"Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 75 Accéder aux numéros précédents prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er novembre 2005 Inscriptions aux cours les cours en
ligne reprendront : Mise à jour mensuelle du site Rubrique Actualités -
mise à jour de l'agenda : mois d'octobre,
novembre et décembre 2005 Stages à Aix-en-Provence pour
les personnes intéressées, un co-voiturage est
possible depuis Grenoble, Valence, Montélimar... Commune à l’hindouisme et au bouddhisme, la notion de karma est très souvent mal comprise en Occident. Elle occupe dans le bouddhisme une place d’autant plus importante que l’Eveil est dit mettre un terme définitif à tout karma. De plus, si le bouddhisme l’envisage de façon sensiblement différente par rapport à l’hindouisme, son appréhension a elle-même considérablement évoluée entre le bouddhisme ancien et le bouddhisme tardif, en Inde puis au Tibet. Exposés théoriques et études de textes nous permettront de mieux cerner ces différences et leurs implications. Cours à Paris samedi 29 octobre Ce cours permettra d'étudier en détail les cinq « agrégats d'attachement » (upâdâna-skandha) : forme (rûpa), sentiments (vedanâ), représentations mentales (samjñâ), constructions mentales (samskâra) et actes de conscience (vijñâna), ainsi que leur rôle dans les processus d'identification et d'appropriation qui fondent les notions d’âtman, de « Moi » et de « mien ». On étudiera particulièrement l’évolution qu’a connu l’interprétation du premier (rûpa) et du dernier (vijñâna) au sein du bouddhisme ancien. Colloque samedi 19 novembre
Paris du vendredi 14 au dimanche 16
octobre samedi 15 octobre et dimanche 16 octobre mardi 18 octobre du samedi 22 au dimanche 23 octobre du samedi 22 au dimanche 30 octobre du lundi 24 octobre au mardi 1er
novembre du vendredi 28
au lundi 31 octobre du
samedi 29 octobre au mardi 1er novembre du samedi 29 octobre au dimanche
11 novembre
La voie du bodhisatta
On entend - et on lit aussi souvent - que l’école
Theravâda relèverait du « Petit Véhicule » (hînayâna) car elle ne
connaîtrait ni n’enseignerait la « voie du bodhisattva », qui serait
spécifique du seul « Grand Véhicule » (mahâyâna). Cette affirmation, malheureusement,
est en grande partie erronée, car le Theravâda, lui aussi, présente une telle
voie...! Nous vous proposons, tout d’abord, un texte de Môhan Wijayaratna qui présente le point de vue traditionnel du Theravâda – qui s’appuie sur la littérature canonique rédigée en pâli -, auquel nous apporterons, par la suite, quelques explications complémentaires.
Môhan Wijayaratna, éd. du Seuil, coll. « Points
Sagesses » n° 162, Paris, 2001, pp. 34-38
La [...] particularité des bouddhistes suivant les textes pâlis est qu’ils ne pensent pas que tout le monde doit être un jour Bouddha, mais la plupart d’entre eux se contentent d’être disciples (sâvaka) du Bouddha. Autrement dit, ils veulent atteindre l’Éveil (bôdhi) en tant que disciple du Bouddha. À ce propos, il y a un point important à préciser : le bouddhisme original ne parle pas des yâna (véhicules), mais des bôdhi (Eveils) qui sont triples : sâvaka bôdhi (l’Éveil atteint par le disciple en arrivant à l’état d’Arahant), pacceka bôdhi (l’Éveil d’un Bouddha solitaire), sammâ sambôdhi (l’Éveil d’un Bouddha parfait). En ce qui concerne la libération (vimutti), la position du Bouddha, du Bouddha solitaire et de l’Arahant est la même. S’agissant de la pureté (visuddhi) par rapport aux souillures mentales, la position de ces trois personnages est la même. À la fin de leur vie, ces trois personnages atteignent le parinibbâna. C’està-dire la même cessation complète. Mais en ce qui concerne la compréhension vécue, il existe une différence entre un Bouddha et un Arahant. Celui-ci atteint la libération à travers une connaissance limitée du domaine des phénomènes connaissables, tandis que le Bouddha a une connaissance par laquelle il comprend tout et tous dans leurs diverses modalités et relations : ainsi, il n’y a rien qui échappe à sa compréhension (note 53). C’est pourquoi il est couramment appelé Sammâ sambuddha, c’est-à-dire l’Éveillé parfait. En effet, il a la possibilité et la capacité d’éveiller les autres en expliquant les choses selon le caractère de telle ou telle personne. Cependant, un Arahant ou un Bouddha solitaire n’a pas cette capacité. L’autre différence entre le Bouddha et l’Arahant vient de leur façon d’arriver à la libération. Le Bouddha a atteint l’Éveil sans guide, sans s’appuyer sur l’enseignement de quiconque, mais en développant sa propre compréhension, tandis que l’Arahant a atteint la même libération, mais en étant un disciple du Bouddha et en suivant son enseignement. Cette explication montre, entre autres, comment le bouddhisme pâli affirme la primauté de l’Éveil du Bouddha. Ainsi, par là même, le bouddhisme pâli accepte la valeur importante de l’idée de devenir un bôdhisatta (litt. l’être voué à l’Éveil ; l’être qui pratique les « perfections » (pâramî, pâramitâ) afin de devenir un jour Bouddha. Le souhait de devenir un jour Bouddha est une démarche indéniablement courageuse et héroïque et de tels personnages sont rarissimes (note 54). En tout cas, le concept de bôdhisatta (skt. bôdhisattva) est le plus beau cadeau donné par le bouddhisme à l’humanité. Ainsi, selon le point de vue des bouddhistes qui suivent les textes pâlis, devenir bôdhisatta afin de devenir un jour Bouddha est un espoir noble, beaucoup plus noble que d’atteindre l’état d’Arahant. Également, selon le bouddhisme pâli, tout le monde a la potentialité de devenir un jour Bouddha à condition de développer ses perfections (pâramitâ). Or, « tout le monde peut l’atteindre » ne signifie pas « tout le monde veut l’atteindre » ou « tout le monde doit l’atteindre » (note 55). Nombreux sont ceux qui veulent profiter de l’Enseignement du Bouddha dont le but final vise : la cessation de dukkha (dukkha nirôdha). C’est dans ce contexte que le bouddhisme pâli affirme la valeur du statut de disciple dont l’idéal est l’état d’Arahant. Atteindre cet état est synonyme d’éliminer tous les écoulements mentaux toxiques (asava), de se libérer des dix sortes de liens, c’est-à-dire de se débarrasser complètement de dukkha. En effet, l’Enseignement du Bouddha ne vise qu’à cet objectif. Alors, devenir disciple du Bouddha est synonyme de devenir bouddhiste, et cela signifie suivre la voie tracée par le Bouddha (note 56). Celle-ci est appelée « la voie conduisant à la cessation de dukkha » (dukkha-nirôdha-gâminî-patipadâ). Selon les bouddhistes qui suivent les textes pâlis, s’il y a une raison d’être d’un Bouddha, c’est justement en tant que maître incomparable qui explique au monde la doctrine qu’il a comprise et la voie qu’il a lui-même parcourue (note 57). C’est justement dans cette perspective que se situe la position sans égale d’un Bouddha. A-t-il présenté un « véhicule inférieur » (hînayâna) à ses auditeurs ? S’est-il trompé au début au point de présenter une doctrine « égoïste » encourageant l’état d’Arahant ? Or dès son premier sermon, le Bouddha a parlé contre l’égoïsme. Sa doctrine vise non pas à créer des égoïstes, mais des individus qui ont éliminé l’égoïsme qui est la source principale de dukkha. Les disciples (laïcs ou renonçants) qui ont suivi avec succès cette doctrine ne peuvent être qualifiés d’égoïstes. En outre, suivre l’Enseignement du Bouddha en tant que disciple (laïc ou renonçant) ne peut pas être qualifié non plus comme une démarche inférieure et une telle qualification est une insulte pour l’Enseignement du Bouddha qui a montré la voie vers la cessation de dukkha dans cette vie même. Finalement, pourquoi un Bouddha s’il n’a pas de disciples ? Sans Bouddha, il n’y a pas de disciples. Sans disciples, le Bouddha n’est pas un Bouddha parfait (sammâ sambuddha), mais simplement un « Bouddha solitaire » (pacceka buddha). Toutes ces explications montrent que la tradition pâlie n’insiste pas sur une voie unique ou sur un seul objectif. Selon elles, chacun est libre de choisir le but qui lui convient : atteindre l’Eveil en tant que Bouddha, ou en tant que Bouddha solitaire, ou bien en tant qu’Arahant. Même atteindre la première étape de la libération dite Sôtâpatti ["Entré dans le courant"] est hautement loué dans les Écritures canoniques (note 58). En outre, le bouddhisme n’ignore pas le fait qu’il y a des gens qui ne s’intéressent à aucun de ces états, mais veulent rester dans le sansâra (skt. samsara) encore pour quelque temps, au-delà de la mort, dans l’un ou l’autre état céleste. Pour eux aussi, le bouddhisme pâli présente des conseils pour effectuer des actions méritoires afin d’obtenir ces meilleures naissances. Toutefois le bouddhisme pâli insiste sur un projet sage pour atteindre la cessation de dukkha dans cette vie même. Notamment des renonçants de la tradition des Anciens voulaient garder ce but sublime (note 59).
Notes 53. Voir Môhan Wijayaratna, "La Philosophie du Bouddha", Paris, Lis, 2000, p. 167-169. retour au texte 54. Selon les bouddhistes qui suivent les textes pâlis, un Bouddha naît très rarement dans le monde. Autrement dit, l’époque où un Bouddha (ou son enseignement) existe dans le monde est une occasion rarissime par rapport au temps où l’Enseignement du Bouddha n’existe pas. Ils pensent qu’il faut profiter de cet Enseignement pour faire cesser dukkha dans cette vie même. Qu’on veuille sortir de dukkha rapidement ou non est une autre question. Mais, l’époque où existe l’enseignement du Bouddha est un moment précieux au moins pour comprendre dukkha et son origine. À partir de là, on peut prendre une décision selon sa disponibilité et sa volonté d’atteindre l’Éveil d’un disciple (sâvaka bôdhi), ou un jour l’Éveil d’un Bouddha parfait (sammâ sambôdhi). Dans chaque cas, il est nécessaire d’abord de comprendre la vraie nature du problème : dukkha. retour au texte 55. L’idée que « tout le monde doit rester dans le sansâra afin de sauver tout le monde » est un espoir apparemment très généreux et éloquent, mais, en même temps, c’est une exigence non seulement très banale, mais aussi assez utopique. Si tout le monde doit rester dans le sansâra jusqu’à ce que tout le monde ait atteint le parinibbâna (cessation complète), alors personne ne trouvera l’occasion de l’atteindre ! En effet, le Bouddha lui-même a atteint le parinibbâna à la fin de sa vie. Aucun texte du bouddhisme ancien ou du Mahâyana ne dit que le Bouddha Gotama n’a pas atteint le parinibbâna. Les disciples qui suivent l’exemple du Bouddha tentèrent d’atteindre le parinibbâna dans cette vie même. Certains autres disciples tentèrent d’atteindre un jour l’Éveil parfait. Celui qui atteindra l’Éveil parfait atteindra également le parinibbâna à la fin de sa vie. retour au texte 56. Cela ne signifie pas que tous les membres de la tradition du bouddhisme des Anciens étaient dans la voie vers l’état d’Arahant. Il est possible que dans les générations postérieures, les bhikkhus de la tradition du Theravâda tentèrent de mener une vie sédentaire dans la paresse aux dépens de la générosité des laïcs. C’est cette sorte d’approche qui est considérée comme égoïste et « inférieure » (hîna) par les écoles tardives. Bien qu’ils parlent de l’idéal d’Arahant, ils étaient très loin de cet idéal, de même que certains adhérents des écoles du Mahâyâna et du Vajrayana qui vivaient dans le luxe et l’égoïsme tout en parlant de la valeur de l’idéal altruiste de bôdhisatta. retour au texte 57. Même l’idée d’un bôdhisatta pour sauver les autres signifie qu’il va un jour devenir Bouddha, qu’il va enseigner la Doctrine et qu’il y aura naturellement des disciples qui le suivront ! S’il n’a pas de disciples autour de lui, il serait simplement un Bouddha solitaire (pacceka buddha). retour au texte 58. Un verset du "Dhammapada" dit : « L’arrivée à l’étape de sôtâpatti est meilleure que la souveraineté sur toute la terre ou que la renaissance dans un état céleste ou que le pouvoir sur tout l’univers » (Dhap. v. 178). retour au texte 59. Il semble que pour diverses raisons socio-religieuses, des renonçants de certaines écoles bouddhiques tardives en Inde, qui se sont éloignés de l’objectif poursuivi par les Anciens, aient commencé de s’investir dans de multiples activités du siècle en sortant de la voie vers la cessation de dukkha. Ils étaient probablement obligés de donner la priorité aux services sociaux à cause des nécessités de l’époque dans les régions où ils vivaient, et pour cela ils étaient obligés de dénigrer les gens qui suivaient la doctrine ancienne de la vie contemplative. Ce dénigrement a atteint son comble avec l’étiquette : « le véhicule inférieur » (hînayâna). Même lorsque le bouddhisme Zen est arrivé au Japon au XIIIe siècle, les écoles ésotériques (Shingon et Tendai jadis prédominantes) commencèrent à le critiquer en disant que le Zen était incompatible avec la doctrine du Mahâyâna, qu’il consistait en attitudes égoïstes et qu’il était la voie des « Bouddhas solitaires ». retour au texte Explications complémentaires Le texte de Môhan Wijayaratna insiste bien sur quelques-unes des caractéristiques les plus importantes du bodhisatta : C’est par la pratique spécifique des pâramitâ [les « perfections »
ou « vertus transcendantes » - voir ci-dessous] que le
bodhisatta développe sa future « omniscience »,
caractéristique des « bouddhas parfaitement accomplis » (sammâ sambuddha),
alors que l’Arahant, qui suit l’enseignement d’un tel Bouddha (le Dhamma-vinaya :
la doctrine et la discipline) ne parvient qu’à une « connaissance limitée
du domaine des phénomènes connaissables ». Corrolaire de la précision précédente, « le Bouddha a atteint l’Éveil sans guide, sans s’appuyer sur l’enseignement de quiconque, mais en développant sa propre compréhension, tandis que l’Arahant a atteint la même libération, mais en étant un disciple du Bouddha et en suivant son enseignement. ». Or, c’est une caractéristique très importante du Mahâyâna que le bodhisattva reçoive des enseignements des multiples Bouddhas qu’il rencontre au cours de ses très nombreuses existences – ainsi qu’en témoignent tous les sûtra du Mahâyâna. Du point de vue du Theravâda, si le bodhisatta recevait des enseignements – au lieu de tout redécouvrir par lui-même - il ne serait pas un bodhisatta mais un simple auditeur (sâvaka)... ce qui le mènerait à l’Eveil des Arahant ! Certes, aux cours de ses nombreuses vies, le bodhisatta rencontre bien, lui aussi, des Bouddhas parfaitement accomplis, mais il se refuse à suivre leur enseignement et s’engage, seul, sur la voie de la re-découverte par lui-même, par expérience directe (et non en suivant un enseignement), des pâramitâ et de leurs fruits. Le seul « échange » qui a lieu entre eux consiste en la proclamation, par les Bouddhas parfaitement accomplis, de la « prédiction » que le bodhisatta parviendra bien à l’Eveil complet et parfait, parce qu’il chemine bien sur la bonne voie. La voie du bodhisatta, selon le Theravâda, ne peut donc pas être « enseignée », mais chacun, s’il le veut, peut s’y engager ! La possibilité prônée par les écoles du Mahâyâna –
que tout le monde s’engage dans la voie des bodhisattva – n’est envisageable
que si l’on considère que les bodhisattva peuvent effectivement recevoir un enseignement
des Bouddhas, ce qui, aux yeux des Theravâdin, « déprécierait » le
cheminement du bodhisatta et son omniscience future. Il y a donc là une distinction importante entre deux points de vue radicalement différents... Pour en savoir plus Les
pâramitâ à lire :
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