Actualités de l'UBE
Cours à
Paris
samedi 2 avril
Le Bardo-Thödol (texte tibétain),
cours public donné par Philippe Cornu, de 14 h 30 à 17 h 30,
au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de l'UBE (Etude
de textes). Renseignements : UBE,
29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77. L'inscription
préalable est nécessaire afin que nous puissions
vous faire parvenir le texte étudié à l'avance
«
Découvert » vers la fin du XIVe siècle et plus connu
sous le nom trompeur de « livre des morts tibétain »,
le Bardo-Thödol ou « Libération par l'audition durant
le bar do » est une oeuvre difficile. Un regard sur les sources
antérieures consacrées aux bar do (« états
intermédiaires » entre la mort et la renaissance) éclaire
ce texte d'un jour nouveau et montre qu'il est le fruit d'une longue
évolution des doctrines et des pratiques concernant la vie et
la mort.
Stages
à Aix
samedi 9
et dimanche 10 avril Les
consciences (vijñâna) et leur rôle dans le processus de renaissance.
Stage animé par
Philippe Cornu, Président de l'UBE, dans le cadre des "Week-end
d'études" proposés à Aix-en-Provence par
l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge,
Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues
13510 Eguilles. Tél/Fax :
04.42.92.45.28 ou 04.42.92.60.39. Courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr.
Dans les enseignements des
écoles anciennes, on expose l'agrégat de la conscience (vijñâna) en le
subdivisant en six instances : cinq consciences des sens (vue, audition,
goût, odorat, toucher) et une conscience mentale. Pour parvenir à mieux expliquer
le mécanisme karmique de l'illusion et du processus de renaissance, et comprendre
le fonctionnement intégral de l'esprit, l'école mahayaniste Vijñânavâda va poser
l'existence de deux consciences supplémentaires, le klistamanas ou mental souillé (7e conscience) et l'âlayavijñâna ou conscience base-de-tout
(8e conscience).
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
à
signaler !
du vendredi 3 au
dimanche 5 juin : Stage de Yantra Yoga,
pour débutants. du mercredi 8 au
dimanche 12 juin : Stage avancé de Yantra Yoga,
stage réservé aux personnes ayant déjà participé à un stage pour
débutants et ayant reçu la Transmission du Guru Yoga de la part de Chögyal Namkaï Norbu.
Ces deux stages sont
assurés par Laura Evangelisti, instructrice habilitée par Chögyal Namkhaï
Norbu. Lieu et organisation : Communauté Dzogchen (école : Nyingma, fondée par
Namkhai Norbu) et centre Dejam Ling, Le Devès, Valbonne 30570 Saint-André de
Majencoules. Tél. 04.67.82.44.90. Renseignements et inscription : Hubert
Kotowicz kotohub@yahoo.com.
Attention : réduction pour les inscriptions avant le 1er avril.
samedi 19 et dimanche 20 mars Voyage en Déouatchène. Au cours de ce stage,
lama Seunam Dordjé explique le sens des terres pures, particulièrement celle
d'Amitabha. L'enseignement est accompagné de la récitation des souhaits de
renaissance en Déouatchène. Avoir pris refuge est indispensable. Texte
nécessaire : Voeux et souhaits pour renaître en les champs purs de félicité. Renseignements
: Dhagpo Kagyu Ling (école
Karma-kagyü), Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél.
05.53.50.70.75.
du samedi 19 au dimanche 27 mars Sesshin zen
sôtô de Pâques
animée par Olivier Wang-Genh à Weiterswiller/Strasbourg. Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de
la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86.
du lundi 21 au vendredi 25 mars Retraite de méditation Samatha-Vipassana. Renseignements : Institut Karma Ling,
Hameau de St Hugon, 73110 Arvillard. Tél : 04.79.25.78.00 (s'informer sur le site pour les activités des Centres
Dharma Ling de Paris, Lyon, Chambéry Genève, Grenoble, Nice, Valence,
Toulon).
jeudi 24 mars La religion populaire en Chine, conférence
de Françoise
Wang, chercheur au CNRS, à 16 h. Un syncrétisme entre bouddhisme, taoïsme et
confucianisme est à l'oeuvre depuis des siècles et ce processus, encore très
vivant de nos jours, est à la base de la religion populaire dont le panthéon
très riche s'agrandit sans cesse et où les pratiques divinatoires tiennent une
large place. Lieu : Maison des Mines 270 rue Saint Jacques, 75005 Paris.
Organisation et renseignements : Association Clio, 27 rue du Hameau, 75015 Paris.
Tél : 01 53 68 82 82.
vendredi 25 mars Etude du dharma : Les Quatre
nobles vérités, à 19 h 30 (suite les 1er et 8 avril) Renseignements : Detchen Eusel Ling
(école Guéloug) 12 rue Paul Vaillant Couturier 94140 Alfortville. Tél.
01.48.93.64.87. Secrétariat : 08.71.79.26.40.
du vendredi 25 au dimanche 27 mars Sesshin zen sôtô dirigée par Sensei Catherine Genno Pagès et Sensei Amy
Hollowell. Renseignements : Centre
Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax : 01.49.88.91.65.
du dimanche 27 mars au dimanche 3 avril Retraite de Powa dirigée par Lama
Zeupa. Retraite intensive avec explications sur une pratique profonde. Cette
pratique est accessible à tous, sous réserve d'une participation complète et
résidentielle au stage. Renseignements : Institut Yeunten Ling (école Karma-kagyu),
Château du Fond l'Evêque Promenade St Jean l'Agneau, 4 - 4500 Huy, Belgique.
Tél. (00.32) (0)85-271.188.
du vendredi 15 au lundi 18
avril Retraite
de méditation dans la tradition Theravâda, sous
la direction spirituelle du Vénérable Dhammika, en Bourgogne
(près de Mâcon). Renseignements :
Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma",
c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue
de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.
La
femme et le féminin dans le bouddhisme
A
l'occasion de la "Journée Internationale de la Femme",
qui a lieu le 8 mars dernier, nous vous proposons quelques éléments
de réflexion sur le statut de la femme et du féminin
dans le bouddhisme. Nous reproduisons ci-dessous un extrait
d'un article rédigé par Dominique Trotignon dans
le cadre d'un ouvrage collectif sur "La
Femme", de la collection "Ce
qu'en disent les religions", paru en 2002 aux éditions
de l'Atelier.
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En quelques traits, [une
première approche rapide du bouddhisme] met en évidence trois caractéristiques du
« féminin » : la maternité, particulièrement manifestée par le
don nourricier (lait maternel ou don aux renonçants) ; la sensualité,
désirable mais ô combien trompeuse ; l’égalité théorique au regard de la vie
spirituelle.
Durant toute l’histoire du
bouddhisme, ces trois thèmes s’enchevêtreront de manière complexe. Certains
retiendront les traits les plus avantageux : égalité de traitement entre
les sexes du point de vue spirituel ; création,
« révolutionnaire » à l’époque, d’un ordre monastique féminin [les
bhikkhunî] ;
mise en exergue de traits proprement féminins - l’amour maternel, surtout -
comme caractéristiques des Bouddhas...
D’autres, en revanche, insisteront sur les
règles supplémentaires imposées aux bhikkhunî ; sur l’abandon par
le Bouddha de sa jeune épouse ; sur l’importance donnée, dans l’enseignement,
au caractère éphémère de la beauté féminine et au désir destructeur qu’il
provoque, réduisant la femme à un simple objet sexuel profondément dangereux...
|

statue
népalaise en bronze (musée Guimet)
représentant le symbole maternel par
excellence du bouddhisme : la reine Maya, mère
du Bouddha Shakyamuni
|
La distinction des sexes n’est qu’une convention…
Au commencement des choses,
pourtant, rien ne laissait présager qu’une telle ambivalence eut dû finalement
se manifester. Il n’existe que peu de textes,
dans le canon bouddhique ancien, qui traitent de la question des origines. Pas
de Création, au sens où on l’entend dans les religions monothéistes. Selon la
cosmologie bouddhique, les univers se succèdent indéfiniment au sein d’un cycle
de croissance et de dégénérescence successives. Il n’y a pas de commencement, à
proprement parler, et le Bouddha précise : « On ne peut connaître
l’origine de ce cycle incessant de naissances et de morts, de tout ce monceau
de souffrance... ». Mais on peut s’en libérer, et cela seul importe. Un texte pourtant, l’Aggañña-sutta,
propose un récit qui explique comment (mais non pourquoi...) les choses
apparaissent. La distinction des sexes, mâle et femelle, y est abordée.
Lorsqu’un
univers se déploie, les êtres sensibles renaissent
tout d’abord dans des « domaines divins » ;
puis, après un long temps, l’univers se rétracte.
« A cette époque-là, des êtres
naissent dans ce monde. Créés par leur propre
pensée, nourris de joie, ils irradient leur propre
lumière. Ce monde est alors constitué uniquement
d’une vaste couche d’eau, dans l’obscurité totale
: la lune et le soleil ne se manifestent pas ; les femelles
et les mâles ne se manifestent pas non plus : les
êtres sont considérés simplement comme
des êtres. » Suit alors diverses dégénérescences
successives... Une matière savoureuse apparaît
d’abord à la surface de l’eau, « comme l’écume
qui se forme à la surface du lait bouilli. Un être
la goûte et la trouve agréable. Le désir
entre en lui. D’autres êtres font de même et
la trouvent eux aussi agréable. Et le désir
entre en eux. Alors, les êtres se nourrissent et,
ayant agi ainsi, leur corps perd sa propre lumière
irradiante ; la lune et le soleil apparaissent, puis la
nuit et le jour, les mois, les saisons et les années.
Vient un temps où les êtres qui se nourrissent
voient leur corps devenir rudes ; certains ont une complexion
belle, d’autres laide. Les êtres beaux sont fiers
d’eux-mêmes et, lorsqu’ils ont cet orgueil, la matière
savoureuse disparaît et ils s’exclament « Quelle
saveur ! Quelle saveur ! », tout en la regrettant.
» D’autres nourritures apparaissent puis disparaissent
à leur tour : champignons succulents, puis lianes
tendres... le riz, enfin, dont les êtres se nourrissent,
matin et soir, sans avoir besoin de le cultiver. «
Et leur corps devient davantage rude... Chez la femme apparaît
le sexe féminin, et chez l’homme apparaît le
sexe masculin. La femme et l’homme se regardent mutuellement,
longuement et, chez eux, se produit le désir sensuel.
Ainsi, une passion brûlante entre dans leur corps
et certains pratiquent l’accouplement. D’autres, qui les
voient, leur lancent du sable, des cendres ou encore de
la bouse en disant : « Disparais, être impur
! Comment un être peut-il être capable de faire
pareille chose à un autre être !! » Ainsi
les choses qui étaient considérées
jadis, d’une manière conventionnelle, comme éléments
du désordre des choses, sont considérées
aujourd’hui, de manière conventionnelle, comme compatibles
avec l’ordre des choses. »
Il n’existe donc au départ aucune « hiérarchisation
des sexes » : la distinction sexuelle d’êtres d’abord indifférenciés se
produit comme un phénomène parmi d’autres, résultat d’une évolution qui procède
par différenciation dualiste, selon un processus qui fait penser à celui de la
division cellulaire ! Tel est « l’Ordre des choses », qui voit apparaître
des phénomènes quand certaines conditions sont réunies, généralement liées à
l’expression de désirs, et qui, irrémédiablement, entraîne chez les êtres
l’apparition de nouveaux désirs, eux aussi marqués par la dualité :
avidité ou répulsion, orgueil ou mépris, attraction ou rejet... Ainsi, petit à
petit, se met en place un système complexe de « conventions », qui
évolue au fil du temps. Les textes anciens donneront
d’autres exemples de ce point de vue. Ainsi d’un dialogue célèbre entre une bhikkhunî,
Soma, s’exerçant à la méditation qui la mènera jusqu’à l’extinction du désir et
au nirvâna, voyant apparaître devant elle Mâra, dieu du Désir et de la
Mort, qui déclare :
« Ce
domaine que les sages ont conquis [le nirvâna] est difficile à
atteindre. Une simple femme ne peut le gagner ! ». A quoi
celle-ci rétorque : « Quel
mal y a-t-il à être une femme quand l’esprit est concentré et la perception
claire ? Si je m’étais demandé : « Suis-je une femme ou un
homme ? » alors j’aurais parlé ta langue, Mâra. Mais le désir du
plaisir est entièrement détruit, la grande obscurité est écartée et, Mort, tu
es anéantie, toi aussi ! »
La distinction des sexes n’est
donc qu’une simple convention, fruit du désir et de l’Illusion dans laquelle
sont plongés les êtres, caractéristique proprement
« in-signifiante », à laquelle on ne saurait plus accorder
d’importance une fois parvenu à l’Eveil, à la « vision correcte des choses
telles qu’elles sont ». Une stance, attribuée au Bouddha lui-même, est
tout aussi affirmative :
« Seul
importe le Véhicule. Qu’on soit homme ou femme, Quiconque prend le Véhicule
atteint le nirvâna ». [Samyutta Nikaya, I, 5, 6]
L’enseignement du Bouddha
s’adresse en effet à tous les êtres, comme le précise l’un de ses titres
honorifiques : « Instructeur des êtres divins et humains », sans
distinction de sexe ! C’est aussi qu’à travers le cycle des naissances et
des morts, le samsâra, les êtres ont connu tous les états d’existence
possibles, mais aussi tous les sexes... comme le rappelle la mère nourricière du
Bouddha, Prajâpati, dans le chant qu’elle proclame une fois parvenue à
l’Eveil :
« J’ai
été mère, fils, père, grand-mère... Ne sachant rien de la vérité,
j’ai
poursuivi mon chemin [dans le samsâra]. Mais j’ai vu le
Bienheureux ! Ceci est mon
dernier corps. Je ne reviendrai pas à nouveau, de naissance en
naissance ».
Ne vaut-il pas mieux être un homme ?
Le bouddhisme n’en reconnaîtra
pas moins, assez vite, qu’une naissance masculine présente plus d’avantages
qu’une naissance féminine. Certains iront jusqu’à penser que le fait d’être née
femme est le résultat de mauvaises actions antérieures... Mais une telle prise de
position, quoique avérée, ne peut équitablement se fonder sur l’enseignement du
Bouddha. Celui-ci affirme, à maintes reprises, que nul ne peut savoir (sauf un
Bouddha omniscient) pour quelle raison tel être renaît sous une forme plutôt
qu’une autre. Les résultats effectifs des actes (karma) sont l’un des
quatre sujets « inconnaissables », au même titre que l’origine du samsâra... Reste que la littérature
bouddhique n’échappera pas aux « conventions ». On peut ainsi
distinguer la littérature « officielle » des enseignements (sûtra),
qui affirme l’égalité des sexes, et la littérature « populaire » qui
se montrera plus encline à privilégier le statut masculin. Les « Vies
antérieures du Bouddha » (Jâtaka) en sont un bon exemple. Dans
aucun des 547 textes que recense ce recueil, le futur Bouddha (bodhisattva)
n’apparaît sous forme féminine, qu’il soit humain, animal ou dieu... Aux alentours de l’ère chrétienne
- au moment où se développe le nouveau courant du Grand Véhicule (Mahâyâna)
- la question sera clairement posée : une femme peut-elle devenir un
« Bouddha parfaitement et complètement accompli » (samyaksam-buddha),
comme l’était Siddhârta Gautama ? Le sentiment majoritaire aura tendance à
répondre non ! Sous l’influence du Mahâyâna
se développe alors l’idée d’une hiérarchie entre plusieurs types d’Eveil et de
Bouddha, liée au temps passé par les êtres à développer différentes capacités
spirituelles. Un Eveil comme celui des arhat, jugé
« inférieur », peut être obtenu aussi bien par les hommes que par les
femmes ; en revanche, l’Eveil « suprême » (qui permet
d’enseigner la Voie de la Libération à partir de son expérience personnelle)
n’est plus accessible qu’aux seuls hommes...
Mâle ou femelle : deux « potentialités », de sagesse et de
compassion
Mais le Mahâyâna développe
aussi l’idée d’une indifférenciation sexuelle fondamentale du Bouddha lui-même.
Les textes anciens l’avaient présenté comme un « Grand Homme » (mahâpurusa),
sexuellement déterminé. Parmi les « trente-deux marques » physiques
qu’il porte sur son corps - signes que déchiffra un devin à la naissance du
prince Siddhârta - figurait « un sexe caché dans un fourreau comme celui
d’un étalon », marque d’une évidente virilité ! Le Mahâyâna, lui, le
présentera davantage comme un être potentiellement masculin et féminin. Les
premières représentations anthropomorphiques du Bouddha (qui datent, elles
aussi, des environs de l’ère chrétienne) montreront d’ailleurs des Bouddhas le
plus souvent vêtus d’une fine étoffe appliquée au corps, démontrant, « en
creux », l’absence de tout attribut sexuel masculin. Parvenu à l’Eveil, le Bouddha se
situe au-delà de toute convention dualiste, en corps comme en esprit. Ni
masculin ni féminin, il peut se manifester sous l’une ou l’autre forme, de la
même manière que sont présentes en lui, à la fois, les deux plus hautes vertus
bouddhiques : la sagesse transcendante (prajnâ), qui permet
d’accéder à la Libération, et la Grande Compassion qui se manifeste dans les
« moyens habiles » qu’ils utilisent, en tant que Bouddha
« suprême », pour enseigner. L’activité, vertu masculine, est
désormais indissociable de la vertu de sagesse (prajnâ-parâmitâ) que le Mahâyâna,
dans son iconographie, présentera sous des traits féminins et appellera la
« mère de tous les Bouddhas ». La distinction sexuelle se transmue en
distinction virtuelle ! Tout être – dès lors qu’il est un Eveillé (buddha)
– peut manifester aussi bien la féminine sagesse dont il jouit, que la
masculine activité qu’il entreprend au profit des êtres englués dans les
conventions nées du désir.
|
Les évolutions plus tardives du Mahâyâna,
dans ses développements tantriques (à partir du VIe siècle),
infléchiront encore ce phénomène. Ce que le Mahâyâna présentait en
théorie, le tantrisme le traduira matériellement et en pratique : les
Bouddhas, hommes, sont désormais « unis » à une parèdre féminine,
dans une relation sexuelle que la sculpture et la peinture reproduiront maintes
fois. L’indifférenciation originelle, potentiellement sexuée, se manifeste
alors sous la forme d’une union du masculin et du féminin, qui se traduit aussi
dans la pratique (dans un contexte ésotérique, réservé à une élite restreinte)
par des techniques de yoga sexuel. Au sein même du corps de chaque
être vivant, masculin et féminin sont dits présents ; non pas dans le
corps grossier issu de la procréation, mais dans le « corps subtil »
qui irradie d’énergies pures le corps « conventionnel ». Ce corps
« subtil » est l’expression de la « nature de Bouddha »
présente en tout être, que le pratiquant doit manifester. L’indifférenciation
n’est donc plus réservée aux seuls Bouddhas accomplis, elle est une
caractéristique fondamentale de tout être, que le yoga tantrique permet
d’expérimenter.
|

Dans
cette illustration tibétaine, le
Bouddha Samanthabadra est représenté
en union mystique avec sa "parèdre".
|
Le tantrisme sera le seul courant du bouddhisme
à considérer que la potentialité
féminine des êtres pourra « prendre
corps » de façon individuée,
y compris dans un corps de « Bouddha parfaitement
accompli ». Le meilleur exemple en est celui
de Târâ. D’abord comprise comme
une manifestation féminine d’un « futur
Bouddha » - le bodhisattva Avalokitesvara,
parangon de la compassion de tous les Bouddhas -
elle sera finalement présentée elle-même
comme un très réel Bouddha-femme !
Selon la légende, alors qu’elle n’était
qu’une princesse « ordinaire », des
bhikkhu lui auraient conseillé de souhaiter
une renaissance masculine pour pouvoir parfaire
ses qualités et parvenir ainsi à l’Eveil
suprême. Mais la princesse répond
:
« Ici, il n’est point d’homme ni de femme,
pas de soi, pas de personne, pas de conscience.
L’étiquetage « masculin » et
« féminin » n’a pas d’essence,
mais trompe le monde à l’esprit gauchi ».
Puis elle formule ce voeu :
« Nombreux
sont ceux qui aspirent à l’Eveil dans un
corps d’homme, mais aucun n’oeuvre au bien des êtres
animés dans un corps féminin. Aussi,
jusqu’à ce que le samsâra soit vide,
j’accomplirai le bien des êtres dans un corps
de femme ». [extrait de « Les Cent-huit noms »]
La mise en valeur de la maternité
La sagesse n’est pas la seule
vertu bouddhique à avoir été associée à la féminité. L’amour empathique (maîtri),
lui aussi, sera très tôt paré des vertus maternelles, comme le démontre un
texte célèbre du canon ancien :
« Ainsi
qu’une mère, au péril de sa vie, surveille et protège son unique enfant, ainsi
avec un esprit sans limites doit-on chérir toute chose vivante, aimer le monde
en son entier, au-dessus, au-dessous et tout autour, sans limitation, avec une
bonté bienveillante et infinie ». [Metta-sutta]
De fait, la maternité sera
toujours valorisée dans le bouddhisme, quand bien même bhikkhu et bhikkhunî
font voeu de chasteté ! Au roi Pasedani, qui se plaignait que sa femme ait
donné naissance à une fille, le Bouddha réplique :
« Une fille, ô Seigneur des hommes, peut se
révéler une meilleure progéniture qu’un enfant mâle ! Car elle peut
atteindre aux plus hauts degrés de sagesse et de vertu. Bonne épouse, elle
révèrera la mère de son époux et elle-même pourra porter un enfant mâle, promis
à de grandes actions et apte à régner sur de grands royaumes. Oui, le fils
d’une aussi noble femme peut devenir un guide pour son pays ».
| 
|
L’amour inconditionnel pour les êtres se double ici de la capacité
insigne de mettre au monde un être humain, seul état d’existence qui permet
d’atteindre l’Eveil. La femme-mère devient ainsi le réceptacle d’un Bouddha en
puissance, le média indispensable pour parvenir à la Délivrance, offrant à un
être errant dans le samsâra le bénéfice d’un corps humain. Les mères,
notamment à Ceylan, auront d’ailleurs droit au titre honorifique de
« Bouddha du foyer », tandis que le Bouddha est appelé « mère de
tous les êtres vivants », parce qu’il fait « naître à la vie
spirituelle » tout être perdu dans le samsâra.
Le
bodhisattva Guanyin, statuette chinoise en porcelaine
du XVIIIe siècle Le plus populaire
des bodhisattva, Avalokitesvara (plus connu en Chine
sous le nom de Guanyin) symbolise la compassion
de tous les Bouddhas. A partir du XIe siècle,
sous l’influence du bouddhisme tantrique, il sera
présenté en Chine sous des traits
féminins. Cette représentation «
féminisée » est aujourd’hui
très populaire dans tout l’Extrême-Orient.
Probablement influencés par les missionnaires
chrétiens, actifs dès le XVIe siècle,
les sculpteurs et les peintres chinois n’hésiteront
pas à représenter Guanyin portant
un nourrisson dans son giron, dans une attitude
qui rappelle les « Vierges à l’enfant
» de nos églises !
|
"Ce
qu'en disent les religions",
collection des éditions de l'Atelier dirigée
par Philippe Gaudin, Evelyne Martini et Jacques Scheuer, est
réalisée en partenariat avec l'Université
Bouddhique Européenne, l'Institut d'Etudes Hébraiques
de l'Université de Nancy II, les Instituts de sciences
et théologies des religions de Marseille, Paris et Toulouse,
et le groupe de Recherche "Société, droit
et religion en Europe", CNRS-Université Robert Schuman
de Strasbourg.
Numéros
thématiques déjà parus (le
nom donné est celui de l'auteur qui a traité
du bouddhisme)
Le
Corps (2001 - Véronique Crombé) ; La Prière
(2001 - Véronique Crombé) ; La Mort (2001
- Véronique Crombé) ; La Violence (2002
- Fabrice Midal) ; La Femme (2002 - Dominique Trotignon)
; L'Education (2003 - Véronique Crombé)
; La Création (2004 - Dominique Trotignon) ;
L'injustice (2005 - David Loy)
|