"Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 55 Accéder aux numéros précédents
Cours à Paris La transmission et ses supports écrits De 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de l'UBE (Niveau
2). Renseignements : UBE,
29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.
du samedi 23 au mercredi 27
octobre du dimanche 24 au lundi 1er
novembre du vendredi 29 octobre au lundi 1er
novembre du
samedi 30 octobre au lundi 1er novembre du lundi 1er au
mercredi 3 novembre mardi 2 novembre samedi 6 novembre du samedi 6 au
dimanche 14 novembre
L'arbre
de la Bodhi :
S'il est un lieu vénérable entre tous pour les bouddhistes, c'est bien le site où le Bouddha est censé avoir atteint l'Eveil - la bodhi. Il se situe à une centaine de kilomètres au sud de l'actuelle Patna - l'antique Patâliputra, capitale du royaume de Magadha - sur les bords de la rivière Nairañjanâ, au lieu-dit d'Uruvîlva, plus connu désormais sous le nom de Bodh-Gâya. C'est là que se dresse un arbre plusieurs fois centenaire qui, certes, n'est pas celui sous lequel s'est assis le Bouddha - il serait aujourd'hui âgé de 2500 ans ! - mais qui en serait du moins un rejeton... Cet "arbre de la bodhi", hautement révéré, est ceint d'une balustre de pierre et se dresse à proximité du grand temple qui surplombe une large dalle gravée : le "siège de diamant" (vajrâsanâ) qui matéralise l'endroit même où le Bouddha était assis à l'instant suprême.
au pied du temple de la Mahâ-bodhi, le "siège de diamant", couvert d'offrandes Conformément
aux indications que le Bouddha aurait données lui-même,
quelques temps avant sa disparition, le lieu de l'Eveil fait
partie des quatre grands sites de pèlerinage que tout
disciple souhaite visiter : un lieu chargé d'histoire
susceptible de provoquer chez le fidèle des "pensées
sereines", favorables à l'écoute et à
la compréhension de son enseignement, le Dharma.
Les trois autres lieux "saints" sont le lieu de sa
naissance - le jardin de Lumbîni -, le lieu de son premier
enseignement public - le "parc aux gazelles" de Sârnâth
-, et le lieu de sa disparition (parinirvâna),
situé près de la ville de Rajâgriha, dans
un bosquet. Arbre isolé - celui de l'Eveil
- arbres jumeaux - les deux arbres sâla
sous lesquels le Bouddha "s'éteint" - bosquet
ou parc, l'arbre fait ainsi partie des "objets de culte"
particulièrement en faveur dans le bouddhisme - comme
c'était le cas, d'ailleurs, dans toutes les formes de
religiosité populaire indienne. Axe du monde, lieu de
séjour favori d'esprit ou de divinités - bienveillantes
ou malveillantes - les arbres ont toujours été
objet de cultes en Inde comme dans tous les pays influencés
par sa culture, du Sri-Lanka au Cambodge. Le bouddhisme, de
ce point de vue, n'a pas innové et se présente
bien comme une religion indienne ! Il suffit, pour s'en convaincre,
de constater que, a contrario, dans les pays dominés
par la culture chinoise, du Tibet au Japon, les lieux les plus
saints sont... des montagnes. Le rejeton de l'arbre de la Bodhi de Bodh-Gâya, au monastère cinghalais d'Anuradhapura On peut être surpris de la valeur accordée à un simple végétal - qui dépasse le respect qu'on pourrait avoir pour l'arbre "historique" ou ses rejets, et qui se reporte en fait sur tout ficus religiosa, voire, en Europe, sur n'importe quel ficus benjamina (le ficus de nos salons...) promu alors au rang "d'arbre de la bodhi" dans de nombreux domiciles ou centres bouddhistes, là où le climat n'est pas favorable à l'original... Les feuilles même de ce ficus indien, si caractéristiques, ont servi de supports à de précieuses inscriptions ou même à de véritables oeuvres d'art sacré ! Portrait d'un arhat sur feuille de ficus religiosa, Chine, XVIIIe s. Pour
les Indiens - et leurs descendants du monde entier, aujourd'hui
- l'arbre lui-même devient ainsi aussi sacré que
l'événement qu'il rappelle et commémore.
Mais ce qui était compréhensible en Inde antique
l'est beaucoup moins aujourd'hui... Car cette vénération
"populaire" s'appliquait presque naturellement chez
un peuple - déjà adorateur des arbres - qui, pour
transmettre le souvenir d'événements mémorables,
ne disposait pas de supports de papier mais de la seule tradition
orale.
Nobles
et divinités célestes adorant un arbre Cette
donnée sociologique a poussé un autre chercheur
français, André Bareau, à regarder d'un
plus près l'historicité - et la véracité
- de cette localisation de l'Eveil du Bouddha dans le village
d'Uruvilvâ. Ce qui surprenait cet érudit, c'est
que les textes les plus anciens sont muets sur sa localisation
! Plus étrange : Uruvilvâ n'est jamais cité, dans ces
textes anciens, ni comme lieu de l'Eveil ni même comme lieu de résidence de la
communauté bouddhiste, du temps du Bouddha. Uruvilvâ est un village
inconnu des premiers bouddhistes... Ainsi, l'un
des lieux les plus sacrés et les plus vénérés
du bouddhisme - le lieu même de l'Eveil - ne le serait
peut-être devenu qu'à cause d'un arbre, un simple
figuier banian, que vénéraient les habitants d'un
village connu pour avoir hébergé un ascète
remarquable... qui n'était pas Bouddha. Et cet arbre
commun serait ainsi devenu sacré sur un malentendu -
au sens propre du terme ! Pour en savoir plus :
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