"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 45
    1er mai
    2004
     

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    Actualités de l'UBE

    Mise à jour mensuelle du site

    • Rubrique "Actualités"
      mise à jour de l'agenda : mois de mai, juin et juillet 2004
      "Actualités de l'édition" : mois d'avril 2004

    Stage à Aix-en-Provence

    • samedi 8 et dimanche 9 mai
      Présentation du Ratna-gotra-vibhâga, étude proposée par François Chenique, dans le cadre des stages "Etude de Textes" proposés par l'Université Bouddhique Européenne et le Centre d'Etude et de Méditation "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr).
      • Selon la tradition, le Ratna-gotra-vibhâga est un enseignement que reçut le grand maître indien Asanga, au IVe siècle de notre ère, directement du bodhisattva Maitreya, le Bouddha des temps futurs. Ce magistral « Traité de la Doctrine Ultime du Grand Véhidule » (selon son autre titre : Mahâyâna-uttara-tantra-sâstra) est un ouvrage essentiel pour la compréhension des notions de « nature de Bouddha » et des trois « corps » de Bouddha. C'est l'un des ouvrages qui assurent la liaison et le passage entre la philosophie développée par les écoles du Mahâyâna, fondée sur la notion de « vacuité » (sunyata), et son application pratique au sein du Vajrayâna ou « bouddhisme tantrique ». Il constitue ainsi une clé indispensable pour l'explication de la philosophie des tantra et a d'ailleurs  fait l'objet de nombreux commentaires au Tibet, où il est connu sous le nom de rGyud-bLama.
        Cet ouvrage a été récemment traduit et commenté par François Chenique, à partir de ses deux versions sanskrite et tibétaine, et publié sous le titre « Le message du futur Bouddha » (éditions Dervy, Paris, 2002).

    Cours à Paris

    • samedi 15 mai
      Bouddhisme et taoïsme en Chine : confrontations, controverses et influences réciproques, cours public donné par Catherine Despeux. De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours de Niveau 2. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 
      • Peu après l'implantation du bouddhisme en Chine, les controverses se firent de plus en plus nombreuses entre les défenseurs des différentes doctrines : des lettrés, du taoïsme et du bouddhisme. Le "Traité des deux doctrines", rédigé en 569, en est un exemple. Cet ouvrage, qui constitue un brillant plaidoyer en faveur de la "religion étrangère", fut rédigé à l'occasion d'une série de débats, organisés à l'initiative de l'Empereur, pour décider de la valeur respective du bouddhisme et du taoïsme. Son auteur, le "maître de la Loi (bouddhique)" Dao'an, y soutient que ces doctrines sont en fait toutes deux issues du confucianisme. 
         



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    du samedi 1er au dimanche 9 mai
    Foire Expo de Niort : Conférence publique de Sa Sainteté Le Dalaï-Lama sur « L'éducation », le 8 mai de 16 h à 18 h, à Niort (Deux-Sèvres), en tant qu'invité d'honneur de la Foire expo consacrée au Tibet. Le Tibet y sera présenté sur 2000 mètres carrés, lors de divers tables-rondes, conférences et rencontres, animations, sur la culture et le problème tibétain. Pour plus de détails, consultez le site de "Tibet Info" ou le site de la mairie de Niort

    samedi 8 et dimanche 9, samedi 29 et dimanche 30 mai
    Découverte du bouddhisme : samsâra et nirvâna
    , enseignement du vénérable Tony Lobsang.
    Renseignements : Vajra Yogini, Rouzegas 81500 Labastide-Saint-Georges. Tél. 05.63.58.02.25. Inscription et hébergement : 05.63.58.17.2

    dimanche 9 mai
    Journée de pratique de la méditation bouddhique, dans la tradition du Theravâda, à Mâcon. Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.

    du vendredi 14 au dimanche 16 mai
    Méditation vipassana et enseignement dans la tradition du Theravâda
    , par sister Ariya Nani, nonne occidentale, disciple du maître birman Sayadaw U Janakaani. Renseignements : "Le Refuge", Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr

    samedi 15 mai
    Colloque : Chrétien et bouddhiste : la double appartenance est-elle possible ? Matinée-débat, de 9 h 30 à 12 h 30. Des bouddhistes et des théologiens donneront leur point de vue sur la "double appartenance" dont se réclame un nombre croissant de personnes en Occident. La question touche profondément à l'identité de l'individu qui reconnaît son appartenance à deux communautés ou à deux systèmes religieux qu'il entend associer pour mener à bien une expérience spirituelle. Est-ce une illusion, une incapacité à choisir ou le signe d'une authentique ouverture à l'universel ? Lieu et organisation : Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), 35 bis rue de Sèvres 75006 Paris. Entrée libre

    lundi 17 mai
    Les pèlerinages autour des montagnes sacrées au Tibet
     : tradition et évolution, conférence d
    iaporama par Katia Buffetrille, ethnologue à l'Ecole Pratique des Hautes-Etudes, à 18h30. Renseignements : Maison de la Chine, 76 rue Bonaparte (place Saint-Sulpice) 75006 Paris. Tél. 01.40.51.95.29.
    => voir ci-dessous

    du lundi 17 au mercredi 19 mai
    Introduction à la Méditation Vipassana, stage en la présence et sous les enseignements du Vénérable Ajahn Tong Sirimangalo, enseignant de tradition Theravâda. La méditation enseignée repose sur une série de pratiques, appelées Satipatthana (4 positions : méditation en marchant, en position debout, assise et couchée). Lieu : Pagode Dhammabhirom, 5 rue Rouget de L'Isle 94600 Choisy le Roi (RER C : Choisy le Roi). Renseignements et inscription indispensable : Caroline Cavin, tél 01.47.49.89.17 ou 06.20.47.05.56. Plus d'informations (en anglais) sur le site www.sirimangalo.org.

    du vendredi 21 au dimanche 23 mai
    Retraite de méditation Zen
    dirigée par Catherine Genno Pagès, Sensei. Du vendredi à18 h 30 au dimanche 18 h 30. Renseignements : Centre Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.  

    dimanche 23 mai
    Célébration de la naissance de S.S. Shinran, service à 11 h, suivi de la possibilité de déjeuner en commun - 14 h 30 : enseignement du Révérend Eracle sur la doctrine de la Terre Pure. Renseignements : Temple de la Foi Sereine/ Shingyôji (école : Ecole Vraie de la Terre Pure), 9 rue de Fribourg - 1201 Genève. Tél. (00.41) 22-731.76.87.

     


 
Pèlerinages bouddhistes : quelle signification ?

 Moines tibétains devant l'arbre de la Bodhi, à Bodhgaya

    Le texte que nous vous proposons ci-dessous est extrait de l'article de Dominique Trotignon, "Pèlerinage et errance en milieu bouddhiste", accessible sur le site de l'UBE : "Université" => Publications => articles en ligne)


     

    Dès la plus haute antiquité de l'histoire du bouddhisme, le pèlerinage occupe, semble-t-il, une place de premier plan.

    Parmi les édits gravés sur pierre du roi Asoka, premiers témoignages d'écriture en Inde, la colonne commémorative dressée à Lumbini n'est pas la moins connue : le pieux monarque signale ainsi son passage dans ce "jardin" du Téraï népalais pour vénérer le lieu de naissance du Bouddha, manifestant de cette manière, dès le troisième siècle avant notre ère, que l'institution des pèlerinages était déjà bien inscrite, et sans doute ancienne, dans les moeurs bouddhistes.

    Jusqu'au XIVe siècle, date à laquelle le bouddhisme céda définitivement sa place en Inde aux envahisseurs musulmans et aux réformateurs de l'hindouisme, les hauts lieux du Magadha et de la basse vallée du Gange, où le Bouddha vécut et enseigna, accueillirent des milliers de pèlerins venus des quatre coins de l'Inde et de tous les pays bouddhistes d'Asie. 

    A Lumbini, lieu de naissance supposé
    du Bouddha, les pèlerins effectuent
    la circumambulation rituelle autour
    du pilier élevé par le roi Asoka

    A proximité des "lieux saints" (lieu de l'Eveil - Bodh-Gayâ - de la première prédication - Sarnath - et de l'Extinction complète (parinibbâna) - Kusinâgarâ - pour ne citer que les quatre plus célèbres, avec le jardin de Lumbini) de riches mécènes et des monarques de royaumes aussi éloignés que le Cambodge, le Champa ou l'Indonésie, avaient fait construire et entretenaient des hôtelleries où leurs compatriotes pouvaient trouver refuge et assistance. Seuls les pèlerins chinois constatèrent avec amertume que l'Empire du Milieu était l'un des rares pays étrangers à n'avoir pas prévu ce genre d'auberges, apportant ainsi la preuve a contrario de l'importance des autres fondations et de leur fréquentation.
    Les textes anciens eux-mêmes, quoique très généralement dévolus à l'enseignement des renonçants-mendiants (
    bhikkhu), n'en évoquent pas moins les rites qu'il convient d'observer pour rendre hommage aux reliques du Bouddha et aux monuments dressés à sa mémoire. Certes, cette occupation est réservée aux seuls laïcs, - les bhikkhu ayant mieux à faire ! - mais c'est néanmoins par le Bouddha lui-même que de telles instructions ont été données, et cela quelques jours seulement avant son "extinction définitive".
    A dire vrai, on a aussi toute raison de penser que les nombreux récits de la biographie du Bouddha ont eux-mêmes trouvé leurs sources dans les récits que de pieux disciples s'empressaient de débiter aux chalands des "villes saintes" qui, très anciennement sans aucun doute, ressemblaient déjà davantage à la Lourdes commerciale, riche en produits de dévotion populaire, qu'à des hauts lieux du mysticisme. Alfred Foucher et André Bareau, dans leurs études approfondies de ces récits, présentent des hypothèses à ce sujet qu'on a tout lieu de considérer comme probantes - nous aurons l'occasion d'y revenir.

    Reste que le pèlerinage bouddhiste offre des spécificités qui le distingue nettement de ses homologues monothéistes et, présente, dès l'abord, une sorte de contradiction avec la Doctrine enseignée par le Bouddha qui ne manque pas de dérouter - si l'on nous autorise ce jeu de mot !
    Vénérer un individu par nature éphémère, quand bien même il s'agit du Bouddha, le Maître l'a lui-même interdit à ses proches disciples en termes sans équivoques. L'adoration de reliques paraît de plus a priori incompréhensible quand on sait que le Bouddha ne saurait pouvoir personnellement venir en aide à qui que ce soit, déjà de son vivant, encore moins après sa disparition. et aucune de ses "sacrées reliques" (comme les nommeront les Chinois), à quelques très rares exceptions près, n'est d'ailleurs présentée comme étant à l'origine de quelque miracle que ce soit !
    Comment le bouddhisme s'est-il accommodé d'une pratique si peu conforme à son enseignement de base ? Pourquoi l'a-t-il, non seulement tolérée, mais quasiment institutionnalisée ? Que représente-t-elle, dans ses formes multiples, autant pour les laïcs que pour les renonçants ? Autant de questions auxquelles nous tenterons d'apporter une ébauche de réponse.

    Le "parc aux Gazelles" de Sarnath, près de Bénarès, et le grand stûpa
    commémorant la première prédication du Bouddha
     

    Les fondements du pèlerinage bouddhiste :
    La symbolique du voyage et de l'errance

    Est pèlerin, d'abord, celui qui voyage et se donne un but : deux notions qui, de prime abord, semblent incompatibles avec la doctrine du Bouddha ! L'errance, toujours, est associée au samsâra, à la transmigration, au cycle infini et douloureux des renaissances, ce à quoi il faut mettre un terme. Quelques instants après son Eveil, le Bouddha ne s'est-il pas exclamé - selon les termes que rapporte le "Dhammapada" - "Longtemps j'ai erré dans le cycle sans fin des renaissances. Que de douleurs !", pour aussitôt préciser "cherchant en vain le bâtisseur de la maison".
    L'errance samsârique est ainsi nettement marquée d'un caractère de vanité : vanité d'une recherche, d'un but, comme aussi vanité de l'espoir d'une sédentarisation définitive, d'une "maison calme" et d'un architecte, à l'instar de Dieu et de sa Cité que l'"homo viator" chrétien peut chercher sur cette terre ou au-delà ! Mais peut-être faudrait-il d'abord ici distinguer la pérégrination de l'errance, malgré l'emploi que les traducteurs de textes bouddhiques ont fait de ce dernier terme - bien mal à propos semble-t-il.
    La pérégrination, voyage orienté vers sa "maison" ultime, ne semble pas ressortir du vocabulaire bouddhiste, sinon de manière péjorative ! L'errance, sans but fixé, en fait-elle davantage partie ? On peut le croire, en effet, quand le Bouddha lui-même institue sa communauté de disciples en leur interdisant la sédentarisation, le terme employé pour l'ordination des
    bhikkhu signifiant strictement "quitter la maison pour mener la vie sans foyer". C'est que le foyer, justement, est représentatif de cette maison illusoire que construit l'âtman-architecte, lui-même illusoire et premier responsable de notre souffrance. Deux illusions réduites à néant lors de l'Eveil et dont la disparition met un terme immédiat à la pérégrination au sein du samsâra.
    L'errance, au sens strict - si on la considère comme une participation attentive, mais sans but, à l'impermanence des phénomènes - semblerait du coup participer pleinement de la "démarche" bouddhiste, de cet Octuple Noble Chemin (
    marga), qu'expose le discours fondateur des Quatre Nobles Vérités. Mais on est loin, alors, du pèlerinage... comme aussi loin, d'ailleurs, de cette image récurrente du "radeau" comme moyen de transport idéal, "véhicule" pour atteindre "l'autre rive", le nirvâna ; et celui-là n'est-il pas lui-même un but visé par tout bouddhiste ? On le voit, les faits semblent résister à la doctrine et elle-même céder à la contradiction interne.

    La solution, peut-être, résiderait dans l'entre-deux, dans ce "juste milieu" toujours prôné par le Bouddha : si la recherche d'une maison, permanente et pacifiante, est contradictoirement source de douleur, si l'extinction de l'illusion fait disparaître à la fois le voyage et le voyageur, au sein du "calme nirvâna", l'errance pourrait être un moyen terme, voire un "moyen habile", par lequel il conviendrait de passer... mais sans chercher à s'arrêter, à l'image de ce radeau utile pour traverser auquel il faut ne pas s'attacher.
    L'errance serait alors ce chemin-cheminement, à mi-chemin entre l'illusion et la Réalité telle qu'elle est, étape nécessaire pour autant qu'elle en fasse oublier tout but, juste "Voie du Milieu" dépourvue de tout égoïsme (mais point encore tout à fait d'ego...), qui disparaîtra d'elle-même une fois remplie sa vocation. Un voyage tout intérieur qui peut se faire immobile, physiquement parlant, le corps et l'esprit étant en eux-mêmes, déjà, un perpétuel changement sans destination ni finalité !
    Le pèlerinage, du coup, se présenterait comme un voyage de "second ordre", à l'usage des laïcs encore empêtrés dans les liens du
    samsâra, mais dont le but véritable - nous le verrons - reste une pratique d'ordre spirituel, bien qu'encore fortement teintée d'égoïsme ; l'errance, elle, ne s'embarrassera pas de lieux physiques déterminés, géographiquement ou historiquement, trouvant mille manières de détourner l'attention du pratiquant de la visée d'un but trop lointain, au propre comme au figuré.

    A Kusinâgarâ, les pèlerins (et les touristes...) déambulent autour de la représentation du Bouddha en parinirvâna, "l'extinction définitive", allongé dans la posture du "lion couché". Cette statue se trouve dans un temple moderne, élevé à proximité des ruines de l'ancien stûpa, commémorant les funérailles et censé abriter des reliques du Bouddha.

    => en savoir plus : lire la suite de l'article