Colloque
"bouddhisme et philosophie"
Ce colloque, organisé par le Collège
International de Philosophie et l'Université Bouddhique
Européenne, vendredi 13 et samedi 14 mai dernier, a fait
l'objet d'un enregistrement intégral en vidéo.
Cet enregistrement sera proposé sous la forme d'un
double DVD de 10 heures, reprenant l'ensemble des interventions
et des questions-réponses. Il est accessible
sous la forme d'une souscription (- 35%), jusqu'au 31 mai 2005. =>
en
savoir plus
Stages
à Aix
samedi 21
et dimanche 22 mai Moines
et laïcs : la voie des préceptes (sîla),
stage animé par
Dominique Trotignon.
Dans l'optique des écoles anciennes, la voie bouddhique est
essentiellement celle de la discipline ou des « préceptes » (sîla).
On distingue formellement cinq préceptes généraux à destination des laïcs (upâsaka)
et plus de 220 pour les « moines » (bhikkhu). Ce stage
permettra de voir en quoi la discipline est indissociable de la sagesse (pañña),
ce qu'elle représente exactement et en quoi la différence du nombre des
préceptes est dû bien plus à une différence de statut social qu'à une
différence d'engagement ou de pratique.
samedi 4
et dimanche 5 juin Bodhisattva :
la voie des vertus (pâramitâ),
stage animé par
Patrick Carré.
Selon les écoles du Mahâyâna, tous les disciples du Bouddha
peuvent et doivent s'engager sur la voie du bodhisattva, qui mène au
plein et parfait Eveil. Cette voie consiste essentiellement en la pratique des « vertus
transcendantes » (pâramitâ). Cette pratique a été présentée, de
manière formelle, comme la progression à travers dix étapes ou « terres »
(bhûmi), qui permettent au bodhisattva de développer,
conjointement, mérites et sagesse.
Stages
proposés dans le cadre des "Week-end
d'études" organisés à Aix-en-Provence par
l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge,
Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues
13510 Eguilles. Tél/Fax :
04.42.92.45.28 ou 04.42.92.60.39. Courriel : refugebouddhique@wanadoo.fr.
Cours à
Paris
samedi 28 mai
Transmission vivante : la relation de maître à disciple
(séance 2),
cours public donné par
Jérôme Ducor et François Calmès, de 14 h 30 à 17 h 30,
au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de l'UBE (Niveau
2). Renseignements : UBE,
29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.
Bien qu'elle soit plus ou moins formalisée
selon les écoles, la relation maître-disciple reste un
pilier de la voie bouddhique. Fondée sur une lignée qui
se veut ininterrompue depuis le Bouddha, cette transmission vivante, de
personne à personne, se fonde sur des liens quasi familiaux entre
disciple et enseignant-instructeur, considéré comme un
père, une mère ou un grand-père... Le respect,
voire la dévotion, que le disciple doit montrer vis-à-vis
de son maître nécessitent une ouverture d'esprit et de
coeur parfois inconditionnelle. Cela n'empêche pas le maître
de faire preuve de rigueur, voire d'une certaine brutalité, pour
lutter contre un attachement toujours possible qui nuirait à
la progression spirituelle du disciple. Le but d'une telle relation
reste avant tout l'expérience individuelle, déjà
vécue par le maître, que doit connaître à
son tour le disciple. Ces deux séances permettront aux quatre
intervenants d'aborder ces thèmes, qu'ils développeront
en fonction de leurs connaissances théoriques comme aussi de
leur expérience personnelle, chacun dans la tradition à
laquelle il se rattache : séance 1 - Philippe Cornu, tradition tibétaine
; Michel-Henri Dufour, tradition thaïlandaise du Theravâda
; séance 2 - Jérôme Ducor, tradition japonaise des écoles
de la Terre Pure ; François Calmès, tradition
tibétaine.
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
samedi 21 mai Méditation Zen sôtô, à Montreuil - France ; dirigées par
Sensei Amy Hollowell. Renseignements : Centre Dana, 22 avenue Pasteur 93100 Montreuil. Tél/Fax :
01.49.88.91.65.
samedi 21 et dimanche 22 mai Les six paramitas ou les six
vertus transcendantes pour atteindre l'éveil. Enseignement dispensé par Lama
Rabzang. (Journées intensives). Renseignements : KTT
de Paris (école Karma-kagyü, affilié à Dhagpo
Kagyu Ling) 36 rue Traversière 75012 Paris. Tél.
01.43.07.65.26.
du samedi 21 au jeudi 26 mai Cérémonie d'ouverture du nouveau
Centre Tapovan à Cubjac près de Périgueux et week-end d'inauguration le samedi
21 et dimanche 22 (avec entre autre programme Dharma Networking :
discussions et partage sur la manière de soutenir et de commencer de nouvelles
formes de pratique du Dharma en Europe). Renseignements : Tapovan, (école :
Vipassana), Le Maine, 24640 Cubjac. Tél. 06.30.65.08.78.
jeudi 26 mai Comment vivre en paix dans ce monde fou,
conférence à Toulouse par la
vénérable Robina Courtin. Renseignements : Vajra
Yogini (école : Guéloug), Rouzegas 81500 Labastide Saint-Georges. Tél.
05.63.58.02.25. Inscription et hébergement :
05.63.58.17.22.
du vendredi 27 au dimanche
29 mai Colloque :
Vie,
mort et nirvâna. Il portera sur trois thèmes : la question de la vie et mort dans la pratique du bouddhisme ; les
questions éthiques liées à la maladie, la mort et l'accompagnement des
mourants ; les rituels autour de la mort. Intervenants : Olivier
Reigen Wang-Genh, Jean-Pierre Taïun Faure, Imamura Roshi, Denis Kengan Robert,
Fabrice Midal, Yoko Orimo, Gérard Pilet, Roland Yuno Rech, Michel Meiho Bovay.
Lieu et renseignements : Association Zen Internationale - Temple de la Gendronnière,
41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86.
mardi 31 mai La voie
de la méditation dans le bouddhisme tibétain, conférence publique par Olivier
Raurich. Lieu : Mairie du 3ème , 215 rue Duguesclin 69003
Lyon. Renseignements auprès de Jacqueline Bacis 04 78 33 16 21 ou du Centre Rigpa Paris
(école : Nyingma, centre fondé par Sogyal Rinpoché), 6bis rue Vergniaud, 92300
Levallois-Perret. Tél. 01.46.39.01.02
du vendredi 3 au dimanche 5
juin Stage de
Yantra Yoga, assuré par Laura Evangelisti, instructrice du habilitée par
Chögyal Namkhaï Norbu. Stage pour débutants. Lieu et organisation : Communauté Dzogchen
(école : Nyingma, fondée par Namkhai Norbu) et centre Dejam Ling, Le
Devès, Valbonne 30570 Saint-André de Majencoules. Tél. 04.67.82.44.90.
Renseignements et inscription : Hubert Kotowicz kotohub@yahoo.com.
du
samedi 4 au lundi 6 juin Retraite zen sôtô. Renseignements : Monastère du Sermon de la Rivière
(Sei Sho Ji : école Zen sôtô, lignée de Taisen Deshimaru), Le Maine, 24640 Cubjac.
Tél. 05.53.05.91.10.
du lundi 6 au mardi 14 juin Faire de son esprit un allié,
enseignement par Sakyong Mipham Rinpoché, à St.Yrieix-sous-Aixe. Lieu et renseignements : Centre Dechen Chöling - Centre de
méditation Bouddhiste-Shambhala (lignée de Chögyam Trungpa), Mas Marvent
87700 Saint-Yrieix-sous-Aixe. Tél. 05.55.03.55.52.
Vipassana
: "la vision pénétrante"
Etymologiquement, le terme vipassana
est composé du verbe "voir" (passati)
et du préfixe vi-, issus
de deux racines indo-européennes bien attestées
: *spek, "voir" (qui
donnera en latin spectare : "observer",
et, en français, le mot "spectateur") et le
préfixe *dwi-, en latin
dis-, exprimant la division, la
séparation en "deux". Vipassana,
c'est donc le fait de "voir (en coupant) en deux"...
ou, plus exactement, en contexte bouddhique, le fait de pouvoir
discrimer, de distinguer ce qui relève des deux Réalités
: réalité conventionnelle, relative, et réalité
ultime, absolue. Il faut rapprocher ce terme de vijñâna,
la "conscience discriminante", lorsque celle-ci est
comprise de manière "positive" comme "connaissance
capable de distinguer" - celle que manifestent les "sages",
viññû, ceux
qui savent distinguer le bien du mal... - et non pas, dans son
acception samsârique de "conscience dualisante",
créatrice de l'opposition entre le Moi et le non-Moi
! Confondre les deux Réalités, c'est l'origine
même de l'insatisfaction douloureuse, duhkha
; savoir les distinguer, en n'étant plus dans la confusion-égarement
(moha) ou l'illusion (avidyâ),
c'est "voir les choses telles qu'elles sont" et, ainsi,
ne plus créer aucune condition favorable à l'apparition
de duhkha. Le terme vipassana
est alors un quasi équivalent de prajña,
la "sagesse" ou "connaissance pénétrante".
Vipassana,
au départ, désigne une qualité qui se manifeste
lorsque la croyance en l'ego, elle, ne se manifeste plus : c'est
une capacité de l'esprit présente en chacun, mais
que l'individu "ordinaire", "non instruit",
empêche de s'exprimer par la mutiplication des actes karmiques
et des "vues erronées". Mais le terme, petit
à petit au fil des siècles, en est venu à
désigner, aussi, l'exercice, la méthode de "culture
mentale" (bhâvanâ
ou "méditation"), qui permet l'expression naturelle
de cette qualité : vippassana
désigne alors ce que les textes anciens appellent plus
couramment sati-sampajañño
: l'attention (sati) et la "compréhension
(jañño) complète
(sam-) et pénétrante
(pa-)", qui va au-delà
des apparences pour découvrir la "vacuité"
des phénomènes et leur triple caractéristique
: non-permanent (anitya), insatisfaisant
(duhkha) et "non-existant
en soi" (anâtman) -
c'est-à-dire conditionnés. La "méthode"
vipassana est alors ce qui permet
de développer prajña.
Vipassana-bhâvanâ,
le "développement de la vision pénétrante",
est donc ce qui permet de cultiver (au sens agricole du terme...)
une qualité existante de l'esprit, habituellement "étouffée"
par les mauvaises herbes des "opinions erronées",
de la "vision fausse" ou "illusoire". Il
ne s'agit ni de "créer" un certain état
d'esprit, ni de forcer l'esprit mais, au contraire, de suspendre
les activités ordinaires du mental, de ne plus les provoquer
ou de ne plus les laisser proliférer, afin de permettre
à la "vision pénétrante" de s'exercer
en toute liberté.
Selon
qu'on se situe dans la tradition du Theravâda ou du Mahâyâna,
la "méthode" prendra quelques "colorations"
différentes.
Pour
le Theravâda, c'est le seul "exercice" qui permet
de parvenir à l'Eveil (bodhi)
et sa pratique se conforme aux enseignements du célèbre
Sati-patthâna-sutta, le "Sutta
des bases (patthâna) de l'attention
(sati)", conservé dans
le canon pâli. Il s'agit, tout d'abord, d'apprendre
à bien distinguer les phénomènes physiques
des phénomènes mentaux. La pratique préliminaire
du "calme mental" (samatha)
permet de parvenir au recueillement (samâdhi)
de l'esprit, qui réduit l'activité mentale et
permet d'exercer au mieux la "vision pénétrante".
L'attention à la respiration (ânâpâna-sati)
est le plus connu des exercices alors préconisés,
mais il en existe bien d'autres... Une fois bien établie
la distinction entre phénomènes physiques et mentaux,
"le pratiquant éliminera la confusion relative à
l'existence-en-soi", précise Buddhaghosa. Pour cela,
les phénomènes mentaux sont alors observés
selon trois catégories : d'abord le "ressenti"
(vedanâ), ou sentiments d'agrément,
de désagrément ou de ni-agrément-ni-désagrément
; puis les "états d'esprit" (citta),
qui correspondent essentiellement aux "Trois Poisons"
(avidité, aversion et égarement) et à diverses
qualités de l'esprit (recueilli, concentré, libéré...)
; enfin les "objets mentaux" ou "phénomènes"
(dhamma) qui, traditionnellement,
regroupent : les cinq obstacles (les Trois Poisons + la torpeur
et le doute), les cinq agrégats d'attachement, les six
sphères sensorielles, les sept facteurs de l'Eveil et
les Quatre Nobles Vérités. Il s'agit, pour
chacun de ces "objets d'attention (sati)",
de bien voir, dans l'instant présent (et uniquement dans
l'instant...) s'ils sont présents ou non, comment ils
apparaissent et disparaissent (leur caractère conditionné),
ne plus laisser proliférer les "mauvais" et
développer les "bons", parvenir à la
compréhension complète et profonde (sampajañño)
de leurs diverses caractéristiques. Observation analytique,
vipassana-bhâvanâ ne
fait pourtant pas appel à l'analyse, au sens ordinaire
du terme : il ne s'agit pas d'étudier, intellectuellement,
les phénomènes - ce qui favoriserait le "bavardage
mental" ! - mais de développer une capacité
d'observation de plus en plus aiguisée, qui ne se laissera
plus prendre aux jeux des apparences et sera capable de voir
les phénomènes "tels qu'ils sont réellement". Précisons
enfin que le Sati-patthâna-sutta demande
au méditant d'observer chacun de ces phénomènes
"intérieurement, extérieurement, intérieurement
et extérieurement", c'est-à-dire aussi bien
dans ce qui constitue les "éléments individuels"
(intérieurs) que les "éléments du
monde" (extérieurs), afin de mettrre fin à
la "croyance en l'existence-en-soi" tout autant du
"Soi" individuel que de tous les phénomènes.
On
retrouvera cette insistance sur la "vacuité de tous
les phénomènes" ("Soi individuel"
comme "phénomènes extérieurs")
dans les traités du Mahâyâna consacrés
à la pratique de vipas'yanâ.
La systématisation de l'exercice sera cependant présentée
de manière un peu différente, selon les divers
sûtra qui l'abordent. On
n'y retrouvera pas distinctement la différenciation entre
phénomènes physiques et mentaux et on insistera
davantage sur la nécessité d'unir le calme (samatha)
et la vision (vipas'yanâ).
Ces "insistances" mettent en exergue ce qui devait
constituer une "dérive" de certaines écoles
indiennes du bouddhisme ancien (telle celle des Sarvâstivâdin),
qui semblaient mettre en cause la vacuité ultime des
phénomènes du "monde", ou la tendance,
de plus en plus affirmée, de privilégier les "absorptions"
(dhyâna), issues du seul
"calme mental" - sans doute sous l'influence des écoles
brahmaniques et hindouistes, comme semble le dire le Bhâvanâkrama
:
"Ayant
fixé son esprit sur un objet de méditation,
on l'examine à l'aide de la vue profonde. C'est ainsi
que jaillira la clarté de la connaissance et que
la semence de l'illusion pourra être éliminée.
Mais si cela n'était pas fait, le seul samâdhi
à la mode des non-bouddhistes ne permet pas d'éliminer
les souillures."
Les
textes mahayanistes proposeront aussi plusieurs méthodes
progressives, différentes de celle présentée
dans le Sati-patthâna-sutta. Selon
l'Abhidharma-samuccaya, on commencera
par bien isoler un phénomène avant d'effectuer
l'examen exhaustif de ses particularités, afin d'en éliminer
la compréhension conceptuelle habituelle, puis une investigation
complète de son contenu et sa compréhension analytique
permettront de mettre fin à son appréhension ordinaire,
"erronée", qui le voit comme "existant-en-soi". Le
Samdhinirmocana-sûtra, de
son côté, distingue trois sortes d'observation
: une observation purement contemplative des apparences du phénomène,
puis son analyse - qui permet de dépasser le stade des
simples apparences pour comprendre avec certitude ses caractéristiques
réelles - enfin, sa contemplation grâce à
prajña, la connaissance
pénétrante, qui en voit la véritable nature,
qui est "vacuité" (sunya). D'autres
textes évoqueront six formes d'investigation portant
sur : 1. la signification générale du phénomène,
2. son caractère "intérieur" (lié
au Soi individuel) ou "extérieur" (du "monde"),
3. ses caractéristiques générales et particulières,
4. sa qualité (méritoire ou bénéfique),
5. le temps auquel il appartient (passé, présent
ou futur), enfin 6. quatre analyses raisonnées sur :
ses causes et conditions d'apparition, sa fonction, sa validité
et sa nature. Ces diverses approches présentent une certaine
similitude avec la démarche préconisée
par le Sati-patthâna-sutta,
mais aussi des différences : l'investigation sur la signification,
le temps et la validité font en effet appel à
la réflexion raisonnée et à la perception
temporelle, là où le texte pâli recommandait
l'absence de toute analyse conceptuelle et l'observation dans
le seul instant présent.
Ces
différences d'approche et de méthode ne modifient
en rien l'essentiel : le développement de vipassana
constitue la pratique essentielle du bouddhisme, la seule capable
de mener à l'Eveil, qu'on l'exerce en vue de réaliser
l'état d'arhat ou, conjointement
aux "vertus transcendantes" (pâramitâ),
afin de réaliser l'état d'Eveillé complet
et parfait (samyaksam-buddha) :
"Il n’y a qu’une seule voie, ô bhikkhu,
conduisant à la purification des êtres, à la conquête des douleurs et des
peines, à la destruction des souffrances physiques et morales, à l’acquisition
de la conduite droite, à la réalisation du Nibbâna, ce sont les quatre
bases de l’attention." (introduction du Sati-patthâna-sutta)
|