"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 44
    16 avril
    2004
     

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    Actualités de l'UBE

    Mise à jour du site

    • Rubrique "Annuaire"
      révision et mise à jour des liens Internet ; création de la page de présentation :
      "Principales écoles" - "Ecoles tibétaines (Vajrayâna et Dzogchen)"
      Toutes les pages de présentation "Principales écoles" comportent désormais des liens Internet classés par écoles et courants.

    Stage à Aix-en-Provence

    • samedi 8 et dimanche 9 mai
      Présentation du Ratna-gotra-vibhâga, étude proposée par François Chenique, dans le cadre des stages "Etude de Textes" proposés par l'Université Bouddhique Européenne et le Centre d'Etude et de Méditation "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr).

    Cours à Paris

    • samedi 24 avril
      Khyoungpo Neldjor, le traducteur, cours public donné par Philippe Cornu. De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours de Niveau 2. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 
      • Khyoungpo Neldjor est un représentant de ces traducteurs qui effectuèrent de nombreux voyages en Inde pour rapporter des enseignements tantriques au Tibet. Parmi les maîtres indiens qui l'enseignèrent au cours de sept voyages successifs, on compte deux femmes, les dâkinî Sukhasiddhî et Niguma, dont il reçut l'enseignement des "six yoga", moins célèbres au Tibet que ceux de Naropa. A son retour définitif au Tibet, il fonda une centaine de monastères, institua la lignée "Shangpa-Kagyu" et vécut, dit-on, jusqu'à l'âge de cent cinquante ans. 
         

    • samedi 15 mai
      Bouddhisme et taoïsme en Chine : confrontations, controverses et influences réciproques, cours public donné par Catherine Despeux. De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours de Niveau 2. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 
      • Peu après l'implantation du bouddhisme en Chine, les controverses se firent de plus en plus nombreuses entre les défenseurs des différentes doctrines : des lettrés, du taoïsme et du bouddhisme. Le "Traité des deux doctrines", rédigé en 569, en est un exemple. Cet ouvrage, qui constitue un brillant plaidoyer en faveur de la "religion étrangère", fut rédigé à l'occasion d'une série de débats, organisés à l'initiative de l'Empereur, pour décider de la valeur respective du bouddhisme et du taoïsme. Son auteur, le "maître de la Loi (bouddhique)" Dao'an, y soutient que ces doctrines sont en fait toutes deux issues du confucianisme. 
         



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    lundi 19 et mercredi 21 avril
    Qu'est-ce que le Zen ?
    Conférence publique de Hyon-Gak, moine zen coréen dans l'école Kwan Um, d'origine américaine. Le lundi 19, de 17 h à 19 h. Lieu : GA (Essec), avenue Bernard Hirsch 95021 Cergy-Pontoise. Le mercredi 21 avril, de 19 h à 21 h. Lieu : Centre culturel coréen, 2 avenue d'Iéna 75016 Paris. Renseignements et inscriptions : Tél. 01.45.38.71.23 ou 06.84.09.89.20.

    du vendredi 23 au dimanche 25 avril
    Week-end d'enseignement et de méditation
    , dirigé par Luang Por Sumedho, disciple du maître thaïlandais Ajahn Chah, chef spirituel en Occident de la lignée des Moines de Forêt de Thaïlande. Lieu, renseignements et inscriptions : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39. Email : refugebouddhique@wanadoo.fr.

    lundi 26 avril
    Lire les grands textes religieux - Cycle de rencontres organisé par le Centre Pompidou, animée par Morad El Hattab, écrivain. Bodhicharyavatara, extraits commentés par Philippe Cornu, Président de l'Université bouddhique européenne. Coran, Hadith, extraits commentés par Soheib Bencheikh, grand mufti de Marseille. Horaire : de 19 h à 21 h 30. Lieu : Centre Pompidou, Petite salle, Saint-Martin (place Georges-Pompidou), 75004 Paris. Entrée libre.

    du vendredi 30 avril au dimanche 2 mai
    « Visite exceptionnelle, à Lyon, du maître Rinpoché Chongtul de la tradition Bön ».

    vendredi 30 avril : «L'histoire du Bön et ses relations avec le bouddhisme au Tibet ». Conférence à 20 h 30, à la mairie, 215 rue Duguesclin, 69003 Lyon (Métro Guichard ou Tramway Feyssine Doua). Renseignements : Rhône-Tibet, Tél. 04.78.51.95.72 ou 06.75.29.62.17. E-mail : rhonetibet@wanadoo.fr ; samedi 1er mai - Initiation préliminaire à "la Voie du Dzogchen", par la pratique du refuge et de la compassion, le mantra du coeur, et la méditation ; dimanche 2 mai - Mantra de purification, méditation et enseignement à propos de l'esprit. Horaire : de 9 h 30 à 1 2 h30 et de 14 h 30 à 17 h. Lieu et hébergement possible : Maison Saint Joseph "Chantegrillet", 69340 Francheville. Tél. 04.78.59.22.35. Email : maisonsaintjoseph@wanadoo.fr. (Accès : chemin des Fonts, Allée Jean-Paul II - Sainte Foy-lès-Lyon Bus N°30 sauf le 1er Mai). Renseignements et inscription : Le Comptoir des Soleils d'argent, 107 rue Vendome 69006 Lyon. Tel : 04.72.74.08.75.

    du samedi 1er au dimanche 9 mai
    Foire Expo de Niort : Conférence publique de Sa Sainteté Le Dalaï-Lama sur « L'éducation », le 8 mai de 16 h à 18 h, à Niort (Deux-Sèvres), en tant qu'invité d'honneur de la Foire expo consacrée au Tibet. Le Tibet y sera présenté sur 2000 mètres carrés, lors de divers tables-rondes, conférences et rencontres, animations, sur la culture et le problème tibétain. Pour plus de détails, consultez le site de "Tibet Info" ou le site de la mairie de Niort

    les mardis 4, 11 et 18 mai
    Cours sur le Lojong
    .
    Renseignements : Centre Shambhala de Paris (tradition Nyingma /Kagyu de Chögyam Trungpa), 23/25 rue Titon 75011 Paris. Tél. 01.43.73.65.77.

    du vendredi 7 au dimanche 23 mai
    Méditation Vipassana
    , stage intensif dirigé par les vénérables U Pannathami (Birmanie) et U Vivekananda (Allemagne) - (Tradition de Sayadaw U Panditabhivamsa de Birmanie.) Lieu : Centre Dhammaramsi 21, rue des Béguines 5170 Rivière (Profondeville, province de Namur). Renseignements : Dhamma Group, c/o Marie-Cécile Forget, 2 rue de la Duchesse, 1040 Bruxelles. Tél. (00.32) (0)474.59.00.21.

     


 
Les "oubliés" du Chemin...

 

    L'Octuple Noble Chemin (âriya astangika mârga), que symbolisent les huit rayons de la Roue du Dharma (dharmaçakra), constitue le coeur de l'enseignement du Bouddha et le modèle de toute pratique bouddhiste.
    Mais force est de constater que, sur les huit entraînements proposés, seule la « méditation » semble intéresser la grande majorité des pratiquants bouddhistes occidentaux. Or cette « méditation » ne recouvre que deux de ces huit entraînements. Qu'en est-il des autres ?
    Dans sa présentation traditionnelle, ces huit entraînements du Chemin sont proposés sous la forme de trois « rubriques » : Discipline (sîla), Méditation (samâdhi) et Sagesse (prajña), comme si la première favorisait la seconde qui, seule, permettrait d'atteindre la troisième... Or, dans l'exposé même du Chemin, c'est la Sagesse qui est présentée en premier. Pourquoi ?
    De même, qu'en est-il exactement de la « motivation juste » et de « l'effort juste », bien rarement évoqués...
    Ce sont à ces « oubliés » du Chemin que nous souhaitons nous intéresser ici.



     
    (4e et dernière partie)
    L' « effort juste » (sammâ-vâyâma)


      « Et maintenant, qu'est-ce que l'effort de développer (bhâvanâ) ? Le bhikkhu développe les « facteurs de l'Eveil » qui le portent à la solitude, au détachement, à l'extinction et qui mènent jusqu'à la Libération ; c'est-à-dire notamment l'attention, l'examen de la Loi, l'énergie, le ravissement, la tranquillité, le recueillement et l'équanimité.
      Et maintenant, qu'est-ce que l'effort de maintenir (anurakkhanâ ; skt. anuraksanâ) ? Le bhikkhu conserve avec fermeté en son esprit un objet favorable à la concentration, il maintient les états d'esprit sains qui sont apparus, de façon à ne pas les laisser disparaître mais à les amener à croître, à se développer, fructifier et à parvenir à la perfection totale de leur développement. »

    Eviter et maîtriser les états d'esprits malsains (pâpa) et néfastes (akusala) ne suffit pas (voir Micro-Hebdo n° 43), il faut aussi que l'effort s'applique à développer et à maintenir les états d'esprits fastes (kusala) et sains (puñña, sk. punya).

    Le terme bhâvanâ, employé ici, renvoie à l'idée d'apparition, de production, d'existence ; mais il ne s'agit pas de « création » - idée rendue habituellement par le terme karma. Comment distinguer ces deux types d'action ?
    Le karma dénote une intention liée à notre croyance en l'ego, il s'agit d'une action soumise aux « Poisons » : avidité, répulsion et ignorance-égarement qui, loin de mener à l'Eveil, maintient dans le samsâra. C'est une action volontaire qui s'effectue indépendamment des circonstances exactes de notre environnement, car seul, ici, importe notre désir et sa réalisation, coûte que coûte !
    « Maintenir à l'existence » ou « cultiver » (bhâvanâ) doit s'entendre comme une métaphore agricole : le processus naturel qui fait croître les végétaux se produit indépendamment de notre désir ou de notre volonté. En revanche, nous pouvons agir, et concrètement, sur les conditions qui favoriseront ou non ce processus, nous pouvons l'accompagner avec vigilance (sati) et compréhension (pañña, sk. prajña).

    Le lâcher-prise et la maîtrise, que  présentaient les deux premiers types d'effort, sont comme le débroussaillage et le sarclage du terrain dans lequel les graines sont appelées à germer ; le développement et le maintien, que présentent les deux types d'effort suivants, correspondraient alors au fumage de la terre et à son arrosage, au désherbage, à l'entretien... Cette approche réclame donc une discipline, active, quotidienne.
    C'est, en quelque sorte, développer notre « nature » apte à l'Eveil, au détriment de cette « seconde nature » que nous avions auparavant cultivée par nos actes karmiques. Non pas simplement « ne plus agir karmiquement », comme si cela suffisait pour permettre à cette « nature apte à l'Eveil » de s'exprimer d'elle-même, mais cultiver, entretenir et développer tous ses germes, qui ne demandent qu'à croître.
    Bien que le bouddhisme ancien (dont ce texte est issu) n'utilise jamais l'expression, on peut penser ici à la « nature de Bouddha » qu'évoqueront ultérieurement les écoles tardives du « Grand Véhicule » (Mahâyâna). Et, comme pour ces écoles, il s'agit d'un « travail » à accomplir, qui réclame effort (le bouddhisme tantrique, ou Vajrayâna, lui, adoptera une autre vision). Il s'agit de remplacer un type d'agir (karmique), qui n'est que reproduction de nos habitudes égotiques et égoïstes, immémoriales, par un autre type d'agir (dharmique : en accord avec l'Ordre des Choses, le Dharma), adéquat à chaque situation qui apparaît, dans l'instant, en fonction de ses conditions propres.

    Le texte, ici, insiste tout particulièrement sur les actions liées à la pratique de la méditation et, plus précisément, aux entraînements de samatha, le « calme mental », qui mène au ravissement (pîti ; skt. prîti), à la tranquillité (passadhi ; skt. prasrabdhi) et à la « concentration » (ou « recueillement », samâdhi), ou ce qu'on nomme les « absorptions » (jhâna, sk. dhyâna). Mais ceux-ci sont inclus dans les « sept facteurs de l'Eveil » (bojjhanga), qui leur associe l'énergie (viraya) - véritable synonyme d'effort - l'attention vigilante (sati), ou encore l'« examen » (vicaya), qui constitue l'exercice de la « pensée juste », l'analyse des phénomènes « tels qu'ils sont ».
    L'effort, ici, a pour but de transformer ces exercices méditatifs du « calme mental » afin d'éviter au pratiquant de sombrer dans l'apathie ou de succomber au « charme » des absorptions. C'est l'effort qui permettra de sortir des états profonds de concentration pour les observer et les examiner pour ce qu'ils sont : des créations de l'esprit, des phénomènes conditionnés... mais par des marques de l'Eveil ! C'est l'effort qui permettra, aussi, d'en tirer profit en développant les « pouvoirs » qu'ils peuvent procurer, non pour en jouir égoïstement, mais pour mieux pouvoir diffuser et expliquer le Dharma, l'enseignement qui mène à l'Eveil et au nirvâna.

    Comme le déclare le quatrième paragraphe de notre texte, l'effort est ce qui permet à ces « graines d'Eveil » de « fructifier et de parvenir à la perfection totale de leur développement ». Sans effort, rien n'empêchera de voir apparaître et de goûter des expériences « positives », mais elles resteront instantanées et fugaces, vite emportées par les « flux mentaux » habituels. Dégager le terrain ne suffit pas : il faut l'entretenir à chaque instant, au risque de voir les « mauvaises herbes » envahir à nouveau et étouffer le bon grain ! Et cet avertissement vaut autant pour les périodes de méditation stricte - l'exercice des entraînements, en posture assise ou en marche - que pour la vie quotidienne... Voire plus encore pour la vie quotidienne !

    Ajahn Sumedho, dans le texte que nous citions précédemment, évoquait l'effort et le courage nécessaires pour « ne pas intervenir » ; il en faut tout autant pour « intervenir à bon escient ». Agir de manière adéquate (en gestes, paroles ou pensées) demande donc bien l'exercice conjugué de la compréhension correcte, de la pensée correcte, de la motivation correcte et de l'effort correct. S'exercer et se discipliner, sans sagesse et sans motivation, sans résolution inflexible, c'est s'exposer à expérimenter des états d'esprits pleins de saveur sans pouvoir les goûter sur la durée, ni comprendre pourquoi ni comment ils ont été si brefs et si goûteux ! C'est risquer de cultiver un appétit insatiable et douloureux, cultiver dukkha, l'insatisfaction...
    C'est prendre le Chemin à l'envers.

    Ce Chemin - les textes le disent bien (note) - est un phénomène conditionné comme les autres, soumis lui aussi à une Loi de co-production conditionnée ou production inter-dépendante (paticca-samuppâda, sk. pratîtya-samutpâda). C'est dire assez qu'il demande la conjugaison de plusieurs facteurs, à égalité, et non l'exclusivisme qui en attribuerait l'épanouissement à une cause unique, fût-elle la « méditation »...

     


    note : Voir notamment, en traduction anglaise, l'Upanissa-sutta, qui expose la notion de "co-production conditionnée supramondaine" et l'article que lui consacre Bhikkhu Bodhi :  "Transcendental Dependent Arising. A Translation and Exposition of the Upanisa Sutta".
    Ces deux textes sont accessibles sur le site Access to Insight, aux adresses suivantes :