Actualités de l'UBE

    Cours à Paris

    La transmission et ses supports écrits

    2e séance : samedi 13 novembre - Herméneutique et littérature paracanonique, cours public donné par Françoise Bonardel et Jérôme Ducor, de 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Niveau 2). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.

      Très tôt, entre représentants des différentes écoles anciennes puis, surtout, avec l'apparition des nouvelles écoles du Mahâyâna, les bouddhistes seront confrontés aux difficultés de l'interprétation des textes canoniques et à la nécessité de les compléter par des commentaires et traités, afin de prendre en compte les évolutions doctrinales apparues au fil des siècles. Quels critères les bouddhistes se donneront-ils pour conserver une orthodoxie commune tout en autorisant les distinctions propres à chaque courant ? 
       

    Stage à Aix-en-Provence

    samedi 27 et dimanche 28 novembre
    Les premiers conciles bouddhiques : controverses doctrinales et vie des communautés
    . Stage animé par Dominique Trotignon, Directeur de l'UBE, dans le cadre des "Week-end d'études" proposés à Aix-en-Provence par l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39. Courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr.

      A travers l'histoire, plus ou moins légendaire, des premiers conciles bouddhiques, c'est la vie des communautés anciennes qui se fait connaître, comme aussi l'histoire de la doctrine et les divers choix d'interprétation qui divisèrent les écoles, notamment sur les distinctions à établir (ou non...) entre l'Eveil du  Bouddha et celui de ses disciples « arhat ». Les controverses débattues lors de ces conciles mettent aussi en évidence les grands problèmes doctrinaux que le Mahâyâna résoudra, à sa manière, plusieurs siècles plus tard, en s'inspirant largement de ces débats anciens.

     



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    du samedi 6 au dimanche 14 novembre
    Le moment clé entre la confusion et l'éveil : comment travailler avec chaque situation de la vie et de la mort
    . Programme d'Etudes Bouddhistes enseigné en français par Philippe Cornu et Fabrice Midal. Lieu : centre Dechen Chöling - Centre de méditation Bouddhiste-Shambhala (lignée de Chögyam Trungpa), Mas Marvent 87700 Saint-Yrieix-sous-Aixe. Tél. 05.55.03.55.52. Inscriptions auprès de Léa Sham's, La Drouille 87800 Saint-Hilaire-Les-Places. Tél : 05.55.58.29.93 (ou courriel).

    dimanche 7 novembre
    Les quatre corps du Bouddha, enseignements de Guéshé Tenzin Dorjé, sur le chapitre 8 du texte de Maitreya "Les claires réalisations". Renseignements : Centre Kalachakra (école : Guéloug), 5 passage Delessert 75010 Paris. Tél. 01.40.05.02.22.  

    du dimanche 7 au dimanche 14 novembre
    Sesshin zen sôtô
    à Nimègue, Pays-Bas dirigée par Catherine Genno Pages, Sensei. Renseignements : Centre Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.

    mercredi 10 novembre
    Les grands temples de Pagan, conférence par Ann Chew, enseignante à l'Université de Paris-Sorbonne, à 18h30. Le site de Pagan, l'un des plus importants d'Asie, au bord de l'Irrawaddy, compte, sur 41 km², plus de deux mille temples, dont certains sont particulièrement fameux. Renseignements : Maison de l'Indochine, 76 rue Bonaparte (place Saint-Sulpice) 75006 Paris. Tél. 01.40.51.95.29.

    du mercredi 10 au dimanche 14 novembre
    Retraite de silence et de méditation zen sôtô
    . Renseignements : La Demeure sans Limites, Riou La Selle 07320 Saint-Agrève. Tél. 04.75.30.13.62.

    du jeudi 11 au dimanche 14 novembre
    Les fondements de la pratique spirituelle, enseignement par Lama Teunsang. Les quatre pensées qui orientent l'esprit : la précieuse existence humaine, l'impermanence et la mort, la loi de causalité (le karma) et le caractère insatisfaisant du cycle des existences. Stage ouvert à tous. Renseignements : Karma Migyur Ling (école Karma-kagyü), Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.

    samedi 13 novembre et mardi 16 novembre
    Le Noble Octuple Sentier
    , enseignement et méditation, par Ajahn Suriyo, moine theravâda de la tradition des moines de forêt de Thaïlande. Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39. Courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr.

    du lundi 15 au vendredi 19 novembre
    Retraite de méditation Samatha-Vipassana
    . Renseignements : Institut Karma Ling, Hameau de St Hugon, 73110 Arvillard. Tél : 04.79.25.78.00 (s'informer sur le site pour les activités des Centres Dharma Ling de Paris, Lyon, Chambéry Genève, Grenoble, Nice, Valence, Toulon). 

     


     

    Questions-réponses avec Ajahn Chah
    maître thaïlandais de la tradition de forêt


    Le maître thaïlandais Ajahn Chah est certainement l'un des enseignants contemporains, de la tradition Theravâda, les plus connus en Occident [voir le Micro-Hebdo n° 51].
    Nous vous proposons ci-dessous quelques extraits d'un échange, sous forme de "questions-réponses", entre le maître thaïlandais et l'un de ses disciples occidentaux d'origine américaine, Jack Kornfield. Cet échange eut lieu durant une retraite de la saison des pluies à Wat Nong Pah Pong, le monastère principal d'Ajahn Chah dans le nord-est de la Thaïlande, à laquelle Jack Kornfield participait en tant que moine (bhikkhu).
     

    Ajahn Chah
     

    deux disciples américains d'Ajahn Chah,
    Ajahn Sumedho, à gauche, Jack Kornfield, à droite

     

    Question : Quel est le problème majeur de vos nouveaux disciples ?

    Ajahn Chah : Les opinions. Les vues et les idées sur tous les sujets possibles : sur eux-mêmes, sur la pratique, sur les enseignements du Bouddha... Parmi ceux qui viennent ici, il y en a beaucoup qui bénéficient d'un haut rang dans la société. Il y a là des marchands fortunés ou des diplômés, des professeurs et des fonctionnaires de l'administration. Leur esprit déborde d'opinions sur tous les sujets possibles. Ils sont trop intelligents pour écouter les autres.
    C'est comme de l'eau dans une tasse. Si la tasse est remplie d'eau sale, elle est inutile. Pour qu'elle redevienne utile, il faut d'abord en éliminer l'eau défraîchie. Si vous voulez voir, vous devez d'abord vider vos esprits de toutes les opinions.
    Notre pratique va au-delà de l'intelligence, tout comme elle va au-delà de la stupidité. Si vous pensez : « Je suis intelligent, je suis fortuné, je suis important, je comprends tout ce qui a trait au bouddhisme », vous occultez la vérité du non-soi ou anatta [en sanskrit : anâtman]. Vous voyez tout en fonction d'un soi, d'un moi à qui les choses appartiennent. Mais le bouddhisme consiste précisément à lâcher ce « soi ». Le bouddhisme, c'est le vide, le nibbâna [en sanskrit : nirvâna].

    Question : Est-ce que je vous ai bien entendu dire que vous aviez peur des disciples très assidus ?

    Ajahn Chah : Oui, c'est exact. J'en ai peur. J'ai peur qu'ils soient trop sérieux. Ils font des efforts exagérés, mais sans la sagesse requise. Ils s'infligent des souffrances inutiles. Quelques-uns parmi vous sont déterminés à parvenir à l'illumination. Vous serrez les dents et luttez sans arrêt. Ce sont là des efforts exagérés.
    Les gens sont tous les mêmes. Ils ne connaissent pas la nature des choses (sankhara). Toutes les formations, tant de l'esprit que du corps, sont impermanentes. Contente-toi d'observer et ne t'attache à rien. Il y en a d'autres qui croient savoir. Ils critiquent, ils observent, ils jugent. C'est parfait. Laisse-leur leurs opinions.
    Cette façon d'établir des distinctions est dangereuse. C'est comme une route avec un virage en épingle à cheveux. Si nous pensons que d'autres sont moins bien ou meilleurs que nous, ou qu'ils sont comme nous, nous sortons du virage. Si nous établissons des distinctions, nous ne ferons que souffrir.

    Question : Pourquoi n'avons-nous pas tous les jours une entrevue avec le maître ?

    Ajahn Chah : Si vous avez des questions, n'hésitez pas à venir les poser n'importe quand. Mais nous n'avons pas besoin d'entrevues quotidiennes ici. Si je réponds à toutes vos questions, des plus insignifiantes aux plus importantes, vous ne comprendrez jamais le processus du doute dans votre propre esprit.
    Il est indispensable que vous appreniez à vous examiner vous-mêmes, à vous interroger vous-mêmes. Ecoutez attentivement l'exposé donné tous les deux ou trois jours, puis servez-vous des enseignements reçus pour les comparer avec votre propre pratique. Est-ce la même chose ? Est-ce différent ? Pourquoi avez-vous des doutes ? Qui doute ? Vous ne comprendrez qu'en vous examinant vous-mêmes.

    Question : Ne pensez-vous pas qu'il conviendrait que le maître donne l'exemple ?

    Ajahn Chah : Oui, c'est vrai, le maître devrait donner l'exemple pour ses disciples. Cela ne me fait rien que vous me critiquiez. Demandez-moi tout ce que vous voulez. Mais il importe que vous ne vous attachiez pas à votre maître. Si j'étais absolument parfait en ce qui concerne la forme extérieure, ce serait terrible. Vous seriez tous beaucoup trop attachés à moi. Le Bouddha lui-même a parfois demandé à ses disciples de faire certaines choses, qu'il ne faisait pas. Vos doutes concernant votre maître peuvent vous aider. Observez vos propres réactions.
    Vous devez vous-mêmes observer et développer la sagesse. Ne prenez du maître que ce qui est bon. Soyez conscients de votre propre pratique. Si je me repose pendant que vous devez tous rester debout, est-ce que cela vous met en colère ? Si je dis de la couleur bleue qu'elle est rouge ou que je confonds mâle et femelle, ne me suivez pas aveuglément.
    L'un de mes maîtres mangeait très vite et bruyamment et, pourtant, il nous disait de manger lentement et attentivement. J'avais l'habitude de l'observer et d'être très contrarié. Je souffrais ; pas lui ! Je ne voyais que l'extérieur des choses. Plus tard, j'ai appris. Il y a des gens qui roulent très vite, mais avec toute l'attention requise, alors que d'autres roulent lentement et font beaucoup d'accidents. Ne vous attachez pas aux règles, à la forme extérieure. Si vous utilisez tout au plus dix pour cent de votre temps pour observer les autres et passez les quatre-vingt-dix pour cent restants à vous observer vous-mêmes, vous suivez la bonne pratique.
    Au début, j'avais l'habitude d'observer mon maître Ajahn Tong Rath et j'avais beaucoup de doutes. Les gens pensaient même qu'il était fou. Il faisait des choses étranges ou parlait d'un ton féroce avec ses disciples. Extérieurement, il était furieux mais, à l'intérieur, il n'y avait rien. Il n'y avait personne. Il était remarquable. Il demeura lucide et attentif jusqu'au moment où il mourut.
    En regardant à l'extérieur de soi, on compare, on fait des distinctions. Ce n'est pas de cette façon que vous trouverez le bonheur. Et ce n'est pas non plus en passant votre temps à chercher l'homme parfait ou le maître parfait que vous trouverez la paix. Le Bouddha nous a appris à voir le Dhamma, la vérité, et non à regarder les autres.

    Question : Est-il nécessaire de rester assis pendant des heures d'affilée ?

    Ajahn Chah : Non, il n'est pas nécessaire de rester assis pendant des heures et des heures. Il y a des gens qui pensent que plus on médite en position assise, plus on est sage. J'ai vu des poules rester assises sur leurs nids pendant des jours et des jours !
    La sagesse provient d'un effort d'attention constant dans toutes les positions. Ta pratique devrait commencer le matin, à ton réveil, et continuer jusqu'au moment où tu t'endors. Ne t'inquiète pas au sujet du temps pendant lequel tu es capable de rester assis. La seule chose qui compte, c'est que tu sois toujours attentif, aussi bien pendant le travail ou la méditation en position assise qu'au moment où tu vas aux toilettes.
    Chaque personne a sa propre allure naturelle. Quelques-uns parmi vous mourront à l'âge de cinquante ans, d'autres à soixante-cinq ans, d'autres encore à quatre-vingt-dix ans. Ainsi votre pratique ne sera-t-elle pas la même pour tous. Ne vous inquiétez pas à ce sujet. Contentez-vous d'être attentifs et laissez les choses suivre leur cours naturel.
    De cette façon, votre esprit deviendra de plus en plus tranquille, quel que soit l'endroit où vous vous trouvez : il sera calme comme l'eau limpide d'un étang dans une forêt. Et vous verrez alors toutes sortes d'animaux merveilleux et rares venir boire à l'étang. Vous verrez clairement la nature de tous les phénomènes [sankhara ; en sanskrit : samskâra] de ce monde. Vous verrez de nombreuses choses aussi merveilleuses qu'étranges apparaître et disparaître. Mais vous resterez calmes. Des problèmes surgiront et vous verrez immédiatement à travers eux. C'est cela, la félicité du Bouddha.

    Question : Je fais de gros efforts dans ma pratique et, pourtant, c'est comme si je ne pouvais obtenir le moindre résultat satisfaisant.

    Ajahn Chah : Cela est très important. N'essaye pas de parvenir à quoi que ce soit dans ta pratique. Le désir même d'être libre ou d'être éveillé t'empêchera d'accéder à la liberté. Tu peux faire tous les efforts imaginables et pratiquer avec ferveur nuit et jour, mais si tu es motivé par le désir de parvenir à un résultat quelconque, tu ne trouveras jamais la paix. L'énergie provenant de ce désir sera cause de doutes et d'agitation mentale. Quel que soit le temps ou l'effort que tu consacres à ta pratique, jamais la sagesse ne naîtra du désir. Par conséquent, borne-toi à laisser aller les choses. Observe attentivement ton esprit et ton corps, mais n'essaye pas de parvenir à quoi que ce soit. Ne t'accroche même pas à la pratique de l'Eveil.

    Question : Pourriez-vous nous rappeler les points essentiels de la pratique bouddhique?

    Ajahn Chah : En premier lieu, vous devez comprendre comment devenir conscients de votre corps et de votre langage, comment les observer véritablement et comment les utiliser dans votre pratique. En second lieu, vous devez apprendre comment travailler avec l'esprit dans vos efforts de concentration. Autrement dit, cherchez à obtenir la concentration afin de rendre l'esprit tranquille, puis servez-vous de cette concentration pour apprendre. En troisième lieu, vous pouvez apprendre, par la pratique et l'attention, à faire surgir la sagesse qui voit clairement la nature de toutes choses. De cette façon, votre sagesse ne sera dépendante ni d'une situation quelconque ni d'une forme ou d'un endroit particuliers, mais elle sera ce qui imprègne votre évolution à travers le monde.
    Une autre manière, pour moi, d'exprimer ce qui est essentiel dans l'enseignement bouddhique, c'est de souligner à quel point il est important que vous commenciez par apprendre à distinguer vous-même ce qui est bien de ce qui ne l'est pas. Je ne dis pas cela dans un sens strictement moral. Il arrive souvent que des gens viennent me voir et me disent : « Nous avons entendu cet enseignement du Bouddha. Est-ce correct ? ». Ou encore : « Dois-je faire ceci ou dois-je faire cela ou dois-je faire ceci ? ». Or, la pratique consiste à apprendre, quelle que soit la situation, à voir soi-même ce qui est bien, ce qui est harmonieux, ce qui est Dhamma, en voyant simultanément ce qui ne l'est pas.
    La manière d'enseigner du Bouddha était éminement simple. Mais les gens, bien souvent, n'écoutaient pas ou n'entendaient pas. L'enseignement du Bouddha est celui de la voie du milieu, la voie où l'on apprend ce qui est équilibré, ce qui est Dhamma. Suivre la voie du milieu, c'est éviter d'être bloqué dans les extrêmes quelle que soit la situation. Tant de personnes viennent me voir pour me demander : « Est-ce la bonne manière de pratiquer ? Dois-je faire cela pendant mon séjour dans cet ashram ou dans ce centre ? Ils y suivent ce genre de pratique : est-ce une bonne méthode ? »
    Vous pouvez poser interminablement ces mêmes questions sans jamais recevoir une réponse qui vous amène au Dhamma. Car ces réponses ne vous amènent jamais dans le Dhamma. La seule manière de trouver le Dhamma est de regarder à l'intérieur de votre propre coeur et de voir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, ce qui est équilibré et ce qui ne l'est pas. Qu'est-ce qui se passe lorsque vous questionnez d'autres personnes ? Est-ce que cela entraîne la compréhension, le doute ou l'étonnement ? Apprenez à observer le processus même de l'interrogation plutôt que d'être prisonniers de n'importe quel genre de questions comme si elles étaient réelles.
    Le Bouddha est toujours parmi nous en train de nous enseigner. Si seulement vous pouviez comprendre. Il y a de la félicité et il y a du chagrin. Il y a du plaisir et il y a de la douleur. Et tout ceci est toujours là. Au moment même où vous comprenez la nature du plaisir et de la douleur, vous voyez le Bouddha, vous voyez le Dhamma. Le Bouddha n'est pas différent de cela. C'est dire que chaque moment où vous faites l'expérience de ce qui est agréable ou de ce qui est désagréable est le Dhamma, est le Bouddha - à condition que vous parveniez à le voir clairement. Mais la plupart des gens réagissent comme des aveugles à tout ce qui est agréable : « Oh, j'aime ça, j'en veux davantage ! » Et à ce qui est désagréable : « Va-t'en. Je n'aime pas ça. Je n'en veux plus ! » Si vous parvenez à vous ouvrir complètement à la nature de votre expérience de la façon la plus simple qui soit, vous êtes en train de témoigner au Bouddha tout le respect qui lui est dû, vous êtes en train de voir le Bouddha lui-même, de voir le Dhamma, de devenir le Bouddha.
    C'est tellement facile. si seulement vous pouviez comprendre !
    C'est tellement simple et c'est tellement direct : lorsque des choses agréables se présentent, comprenez qu'elles sont vides ; et lorsque des choses désagréables apparaissent, dites-vous bien que ce n'est pas vous ni à vous : elles s'en iront comme elles sont venues. Ne les considérez pas comme étant vous et ne vous considérez pas vous-mêmes comme étant le propriétaire de ces choses. Il vous suffit de voir cela et votre esprit retrouvera son équilibre. Lorsque l'esprit retrouve son équilibre, c'est que vous êtes sur la bonne voie, que vous suivez l'enseignement du Bouddha, l'enseignement qui conduit à la libération.
    Bien des fois, les gens s'excitent terriblement, demandant : « Puis-je atteindre tel ou tel niveau de samâdhi ? » Ou : « Quels sont les pouvoirs que je peux développer ? » Ou encore : « Que peut-on voir dans l'état de samâdhi ? » Ils ne font que sauter par-dessus ce que le Bouddha a enseigné pour aboutir à un autre endroit qui n'est pas vraiment utile. Vous trouverez le Bouddha dans les choses les plus simples, devant vous, il vous suffit d'être disposés à regarder. Et l'essence de cela consiste en l'établissement de l'équilibre qui, à la fois, ne retient pas et ne repousse pas.
    Vous pouvez vous rappeler tout ce que je vous ai dit jusqu'ici comme étant tout simplement les enseignements d'Ajahn Chah. Toutes les personnes ayant de la sagesse comprendront que ceci n'est pas vraiment le Dhamma. Ce ne sont que des mots pour parler du Dhamma. Et si vous pensez que ces mots sont le Dhamma, encore une fois, vous ne saisissez pas. En réalité, des mots tels que ces enseignements ne sont rien d'autre que ce qui vous renvoie à votre propre travail personnel à accomplir.
    Le Bouddha a atteint l'illumination tout seul. Il n'avait pas de maître. Il l'a fait tout seul. A cet égard, nous sommes tous comme le Bouddha. Personne ne peut le faire pour nous... C'est quelque chose que nous devons tous, chacun de notre côté, faire nous-mêmes. Nous devons tous nous illuminer nous-mêmes. Je vous demanderai donc d'accepter ces quelques mots et de les prendre en considération si vous les jugez utiles. Mais ce qui compte, c'est que vous compreniez qu'il ne s'agit là que de quelques mots de plus. La vraie pratique n'a lieu que dans vos propres coeurs - c'est ce que vous faites pour vous éveiller à votre propre bouddhéité, comment vous devenez un Bouddha.
    De nos jours, beaucoup de gens semblent être la proie d'une grande méprise. En Thaïlande, ils viennent me voir pour me demander d'accomplir des cérémonies spéciales comme si cela devait leur faire un bien quelconque. Ou ils viennent me demander de bénir leurs statuettes du Bouddha comme si cela devait leur faire un bien quelconque. Ou - et c'est notamment le cas de vous autres, Occidentaux - ils viennent me demander de leur donner des enseignements, comme si cela devait leur faire un bien quelconque. Or, en réalité, tout cela n'est qu'une manière de vous insulter vous-mêmes puisque le Bouddha et le Dhamma, la vérité est déjà dans votre coeur. Tout ce que vous devez faire, c'est regarder à l'intérieur de vous-mêmes et vous servir de cela, comprendre cela, travailler avec cela. Alors les choses deviennent très simples. Vous n'aurez plus aucun problème.
     

    Pour en savoir plus :

    • Dharma vivant, de Jack Kornfield, éditions "Vivez Soleil", Genève, où l'on trouvera une traduction française de cet échange
       
    • Le site Internet "Dhammasukha" propose aussi une traduction française de cet enseignement : http://dhammasukha.free.fr/biblio/chahqr.htm