Cours à
Paris
samedi 4 décembre
Le mouvement : lecture comparée de Nâgârjuna
et d'Aristote,
cours public donné par François Calmès, de 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de l'UBE (Etude
de textes). Renseignements : UBE,
29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.
Aristote, au fondement de
la pensée occidentale, est certainement l'auteur que l'on doit
rapprocher en tout premier lieu de la pensée bouddhique. Nous
commencerons cet examen à partir d'un concept fondamental dans
ces deux pensées, celui de mouvement. Pour cela nous étudierons
le chapitre II des « Stances du Milieu » de Nâgârjuna
(traduction de Guy Bugeault, Gallimard) et le rapprocherons de textes
d'Aristote, en particulier du livre VI de « la Physique ».
Stage à
Aix-en-Provence
samedi 27
et dimanche 28 novembre Les
premiers conciles bouddhiques : controverses doctrinales et vie
des communautés. Stage animé par
Dominique Trotignon, Directeur de l'UBE, dans le cadre des "Week-end
d'études" proposés à Aix-en-Provence par
l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge,
Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues
13510 Eguilles. Tél/Fax :
04.42.92.45.28 ou 04.42.92.60.39. Courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr.
A travers l'histoire, plus ou moins légendaire,
des premiers conciles bouddhiques, c'est la vie des communautés
anciennes qui se fait connaître, comme aussi l'histoire de
la doctrine et les divers choix d'interprétation qui divisèrent
les écoles, notamment sur les distinctions à établir
(ou non...) entre l'Eveil du Bouddha et celui de ses disciples
« arhat ». Les controverses débattues lors de
ces conciles mettent aussi en évidence les grands problèmes
doctrinaux que le Mahâyâna résoudra, à
sa manière, plusieurs siècles plus tard, en s'inspirant
largement de ces débats anciens.
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
du vendredi 19 au dimanche 21 novembre Séminaire Reiyukai qui a lieu
deux fois par an et dont l'enseignement s'appuie sur le Sûtra du Lotus.
Renseignements : Centre
Reiyukai (nouvelle école japonaise), 41 boulevard Meusnier-de-Querlon,
44000 Nantes. Tél. 02.40.59.18.17.
samedi
20 et dimanche 21 novembre
- Renoncement
et liberté, enseignement par L.N. Tcheudreun. Renseignements : Dharma Ling de Paris
(relié à l'Institut Karma Ling, école
Kagyu),
55-57 rue Quincampoix 75004 Paris. Tél. 01.42.71.28.77.
- La voie de la méditation, stage
animé par Lama Rabzang. Enseignements, discussions et méditation en vue
d'établir une pratique régulière. Ouvert à tous, accessible aux débutants. Renseignements
: Dhagpo
Kagyu Ling (école Karma-kagyü), Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère.
Tél. 05.53.50.70.75.
du mardi 23 novembre au 14
décembre (cours hebdomadaire) Approches
croisées Chine/Occident : qu'est-ce qu'un homme libre ? Cours dispensés par Paul Magnin, Michel Masson et Elisabeth
Rochat de la Vallée, les mardis de 19 h 30 à 21 h 30. En Chine, le
confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme apportent à ces questions des
réponses différentes. Pour les uns, la liberté est accomplissement ; pour les
autres, elle est spontanéité ; pour d'autres encore, elle est éveil. Comment
concilier autonomie interne (trouver et renforcer le principe fondateur,
ontologique et moral) et autonomie externe (sens de l'intérêt général par
opposition à celui de l'intérêt particulier) ? Ce sont là autant de questions
qui, suivant la réponse qui leur est apportée, orientent la conduite de l'homme
dans la société. Renseignements : Centre
Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), 35 bis rue de Sèvres 75006
Paris. Tél. 01.44.39.75.00.
du vendredi 26 au dimanche 28 novembre
- Journées de méditation vipassana
avec instructions. Lieu : centre Dhammaramsi 21 rue des Béguines 5170
Rivière (Namur). Renseignements : Dhamma Group, c/o Marie-Cécile Forget, 2 rue de la
Duchesse, 1040 Bruxelles. Tél. (00.32) (0)474.59.00.21.
- Sesshin zen sôtô en Belgique
dirigée par Frank De Waele,
élève de Genno Sensei. Renseignements : Centre Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax :
01.49.88.91.65.
dimanche 28 novembre Journée d'accompagnement spirituel. Activité mensuelle, ouverte à
toute personne traversant une période de difficulté. Renseignements : Centre
Rigpa Paris (école : Nyingma, centre fondé par Sogyal Rinpoché),
6bis rue Vergniaud, 92300 Levallois-Perret. Tél. 01.46.39.01.02. Renseignements et inscriptions au 01
47 48 94 50.
du vendredi 3 au dimanche 5
décembre Sesshin zen sôtô animée par
Roland Rech à Grenoble ; par Jean-Pierre Faure à Kanshoji (Dordogne,
24140). Renseignements : Association Zen Internationale
- Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86. (voir aussi le
calendrier général des sesshins organisées dans diverses villes de province, la
page sesshin du site de l'AZI).
"La
terre du Bouddha" un
livre de Philippe Cornu et Michel Gotin
Paru
le 16 octobre dernier, "La terre du Bouddha" est
à la fois un "beau livre", riche d'environ
trois cents clichés - signés Michel Gotin
- et un ouvrage général de grande qualité
sur le bouddhisme "dans tous ses états"...
Philippe Cornu signe ici un ouvrage tout à fait
complémentaire de son "Dictionnaire encyclopédique".
S'il reprend une présentation a priori assez traditionnelle
(chaque chapitre abordant le bouddhisme en fonction d'une
aire géographique : Inde, Asie du sud-est, Asie centrale,
Extrême-orient, Népal et Tibet), présentant
tout d'abord des grands repères historiques, il est
surtout l'occasion de montrer et d'insister sur la complémentarité
des diverses formes du bouddhisme vécu, que l'Occident
a si souvent réduit en deux formes caricaturales
: bouddhisme "savant" et bouddhisme "populaire". L'auteur
s'en explique d'ailleurs clairement dans sa "Présentation",
dont nous reproduisons ci-dessous un long extrait.
Il est habituel, dans les milieux universitaires
occidentaux, de distinguer le bouddhisme savant, dont l’étude serait la
bouddhologie, du bouddhisme populaire, dont l’observation relèverait de l’ethnologie,
Cette distinction n’est pas seulement le fait de savants occidentaux, on la
rencontre chez certains érudits tibétains, dans le Theravada moderne et dans
certains courants intellectuels du bouddhisme japonais contemporain, Mais elle
semble s’être renforcée en Asie au contact de la culture occidentale. Cette
attitude, qui tend à considérer que le bouddhisme comporte deux pôles séparés
n’ayant pas grand-chose en commun, ne me semble ni très juste ni dénuée de
sous-entendus. N’est-ce pas notre désir d’une religion non théiste, rationnelle
et dépourvue de tout élément irrationnel ou superstitieux qui se trouve tapi
derrière cette idée ? Cette conception d’un bouddhisme aseptisé, propre à
séduire les rationalistes les plus endurcis, a été, à la fin du XIXe siècle, l’une
des raisons de la bonne réputation du bouddhisme chez les élites européennes
qui l’ont volontiers opposé au christianisme ambiant. D’autres Occidentaux, des
orientalistes, vont s’atteler à la découverte et à la traduction des grands traités
philosophiques du bouddhisme. Ces études savantes, menées par d’éminents
érudits polyglottes, auront le mérite de faire découvrir la hauteur d’une
pensée bouddhique qui tend à l’universel. Mais, peut-être elles-mêmes
influencées par le courant rationaliste, elles feront fi de l’observation des
formes vivantes du bouddhisme sur le terrain. Après guerre, on assistera dans le monde
universitaire à un renversement de cette tendance au profit d’une vision
nettement plus ethnologique qui mettra en doute l’intérêt d’études savantes et
philologiques tendant à isoler la pensée bouddhique de ses contextes culturels
locaux. Il faudra alors privilégier les études de terrain et se concentrer sur
les aspects pratiques du bouddhisme dans les cultures concernées. L’heure n’est
plus à l’étude d’un bouddhisme savant universel mais à celle des pratiques
locales et des rituels populaires. Le bouddhisme dit populaire est sous les
projecteurs, ce qui souligne les particularités régionales d’un bouddhisme très
diversifié, bien vivant, ancré dans la vie populaire, et mêlé de traditions
propres aux cultures régionales, souvent animistes ou chamaniques. Malheureusement,
ce nécessaire travail de terrain a occulté et même pratiquement fait
disparaître l’intérêt pour la bouddhologie et l’étude philosophique d’un
bouddhisme transculturel. À l’idée d’un bouddhisme unitaire, rationnel et
traitant des problèmes universels de l’homme s’est substituée celle de
bouddhismes locaux individualisés, fortement colorés par les cultures ambiantes,
au point de voir disparaître toute idée de fonds commun. Où se trouve
véritablement le bouddhisme dans tout cela ? Certainement ni dans l’une ni dans
l’autre de ces approches exclusives.
S’il existe bel et bien une grande tradition
scripturaire d’étude des textes canoniques qui forme un trait d’union entre les
diverses traditions bouddhiques, il est également vrai que le bouddhisme s’est
fortement teinté des traditions populaires qu’il a rencontrées au cours de son
expansion historique et géographique. Mais on oublie que, quelles que soient
ses expressions, le bouddhisme est avant tout une doctrine qui se traduit par
une pratique spirituelle - qu’elle soit le fait de moines, de laïcs ou des deux
communautés réunies -, et là se situe le lien entre bouddhisme savant et
bouddhisme populaire. En effet, si cette pratique qui comprend essentiellement
la discipline éthique (sk. sîla), le recueillement méditatif (sk. samâdhi)
et le développement de la connaissance supérieure (sk. prajñâ) ne
peut faire abstraction de l’environnement et des cultures locales, elle possède
également la capacité de les intégrer. Le plus souvent, ce sont les moines
officiants, ou bien les yogis quand il y en a, qui assument à la fois la
pratique bouddhique fondamentale et l’exécution des rituels liés à la culture
populaire, réalisant ainsi un lien social indispensable avec la population
laïque et assurant l’intégration des croyances locales au bouddhisme officiel. Ce qui nous amène à parler de l’une des
particularités du monde bouddhiste : la division du corps social en communauté
monastique et communauté laïque, ces deux groupes étant liés par des relations
étroites d’interdépendance. Les moines, en principe affranchis de toute tâche
mondaine, assurent la préservation de la doctrine ainsi que la mémorisation, l’étude
et la récitation des textes sacrés, en maintenant la discipline à titre d’exemple
pour tous. S’ils prêchent la doctrine aux laïcs, ils effectuent aussi des
rituels en leur nom. Ces rituels sont destinés soit à protéger la vie, la santé
et la prospérité des populations, soit à aider les défunts, soit à assurer une
relation harmonieuse avec les dieux locaux, la croyance dans les esprits de la
nature étant pratiquement omniprésente dans les pays bouddhistes. Les laïcs,
absorbés par les préoccupations de la famille et de la vie sociale, assurent la
subsistance de la communauté monastique en la soutenant par leurs dons et
leurs offrandes au temple, accumulant ainsi des actes méritoires susceptibles
de les aider à obtenir une vie plus spirituelle dans les existences à venir. Cet équilibre, que l’on trouve sous diverses formes
dans les sociétés bouddhistes traditionnelles, est indispensable au bon
fonctionnement du bouddhisme en Asie. C’est, soit dit en passant, l’une des
choses qui manquent encore au bouddhisme en Occident où les rares moines ne
peuvent compter sur le soutien matériel d’une communauté de laïcs encore
numériquement insuffisante et qui n’en perçoit pas toujours la nécessité. Ainsi,
si les moines sont généralement les détenteurs de la connaissance et donc du
bouddhisme « savant », ils sont également les officiants de nombreux rituels de
récitation des textes destinés au bien-être des laïcs qui les nourrissent. Le
bouddhisme « populaire » est ainsi le résultat de l’interaction entre les
moines officiants et la population laïque des fidèles, lesquels accomplissent
également des gestes rituels bouddhisés dans la vie quotidienne. L’ensemble de
la vie est rythmé par le calendrier des fêtes bouddhiques, et c’est bien souvent à l’occasion de ces fêtes que des formes
populaires des rituels s’expriment. Il n’est donc pas juste d’opposer
bouddhisme savant et bouddhisme populaire, étant donné qu’il s’agit de deux
facettes complémentaires d’un bouddhisme incarné dans la vie des hommes. Dès l’époque
du Bouddha, la doctrine du dharma a évolué dans un milieu ambiant de
croyances dans les divinités et les esprits de la nature, et le Bouddha lui-même n’a pas cru
devoir réfuter ces croyances, même s’il n’en fait pas le pilier central de ses
enseignements. En s’adaptant à chaque culture locale et à ses croyances, les bouddhistes
ne font que suivre l’exemple du Bouddha en Inde. Ce n’est pas pour autant qu’ils
perdent de vue l’essentiel de la doctrine destinée à aider les êtres à se
libérer de la souffrance et des conditionnements du cercle des existences.
Quelle unité sous la diversité d’expressions
?
Derrière la diversité des traditions bouddhiques et
de leurs expressions culturelles, y a-t-il une unité, un fonds commun qui se
dégage ? Si l’on ne regarde que les formes extérieures ou les rites, on peut
être tenté de répondre par la négative ou, pire encore, de considérer que
certains types de bouddhisme, les plus épurés par exemple, constitueraient le
véritable bouddhisme, tandis que d’autres, plus sophistiqués et très colorés
par les rituels, en seraient des formes dégénérées, Dans ce piège grossier,
nombre d’Occidentaux sont tombés qui considèrent des approches telles que le
Zen ou des formes simplifiées du Theravada comme plus authentiques ou plus
proches d’une tradition originelle que le bouddhisme tantrique du Tibet par
exemple. Outre le mythe d’un bouddhisme rationnel évoqué plus haut, plusieurs
facteurs encouragent cette méprise : le besoin presque compulsif de formes de
spiritualité à la fois profondes, simples et directes - qui tient souvent d’une
réaction inconsciente aux rituels incompris de nos propres religions - et le
rejet des formes élaborées et chargées de symboles peut-être dû à un
conditionnement monothéiste ; la méconnaissance des enseignements textuels et
oraux du bouddhisme ; et surtout l’ignorance des formes effectives que ces
bouddhismes prétendus épurés présentent dans leur pays d’origine. Plus d’un
adepte du Zen occidentalisé serait surpris de découvrir au Japon combien la vie
des monastères zen est une longue succession de rituels rythmée par les
récitations quotidiennes de sûtra et de dhâranî, longs mantra issus
bien souvent de la tradition tantrique, et par l’abondance des prières
funéraires commanditées par les fidèles à l’occasion de la mort d’un proche.
Même si la méditation assise ou zazen y est aussi pratiquée, elle est
loin de constituer la seule pratique des moines zen comme on pourrait s’y
attendre. De même, si, d’un Theravada épuré, on passe au Theravada tel qu’il
est pratiqué et vécu en Asie du Sud-Est, on sera bien surpris d’y remarquer
toutes sortes de rituels marqués par le tantrisme et les cultes locaux. Et s’ils
prenaient la peine d’étudier un moment ce que cachent les formes rituelles
élaborées et colorées du bouddhisme tantrique, nos amis puristes pourraient
bien y découvrir l’expression cohérente des grands principes de la doctrine
bouddhique incarnés dans les formes. Bref, ce n’est pas la présence ou l’absence de
rituels qui constitue un critère de différenciation entre vrai bouddhisme et
bouddhisme dégénéré, d’autant plus que l’on trouve des rituels dans toutes les
formes du bouddhisme asiatique. La prétention même de pouvoir se passer des
rituels est une expression de la naïveté moderne. La vie quotidienne de l’homme
le plus ordinaire n’est-elle pas elle-même truffée de rituels ? Rituel du petit
déjeuner, rituels sociaux entre collègues sur les lieux de travail, etc. Les
gestes rituels, même si la plupart d’entre eux sont profanes, rythment la vie de
l’homme. Or, la fonction du rituel dans une religion est d’incarner dans l’espace
et le temps les principes spirituels de la doctrine. Cela n’est bien entendu
possible que si le rituel en question est accompli en pleine conscience. La
question véritable n’est pas la présence ou l’absence de rituels dans le
bouddhisme mais de savoir si lesdits rituels sont effectués comme des pratiques
spirituelles à part entière, en esprit et en gestes. Que ces rituels soient
accomplis par des Asiatiques ou des Occidentaux, le problème reste le même: le
rituel est-il une simple habitude traditionnelle qui fraye avec la superstition
et l’ignorance ou bien est-il l’expression extériorisée de l’authentique
spiritualité de l’officiant ? Cette signification profonde du rituel nous
renvoie encore une fois à l’essence des enseignements spirituels et à leur
intégration dans l’existence. Ainsi, il ne faut pas chercher l’unité essentielle du
bouddhisme dans la présence ou l’absence de rituels, ni dans les attitudes et
les comportements extérieurs des bouddhistes d’où qu’ils soient. Il s’agira
plutôt, au sein même de ses expressions variées, de s’essayer à pénétrer le
sens profond de la doctrine bouddhique. [...]
La
Terre du Bouddha textes de Philippe
Cornu, photographies de Michel Gotin éditions
du Seuil, Paris, octobre 2004 - 317 pages - 49 €
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