Actualités de l'UBE

    Cours à Paris

    La transmission et ses supports écrits

    • 1ère séance
      samedi 30 octobre - E
      tablissement et rôle du canon
      cours donné par Philippe Cornu et Dominique Trotignon
      Selon la légende, c'est lors du Premier Concile, réuni juste après la disparition (parinirvâna) du Bouddha, qu'aurait été constitué le Canon bouddhique regroupant, dans la « Triple Corbeille » (tripitaka), tous les textes des enseignements (sûtra) et de la discipline (vinaya), auxquels furent ensuite ajoutés les développements philosophiques (abhidharma), tous considérés comme « Paroles du Bouddha ». Quelle signification exacte donner à cette dernière expression et quel rôle le canon joue-t-il  par rapport, notamment, à la tradition orale ? 
       
    • 2e séance
      samedi 13 novembre - Herméneutique et littérature paracanonique
      cours donné par Françoise Bonardel et Jérôme Ducor
      Très tôt, entre représentants des différentes écoles anciennes puis, surtout, avec l'apparition des nouvelles écoles du Mahâyâna, les bouddhistes seront confrontés aux difficultés de l'interprétation des textes canoniques et à la nécessité de les compléter par des commentaires et traités, afin de prendre en compte les évolutions doctrinales apparues au fil des siècles. Quels critères les bouddhistes se donneront-ils pour conserver une orthodoxie commune tout en autorisant les distinctions propres à chaque courant ? 

    De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Niveau 2). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.
     



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    du samedi 23 au mercredi 27 octobre
    Stage de sculpture sacrée
    , avec
    Richard Granado qui a suivi sa formation auprès de maîtres sculpteurs de la cour royale du Bhoutan, en France, en Belgique ainsi qu'au Népal. Renseignements : Karma Euzer Ling, Centre d'Etudes Bouddhiques de Babylone (école Karma-kagyü), 16 rue de Babylone, 76430 La remuée. Tél. 02.35.20.65.28.

    du dimanche 24 au lundi 1er novembre
    Sesshin zen sôtô
    animée par Jean-Pierre Faure à la Coquille (24450). Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86. (voir aussi le calendrier général des sesshins organisées dans diverses villes de province, la page sesshin du site de l'AZI).

    du vendredi 29 octobre au lundi 1er novembre
    Retraite d'automne de méditation dans la tradition Theravâda, en Bourgogne (Cluny), animée par Michel-Henri Dufour. Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.

    du samedi 30 octobre au lundi 1er novembre
    Retraite zen sôtô
    . Renseignements : Monastère du Sermon de la Rivière (Sei Sho Ji : école Zen sôtô, lignée de Taisen Deshimaru), Le Maine, 24640 Cubjac. Tél. 05.53.05.91.10.

    du lundi 1er au mercredi 3 novembre
    Le lâcher prise, stage de méditation animé par Lama Puntso et droupla Paméla. Ouvert à tous, accessible aux débutants. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling (école Karma-kagyü), Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75.

    mardi 2 novembre
    Conférence publique donnée par Sogyal Rinpoché
    à 20 h au Théatre de la Mutualité 75005 Paris. Renseignements : Centre Rigpa Paris (école : Nyingma, centre fondé par Sogyal Rinpoché), 6 bis rue Vergniaud, 92300 Levallois-Perret. Tél. 01.46.39.01.02.

    samedi 6 novembre
    La Voie graduée vers l'Eveil - le karma : fatalité ou libre arbitre enseignements par Guéshé Tenzin Dorjé. Suite samedi 12 février 2005 : s'engager dans une démarche spirituelle : le refuge. Renseignements : Centre Kalachakra (école : Guéloug), 5 passage Delessert 75010 Paris. Tél. 01.40.05.02.22.

    du samedi 6 au dimanche 14 novembre
    Le moment clé entre la confusion et l'éveil : comment travailler avec chaque situation de la vie et de la mort
    . Programme d'Etudes Bouddhistes enseigné en français par Philippe Cornu et Fabrice Midal. Lieu : centre Dechen Chöling - Centre de méditation Bouddhiste-Shambhala (lignée de Chögyam Trungpa), Mas Marvent 87700 Saint-Yrieix-sous-Aixe. Tél. 05.55.03.55.52. Inscriptions auprès de Léa Sham's, La Drouille 87800 Saint-Hilaire-Les-Places. Tél : 05.55.58.29.93 (ou courriel).

     


     

    L'arbre de la Bodhi :
    un souvenir réel de l'Eveil ?

    S'il est un lieu vénérable entre tous pour les bouddhistes, c'est bien le site où le Bouddha est censé avoir atteint l'Eveil - la bodhi. Il se situe à une centaine de kilomètres au sud de l'actuelle Patna - l'antique Patâliputra, capitale du royaume de Magadha - sur les bords de la rivière Nairañjanâ, au lieu-dit d'Uruvîlva, plus connu désormais sous le nom de Bodh-Gâya.

    C'est là que se dresse un arbre plusieurs fois centenaire qui, certes, n'est pas celui sous lequel s'est assis le Bouddha - il serait aujourd'hui âgé de 2500 ans ! - mais qui en serait du moins un rejeton... Cet "arbre de la bodhi", hautement révéré, est ceint d'une balustre de pierre et se dresse à proximité du grand temple qui surplombe une large dalle gravée : le "siège de diamant" (vajrâsanâ) qui matéralise l'endroit même où le Bouddha était assis à l'instant suprême.

    au pied du temple de la Mahâ-bodhi, le "siège de diamant", couvert d'offrandes

    Conformément aux indications que le Bouddha aurait données lui-même, quelques temps avant sa disparition, le lieu de l'Eveil fait partie des quatre grands sites de pèlerinage que tout disciple souhaite visiter : un lieu chargé d'histoire susceptible de provoquer chez le fidèle des "pensées sereines", favorables à l'écoute et à la compréhension de son enseignement, le Dharma. Les trois autres lieux "saints" sont le lieu de sa naissance - le jardin de Lumbîni -, le lieu de son premier enseignement public - le "parc aux gazelles" de Sârnâth -, et le lieu de sa disparition (parinirvâna), situé près de la ville de Rajâgriha, dans un bosquet.
    Quatre lieux étroitement associés... à des arbres.

    Arbre isolé - celui de l'Eveil - arbres jumeaux - les deux arbres sâla sous lesquels le Bouddha "s'éteint" - bosquet ou parc, l'arbre fait ainsi partie des "objets de culte" particulièrement en faveur dans le bouddhisme - comme c'était le cas, d'ailleurs, dans toutes les formes de religiosité populaire indienne. Axe du monde, lieu de séjour favori d'esprit ou de divinités - bienveillantes ou malveillantes - les arbres ont toujours été objet de cultes en Inde comme dans tous les pays influencés par sa culture, du Sri-Lanka au Cambodge. Le bouddhisme, de ce point de vue, n'a pas innové et se présente bien comme une religion indienne ! Il suffit, pour s'en convaincre, de constater que, a contrario, dans les pays dominés par la culture chinoise, du Tibet au Japon, les lieux les plus saints sont... des montagnes.
    Mais un "arbre de la bodhi" - de son nom latin : ficus religiosa ("figuier religieux" !)- dépasse, en valeur, tous les autres. De tels arbres sont pourtant assez communs en Inde mais ils figurent très souvent en bonne place, dans les cours des monastères d'Asie du sud, à côté d'un stûpa. Il peut même s'agir parfois d'un rejet de l'arbre de Bodh-Gâya, comme sur le site d'Anuradhapura, à Ceylan (actuel Sri-Lanka), dont on dit que c'est la propre fille du roi Asoka qui l'apporta dans l'ìle, au IIIe s. av. J.-C. Généralement ceint d'une balustrade, qui délimite un espace sacré, fréquemment flanqué d'une statue du Bouddha en méditation, il est - comme le temple ou le stûpa - un lieu d'offrandes et de méditation.

    Le rejeton de l'arbre de la Bodhi de Bodh-Gâya, au monastère cinghalais d'Anuradhapura

    On peut être surpris de la valeur accordée à un simple végétal - qui dépasse le respect qu'on pourrait avoir pour l'arbre "historique" ou ses rejets,  et qui se reporte en fait sur tout ficus religiosa, voire, en Europe, sur n'importe quel ficus benjamina (le ficus de nos salons...) promu alors au rang "d'arbre de la bodhi" dans de nombreux domiciles ou centres bouddhistes, là où le climat n'est pas favorable à l'original... Les feuilles même de ce ficus indien, si caractéristiques, ont servi de supports à de précieuses inscriptions ou même à de véritables oeuvres d'art sacré !

    Portrait d'un arhat sur feuille de ficus religiosa, Chine, XVIIIe s.

    Pour les Indiens - et leurs descendants du monde entier, aujourd'hui - l'arbre lui-même devient ainsi aussi sacré que l'événement qu'il rappelle et commémore. Mais ce qui était compréhensible en Inde antique l'est beaucoup moins aujourd'hui... Car cette vénération "populaire" s'appliquait presque naturellement chez un peuple - déjà adorateur des arbres - qui, pour transmettre le souvenir d'événements mémorables, ne disposait pas de supports de papier mais de la seule tradition orale.
    Le chercheur français Alfred Foucher a raison de rappeler que "C'est un fait cent fois répété que les Indiens n'ont pas le sens historique : en revanche il faut reconnaître le goût et le soin particulier qu'ils déploient pour établir et perpétuer ce qu'on pourrait appeler la topographie de leurs légendes. (...) On peut ériger le fait en loi : n'ont subsisté dans l'Inde, avant la notation par l'écriture, que les seuls souvenirs rattachés à un lieu ou à un objet déterminés ; mais en revanche ces souvenirs étaient susceptibles de durer aussi longtemps que les choses matérielles qui les rappelaient."
    Et un
    ficus religiosa peut vivre longtemps...

    Nobles et divinités célestes adorant un arbre
    surmonté d'un parasol (symbole royal) et surplombant un trône de pierre
    (détail d'un portail du grand
    stûpa de Sañchi)

    Cette donnée sociologique a poussé un autre chercheur français, André Bareau, à regarder d'un plus près l'historicité - et la véracité - de cette localisation de l'Eveil du Bouddha dans le village d'Uruvilvâ. Ce qui surprenait cet érudit, c'est que les textes les plus anciens sont muets sur sa localisation ! Plus étrange : Uruvilvâ n'est jamais cité, dans ces textes anciens, ni comme lieu de l'Eveil ni même comme lieu de résidence de la communauté bouddhiste, du temps du Bouddha. Uruvilvâ est un village inconnu des premiers bouddhistes...
    L
    a plus ancienne mention du site apparaît en fait assez brusquement, aux environs de la fin du IVe siècle av. J.-C., à une époque où l'institution des grands pèlerinages aux "lieux saints" se met en place. Et on l'associe immédiatement avec un autre épisode de la vie du Bouddha : la rencontre avec un certain Kâsyapa d'Uruvilvâ, brahmane réputé que le Bouddha convertit à sa doctrine peu de temps après l'Eveil, mais après plusieurs jours de miracles et de prodiges - méthode pour le moins inhabituelle de sa part !
    Or, Uruvilvâ se trouve le long d'une rivière, ce qui en fait un lieu de transit certainement très emprunté par les voyageurs de l'époque. De plus, ce lieu est alors connu pour avoir été la résidence du grand brahmane Kâsyapa, qu'on disait doué de pouvoirs magiques, et cette légende suffisait sans doute pour attirer certains pèlerins curieux... Mais rien, alors, ne semble indiquer que le Bouddha y a jamais résidé !
    Après plusieurs hypothèses successivement réfutées, André Bareau en vint à la conclusion que la localisation de l'Eveil à Uruvilvâ ne venait pas d'un souvenir réel qui se serait transmis dans la Communauté ancienne, à partir d'une indication du Bouddha lui-même, mais qu'elle procèderait - sans doute - d'une confusion linguistique... Car le terme employé, dans cette région, pour désigner tout arbre d'un certain âge et particulièrement remarquable n'est autre que "
    bodha", terme qui se trouve aussi employé dans les textes bouddhiques anciens comme synonyme de "bodhi" (Eveil). Un pèlerin de l'époque - puis d'autres à sa suite - aurait ainsi confondu "l'arbre de l'Eveil" avec un autre, plus "anonyme" mais particulièrement sacré pour les habitants du lieu, et peut-être associé au souvenir d'un "religieux" particulièrement réputé pour ses pouvoirs - Kâsyapa ou le Bouddha ?!

    Ainsi, l'un des lieux les plus sacrés et les plus vénérés du bouddhisme - le lieu même de l'Eveil - ne le serait peut-être devenu qu'à cause d'un arbre, un simple figuier banian, que vénéraient les habitants d'un village connu pour avoir hébergé un ascète remarquable... qui n'était pas Bouddha. Et cet arbre commun serait ainsi devenu sacré sur un malentendu - au sens propre du terme !
     

    Pour en savoir plus :

    • André Bareau : Recherches sur la biographie du Buddha dans les Sûtrapitaka et les Vinayapitaka anciens, vol. III - articles complémentaires, Presses de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, Monographies n° 178, Paris, 1995
       
    • Alfred Foucher : La vie du Bouddha d'après les textes et les monuments de l'Inde, éd. J. Maisonneuve, Paris, 1993