"micro-hebdo" de l'UBE  -  N° 47
    1er juin
    2004
     

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    Actualités de l'UBE

    Mise à jour mensuelle du site

    • Rubrique "Actualités"
      mise à jour de l'agenda : mois de juin, juillet et août 2004
      "Actualités de l'édition" : mois de mai 2004

    Cours à Paris

    • samedi 5 juin
      "Busshô" ("de la bouddheité"), de Maître Dôgen (1200-1253), cours public donné par Pierre Nakimovitch. De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de cours d'Etude de textes. Renseignements : UBE - courriel ou Tél. 0.820.20.50.77. 
    • Pierre Nakimovitch commentera un extrait de ce long chapitre tiré du "Shôbôgenzô", "Le trésor de l'oeil de la vraie loi", considéré comme l'un des plus importants textes du maître japonais. A partir de kôan et d'histoires zen, Dôgen y repense totalement la notion de "nature-de-bouddha" (sk. tathâgatagarbha, jap. busshô), l'un des thèmes les plus importants dans la littérature du Grand Véhicule.
       

    Stage à Aix-en-Provence

    • samedi 12 et dimanche 13 mai
      Quelques enseignements adressés aux laïcs - Textes de la tradition Theravâda, étude proposée par Dominique Trotignon, dans le cadre des stages "Etude de Textes" proposés par l'Université Bouddhique Européenne et le Centre d'Etude et de Méditation "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr).
    • L'Occident s'est habitué à aborder le bouddhisme à travers l'exposé de sa doctrine la plus sophistiquée et des diverses techniques de « méditation » que la tradition, habituellement, réservait plutôt aux bhikkhu, pour lesquels l'étude et la pratique bénéficiaient de l'environnement privilégié des monastères. On en oublie assez souvent que de nombreux enseignements du Bouddha s'adressaient aussi aux laïcs « dans le monde », proposant à ces disciples des règles de vie quotidienne qu'il serait dommage de négliger ! A ces sutta - « enseignements du Bouddha » - s'ajoute une vaste littérature de « sermons » prêchés par la suite par les bhikkhu eux-mêmes. Ce sont quelques-uns de ces textes - comme les célèbres sutta « aux Kalamas » et « à Sigala » - et des sermons tirés d'un recueil cinghalais du IVe siècle de notre ère (le Sihalavatthu) que ce stage propose de relire ou de découvrir.

 



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    mardi 8 juin
    Pratique du zen et mendicité traditionnelle, une expérience au Japon, conférence de Laurent Strim.  Renseignements : Dojo Zen de Paris (école : Zen sôtô, siège de l'AZI - Association Zen Internationale), 175 rue de Tolbiac 75013 Paris. Tél. 01.53.80.19.19.
    => voir ci-dessous

    dimanche 13 juin

  • Journée d'étude et de méditation dans la tradition Theravâda, animée par Michel-Henri Dufour, à Paris. Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.  
  • Le sens du pèlerinage (Borobodur - Indonésie), évoqué par Martine Batchelor : émission de "Voix bouddhistes", dans le cadre des émissions "Chemins de la Foi" sur France 2, de 8 h 30 à 8 h 45. Renseignements : Union Bouddhiste de France, BP 240 Etoile 75770 Paris Cedex 16. Tél. 01.42.77.86.17 (ou par courriel).
  • mercredi 16 juin
    Les émotions
    , conférence publique de Lama Jigme Rinpoche, à Ajaccio, à 20 h 30. Lieu et organisation : Association Samten Tcheuling, Les Collines 2 - 12, Allée des Arbousiers, 20600 Furiani. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling, Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75.

    jeudi 17 juin
    Au-delà de la vie et de la mort - les six bardos
    , conférence publique, à Lyon, du lama tibétain Chépadorjé Rinpoché, à 20 h. Lieu : salle Harmonie, 3 rue de l'Harmonie - 69003 Lyon (métro Monplaisir-Lumière). Renseignements : Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa (école Nyingma), Tél. 06.13.40.75.65  - courriel : info@dzogchenpa.org.  

    du vendredi 18 juin au dimanche 20 juin
    Sesshin zen sôtô
    dirigée par Catherine Genno Pagès Sensei. Renseignements : Dana Sangha Belgique Tél. (00-32) 497-67.11.98 ou
    Centre Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.

    du vendredi 18 au vendredi 25 juin
    Sesshin à La Rochette avec Maître Tokuda
    . Renseignements :  Maha-Muni, (adresse postale uniquement : 52 rue Pernety 75014 Paris). Tél. 01.45.42.73.00 ou Dojo Shikantaza (centre Zen sôtô affilié à Maha-Muni ; Ryôtan Tokuda), 4 place du Béguinage 7000 Mons. Tél. (00.32) (0)65-840-825.

    samedi 19 juin
    Stage de méditation
    guidée par Charles Genoud et Patricia Feldman Genoud. Lieu : Centre Zen Coréen Kwan Um, 35 rue de Lyon 75012 Paris (métro Gare de Lyon ou Bastille). Renseignements : Dharma Network Paris. Tél. 01.43.28.09.11 - courriel : DharmaNetworkParis@club-internet.fr.

     

     


     
    Le moine bouddhiste - bhikkhu - est-il un mendiant ?
     

    En illustration de l'annonce que nous diffusons cette quinzaine :

    mardi 8 juin : Pratique du zen et mendicité traditionnelle, une expérience au Japon, conférence de Laurent Strim.  Renseignements : Dojo Zen de Paris (école : Zen sôtô, siège de l'AZI - Association Zen Internationale), 175 rue de Tolbiac 75013 Paris. Tél. 01.53.80.19.19.

    ...cette photo d'un moine mendiant japonais, quêtant devant la gare de Nara, l'ancienne capitale impériale.
    (origine :
    http://perso.club-internet.fr/jmguigon/) 

     

     

    A la différence des moines bouddhistes d'Asie du sud-est (voir ci-dessous), qui effectuent une quête en marche, les moines japonais demeurent généralement sur place sans bouger en attendant les dons, de nourriture ou - plus fréquemment aujourd'hui - d'argent.

     

    ...autre photo d'un moine mendiant japonais, quêtant devant les murs du château d'Osaka
    (origine :
    http://www.ac-amiens.fr/artsplastiques/)

     



    Comment le bhikkhu doit-il se nourrir ?

    Le texte que nous vous proposons ci-dessous est extrait de l'ouvrage de Môhan Wijayaratna
    « Le moine bouddhiste, selon les textes du Theravâda »
    éditions Cerf, collection "Patrimoines - bouddhisme", Paris, 1983.
     


    Le sage doit vivre dans le village comme l'abeille qui, sans altérer la couleur et le parfum des fleurs, s'envole en recueillant leur nectar.
                                                  
    Dhammapada, verset 49
     


    D'après l'expression des textes canoniques, le moine bouddhiste a embrassé la vie religieuse « après avoir mis de côté la faucille et le fléau ». Cette expression symbolique signifie que le disciple religieux du Buddha se présente comme une personne sans travail. Du point de vue de la vie religieuse, travailler pour gagner sa vie n'est pas essentiel, c'est plutôt un lien et une source d'attachement aux biens matériels, le danger de se préoccuper des affaires du siècle.
    De l'avis des spécialistes, les religieux contemporains du Buddha ne pratiquaient pas le travail manuel ; le Buddha se conformait ainsi aux principes des autres traditions religieuses. Sans doute, à l'époque, y avait-il de nombreux religieux qui ne travaillaient pas manuellement. On ne saurait cependant généraliser. Les textes canoniques font état d'ascètes riches qui vivaient d'un travail lucratif. Les anecdotes du Jâtaka [les récits des vies antérieures du Bouddha] mentionnent des ascètes habitant les forêts, loin de toute habitation, et vivant de racines qu'ils déterraient, et de fruits.  
    Parfois ils faisaient de l'agriculture. Certains récits mettent en scène des ascètes qui élevaient des vaches pour avoir du lait, du beurre, etc. En fait, le bouddhisme monastique n'a pas interdit le travail manuel en soi, mais le travail en vue de gagner sa vie, qu'il soit manuel ou non ; tout travail lucratif est en contradiction avec la vie religieuse.
    (...) 
    Si le moine bouddhiste ne devait pas effectuer de travaux lucratifs ni exercer de métier, comment pouvait-il donc se nourrir ?  

    La règle Pâcittiya n° 40 (Vinaya IV, 90) apporte la réponse à cette question :
    « Un moine ne doit pas porter à sa bouche une nourriture qu'il n'a pas reçue de la main d'un autre. Si un moine porte à sa bouche une nourriture qu'il n'a pas reçue de la main d'un autre, il commet une faute de la catégorie de Pâcittiya. »
    C'est très net. Le moine ne devait manger que ce qui lui avait été donné. Il lui était interdit de se procurer lui-même des aliments. Et même s'il se trouvait devant lui quelque chose de comestible, il ne pouvait le prendre lui-même pour le manger. En matière de nourriture le moine bouddhiste était totalement dépendant des autres, tout comme un petit enfant.  

    Pour avoir sa nourriture il disposait de deux moyens : aller de maison en maison recueillir des aumônes ; aller manger chez les fidèles laïcs l'ayant invité.

    Aller recueillir des aumônes

    Nous ne savons pas exactement si tous les religieux contemporains du Buddha allaient recueillir des aumônes de porte en porte. Mais il est certain qu'une partie d'entre eux était des religieux mendiants. D'après les textes canoniques, le religieux Gotama était venu de son pays natal à Râjagaha, avant son Éveil et avant même la période des austérités, et il était allé recueillir des aumônes dans les rues de la ville. Le Sutta-nipâta rapporte que les citoyens de Râjagaha s'étonnaient de ce nouveau jeune religieux. Après son Éveil, le religieux Gotama se rendit à Kapilavatthu, et il recueillit des aumônes avec ses disciples devant les maisons des orgueilleux Sâkya, ses parents. Les textes pâlis montrent que mendier n'était pas une coutume nouvelle pour la société d'alors. Mais ce n'était pas non plus considéré par tous les membres de la société laïque comme une façon honorable d'assurer sa subsistance.
    Quand le Buddha, par exemple, alla recueillir des aumônes dans les rues de Kapila­vatthu, son père exprima son mécontentement : pour lui, « aller recueillir des aumônes n'était pas bon pour la réputation des Sâkya ». Quand le Buddha se présenta devant la demeure d'un riche brahmane appelé Kasî Bhâradvâja qui était en train de célébrer un sacrifice d'action de grâces pour la moisson, au lieu de lui donner quelque chose, le brahmane lui dit avec colère : « O tête rasée, il vaudrait mieux travailler que mendier. Moi je laboure et je sème ; quand j'ai labouré et semé, je mange. Si toi aussi tu agissais de la sorte, tu aurais de quoi manger ». Le Pinda-sutta nous montre qu'une fois le Buddha ne reçut aucune nourriture dans un village de brahmanes. Le vénérable Ratthapâla Thera demandait l'aumône dans sa ville natale ; son père, le riche maître de maison, le vit et fut très triste de la situation « misérable » de son unique fils. Quand le vénérable Sâriputta Thera rendit visite à sa mère avec son élève, le novice Râhula, la vieille brahmani se répandit en lamentations puis traita son fils de mangeur de débris. Un autre brahmane demanda avec colère à sa fille : « Pourquoi donnes-tu à manger à cette prêtraille à tête rasée qui ne travaille pas et ne gagne pas sa vie ? ». Ainsi, une certaine opinion était hostile à la mendicité. Beaucoup, notamment les brahmanes orthodoxes, pensaient qu'elle dégradait l'individu. Certains brahmanes entrés âgés dans la Communauté ne voulurent pas aller demander l'aumône. Mais ils durent se conformer aux usages de la Communauté. Le Buddha estimait que la mendicité était le moyen correct de vivre (sammâ âjîva) pour un « renonçant ». En conséquence cette coutume bien établie se maintint.
    Selon le Cullavagga le moine va quêter avec un bol. Il reste silencieux, debout devant la porte de la maison du donateur. Si l'on met quelque chose dans son bol, il l'accepte sans considération de qualité ou de quantité. S'il ne reçoit rien, il n'éprouve ni mécontentement, ni tristesse, ni frustration. Quand il reçoit quelque chose, il ne doit pas regarder le visage du donateur, ni essayer d'identifier si c'est une femme ou un homme. Il doit arranger correctement sa robe lorsqu'il va quêter, et la robe doit être pure. Il doit marcher en contrôlant ses sens, et pratiquer l'attention de conscience. Lorsque le moine quête, il lui est interdit de s'asseoir dans la maison des donateurs. Cette interdiction était destinée à empêcher que s'établissent des relations d'amitié non convenables avec les donateurs et les donatrices.
    Pour les fidèles laïcs, le moine bouddhiste n'était pas un simple mendiant (yâcaka), mais un personnage qui essayait d'atteindre le sommet du progrès intérieur ou qui l'avait déjà atteint. Ils lui donnaient donc à manger avec respect. Ils s'adressaient à lui en usant des termes les plus respectueux. A ses vêtements et à son comportement, on voyait à l'évidence que le moine ne se présentait pas comme un mendiant ou un clochard. Le moine pour sa part ne cherchait en aucune façon à stimuler la générosité des donateurs envers lui, et quand il allait quêter, il ne formulait aucune demande, ne manifestait en rien ses préférences. Au sens ordinaire du mot, le moine bouddhiste n'était pas un mendiant. Les fidèles laïcs estimaient qu'entretenir les moines était leur devoir en tant que disciples laïcs du Buddha. D'ailleurs c'était pour eux une action méritoire : la Communauté des disciples était « digne des offrandes, digne de l'hospitalité, digne des dons, digne de respect; le plus grand champ de mérite pour le monde ».

    Aller manger dans les maisons sur invitation

    Dans les textes canoniques et post-canoniques, le moine bouddhiste était considéré comme un bhikkhu (en sanskrit bhikshu), c'est-à-dire « mendiant d'aumône » (on peut aussi traduire ce terme par « mendiant religieux »). Une question se pose : bien que le moine bouddhiste ait été couramment appelé bhikkhu, allait-il toujours mendier ? Non, car il avait aussi coutume d'aller manger chez les fidèles laïcs qui l'y invitaient.
    Si le moine bouddhiste ne mendiait pas toujours, pourquoi alors l'appelait-on bhikkhu ? Ce terme fait référence au détachement que le moine bouddhiste professait pour les choses du monde plutôt qu'à la mendicité qui est la conséquence de son renoncement . Selon les textes canoniques, aller recueillir des aumônes n'était pas une obligation pour les moines. Aucune règle dans le Vinaya [le recueil des règles monastiques] n'insiste là-dessus. Cependant cette coutume était symboliquement rappelée à tous ceux qui étaient candidats à l'Ordination majeure pour leur signifier la simplicité de la vie religieuse dans la Communauté.
    Devadatta [le "méchant cousin" du Bouddha, qui avait rejoint la communauté des moines] poussa l'extrémisme jusqu'à demander au Maître de prescrire la règle suivante : « Tout moine doit vivre uniquement des dons qu'il a recueillis dans son bol à aumônes et il lui est interdit d'accepter une invitation à déjeuner. » Mais le Maître refusa la proposition de Devadatta. Il ne voulut pas établir de règle obligeant ses disciples à se limiter à l'aumône. Il est à remarquer que le terme bhikkhu, dans le vocabulaire bouddhique, ne désigne pas un mendiant religieux, mais il est devenu le nom attribuable à tout moine bouddhiste, qu'il mendie ou non.
    Les moines bouddhistes avaient donc l'habitude d'aller déjeuner dans les maisons sur invitation. (...) On trouve dans les textes canoniques maintes preuves du fait que le Buddha et ses disciples acceptaient les invitations à déjeuner qui leur étaient adressées par des fidèles. (...)
    Comment le moine bouddhiste peut-il rester fidèle à son idéal de renoncement avec cette coutume d'aller manger dans les maisons ? Pourquoi se rend-il chez ceux qui l'ont invité au lieu d'aller demander l'aumône ?
    Du point de vue du bouddhisme monastique, la coutume d'accepter une invitation à déjeuner est aussi bonne que celle de recueillir des aumônes, car la principale obligation du moine est d'accepter et de consommer seulement la nourriture donnée par autrui. Comme nous l'avons vu plus haut, la règle Pâcittiya n° 40 interdit de porter à la bouche la nourriture qui n'a pas été reçue de la main d'un autre. Le moine qui va de porte en porte recueillir des aumônes accepte et consomme ce qui est déposé dans son bol ; s'il va déjeuner chez quelqu'un qui l'a invité, il accepte et consomme seulement les aliments que son hôte met dans son bol. Ces deux coutumes sont donc également légitimes et pratiquement correctes. Notons bien que le moine
    dans les deux cas est muni obligatoirement de son bol à aumônes. Celui-ci est le symbole de cette mendicité spéciale.

     

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