"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 75
    1er octobre
    2005
     

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    prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er novembre 2005



    Actualités de l'UBE
     

    Inscriptions aux cours
    Rubrique Université
    Les bulletins d'inscription "en ligne" sont accessibles
    cours en salle   et   cours en ligne 

    les cours en ligne reprendront :
    à partir du lundi 10 octobre. Ne tardez pas à vous inscrire !!

     
     

    Mise à jour mensuelle du site

    Rubrique Actualités - mise à jour de l'agenda : mois d'octobre, novembre et décembre 2005
     

    Stages à Aix-en-Provence

    pour les personnes intéressées, un co-voiturage est possible depuis Grenoble, Valence, Montélimar...
    Prendre contact avec "Le Refuge"

    samedi 22 et dimanche 23 octobre

    Le karma : l'acte et ses conséquences. Stage animé par Philippe Cornu et Dominique Trotignon, dans le cadre des "Week-end d'études" proposés à Aix-en-Provence par l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39.

    Commune à l’hindouisme et au bouddhisme, la notion de karma est très souvent mal comprise en Occident. Elle occupe dans le bouddhisme une place d’autant plus importante que l’Eveil est dit mettre un terme définitif à tout karma. De plus, si le bouddhisme l’envisage de façon sensiblement différente par rapport à l’hindouisme, son appréhension a elle-même considérablement évoluée entre le bouddhisme ancien et le bouddhisme tardif, en Inde puis au Tibet. Exposés théoriques et études de textes nous permettront de mieux cerner ces différences et leurs implications.

    Cours à Paris

    samedi 29 octobre
    Les cinq agrégats d’attachement (upâdâna-skandha) selon le bouddhisme ancien, cours public donné par Dominique Trotignon, de 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Niveau 2). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.  

    Ce cours permettra d'étudier en détail les cinq « agrégats d'attachement » (upâdâna-skandha) : forme (rûpa), sentiments (vedanâ), représentations mentales (samjñâ), constructions mentales (samskâra) et actes de conscience (vijñâna), ainsi que leur rôle dans les processus d'identification et d'appropriation qui fondent les notions d’âtman, de « Moi » et de « mien ». On étudiera particulièrement l’évolution qu’a connu l’interprétation du premier  (rûpa) et du dernier (vijñâna) au sein du bouddhisme ancien.

    Colloque

    samedi 19 novembre
    "Peut-on penser l’homme sans penser Dieu ?"
    à l’Institut catholique de Paris - 21 rue d’Assas 75006 Paris (Grand Amphi), de 9 h à 18 h
    Colloque organisé par le laboratoire de recherche « Bouddhisme et Christianisme » de la Faculté de théologie et de sciences religieuses (Institut catholique de Paris), avec la collaboration du Centre Sèvres (Facultés jésuites de Paris), de l’Université bouddhique européenne et du site
    www.theologia.fr.  Inscription préalable obligatoire => plus de renseignements

     



Actualité du bouddhisme
(quelques rendez-vous, extraits de l'
agenda)
 

    Paris
    les jeudis, du 13 octobre au 24 novembre
    Archéologie de la Route de la Soie,
    de 14 h 30 à 16 h 30,  par Anne-Lise Paldoni. La Route de la Soie a nourri, depuis des temps forts reculés, des échanges commerciaux, culturels et spirituels. Les sites bouddhiques retrouvés grâce à l'archéologie moderne témoignent de la richesse de ces centres où se côtoyaient les courants religieux venus de l'Occident et où la rencontre de mouvements artistiques divers produisit des oeuvres originales.
    les mardis, du 18 octobre au 13 décembre
    Les défis de la rencontre du bouddhisme et du christianisme, cours les mardis de 14 h 30 à 16 h 30, par Paul Magnin, sinologue, directeur de recherche au CNRS.
    Renseignements : Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), 35 bis rue de Sèvres 75006 Paris. Tél. 01.44.39.75.00. Plus d'info.

    du vendredi 14 au dimanche 16 octobre
    Bouches-du-Rhône
    Le "non-Soi", enseignement et méditation
    dirigée, par Ajahn Khemasiri, abbé du monastère suisse "Dhammapala" (tradition Theravâda des moines de forêt de Thaïlande). Vendredi : 19 h 30 – 21 h ; samedi et dimanche de 9 h 30 à 18 h (Ajahn Khemasiri sera présent au "Refuge" du mardi 11 au lundi 17). Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (ou courriel).

    samedi 15 octobre et dimanche 16 octobre
    Bruxelles (Belgique)
    Conférence "zen et santé" et journée de zazen
    (zen sôtô), à Bruxelles, avec Patrick Malle. Renseignements : Association Zen de Belgique, 11 rue Cattoir 1050 Bruxelles. Tél. (00.32) (0)25.244.562.

    mardi 18 octobre
    Paris
    Le chemin du Bodhisattva
    , enseignement par Jean-Pierre Dumas, à 19 h 30. Suite les 25 octobre, 8, 15 et 20 novembre. Renseignements : Centre Shambhala de Paris (lignée de Chögyam Trungpa), 23/25 rue Titon 75011 Paris. Tél. 01.43.73.65.77.

    du samedi 22 au dimanche 23 octobre
    Savoie
    Session d'introduction au Dharma
    . Ces sessions, organisées régulièrement, sont destinées aux personnes souhaitant découvrir l'enseignement du Bouddha, la pratique de la méditation et l'Institut. Ces sessions n'impliquent aucun engagement particulier. Renseignements : Institut Karma Ling, Hameau de St Hugon, 73110 Arvillard. Tél : 04.79.25.78.00 (s’informer sur le site pour les activités des Centres Dharma Ling de Paris, Lyon, Chambéry Genève, Grenoble, Nice, Valence, Toulon). 

    du samedi 22 au dimanche 30 octobre
    Canton du Jura (Suisse)
    Méditation Vipassana
    , stage de 10 jours en Français et Anglais. Renseignements : Vipassana Dhamma Sumeru (école Theravâda birman : tradition de Goenka), N° 140, 2610 Mont-Soleil - Suisse, Tél. (00.41) 32-941.16.70.

    du lundi 24 octobre au mardi 1er novembre
    Isère
    Lo Djong : l'entraînement de l'esprit
    par Lama Tchodroup Dorjé. Pratique qui expose les méthodes pour transformer progressivement notre disposition d'esprit, pour lâcher notre attitude égocentrique en s'ouvrant aux autres, en développant l'altruisme, l'amour et la compassion et en intégrant toute situation adverse dans notre démarche spirituelle. Renseignements : Karma Migyur Ling (école Karma-kagyü), Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.

    du vendredi 28 au lundi 31 octobre
    Saône-et-Loire
    Voie d’Eveil, voie de Libération,
    retraite dirigée par Ajahn Sundarâ (tradition de Forêt d’Ajahn Chah et d’Ajahn Sumedho). Début de la retraite vendredi à 18 h 30, fin : lundi vers 16 h. Lieu : Domaine de Saint-Laurent, 71250 Château (près de Cluny - Saône-et-Loire). Gare Mâcon-Loché TGV. Cette retraite comprendra des temps de méditation, des enseignements du Dhamma, la réflexion et les chants dévotionnels. Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.

    du samedi 29 octobre au mardi 1er novembre
    Ile de La Réunion
    Sesshin zen sôtô
    , animée par Gérard Pilet. Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86

    du samedi 29 octobre au dimanche 11 novembre
    Ardèche
    Retraite de silence et de méditation zen sôtô
    avec un enseignement quotidien : Le véritable corps humain de Maître Dogen. Renseignements : La Demeure sans Limites, Riou La Selle 07320 Saint-Agrève. Tél. 04.75.30.13.62.

     


 

    La voie du bodhisatta
    selon le Theravâda

 

    On entend - et on lit aussi souvent - que l’école Theravâda relèverait du « Petit Véhicule » (hînayâna) car elle ne connaîtrait ni n’enseignerait la « voie du bodhisattva », qui serait spécifique du seul « Grand Véhicule » (mahâyâna). Cette affirmation, malheureusement, est en grande partie erronée, car le Theravâda, lui aussi, présente une telle voie...!
    Cela dit, il existe des différences notables et importantes entre la voie du bodhisatta, telle qu’elle est présentée dans le Theravâda, et la voie du bodhisattva relevant des écoles du Mahâyâna – certains auteurs utilisant d’ailleurs la diffférence d’orthographe entre les deux termes, pâli (bodhisatta) et sanskrit (bodhisattva), pour bien distinguer ces deux voies.

    Nous vous proposons, tout d’abord, un texte de Môhan Wijayaratna qui présente le point de vue traditionnel du Theravâda – qui s’appuie sur la littérature canonique rédigée en pâli -, auquel nous apporterons, par la suite, quelques explications complémentaires



    Extrait de l’Introduction de
    « Les entretiens du Bouddha »

    Môhan Wijayaratna, éd. du Seuil, coll. « Points Sagesses » n° 162, Paris, 2001, pp. 34-38
    [nous avons respecté la numérotation originale des notes]

 

    La [...] particularité des bouddhistes suivant les textes pâlis est qu’ils ne pensent pas que tout le monde doit être un jour Bouddha, mais la plupart d’entre eux se contentent d’être disciples (sâvaka) du Bouddha. Autrement dit, ils veulent atteindre l’Éveil (bôdhi) en tant que disciple du Bouddha. À ce propos, il y a un point important à préciser : le bouddhisme original ne parle pas des yâna (véhicules), mais des bôdhi (Eveils) qui sont triples : sâvaka bôdhi (l’Éveil atteint par le disciple en arrivant à l’état d’Arahant), pacceka bôdhi (l’Éveil d’un Bouddha solitaire), sammâ sambôdhi (l’Éveil d’un Bouddha parfait).

    En ce qui concerne la libération (vimutti), la position du Bouddha, du Bouddha solitaire et de l’Arahant est la même. S’agissant de la pureté (visuddhi) par rapport aux souillures mentales, la position de ces trois personnages est la même. À la fin de leur vie, ces trois personnages atteignent le parinibbâna. C’est­à-dire la même cessation complète. Mais en ce qui concerne la compréhension vécue, il existe une différence entre un Bouddha et un Arahant. Celui-ci atteint la libération à travers une connaissance limitée du domaine des phénomènes connaissables, tandis que le Bouddha a une connaissance par laquelle il comprend tout et tous dans leurs diverses modalités et relations : ainsi, il n’y a rien qui échappe à sa compréhension (note 53). C’est pourquoi il est couramment appelé Sammâ sambuddha, c’est-à-dire l’Éveillé parfait. En effet, il a la possibilité et la capacité d’éveiller les autres en expliquant les choses selon le caractère de telle ou telle personne. Cependant, un Arahant ou un Bouddha solitaire n’a pas cette capacité.

    L’autre différence entre le Bouddha et l’Arahant vient de leur façon d’arriver à la libération. Le Bouddha a atteint l’Éveil sans guide, sans s’appuyer sur l’enseignement de quiconque, mais en développant sa propre compréhension, tandis que l’Arahant a atteint la même libération, mais en étant un disciple du Bouddha et en suivant son enseignement. Cette explication montre, entre autres, comment le bouddhisme pâli affirme la primauté de l’Éveil du Bouddha. Ainsi, par là même, le bouddhisme pâli accepte la valeur importante de l’idée de devenir un bôdhisatta (litt. l’être voué à l’Éveil ; l’être qui pratique les « perfections » (pâramî, pâramitâ) afin de devenir un jour Bouddha. Le souhait de devenir un jour Bouddha est une démarche indéniablement courageuse et héroïque et de tels personnages sont rarissimes (note 54). En tout cas, le concept de bôdhisatta (skt. bôdhisattva) est le plus beau cadeau donné par le bouddhisme à l’humanité.

    Ainsi, selon le point de vue des bouddhistes qui suivent les textes pâlis, devenir bôdhisatta afin de devenir un jour Bouddha est un espoir noble, beaucoup plus noble que d’atteindre l’état d’Arahant. Également, selon le bouddhisme pâli, tout le monde a la potentialité de devenir un jour Bouddha à condition de développer ses perfections (pâramitâ). Or, « tout le monde peut l’atteindre » ne signifie pas « tout le monde veut l’atteindre » ou « tout le monde doit l’atteindre » (note 55). Nombreux sont ceux qui veulent profiter de l’Enseignement du Bouddha dont le but final vise : la cessation de dukkha (dukkha nirôdha). C’est dans ce contexte que le bouddhisme pâli affirme la valeur du statut de disciple dont l’idéal est l’état d’Arahant. Atteindre cet état est synonyme d’éliminer tous les écoulements mentaux toxiques (asava), de se libérer des dix sortes de liens, c’est-à-dire de se débarrasser complètement de dukkha. En effet, l’Enseignement du Bouddha ne vise qu’à cet objectif. Alors, devenir disciple du Bouddha est synonyme de devenir bouddhiste, et cela signifie suivre la voie tracée par le Bouddha (note 56). Celle-ci est appelée « la voie conduisant à la cessation de dukkha » (dukkha-nirôdha-gâminî-patipadâ).

    Selon les bouddhistes qui suivent les textes pâlis, s’il y a une raison d’être d’un Bouddha, c’est justement en tant que maître incomparable qui explique au monde la doctrine qu’il a comprise et la voie qu’il a lui-même parcourue (note 57). C’est justement dans cette perspective que se situe la position sans égale d’un Bouddha. A-t-il présenté un « véhicule inférieur » (hînayâna) à ses auditeurs ? S’est-il trompé au début au point de présenter une doctrine « égoïste » encourageant l’état d’Arahant ? Or dès son premier sermon, le Bouddha a parlé contre l’égoïsme. Sa doctrine vise non pas à créer des égoïstes, mais des individus qui ont éliminé l’égoïsme qui est la source principale de dukkha. Les disciples (laïcs ou renonçants) qui ont suivi avec succès cette doctrine ne peuvent être qualifiés d’égoïstes.

    En outre, suivre l’Enseignement du Bouddha en tant que disciple (laïc ou renonçant) ne peut pas être qualifié non plus comme une démarche inférieure et une telle qualification est une insulte pour l’Enseignement du Bouddha qui a montré la voie vers la cessation de dukkha dans cette vie même. Finalement, pourquoi un Bouddha s’il n’a pas de disciples ? Sans Bouddha, il n’y a pas de disciples. Sans disciples, le Bouddha n’est pas un Bouddha parfait (sammâ sambuddha), mais simplement un « Bouddha solitaire » (pacceka buddha).

    Toutes ces explications montrent que la tradition pâlie n’insiste pas sur une voie unique ou sur un seul objectif. Selon elles, chacun est libre de choisir le but qui lui convient : atteindre l’Eveil en tant que Bouddha, ou en tant que Bouddha solitaire, ou bien en tant qu’Arahant. Même atteindre la première étape de la libération dite Sôtâpatti ["Entré dans le courant"] est hautement loué dans les Écritures canoniques (note 58). En outre, le bouddhisme n’ignore pas le fait qu’il y a des gens qui ne s’intéressent à aucun de ces états, mais veulent rester dans le sansâra (skt. samsara) encore pour quelque temps, au-delà de la mort, dans l’un ou l’autre état céleste. Pour eux aussi, le bouddhisme pâli présente des conseils pour effectuer des actions méritoires afin d’obtenir ces meilleures naissances. Toutefois le bouddhisme pâli insiste sur un projet sage pour atteindre la cessation de dukkha dans cette vie même. Notamment des renonçants de la tradition des Anciens voulaient garder ce but sublime (note 59).

 

    Notes

    53. Voir Môhan Wijayaratna, "La Philosophie du Bouddha", Paris, Lis, 2000, p. 167-169. retour au texte

    54. Selon les bouddhistes qui suivent les textes pâlis, un Bouddha naît très rarement dans le monde. Autrement dit, l’époque où un Bouddha (ou son enseignement) existe dans le monde est une occasion rarissime par rapport au temps où l’Enseignement du Bouddha n’existe pas. Ils pensent qu’il faut profiter de cet Enseignement pour faire cesser dukkha dans cette vie même. Qu’on veuille sortir de dukkha rapidement ou non est une autre question. Mais, l’époque où existe l’enseignement du Bouddha est un moment précieux au moins pour comprendre dukkha et son origine. À partir de là, on peut prendre une décision selon sa disponibilité et sa volonté d’atteindre l’Éveil d’un disciple (sâvaka bôdhi), ou un jour l’Éveil d’un Bouddha parfait (sammâ sambôdhi). Dans chaque cas, il est nécessaire d’abord de comprendre la vraie nature du problème : dukkha. retour au texte

    55. L’idée que « tout le monde doit rester dans le sansâra afin de sauver tout le monde » est un espoir apparemment très généreux et éloquent, mais, en même temps, c’est une exigence non seulement très banale, mais aussi assez utopique. Si tout le monde doit rester dans le sansâra jusqu’à ce que tout le monde ait atteint le parinibbâna (cessation complète), alors personne ne trouvera l’occasion de l’atteindre ! En effet, le Bouddha lui-même a atteint le parinibbâna à la fin de sa vie. Aucun texte du bouddhisme ancien ou du Mahâyana ne dit que le Bouddha Gotama n’a pas atteint le parinibbâna. Les disciples qui suivent l’exemple du Bouddha tentèrent d’atteindre le parinibbâna dans cette vie même. Certains autres disciples tentèrent d’atteindre un jour l’Éveil parfait. Celui qui atteindra l’Éveil parfait atteindra également le parinibbâna à la fin de sa vie. retour au texte

    56. Cela ne signifie pas que tous les membres de la tradition du bouddhisme des Anciens étaient dans la voie vers l’état d’Arahant. Il est possible que dans les générations postérieures, les bhikkhus de la tradition du Theravâda tentèrent de mener une vie sédentaire dans la paresse aux dépens de la générosité des laïcs. C’est cette sorte d’approche qui est considérée comme égoïste et « inférieure » (hîna) par les écoles tardives. Bien qu’ils parlent de l’idéal d’Arahant, ils étaient très loin de cet idéal, de même que certains adhérents des écoles du Mahâyâna et du Vajrayana qui vivaient dans le luxe et l’égoïsme tout en parlant de la valeur de l’idéal altruiste de bôdhisatta. retour au texte

    57. Même l’idée d’un bôdhisatta pour sauver les autres signifie qu’il va un jour devenir Bouddha, qu’il va enseigner la Doctrine et qu’il y aura naturellement des disciples qui le suivront ! S’il n’a pas de disciples autour de lui, il serait simplement un Bouddha solitaire (pacceka buddha). retour au texte

    58. Un verset du "Dhammapada" dit : « L’arrivée à l’étape de sôtâpatti est meilleure que la souveraineté sur toute la terre ou que la renaissance dans un état céleste ou que le pouvoir sur tout l’univers » (Dhap. v. 178). retour au texte

    59. Il semble que pour diverses raisons socio-religieuses, des renonçants de certaines écoles bouddhiques tardives en Inde, qui se sont éloignés de l’objectif poursuivi par les Anciens, aient commencé de s’investir dans de multiples activités du siècle en sortant de la voie vers la cessation de dukkha. Ils étaient probablement obligés de donner la priorité aux services sociaux à cause des nécessités de l’époque dans les régions où ils vivaient, et pour cela ils étaient obligés de dénigrer les gens qui suivaient la doctrine ancienne de la vie contemplative. Ce dénigrement a atteint son comble avec l’étiquette : « le véhicule inférieur » (hînayâna). Même lorsque le bouddhisme Zen est arrivé au Japon au XIIIe siècle, les écoles ésotériques (Shingon et Tendai jadis prédominantes) commencèrent à le critiquer en disant que le Zen était incompatible avec la doctrine du Mahâyâna, qu’il consistait en attitudes égoïstes et qu’il était la voie des « Bouddhas solitaires ». retour au texte

 

    Explications complémentaires

     Le texte de Môhan Wijayaratna insiste bien sur quelques-unes des caractéristiques les plus importantes du bodhisatta :

    C’est par la pratique spécifique des pâramitâ [les « perfections » ou « vertus transcendantes » - voir ci-dessous] que le bodhisatta développe sa future « omniscience », caractéristique des « bouddhas parfaitement accomplis » (sammâ sambuddha), alors que l’Arahant, qui suit l’enseignement d’un tel Bouddha (le Dhamma-vinaya : la doctrine et la discipline) ne parvient qu’à une « connaissance limitée du domaine des phénomènes connaissables ».
    Cette « omniscience » des Bouddhas est, d’ailleurs, ce qui lui permet d’enseigner aux autres la Voie de la Libération et lui fait mériter son titre d’« instructeur incomparable des dieux et des hommes ».

    Corrolaire de la précision précédente, « le Bouddha a atteint l’Éveil sans guide, sans s’appuyer sur l’enseignement de quiconque, mais en développant sa propre compréhension, tandis que l’Arahant a atteint la même libération, mais en étant un disciple du Bouddha et en suivant son enseignement. ». Or, c’est une caractéristique très importante du Mahâyâna que le bodhisattva reçoive des enseignements des multiples Bouddhas qu’il rencontre au cours de ses très nombreuses existences – ainsi qu’en témoignent tous les sûtra du Mahâyâna. Du point de vue du Theravâda, si le bodhisatta recevait des enseignements – au lieu de tout redécouvrir par lui-même - il ne serait pas un bodhisatta mais un simple auditeur (sâvaka)... ce qui le mènerait à l’Eveil des Arahant !

    Certes, aux cours de ses nombreuses vies, le bodhisatta rencontre bien, lui aussi, des Bouddhas parfaitement accomplis, mais il se refuse à suivre leur enseignement et s’engage, seul, sur la voie de la re-découverte par lui-même, par expérience directe (et non en suivant un enseignement), des pâramitâ et de leurs fruits. Le seul « échange » qui a lieu entre eux consiste en la proclamation, par les Bouddhas parfaitement accomplis, de la « prédiction » que le bodhisatta parviendra bien à l’Eveil complet et parfait, parce qu’il chemine bien sur la bonne voie.

    La voie du bodhisatta, selon le Theravâda, ne peut donc pas être « enseignée », mais chacun, s’il le veut, peut s’y engager !

    La possibilité prônée par les écoles du Mahâyâna – que tout le monde s’engage dans la voie des bodhisattva – n’est envisageable que si l’on considère que les bodhisattva peuvent effectivement recevoir un enseignement des Bouddhas, ce qui, aux yeux des Theravâdin, « déprécierait » le cheminement du bodhisatta et son omniscience future.
    D’autre part, il n’est ni nécessaire ni utile que tous s’engagent dans une telle voie, car, alors, il n’y aurait plus que des bodhisatta cheminant solitaires, qui parviendraient ainsi à l’Eveil des « Bouddhas solitaires », et qui n’auraient jamais l’occasion de diffuser l’enseignement tiré de leur omniscience à des « auditeurs », puisque tout le monde cheminerait seul... Cela serait proprement absurde !

    Il y a donc là une distinction importante entre deux points de vue radicalement différents...

     

    Pour en savoir plus

    Les pâramitâ
    Le Theravâda évoque dix pâramitâ, alors que le Mahâyâna, au départ, en évoque six, puis, tardivement, dix lui aussi (en relation avec les dix "stades" - bhûmi - de progression sur la voie)...
    Certaines pâramitâ sont communes aux deux traditions : le don ou générosité (dâna), l'éthique ou discipline (sîla), la connaissance du caractère ultime des phénomènes (paññâ - skt. prajñâ), la patience (khanti - skt. ksânti), le courage ou énergie (viriya).
    Le Theravâda y ajoute le renoncement ou abnégation (nekkhamma), la véracité ou conformité des actes et des paroles (sacca), la détermination (adhitthâna), l'amour bienveillant (metta) et l'équanimité (uppekha).
    Certains textes, comme le "Ghatikâra-sutta" (Majjhima-Nikâya-Atthakâta, II,iv,1), évoquent aussi sept pratiques que le bodhisatta doit parfaire pour obtenir l'omniscience, dans les vies où il s'engage sur la voie du bhikkhu : l'étude par la récitation de la "Triple Corbeille" (tipitaka, le canon), la purification par les quatre modes de discipline, les 13 pratiques ascétiques (dhutanga), vivre en ascète forestier, pratiquer les quatre jhâna (skt. dhyâna) et les quatre samâpatti issus de la pratique du "calme mental" (samatha), les cinq "pouvoirs mondains" (abhiññâ) et la méditation vipassana qui permet d'obtenir "l'équanimité vis-à-vis des phénomènes" (sankhâra-uppekha-ñâna).
    Dans sa liste courte (6), le Mahâyâna ajoute la pratique de la concentration ou "méditation de calme mental" (dhyâna) ; dans sa liste longue (10), l'habileté dans les moyens (upâya), le voeu transcendant (pranidhâna), la force transcendante (bala), la connaissance de tous les phénomènes relatifs (jñâna).
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    à lire :

  • "Les entretiens du Bouddha", Môhan Wijayaratna, éd. du Seuil, coll. « Points Sagesses » n° 162, Paris, 2001
  • Introduction au bouddhisme, Jacques Martin, éd. Cerf, coll. "Patrimoines - bouddhisme", Paris, 1989. La troisième partie de cet ouvrage est intégralement consacrée au "concept de bodhisatta dans la tradition du Theravâda", avec la traduction de deux textes du canon pâli.
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