Décès
du maître tibétain Tarab Tulku

Le Vénérable
Tarab Tulkou Rinpoché a « renoncé à
son existence physique » le jeudi 23 septembre dernier,
au Danemark, où il résidait depuis plus de trente
ans.
Né au Tibet, où il fut reconnu comme
un Tulkou (« maître réincarné »)
de la lignée des Tarab, il étudia à l'Université
du Monastère de Drepung et y reçut le titre le
plus élevé de « Lharampa Guéshé
» en philosophie, psychologie et métaphysique bouddhistes,
ainsi que dans les disciplines tantriques de méditation.
Invité en Europe à la fin des années
soixante, il dirigea les sections tibétaines de la Bibliothèque
Royale et de l'Université de Copenhague. Sur la base
de son expérience et de sa connaissance de la théorie
et de la pratique bouddhistes tibétaines, Tarab Tulku
a développé une approche globale de la psychologie
personnelle et transpersonnelle, qu'il voulait adaptée
aux Occidentaux et à leur mode de pensée. Après
avoir donné de plus en plus de conférences, en
Europe comme en Amérique, ces vingt dernières
années, Tarab Tulkou créa des « Instituts
Tarab » (au Danemark, en Belgique, France, Allemagne et
Autriche) afin de diffuser et transmettre son enseignement :
« Unité dans la Dualité ».
Il
avait été très récemment sollicité
par S.S. le XIVe Dalaï-Lama pour transmettre cet enseignement
en Inde afin d'aider les enseignants tibétains à
mieux transmettre le bouddhisme en Occident.
Voici quelques
extraits d'une lettre que sa principale disciple et assistante,
Lene Handberg, a transmise, il y a quelques jours, aux étudiants
et amis de Tarab Tulkou :
« Tarab
Tulkou était atteint d'un cancer depuis 6 mois et il
était difficile de croire qu'il était aussi mal
car il n'a jamais cessé de voyager et d'enseigner. Jusqu'à
moins de 2 semaines avant son décès, Rinpoché
insistait encore pour se rendre à Hambourg donner son
enseignement sur le Yogacara, mais il a dû accepter cette
fois que son état de santé ne lui permettait malheureusement
pas ce voyage. [...]
Le visage de Rinpoché s'était
déjà transformé dans les quelques jours
qui ont précédé son départ : il
ressemblait de plus en plus à ce qu'il était quand
il avait environ 35 ans - nous avons une photo de lui à
cet âge où il ressemblait à un samouraï
- et Rinpoché plaisantait, demandant que nous lui donnions
cette apparence sur le prochain programme, et il voulait se
laisser pousser les cheveux très long et les attacher
derrière.
Mais durant le processus de la mort, le
visage de Rinpoché devint encore plus profond et calme
pour, tout à la fin, rayonner d'une sérénité
immensément sage avec une paix imperturbable.
Bien
que la glycémie de Rinpoché soit tombée
les deux derniers jours à un niveau où toute personne
normale aurait perdu connaissance, Rinpoché est resté
assis droit et conscient pendant toute la journée jusqu'à
la fin du processus de mort - aussi loin que nous ayons pu le
suivre - puis encore pendant plusieurs heures, sa grande présence,
sa force, son amour et sa compassion émanaient de lui
et emplissaient toute la pièce - et même plus tard
bien ailleurs - et semblent toujours être là. [...]
Une
des choses qui concernaient le plus Rinpoché était
qu'il sentait qu'il n'avait pas tout à fait terminé
ce qu'il voulait faire, en particulier envers son propre peuple.
Il était particulièrement triste de n'avoir pas
pu enseigner aux érudits tibétains ce qu'il avait
découvert pendant son exil. Rinpoché a donc voulu
que son projet en Inde continue et nous a demandé de
commencer la formation « Unité dans la Dualité
» en Inde au mois de Mars comme prévu. Rinpoché
s'inquiétait aussi des formations qu'il avait déjà
commencées en France et en Allemagne. Son dernier voeu
était qu'elles continuent et j'ai promis que nous ferions
de notre mieux, ce qui amena un grand sourire sur son visage
et fit briller intensément son regard. [...]
Harmoniser
les énergies masculines et féminines
Extraits
d'une conférence
de Tarab Tulku
donnée à Paris en mars 1998
Dans
la tradition tibétaine, l'énergie est envisagée
selon deux points de vue différents. D'une part, la tradition
bouddhiste et d'autre part la tradition pré-bouddhiste.
Cette dernière, très ancrée dans la culture
tibétaine, est une façon chamaniste de se relier
aux énergies, c'est à dire celles de la nature
comme les énergies de l'eau, des arbres, des montagnes...
Le bouddhisme en parle de façon assez différente
; mais ces deux approches sont utilisées dans la tradition
tibétaine.
Dans le bouddhisme, les pratiques liées
à l'énergie relèvent principalement de
la tradition tantrique. Elles sont d'abord apparues en Inde
et s'y sont beaucoup développées. Puis cette tradition
a été importée au Tibet au huitième
siècle et transmise à des groupes restreints,
donc peu connue du public. Aux onzième et douzième
siècle, une seconde vague d'importation a donné
une grande popularité à ces pratiques tantriques
qui ont commencé à devenir publiques et connues
de tous.
Dans ces pratiques tantriques, l'énergie
est personnifiée sous forme de dieux et de déesses
que j'appelle "déités" faute de trouver
un terme précis. Bien qu'il s'agisse d'énergies,
de principes et non de personnes, elles sont représentées
de cette façon. À première vue, on pourrait
croire qu'il s'agit des mêmes dieux et déesses
que dans le chamanisme. En fait, bien qu'extérieurement
ce soit des formes divines dans les deux cas, l'idée
en est très différente. Dans le bouddhisme, ces
formes sont des représentations symboliques de l'énergie.
Je
vais essayer de l'expliquer autrement.
La plupart des religions
et des voies spirituelles utilisent le niveau énergétique
alors que notre façon ordinaire de nous relier au monde,
à la soit-disant réalité extérieure
normale, se fait à un niveau plus matériel. Nous
croyons et agissons avec ce que nous pouvons sentir, voir, toucher...
mais nous n'allons pas au-delà consciemment. Or les gens
ordinaires, dans la vie normale, sont tous en contact avec l'énergie,
même s'ils ne le savent pas. Nous n'utilisons donc pas
cette faculté. Nous vivons avec la soit-disant réalité
que l'on peut voir et entendre. Je l'appelle la "soit-disant"
réalité car nous croyons à une réalité,
là, à l'extérieur, sans aller au-delà.
Alors que les religions et les voies spirituelles essayent de
dépasser ce niveau et d'aller vers quelque chose d'autre,
c'est ce que nous appelons le niveau énergétique.
Nous
souhaitons tous que notre vie normale soit harmonieuse, heureuse
et positive et nos actions sont orientées vers ce but.
Pour cela nous essayons d'éviter ce que nous n'aimons
pas et d'obtenir ce que nous pensons être bon pour nous.
Même si nous disons que nous avons quelque chose d'important
à faire, un but spécial, une expérience
à vivre... quoi que l'on fasse, nous tentons de changer
les évènements extérieurs pour attirer
ce que nous voulons et repousser ce qui nous est désagréable.
Toutes nos actions sont orientées de façon à
manipuler la soit-disant réalité que nous croyons
extérieure, séparée et indépendante
de nous-mêmes. On ne dépasse pas cette croyance
et on agit en conséquence. C'est notre façon de
vivre.
Le
chamanisme croit à l'existence d'un arrière plan
beaucoup plus puissant, au-delà de notre monde normal
et essaie de joindre ce niveau. Il est plutôt relié
aux esprits de la nature et en cas de problèmes dans
la vie courante, il tente d'intervenir avec ces puissances invisibles
pour modifier ce problème. L'énergie est un autre
type de réalité. La plupart des gens en Occident
pratiquent la méditation dans l'espoir d'améliorer
les conditions de leur existence. S'ils se tournent vers la
méditation ou les pratiques avec l'énergie, c'est
aussi en croyant à quelque miracle qui va transformer
les situations désagréables et apporter l'harmonie
dans leur vie, dans la même optique que ce que nous venons
de développer. En fait ils ne savent pas réellement
ce qu'est la méditation.
Dans la perspective bouddhiste,
la méditation est envisagée de façon tout
à fait différente. On sait qu'en faisant telle
ou telle pratique, on va se développer intérieurement
et se transformer. Il y a certaines causes inhérentes
à nous-mêmes dans une situation extérieure
que nous n'aimons pas. Ce sont ces causes intérieures
qui ont besoin d'être changées, ce qui se fait
à travers la méditation. Cela n'a rien de miraculeux,
on sait comment intervient ce changement. On procède
ainsi d'étape en étape en se développant
et en allant vers une transformation. Mais bien souvent, vous
vous asseyez pour méditer dans l'espoir de ceci ou cela,
ce qui n'est pas une vision bouddhiste des pratiques. Dans le
bouddhisme, on va progressivement d'étape en étape
comme dans un apprentissage normal où on établit
d'abord une base sur laquelle on construit pas à pas
en apprenant progressivement de plus en plus. La méditation,
qui est aussi un travail avec l'énergie, comprend plusieurs
niveaux et beaucoup de méthodes différentes pour
l'aborder.
Si
on en revient au point de vue religieux, on peut différencier
deux façons d'utiliser l'énergie au niveau chamaniste.
L'une consiste à se relier à une énergie
de la nature et à lui demander d'utiliser son pouvoir,
sa force pour modifier en notre faveur une situation désagréable.
Nous prions les divers esprits auxquels nous croyons pour qu'ils
changent ce problème. L'autre façon consiste à
contacter ces mêmes forces naturelles pour qu'elles viennent
renforcer notre propre énergie intérieure et c'est
nous-mêmes, avec notre propre énergie devenue très
puissante qui traitons la situation. Ces deux voies chamanistes
diffèrent de la façon ordinaire dont nous traitons
habituellement les problèmes avec l'aspect matériel
et extérieur des choses. Mais ces méthodes essaient
toujours d'intervenir sur les évènements extérieurs
de notre vie de façon à obtenir ce que nous désirons
et à éviter ce qui nous est désagréable.
Le
bouddhisme tantrique a une approche similaire. Il y a des pratiques
dans lesquelles on invoque des énergies extérieures
ou des déités afin qu'elles utilisent leur pouvoir
pour changer notre situation. Et d'autres pratiques où
on s'identifie avec la déité pour renforcer notre
propre énergie et, ensemble, régler notre problème.
Par
contre les types d'énergie manipulées dans
le chamanisme et dans le bouddhisme sont très différents.
Dans
le chamanisme, il y a cette idée de se relier aux énergies
naturelles présentes dans toute la nature mais particulières
à certains endroits comme des lacs, des montagnes...
et ces énergies sont assimilées à des esprits
avec lesquels on peut communiquer; c'est-à-dire leur
parler, ou leur demander d'accomplir quelque chose pour nous
et ils nous donnent une réponse, c'est ce que nous entendons
par communiquer en tant qu'être humain. On leur fait également
des offrandes pour les satisfaire et, en échange, ils
nous envoient des signes ou des messages ou certaines de nos
conditions auront changé sans que l'on puisse expliquer
logiquement comment.
Le deuxième niveau est plutôt
réservé aux chamans. Il s'agit d'intégrer,
de laisser entrer en soi cette énergie très puissante
et de développer ainsi des capacités non accessibles
aux humains ordinaires. Ou encore d'atteindre d'autres dimensions
comme le monde des esprits par exemple.
Dans le bouddhisme,
s'il y a une similarité dans les méthodes, les
énergies sont comprises de façon totalement différentes.
Il est aussi possible de s'adresser aux déités
pour obtenir aide et protection ; et dans une autre voie de
s'identifier soi-même à la déité
en s'unifiant à l'énergie qu'elle représente.
Mais ces déités sont des formes symbolisant l'unité
de la vacuité et de la compassion. La vacuité
et la compassion ne sont pas l'énergie de l'eau ou des
rochers, c'est une autre dimension. On saute à un autre
niveau complètement différent.
Il y a ce que
j'ai appelé des "déités". Sans
aller dans les détails, il y a d'abord une sorte de Bouddha
primordial, le plus élevé, qui se manifeste sous
la forme de cinq Bouddhas dont chacun d'eux donne naissance
à son tour à des centaines et des centaines de
déités différentes. Ces nombreuses déités
sont toutes des émanations de ces cinq Bouddhas, eux-mêmes
émanations du Bouddha primordial, représenté
de couleur bleue.
Les cinq Bouddhas sont reliés principalement
à nos énergies mentales. L'un est relié
à l'aspect énergétique de la haine, un
autre à celui du désir, un autre à celui
de l'envie et de la jalousie... Il ne s'agit pas dans ce cas-là
de la haine ordinaire, mais de la transcendance de la haine,
de la haine transformée en une forme de sagesse. Donc,
chacun des Bouddhas représente la transcendance d'une
forme particulière d'émotion sous forme de sagesse.
Les
cinq Bouddhas ne sont pas seulement reliés à nos
énergies mentales mais aussi à celles de l'univers
c'est à dire aux différents éléments
comme la terre, l'eau, le feu... également sous leur
aspect transformé ; non pas les énergies de la
nature telles que nous les connaissons sous leur forme grossière
mais ces énergies transcendées. Le chamanisme
utilise ces énergies à leur niveau le plus naturel,
le plus manifeste, alors que le bouddhisme va travailler sur
la transcendance, sur l'aspect transformé de ces énergies,
c'est à dire au delà de la dualité, au
niveau de l'union de la vacuité et de la compassion.
D'un
point de vue pratique, il existe beaucoup de méthodes
pour atteindre cette unité de l'énergie. Bien
sûr il ne faut pas penser y arriver, comme cela, rapidement.
Mais on peut faire des pratiques et s'en approcher progressivement.
Nous
possédons en nous un certain type d'énergie que
j'appelle "l'énergie corps/esprit",
terminologie particulière que j'emploie mais que vous
ne trouverez pas dans les écrits bouddhistes. Elle n'est
ni tout à fait physique, ni tout à fait mentale
mais relie ces deux niveaux. L'énergie corps/esprit se
manifeste de deux façons : l'une, très subtile,
c'est l'énergie des chakras, utilisée dans les
pratiques tantriques, qui permet d'aller au-delà de la
dualité, vers l'unité ; et l'autre, plus grossière.
Nous allons travailler ici ce niveau moins subtil en essayant
d'unifier en nous les énergies féminines
et les énergies masculines.
[...]
Comment l'énergie
se manifeste-t-elle en nous-mêmes ? D'une façon
plus extérieure à travers les pensées et
le conceptuel, ou plus intérieure par le ressenti et
l'intuition. Elle est d'un côté plus active, de
l'autre, plus paisible. Le bouddhisme tantrique n'emploie pas
les termes énergies masculine et féminine mais
parle d'énergie "père" et "mère",
ce qui désigne plutôt le niveau de l'énergie
des chakras. C'est similaire, néanmoins ils expriment
quelque chose de différent. Les mots père et mère
sous entendent l'arrivée d'une troisième personne
: l'enfant. Sans enfant, il n'y a pas de père, ni de
mère. Le but final de la pratique de l'énergie
père-mère est une troisième énergie,
alors que les termes masculin et féminin n'ont pas cette
idée sous jacente (un peu comme homme-femme en regard
de père-mère). Quand je fais les enseignements
sur l'énergie, je parle de masculin et de féminin
mais leurs qualificatifs d'activité et de passivité
se retrouvent dans le bouddhisme et la tradition tibétaine.
La
tradition chamanique se sert de déités ou des
esprits de la nature pour se relier à l'énergie.
Ils sont divisés en deux catégories : les uns
plus féminins, les autres plus masculins, mais on
ne parle pas de père ou de mère. Les esprits de
la terre ou de l'eau sont féminins, ceux au-dessus de
la terre, de l'air, de l'espace, sont masculins. Dans la tradition
tantrique, c'est l'aspect maternel dont parlent les textes concernant
les déités féminines comme Tara ou Prajnaparamita.
Elles
représentent la Sagesse fondamentale d'où naquirent
tous les bouddhas. Elles sont décrites comme des déités
féminines, mais symbolisent, en fait, le côté
maternel de l'énergie.
Quoi qu'il en soit de ces questions
de terminologie, le fait est que nous possédons tous
ces deux types d'énergie. Il y a un type d'énergie
plus tourné vers l'intérieur, vers les sensations,
plus calme ; un autre type d'énergie tourné vers
l'extérieur, le conceptuel, le mouvement, plus actif.
Quoi que nous fassions dans la vie courante, nous avons besoin
de ces deux énergies et il est important qu'elles fonctionnent
ensemble, de façon équilibrée, en se soutenant
l'une l'autre. Si elles s'opposent, on a des problèmes.
Quand je dis équilibré, ce n'est pas une égalisation
mathématique, cinquante-cinquante entre les deux formes
d'énergie. Tout dépend de la situation. Il y a
des moments où nous avons plus besoin d'énergie
masculine plus extérieure, plus active ; l'énergie
féminine est encore présente, elle ne s'oppose
pas à la première mais la soutient. L'expérience
sera donc plus harmonieuse. Pour une action plus extérieure,
il y aura des problèmes si l'énergie féminine
prédomine. Et si les deux énergies sont à
égalité, rien ne va fonctionner. Mais équilibre
ne veut pas dire la même quantité dans toute situation
; suivant ce que nous faisons nous avons besoin des deux types
d'énergie et elles doivent se soutenir l'une l'autre.
En
fonction du contexte culturel, l'énergie va se manifester
de différentes façons. Dans une civilisation trés
rationnelle, le type d'énergie qui va vers l'extérieur
est privilégié, alors que le type d'énergie
allant vers l'intérieur ne fonctionne pas tellement
bien et pose plus de difficuItés. Lorsque notre niveau
énergétique est sain, c'est-à-dire qu'il
y a équilibre entre énergie féminine et
énergie masculine, celle dont on a besoin va s'activer
d'elle-même en fonction des circonstances et de la situation.
Bien sûr, chacun de nous a une spécificité
énergétique : certains sont plus naturellement
portés par leur énergie masculine, d'autres le
contraire. Dans une société rationnelle comme
celle-ci où l'énergie masculine est soutenue par
la culture, trés conceptuelle et tournée vers
l'extérieur, les personnes dont l'énergie féminine
est dominante vont avoir des problèmes. L'attitude mentale,
l'énergie, tous les aspects de la société
s'orientent vers l'extérieur, vers l'action, vers le
rationnel et, de ce fait détruisent l'autre face de l'énergie.
Il y a donc déséquilibre.
Dans une société
plus traditionnelle, la culture elle-même favorise l'équilibre
des deux types d'énergie qui ne s'opposent pas l'une
l'autre. Comme je le disais précédemment : dans
ces cultures, si la situation demande plus d'énergie
masculine, ou une énergie féminine plus forte,
elles s'activent par elles-mêmes, de façon naturelle
selon les besoins, sans effort de votre part. Tandis que
si la culture ne soutient pas ou manque d'un type d'énergie,
cela ne fonctionne pas bien.
Ici, en Occident, nous avons
besoin de nous relier à l'énergie située
dans la région du nombril qui nous ramènera vers
l'intérieur et plus de sensations (feeling). Je pense
que c'est ce dont les gens ont le plus besoin dans cette culture
rationnelle et conceptuelle pour rééquilibrer
les choses. Il en va différemment dans une société
plus traditionnelle. Les gens n'ont pas réellement besoin
de travailler dans ce sens car ils le font normalement, étant
restés plus proches de l'état naturel. Ils travailleraient
avec l'énergie d'une autre façon. Mais dans le
cadre de la société dans laquelle nous vivons,
il me semble que la première nécessité
est d'utiliser le type d'énergie allant vers l'intérieur,
que l'on peut contacter au niveau du nombril, pour nous relier
à nous-mêmes, aux autres, aux situations.
On
peut contacter l'énergie en se concentrant sur différents
points du corps : au niveau du nombril, de la tête ou
du coeur. Ou bien on peut s'aider de déités. Les
déités féminines les plus courantes dans
le bouddhisme sont Tara, Prajnaparamita ou Vajrayogini. D'autres
seront un support pour le côté masculin. Ou bien
encore, dans une optique chamaniste, on se reliera à
des esprits de la nature plutôt féminins: ceux
de la terre ou de l'eau. Cela dépend des personnes mais
cette troisième possibilité peut amener des complications.
C'est assez difficile de se relier aux esprits sans être
soi-même bien équilibré et solide. La méthode
bouddhiste et sa façon d'utiliser les déités
est préférable.
L'énergie ne se contacte
pas uniquement au niveau mental mais aussi par le ressenti.
C'est ce que j'appelle l'énergie "corps/esprit".
Par exemple, quand on se place au niveau de la tête, on
contacte une énergie plus active, qui se dirige vers
l'extérieur; alors que celle correspondant à la
zone de l'estomac et du nombril est plus intérieure,
plus paisible et en rapport avec les sensations.
[...]
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