"Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 77 Accéder aux numéros précédents prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 2 janvier 2006 Mise à jour mensuelle du site Rubrique Actualités Publications "Les cahiers
bouddhiques" Cours à Paris samedi 17 décembre Le bouddhisme tantrique lie les cinq agrégats aux cinq bouddhas primordiaux - appelés aussi Jina («Vainqueurs»). Le mouvement, certes surprenant, se comprend dans le contexte des enseignements du Vajrayâna où il s’agit, pour le pratiquant, d’apprendre à transmuter la confusion en sagesse pour développer une vue pure ou sacrée. Fort des enseignements du « troisième tour de roue », comment reconnaître que chaque phénomène est marqué de la nature de Bouddha qui prend ici cinq visages ? Stages à Aix-en-Provence samedi 10
et dimanche 11 décembre La co-production conditionnée (pratîtya-samutpâda) est la notion centrale de la doctrine bouddhique et marque sa profonde originalité. Lentement élaborée par les docteurs bouddhiques, on en connaît plusieurs versions, chacune d’entre elles éclairant les évolutions, du bouddhisme ancien aux doctrines « classiques » du Grand Véhicule (Mahâyâna). L’étude de différents textes permettra de voir, notamment, que ces évolutions sont liées à une évolution parallèle de la compréhension des cinq agrégats d’attachement (upâdana-skandha).
du mercredi 7 au
dimanche 11 décembre samedi 10 et dimanche 11 décembre mercredi 14
décembre du mercredi 14
au dimanche 18 décembre du vendredi 16
au dimanche 18 décembre du
lundi 19 au vendredi 30 décembre mardi
20 décembre du mercredi 21
décembre au mercredi 4 janvier du lundi 26 décembre
au dimanche 1er janvier 2006
La co-production
conditionnée Nous
vous proposons ci-dessous deux extraits de l'article de Stéphane
Arguillère
Introduction Le thème qui est proposé à notre méditation présente un caractère central, dans la mesure où c’est en lui que s’articulent harmonieusement la théorie et la pratique du bouddhisme, d’une part ; d’autre part, dans la théorie plus spécifiquement, c’est là que convergent la compréhension de la réalité de surface et la vue de l’absolu. Ce qui caractérise globalement la pensée
bouddhique tardive, c’est la tension entre une certaine orientation idéaliste
(au sens de la négation d’une réalité extérieure à l’esprit) et une tendance
que l’on pourrait appeler « illusionniste », qui tend à regarder l’esprit
comme ni plus, ni moins irréel que les choses matérielles qu’il croit
percevoir. La première culmine dans la construction systématique de l’école
dite Yogacâra, ou Cittamâtra, ou encore (et plus proprement) Vijñânavâda ou Vijñâptimâtravâda,
avec des auteurs comme Asanga,
Vasubandhu et leur postérité. La seconde se développe surtout à partir des Prajñâpâramitâ-sûtra et s’épanouit dans les traités de Nâgârjuna, Aryadeva,
Bhâvaviveka, Candrakîrti, etc. Il s’agit vraiment de deux orientations fondamentalement distinctes partant d’une appréciation divergente de ce qui est en jeu dans la doctrine de la production conditionnée : en effet, l’idéalisme bouddhique pousse jusqu’à son terme la volonté de construire rationnellement le mécanisme de la production conditionnée des phénomènes, tandis que le Madhyamaka s’affaire au contraire à le déconstruire. Plus rigoureusement : l’idéalisme
pousse jusqu’à ses dernières conséquences l’idée selon laquelle seul existe
vraiment ce qui est efficient (propre à produire un effet, arthakriyâ), et c’est cette considération qui
l’amène a dégager, sous la superstructure des apparences inefficientes, « imaginaires »
(parikalpira), l’infrastructure du processus réel, le « dépendant »
(paratantra), qui, pour cette école, n’est « rien qu’idée » (vijñâptimâtra). Le Madhyamaka, au contraire, et c’est ce
qui le caractérise le plus profondément, refuse de dégager une strate de réel
sous la strate fictive. Et la raison pour laquelle Nâgârjuna peut mettre en équation vacuité et
production conditionnée, c’est précisément que, pour lui, les fantômes et les
fantasmes du plan fictif prennent appui les uns sur les autres, se
conditionnent mutuellement, sans qu’il y ait jamais besoin d’un étai, du point
d’appui sous-jacent d’un plan réel. La profonde différence de cette approche relativement à celle qui caractérise les autres écoles du bouddhisme se voit dans la manière qu’ont les auteurs du Madhyamaka de poser que le fils n’est pas moins cause du père que le père n’est cause du fils : pour eux, puisque le père n’obtient cette qualité de père que du fait de l’existence du fils, on peut dire que le fils engendre le père aussi bien que le contraire. Autrement dit : la production toute nominale d’une qualité qui ne change rien à l’être de la chose qu’elle qualifie (« devenir père ») est mise sur le même plan que la venue à l’être tout court (« devenir fils », c’est-à-dire naître). L’interdépendance des deux qualités (être fils, être père) correspond assez bien à ce qu’entend le Madhyamaka quand il parle de production conditionnée : une relativité des phénomènes qui les rend inassignables en dernière analyse, insaisissables, « non établis comme réels ». C’est tout à fait différent de l’approche des autres écoles, pour lesquelles l’exercice du discernement commence par la distinction du registre des fictions nominales (« devenir père ») et de celui des productions réelles (« naître »). Le point de vue propre au Madhyamaka a l’avantage de permettre de déconstruire à la fois l’être des choses et les discours que l’on peut tenir à son propos : en effet, la présupposition minimale de toute philosophie, c’est qu’il y a une réalité cachée sous l’apparence qui pourrait faire l’objet d’une connaissance vraie et « d’un discours qui ne serait pas du semblant ». Mais, précisément, c’est peut-être la
fragilité du Madhyamaka que de tendre à s’emporter avec ce qu’il nie : la
production conditionnée qu’il présuppose pour la sublimer dans l’indicible, il
est incapable de la construire rigoureusement par lui-même, de telle sorte
qu’il est finalement amené à la recevoir comme un donné de la Révélation d’une
manière bien dogmatique, qui tranche avec le scepticisme affiché des partisans
de Nâgârjuna. C’est en accord avec ce dispositif que
nous présenterons d’abord l’idéalisme bouddhique, pourtant plus récent dans son
développement, avant de passer au Madhyamaka et à ses difficultés, qui le
conduisent à réintégrer les doctrines idéalistes dans une position subordonnée. Ce que les "Idéalistes" (Vijñânavâdin) ont apporté au bouddhisme [...] il faut caractériser de manière précise ce que fut, en
philosophie, la rupture instaurée par les Vijñânavâdin. Ils ne font, en
un sens, que pousser un degré plus avant une entreprise née chez les
scolastiques antérieurs et contemporains. Mais cette vision, si conséquente par ailleurs, était travaillée par une contradiction fondamentale : le sujet, la conscience, l’individu, comme on voudra l’appeler, n’étant pas conçu par les Abhidharmika comme « un empire dans un empire », il devrait fatalement être incessamment traversé par des faisceaux de causes et d’effets assez largement étrangers à ses propres dispositions, à son passé, à ses tendances fondamentales. Bref, il serait constamment exposé à des accidents (au sens étymologique de ce qui me « tombe dessus » sans nullement procéder de moi, si ce n’est au titre de condition passive). Dans un tel dispositif, l’idée de karman ou de samskâra ne pouvait signifier
qu’un certain genre de réceptivité,
une disposition du tempérament, une manière idiosyncratique de
pâtir de l’action du monde sur moi et d’y répondre. Autrement dit, les
événements survenus dans ma vie ne seraient, dans nombre de cas, que teintés par
ma « subjectivité », au sens des différentes perceptions d’une même eau chez les
diverses classes d’êtres. Cependant, une telle vision des choses obligerait le bouddhisme à faire litière d’un certain nombre d’idées qui s’y sont fermement établies. En effet, les bouddhistes de toute obédience tendent à rejeter l’idée qu’à un individu dont le karman serait entièrement purifié puisse advenir des accidents fâcheux. Or, dans une vision strictement « psychologisée » du bouddhisme, il devrait arriver à l’être le plus saint exactement autant d’événements fâcheux qu’au plus abominable ; seulement, ce sage les accueillerait autrement que les êtres ordinaires ne le font. Il n’échapperait ni à la vieillesse, ni à la maladie, ni à la mort, mais, comme le sage stoïcien ou épicurien, il les regarderait avec égalité d’âme. Du reste, ce qui est philosophiquement plus fâcheux, une ontologie réaliste (posant l’existence d’une réalité objective, extérieure à la conscience) nous confronterait à l’impossibilité de valider toutes les thèses bouddhiques sur les vies passées et futures, etc., et mêmes celles qui portent sur la production conditionnée en général : en effet, sitôt posé que les choses en soi sont différentes de mes perceptions de ces choses, la seule connaissance objective possible (à supposer qu’elle le soit) doit passer par la démarche scientifique, expérimentale, laquelle ne confirme en rien les doctrines générales du bouddhisme. Refuser l’idéalisme, c’est faire du bouddhisme un simple objet de croyance. L’alternative est stricte, sur le plan philosophique : Vijñânavâda ou matérialisme scientifique. Le seul tertium quid est le scepticisme mystique, qui croit, en affaiblissant la raison, autoriser toutes ses croyances, mais qui, en réalité, ne fait que les vider de toute vérité. Du reste, quant à savoir si le Vijñânavâda peut rendre compte des succès de la techno-science moderne, c’est une question qui reste entièrement à traiter. Le bouddhisme, dans l’hypothèse non-idéaliste, ne serait plus qu’une vision du monde, un ensemble d’opinions adoptées par un sujet donné simplement en vue de rendre plus harmonieux son propre fonctionnement psychique ; opinions qui pourraient être saines et utiles, mais qui n’auraient plus grand-chose à faire avec le vrai et le faux. Quand bien même il résulterait de l’étude et de la pratique du bouddhisme une amélioration sensible de mon expérience de la vie, cela ne prouverait en rien la vérité des conceptions dont je me suis inspiré : l’efficacité dans les applications d’une théorie n’a jamais été une preuve suffisante de la vérité de cette théorie. Il y a, du reste, dans l’ordre des transactions mondaines, des erreurs salutaires et des illusions agréables. N’y aurait-il pas quelque cruelle ironie à faire du bouddhisme une illusion lénifiante plutôt qu’une confrontation libératrice avec la nature même des choses ? L’idéalisme bouddhique, quels que soient par ailleurs les paradoxes dont il est grevé, a au moins ce double avantage — pratique, de supprimer tout « accident » et de faire intégralement du destin d’un individu le reflet de ses actions ; et théorique, de permettre la construction la plus rationnelle possible de l’ensemble de la doctrine bouddhique, notamment sur les points qui regardent la production conditionnée. Là est l’enjeu central du Vijñânavâda.
Pour en savoir plus Vous pouvez
consulter un autre extrait de ce numéro 2 des "Cahiers bouddhiques"
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