"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 43
    1er avril
    2004
     

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    Actualités de l'UBE

    Mise à jour mensuelle du site

    • Rubrique "Actualités"
      mise à jour de l'agenda : mois d'avril, mai et juin 2004
      "Actualités de l'édition" : mois de mars 2004

    Cours à Paris

    • samedi 3 avril
      "La liberté naturelle de l'esprit ", de Longchenpa (texte tibétain), cours public donné par Stéphane Arguillère. De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours d'Etude de Textes. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 

      Longchenpa (1308-1364) est l'une des principales références doctrinales de l'école tibétaine Nyingma, notamment pour le Dzogchen, enseignement qui, selon cette école, présente de la manière la plus directe la nature ultime des choses. Oeuvre probablement tardive chez cet auteur, « La Liberté naturelle de l'esprit » est l'un de ses écrits les plus connus en Occident, où il a fait l'objet de plusieurs traductions, en anglais et en français. Le texte se présente comme un poème inspiré, d'une grande beauté, mais énigmatique et dont la difficulté est accrue par le fait qu'il ne s'inscrit guère dans une tradition antérieure ou ultérieure.
       

  • samedi 24 avril
    Khyoungpo Neldjor, le traducteur, cours public donné par Philippe Cornu. De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours de Niveau 2. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 
    • Khyoungpo Neldjor est un représentant de ces traducteurs qui effectuèrent de nombreux voyages en Inde pour rapporter des enseignements tantriques au Tibet. Parmi les maîtres indiens qui l'enseignèrent au cours de sept voyages successifs, on compte deux femmes, les dâkinî Sukhasiddhî et Niguma, dont il reçut l'enseignement des "six yoga", moins célèbres au Tibet que ceux de Naropa. A son retour définitif au Tibet, il fonda une centaine de monastères, institua la lignée "Shangpa-Kagyu" et vécut, dit-on, jusqu'à l'âge de cent cinquante ans. 
       



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    du jeudi 1 avril au lundi 28 juin
    Les montagnes célestes, trésors des musées de Chine
    . Exposition patrimoniale et photographies anciennes retraçant un phénomène unique dans l'histoire mondiale de la peinture par son ancienneté et son ampleur. Elle invite, dans cet univers de mysticisme, à suivre, grâce à quelque 150 ouvres d'art, essentiellement des peintures, la longue histoire d'une quête spirituelle, du XIIe au XIXe siècle, des Song à la dernière dynastie des Qing. Renseignements : Galeries Nationales du Grand Palais, 1 avenue du général Eisenhower 75008 Paris. Tél : 01.44.13.17.30.

    samedi 3 et dimanche 4 avril
    Explication de la pratique de Tchenrezi par Droupla Damtcheu. Cet enseignement consiste à redonner à chaque mot du rituel sa véritable dimension en partant des mots en tibétain. Il ne s'agit pas de l'explication du rituel de Tchenrézi. Trois week-ends sont nécessaires pour l'ensemble du texte (1er et 2 mai, 5 et 6 juin). Stage ouvert à tous, il n'est pas nécessaire de connaître le Tibétain. Renseignements : KTT de Paris (affilié à Dhagpo Kagyu Ling, école Karma-Kagyu) 36 rue Traversière 75012 Paris. Tél. 01.43.07.65.26.

    du mardi 6 au samedi 17 avril
    Méditation Vipassana
    , stage en anglais et français, en Suisse. Renseignements : Vipassana Dhamma Sumeru (école Theravâda birman : tradition de Goenka), N° 140, 2610 Mont-Soleil - Suisse, Tél. (00.41) 32-941.16.70.

    du vendredi 9 avril au lundi 12 avril
    Sesshin zen sôtô
    , animée par Katia Robel à La Gendronnière. Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86. (voir aussi le calendrier général des sesshins organisées dans diverses villes de province, la page sesshin du site de l'AZI).

    du dimanche 11 au jeudi 15 avril
    Les émotions perturbatrices, les voir et les reconnaître pour mieux les transformer
    . Stage réservé aux adolescents de 14-18 ans, animé notamment par Lama Jigmé Rinpoché, lama Puntso. Chaque journée est consacrée à l'une des émotions perturbatrices, le but étant d'aller vers plus de clarté et de bienveillance. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling, Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75 ou 06.88.47.47.17 (Virginie).

    du dimanche 11 au dimanche 18 avril
    Sesshin zen sôtô
    à Vimoutiers (61) dirigée par Catherine Genno Pagès Sensei. Renseignements : Centre Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.

    les mardis 13 et 20 et le samedi 17 avril
    Enseignement dans la tradition Theravâda
    , par Ajahn Khemasiri, bhikkhu occidental dans la tradition des Moines de forêt de Thaïlande, résidant au monastère de Dhammapala (Suisse). Renseignements : "Le Refuge", Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr).

     


 
Les "oubliés" du Chemin...

 

    L'Octuple Noble Chemin (âriya astangika mârga), que symbolisent les huit rayons de la Roue du Dharma (dharmaçakra), constitue le coeur de l'enseignement du Bouddha et le modèle de toute pratique bouddhiste.
    Mais force est de constater que, sur les huit entraînements proposés, seule la « méditation » semble intéresser la grande majorité des pratiquants bouddhistes occidentaux. Or cette « méditation » ne recouvre que deux de ces huit entraînements. Qu'en est-il des autres ?
    Dans sa présentation traditionnelle, ces huit entraînements du Chemin sont proposés sous la forme de trois « rubriques » : Discipline (sîla), Méditation (samâdhi) et Sagesse (prajña), comme si la première favorisait la seconde qui, seule, permettrait d'atteindre la troisième... Or, dans l'exposé même du Chemin, c'est la Sagesse qui est présentée en premier. Pourquoi ?
    De même, qu'en est-il exactement de la « motivation juste » et de « l'effort juste », bien rarement évoqués...
    Ce sont à ces « oubliés » du Chemin que nous souhaitons nous intéresser ici.



     
    (3e partie)
    L' « effort juste » (sammâ-vâyâma)


    Nous disions, dans notre texte précédent, que faire cesser les passions ne consiste pas à lutter contre elles, avec aversion, mais à les laisser s'épuiser, sans s'y identifier. Autrement dit : à les voir telles qu'elles sont, c'est-à-dire des phénomènes conditionnés et éphémères (sammâ-ditthi, « compréhension juste »), sans laisser s'exprimer les tendances égotiques et passionnelles habituelles - avidité, aversion et égarement - afin d'agir de manière adéquate et de cheminer ainsi vers l'Eveil (sammâ-samkalpa, « pensée / motivation juste »).
    Il faut donc, pour cela, un certain « effort juste » (sammâ-vâyâma).

    L'effort est une notion - et une vertu ! - souvent évoquée dans les textes bouddhiques. Plusieurs termes sont d'ailleurs employés pour la rendre : vâyâma (skt. vyâyâma), qui apparaît ici dans la présentation de l'Octuple Noble Chemin, ou encore padhâna (skt. pradhâna), qui mêle effort et aspiration pour ce qui est juste et élevé, mais aussi viriya (skt. vîrya), courage, énergie, souvent associé à la patience, et dont l'origine étymologique indo-européenne a de quoi nous parler... puisqu'il s'agit de la virilité !
    C'est dire que l'effort est une vertu active, impliquant de faire et non, simplement, de laisser faire. Nous restons bien, ici, dans l'ordre de l'action juste, correcte, adéquate, et non pas dans le
    « non-agir » auquel on associe trop souvent le bouddhisme.
    Traditionnellement, cet
    « effort juste » du Noble Chemin se subdivise en quatre aspects : éviter et maîtriser les états d'esprit malsains (pâpa) et néfastes (akusala), développer et maintenir les états d'esprit sains (puñña) et fastes (kusala).
    Voici les formules habituellement employées dans les sûtra anciens :

      « Qu'est-ce, ô bhikkhu, que l'effort d'éviter (samvara) ? Percevant une forme, un son, une odeur, une saveur ou encore une impression corporelle ou mentale, le bhikkhu ne s'y attache pas, ni dans son aspect général ni dans ses parties. Il s'efforce alors d'écarter ce qui pourrait, s'il demeurait sans maîtriser ses sens, faire apparaître des états d'esprit malsains et néfastes, tels que la convoitise ou le chagrin. Et il surveille ses sens, et les dompte.
      Et maintenant, qu'est-ce que l'effort de maîtriser (pahâna ; skt. prahâna) ? Il s'agit de ne conserver aucune pensée de convoitise sensuelle (liée aux sens), ni aucun autre état d'esprit malsain qui serait apparu ; il s'agit de les abandonner, les écarter, les détruire et les faire disparaître.
      Et maintenant, qu'est-ce que l'effort de développer (bhâvanâ) ? Le bhikkhu développe les « facteurs de l'Eveil » qui le portent à la solitude, au détachement, à l'extinction et qui mènent jusqu'à la Libération ; c'est-à-dire notamment l'attention ou présence d'esprit (sati ; skt. smrti), l'examen de la Loi (ou Enseignement ; dhamma-vicaya), l'énergie (viriya ; skt. vîrya), le ravissement (pîti ; skt. prîti), la tranquillité (passadhi ; skt. prasrabdhi), le recueillement (samâdhi) et l'équanimité (ou imperturbabilité : upekkhâ ; skt. upeksâ).
      Et maintenant, qu'est-ce que l'effort de maintenir (anurakkhanâ ; skt. anuraksanâ) ? Le bhikkhu conserve avec fermeté en son esprit un objet favorable à la concentration (quand il pratique les méditations de "calme mental", samatha), il maintient les états d'esprit sains qui sont apparus, de façon à ne pas les laisser disparaître mais à les amener à croître, à se développer, fructifier et à parvenir à la perfection totale de leur développement. »

    Les deux premiers aspects de cet effort juste relèvent avant tout du lâcher-prise, mais les deux suivants, eux, invitent à agir, reprenant ici notamment un terme employé pour désigner ce que l'Occident traduit généralement par « méditation » : bhâvanâ, développer, amener à l'existence, cultiver - au sens agricole du terme... Et les agriculteurs sauront nous rappeler combien d'effort, effectivement, une telle activité réclame !

    Du point de vue de l'entraînement, auquel est invité tout disciple du Bouddha, les deux premiers aspects demandent, d'abord, d'avoir appris à reconnaître les états d'esprits malsains (pâpa) et néfastes (akusala). Cette reconnaissance - évidemment liée à la pensée juste - commencera par se développer alors que de tels états d'esprit sont déjà apparus ; il conviendra alors de les maîtriser (effort 2). Petit à petit, le disciple saura reconnaître, aussi, les éléments annonciateurs de leur apparition ; il conviendra alors de les éviter, c'est-à-dire de ne pas maintenir, entretenir les conditions de leur apparition (effort 1).
    La citation donnée ci-dessus insiste sur l'importance de « maîtriser, surveiller, dompter » ses sens ainsi que la convoitise et le chagrin qui en résultent. Il s'agit d'un rappel évident des deux premières Nobles Vérités : Vérité de dukkha - insatisfaction, souffrance, chagrin... - et Vérité de l'apparition de dukkha - « soif » et convoitise. Les sens évoqués sont les six que reconnaît la tradition bouddhiste : les cinq sens physiques (vision, audition, olfaction, goût et toucher) et le sens mental, c'est-à-dire la pensée discursive et réflexive, celle qui crée des concepts et des notions, s'attache aux objets et leur attribue une existence durable et autonome, « fabriquant » ainsi un âtman.
    Il est parfois difficile de distinguer clairement ce qui relève du malsain - pâpa - et de l'inefficace - akusala. L'inefficace relève plutôt de l'esprit, de l'ordre de l'intérieur, alors que le malsain désigne plutôt les actions qui en résultent, à l'extérieur. L'inefficace est ce qui crée des conditions défavorables (ou ne crée pas de conditions favorables), quand le malsain (non-sain) est ce qui manifeste l'absence de vertu ou la présence des Trois Poisons : avidité, aversion et égarement. Pour filer notre métaphore agricole : l'inefficace est comme le terreau dans lequel l'acte malsain fructifiera en karma négatif.

    Pour illustrer plus concrètement ces deux premiers aspects de l'effort, nous aimerions à nouveau laisser la parole à Ajahn Sumedho :

      « Avec l'Effort Juste, il peut se manifester une sorte d'acceptation détendue de la situation, au lieu de la panique engendrée par la pensée qu'il nous incombe de mettre tout le monde sur le droit chemin, de tout arranger et de résoudre tous les problèmes. Nous faisons de notre mieux, mais nous comprenons que ce n'est pas à nous de tout régler.
      A une époque, lorsque j'étais à Wat Pah Pong avec Ajahn Chah, j'avais pu constater que beaucoup de choses allaient de travers au monastère. Je suis donc allé voir Ajahn Chah et lui expliquai : « Vénérable, telle et telle chose ne vont pas comme il faut ; vous devez faire quelque chose pour résoudre ces problèmes ! ». Il me regarda et me répondit : « Oh, tu souffres beaucoup, Sumedho, tu souffres beaucoup. Ça changera !... ». Je songeai : « Il s'en moque ! Il a dévoué sa vie à ce monastère et il le laisse péricliter ! ». Mais il avait raison. Quelque temps après, la situation commença à s'améliorer et, juste en laissant le temps faire les choses, les gens furent en mesure de voir les erreurs qu'ils commettaient. Il est parfois nécessaire de laisser les choses se dégrader pour que les gens puissent en faire l'expérience. C'est ainsi qu'on peut apprendre à éviter de suivre le même chemin.
      Vous voyez ce que je veux dire ? Quelquefois, les situations que nous vivons au cours de l'existence sont simplement « comme ça ». Il n'y a rien que nous puissions faire, si ce n'est de leur permettre d'être ainsi ; même si elles ne font que s'aggraver, nous acceptons qu'elles s'aggravent, nous les laissons suivre leur cours.
      Mais cela n'est pas là une attitude fataliste ou négative ; c'est une forme de patience, c'est être disposé à supporter une situation et lui permettre de changer naturellement plutôt que d'essayer, de façon égocentrique et volontaire, de remettre tout en place, de tout épurer par aversion et dégoût pour ce qui est confus et chaotique.
      Le résultat d'une telle attitude, est que, si le cours des choses nous contrarie et nous met à l'épreuve, nous ne sommes pas continuellement vexés, blessés ou déçus par les événements, ni déprimés ou démolis par ce que les autres disent ou font. (...) Nous pouvons observer comme il est facile de nous sentir froissés, vexés, troublés ou soucieux - combien quelque chose en nous essaye sans cesse de se montrer gentil, mais se sent toujours un peu offensé par ceci et un peu blessé par cela.
      A la réflexion, vous pouvez voir que le monde est « ainsi » ; c'est un domaine sensible. Sa nature n'est pas de chercher à vous apaiser sans cesse et à faire en sorte que vous vous sentiez heureux, sécurisé et positif. La vie présente maintes occasions d'être offensé, choqué, blessé ou anéanti. C'est la vie. Il en va ainsi. Si quelqu'un parle en haussant le ton, cela vous affecte. Mais ensuite, l'esprit peut en faire toute une histoire et s'en offusquer : « Oh, c'était vraiment blessant qu'elle me dise ça ; vous savez, ce n'était pas un ton très agréable. Je me suis senti vraiment choqué. Je n'ai jamais rien fait qui puisse la blesser ». Notre tendance à proliférer mentalement se manifeste ainsi, n'est-ce pas ? ! - vous avez été bouleversé, blessé ou offensé ! Mais, par la suite, à bien examiner cela, vous réalisez qu'il s'agit seulement de sensibilité.
      Quand vous contemplez de cette manière, vous n'êtes pas en train de tenter de ne pas ressentir les émotions. Si quelqu'un vous adresse la parole de façon agressive, par exemple, ça ne veut pas dire que vous ne devez rien éprouver du tout. Nous ne nous efforçons pas d'être insensibles. Nous essayons plutôt de ne pas interpréter la situation de façon erronée, ce qui est automatiquement le cas si nous prenons les choses au niveau personnel. Etre équilibré au niveau émotionnel signifie que, si l'on vous tient des propos blessants, vous êtes capable de les recevoir. Vous possédez la force et l'équilibre émotionnels nécessaires pour ne pas vous sentir blessés, vexés ou déstabilisés par les événements de la vie.
      Si l'on est toujours froissé, offensé par l'existence, il devient nécessaire de s'enfuir, de se cacher ou, encore, de vivre en compagnie de flatteurs obséquieux qui nous disent : « Vous êtes merveilleux !... - Vraiment ?... - Oui, vous l'êtes !... - Vous le dites pour me faire plaisir, n'est-ce pas ?... - Non, non, je le pense vraiment !... - Cette personne, là-bas, ne pense pas, elle, que je suis quelqu'un de merveilleux !... - Oh, c'est un idiot !... - C'est bien ce que je pense !... ». C'est comme l'histoire de l'empereur et de ses vêtements neufs, n'est-ce pas ? Il vous faut trouver un environnement sur mesure où tout est conçu pour vous rassurer et vous sécuriser, qui soit sans aucune menace. »

    (suite au prochain numéro...)