'Octuple Noble Chemin (âriya astangika mârga), que symbolisent les huit
rayons de la Roue du Dharma (dharmaçakra),
constitue le coeur de l'enseignement du Bouddha et le modèle de toute pratique
bouddhiste. Mais force est de constater que,
sur les huit entraînements proposés, seule la « méditation » semble
intéresser la grande majorité des pratiquants bouddhistes occidentaux. Or cette
« méditation » ne recouvre que deux de ces huit entraînements. Qu'en
est-il des autres ? Dans sa présentation
traditionnelle, ces huit entraînements du Chemin sont proposés sous la forme de
trois « rubriques » : Discipline (sîla), Méditation (samâdhi) et
Sagesse (prajña), comme si la première favorisait la seconde qui, seule,
permettrait d'atteindre la troisième... Or, dans l'exposé même du Chemin, c'est
la Sagesse qui est présentée en premier. Pourquoi ? De même, qu'en est-il
exactement de la « motivation juste » et de « l'effort
juste », bien rarement évoqués... Ce sont à ces
« oubliés » du Chemin que nous souhaitons nous intéresser ici.
(3e
partie) L'
« effort
juste » (sammâ-vâyâma)
Nous
disions, dans notre texte
précédent, que faire cesser les passions ne consiste pas à lutter
contre elles, avec aversion, mais à les laisser s'épuiser, sans s'y identifier.
Autrement dit : à les voir telles qu'elles sont, c'est-à-dire
des phénomènes conditionnés
et éphémères (sammâ-ditthi, « compréhension juste »), sans laisser
s'exprimer les tendances égotiques et passionnelles habituelles - avidité,
aversion et égarement - afin d'agir de manière adéquate et de cheminer ainsi
vers l'Eveil (sammâ-samkalpa, « pensée / motivation juste »). Il faut donc, pour cela, un certain « effort juste »
(sammâ-vâyâma).
L'effort est une notion - et une vertu ! - souvent évoquée
dans les textes bouddhiques. Plusieurs termes sont d'ailleurs
employés pour la rendre : vâyâma
(skt. vyâyâma),
qui apparaît ici dans la présentation de l'Octuple
Noble Chemin, ou encore padhâna
(skt. pradhâna), qui mêle
effort et aspiration pour ce qui est juste et élevé,
mais aussi viriya (skt. vîrya),
courage, énergie, souvent associé à la
patience, et dont l'origine étymologique indo-européenne
a de quoi nous parler... puisqu'il s'agit de la virilité
! C'est dire que l'effort est une vertu active, impliquant
de faire et non, simplement, de laisser faire. Nous restons
bien, ici, dans l'ordre de l'action juste, correcte, adéquate,
et non pas dans le « non-agir » auquel on associe trop souvent le bouddhisme. Traditionnellement,
cet « effort juste » du Noble Chemin se subdivise en quatre aspects : éviter et maîtriser
les états d'esprit malsains (pâpa)
et néfastes (akusala), développer
et maintenir les états d'esprit sains (puñña)
et fastes (kusala). Voici les
formules habituellement employées dans les sûtra
anciens :
« Qu'est-ce, ô bhikkhu,
que l'effort d'éviter (samvara) ? Percevant une forme, un son,
une odeur, une saveur ou encore une impression corporelle ou mentale, le bhikkhu
ne s'y attache pas, ni dans son aspect général ni dans ses parties. Il s'efforce alors d'écarter
ce qui pourrait, s'il demeurait sans maîtriser ses sens, faire
apparaître des états d'esprit malsains et néfastes, tels
que la convoitise ou le chagrin. Et il surveille ses sens, et les dompte. Et maintenant, qu'est-ce que
l'effort de maîtriser (pahâna ; skt. prahâna) ? Il
s'agit de ne conserver aucune pensée de convoitise sensuelle (liée aux
sens), ni aucun autre état d'esprit malsain qui serait apparu ; il
s'agit de les abandonner, les écarter, les détruire et les faire disparaître. Et maintenant, qu'est-ce que
l'effort de développer (bhâvanâ) ? Le bhikkhu développe
les « facteurs de l'Eveil » qui le portent à la solitude, au
détachement, à l'extinction et qui mènent jusqu'à la Libération ;
c'est-à-dire notamment l'attention ou présence d'esprit (sati ; skt. smrti),
l'examen de la Loi (ou Enseignement ; dhamma-vicaya),
l'énergie (viriya ; skt. vîrya), le ravissement (pîti ;
skt. prîti), la tranquillité (passadhi ; skt. prasrabdhi),
le recueillement (samâdhi) et l'équanimité (ou imperturbabilité : upekkhâ ;
skt. upeksâ). Et maintenant, qu'est-ce que
l'effort de maintenir (anurakkhanâ ; skt. anuraksanâ) ?
Le bhikkhu conserve avec fermeté en son esprit un objet favorable à
la concentration (quand il pratique les méditations de "calme mental", samatha),
il maintient les états d'esprit sains qui sont apparus, de façon à ne
pas les laisser disparaître mais à les amener à croître, à se développer,
fructifier et à parvenir à la perfection totale de leur développement. »
Les deux premiers aspects de cet effort juste
relèvent avant tout du lâcher-prise, mais les deux
suivants, eux, invitent à agir, reprenant ici notamment
un terme employé pour désigner ce que l'Occident
traduit généralement par « méditation »
: bhâvanâ, développer,
amener à l'existence, cultiver - au sens agricole du
terme... Et les agriculteurs sauront nous rappeler combien d'effort,
effectivement, une telle activité réclame !
Du point de vue de l'entraînement,
auquel est invité tout disciple du Bouddha, les deux
premiers aspects demandent, d'abord, d'avoir appris à
reconnaître les états d'esprits malsains (pâpa)
et néfastes (akusala). Cette
reconnaissance - évidemment liée à la pensée
juste - commencera par se développer alors que de
tels états d'esprit sont déjà apparus ;
il conviendra alors de les maîtriser (effort 2). Petit
à petit, le disciple saura reconnaître, aussi,
les éléments annonciateurs de leur apparition
; il conviendra alors de les éviter, c'est-à-dire
de ne pas maintenir, entretenir les conditions de leur apparition
(effort 1). La citation donnée ci-dessus insiste sur
l'importance de « maîtriser, surveiller, dompter »
ses sens ainsi que la convoitise et le chagrin qui en résultent.
Il s'agit d'un rappel évident des deux premières
Nobles Vérités : Vérité de dukkha
- insatisfaction, souffrance, chagrin... - et Vérité
de l'apparition de dukkha - « soif »
et convoitise. Les sens évoqués sont les six que
reconnaît la tradition bouddhiste : les cinq sens physiques
(vision, audition, olfaction, goût et toucher) et le sens
mental, c'est-à-dire la pensée discursive et réflexive,
celle qui crée des concepts et des notions, s'attache
aux objets et leur attribue une existence durable et autonome,
« fabriquant » ainsi un âtman. Il
est parfois difficile de distinguer clairement ce qui relève
du malsain - pâpa - et de
l'inefficace - akusala. L'inefficace
relève plutôt de l'esprit, de l'ordre de l'intérieur,
alors que le malsain désigne plutôt les actions
qui en résultent, à l'extérieur. L'inefficace
est ce qui crée des conditions défavorables (ou
ne crée pas de conditions favorables), quand le malsain
(non-sain) est ce qui manifeste l'absence de vertu ou la présence
des Trois Poisons : avidité, aversion et égarement.
Pour filer notre métaphore agricole : l'inefficace est
comme le terreau dans lequel l'acte malsain fructifiera en karma
négatif.
Pour illustrer plus concrètement ces
deux premiers aspects de l'effort, nous aimerions à nouveau
laisser la parole à Ajahn
Sumedho :
«
Avec l'Effort Juste, il peut se
manifester une sorte d'acceptation détendue de la situation, au lieu de la
panique engendrée par la pensée qu'il nous incombe de mettre tout le monde sur
le droit chemin, de tout arranger et de résoudre tous les problèmes. Nous
faisons de notre mieux, mais nous comprenons que ce n'est pas à nous de tout
régler. A une époque, lorsque j'étais à Wat Pah
Pong avec Ajahn Chah, j'avais pu constater que beaucoup de choses allaient de
travers au monastère. Je suis donc allé voir Ajahn Chah et lui expliquai : «
Vénérable, telle et telle chose ne vont pas comme il faut ; vous devez faire
quelque chose pour résoudre ces problèmes ! ». Il me regarda et me répondit : «
Oh, tu souffres beaucoup, Sumedho, tu souffres beaucoup. Ça changera !... ». Je
songeai : « Il s'en moque ! Il a dévoué sa vie à ce monastère et il le laisse
péricliter ! ». Mais il avait raison. Quelque temps après, la situation
commença à s'améliorer et, juste en laissant le temps faire les choses, les
gens furent en mesure de voir les erreurs qu'ils commettaient. Il est parfois
nécessaire de laisser les choses se dégrader pour que les gens puissent en
faire l'expérience. C'est ainsi qu'on peut apprendre à éviter de suivre le même
chemin. Vous voyez ce que je veux dire ?
Quelquefois, les situations que nous vivons au cours de l'existence sont
simplement « comme ça ». Il n'y a rien que nous puissions faire, si ce n'est de
leur permettre d'être ainsi ; même si elles ne font que s'aggraver, nous
acceptons qu'elles s'aggravent, nous les laissons suivre leur cours. Mais cela n'est pas là une attitude
fataliste ou négative ; c'est une forme de patience, c'est être disposé à
supporter une situation et lui permettre de changer naturellement plutôt que
d'essayer, de façon égocentrique et volontaire, de remettre tout en place, de
tout épurer par aversion et dégoût pour ce qui est confus et chaotique. Le résultat d'une telle attitude, est
que, si le cours des choses nous contrarie et nous met à l'épreuve, nous ne
sommes pas continuellement vexés, blessés ou déçus par les événements, ni
déprimés ou démolis par ce que les autres disent ou font. (...) Nous pouvons
observer comme il est facile de nous sentir froissés, vexés, troublés ou
soucieux - combien quelque chose en nous essaye sans cesse de se montrer
gentil, mais se sent toujours un peu offensé par ceci et un peu blessé par
cela. A la réflexion, vous pouvez voir que le
monde est « ainsi » ; c'est un domaine sensible. Sa nature n'est pas
de chercher à vous apaiser sans cesse et à faire en sorte que vous vous sentiez
heureux, sécurisé et positif. La vie présente maintes occasions d'être offensé,
choqué, blessé ou anéanti. C'est la vie. Il en va ainsi. Si quelqu'un parle en
haussant le ton, cela vous affecte. Mais ensuite, l'esprit peut en faire toute
une histoire et s'en offusquer : « Oh, c'était vraiment blessant qu'elle me
dise ça ; vous savez, ce n'était pas un ton très agréable. Je me suis senti
vraiment choqué. Je n'ai jamais rien fait qui puisse la blesser ». Notre
tendance à proliférer mentalement se manifeste ainsi, n'est-ce pas ? ! - vous
avez été bouleversé, blessé ou offensé ! Mais, par la suite, à bien examiner
cela, vous réalisez qu'il s'agit seulement de sensibilité. Quand vous contemplez de cette manière,
vous n'êtes pas en train de tenter de ne pas ressentir les émotions. Si
quelqu'un vous adresse la parole de façon agressive, par exemple, ça ne veut
pas dire que vous ne devez rien éprouver du tout. Nous ne nous efforçons pas
d'être insensibles. Nous essayons plutôt de ne pas interpréter la situation de
façon erronée, ce qui est automatiquement le cas si nous prenons les choses au
niveau personnel. Etre équilibré au niveau émotionnel signifie que, si l'on
vous tient des propos blessants, vous êtes capable de les recevoir. Vous
possédez la force et l'équilibre émotionnels nécessaires pour ne pas vous
sentir blessés, vexés ou déstabilisés par les événements de la vie. Si l'on est toujours froissé, offensé par
l'existence, il devient nécessaire de s'enfuir, de se cacher ou, encore, de
vivre en compagnie de flatteurs obséquieux qui nous disent : « Vous êtes
merveilleux !... - Vraiment ?... - Oui, vous l'êtes !... - Vous le dites pour me
faire plaisir, n'est-ce pas ?... - Non, non, je le pense vraiment !... - Cette
personne, là-bas, ne pense pas, elle, que je suis quelqu'un de merveilleux !... -
Oh, c'est un idiot !... - C'est bien ce que je pense !... ». C'est comme l'histoire
de l'empereur et de ses vêtements neufs, n'est-ce pas ? Il vous faut trouver un
environnement sur mesure où tout est conçu pour vous rassurer et vous
sécuriser, qui soit sans aucune menace. »
(suite
au prochain numéro...)
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