
"Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 78 1er janvier 2006
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Actualités de l'UBE
Mise à
jour mensuelle du site
Rubrique Actualités mise à jour de l'agenda : mois de
janvier, février et mars 2006
Cours à
Paris
samedi 21 janvier L'empereur indien Asoka, légendes et
réalité,
cours public donné par Véronique Crombé, au "Forum
104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme
de l'UBE (Niveau
2). Renseignements : UBE,
29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.
L’empereur Açoka est l’une des grandes
figures emblématiques de l’histoire du bouddhisme : le souverain
vertueux et pacifique des édits, l’artisan de l’expansion de
la doctrine au-delà des limites du sous continent... Mais la
légende qui s’est bâtie autour de ce monarque, certes exceptionnel,
qui régna au milieu du IIIe siècle avant l’ère
chrétienne, cache une réalité infiniment plus complexe,
qui a ses faces claires et ses faces plus obscures.
Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
mercredi
11 janvier Genève (Suisse) Que faire avec ses idées
?, enseignement par le
Vénérable Bhante Dhammika, à 20h. Renseignements : Centre Bouddhiste International de Genève,
8 avenue de la Croisette - 1205 Genève - Suisse. Tél. (00.41) 22-321.59.21.
samedi 14 janvier Paris Fukanzazengi de Dôgen, causerie
zen animée par Eric Rommeluère à 15 h. Suite : les après-midi des 14/01,
05/02, 25/02, 18/03, 01/04, 29/04, 13/05, 10/06. Lieu : 55 rue de l'Abbé
Carton 75014 Paris. Renseignements : Un
Zen Occidental, 55 rue de l'Abbé Carton 75014 Paris (siège social). Tél. 01
40 44 53 94 ou par courriel.
samedi 14 et dimanche 15 janvier Paris Voeux de Bodhisattva enseignements donnés par Lama Mönlam. Lieu : Centre Anima, 31 rue de Maubeuge, 75009 Paris. Renseignements
: Kagyü Zamling Kunkyab
(école Karma-kagyü, affilié au centre Kagyü Shenpen
Kunkyab de Genève - Suisse), 88 boulevard Murat 75016 Paris. Tél.
01.47.43.16.41.
du mardi 17 au dimanche 29 janvier Savoie Le trésor des perspectives philosophiques éclairant tous les
véhicules, de Longchen Rabjam, enseignement avec Khempo Tcheuying (maître des
études du Monastère de Sonada).
Organisation : Sangha Rimay domaine d’Avalon - Institut Karma Ling. Suite
:
samedi 21 et dimanche 22 janvier ; samedi 28 et dimanche 29 janvier. Renseignements : Institut Karma Ling, Hameau de St Hugon, 73110
Arvillard. Tél : 04.79.25.78.00 (s’informer sur le site pour les activités des Centres Dharma
Ling de Paris, Lyon, Chambéry Genève, Grenoble, Nice, Valence, Toulon).
jeudi 19 janvier Paris Non-ego et pratique de la voie, conférence de Gérard Pilet. Renseignements : Dojo Zen de Paris (école : Zen sôtô, siège de l'AZI - Association Zen
Internationale), 175 rue de Tolbiac 75013 Paris. Tél. 01.53.80.19.19.
samedi 21 janvier Paris Mystiques en
débat : bouddhisme,
christianisme, islam, de 9 h 30 à 17 h 30 (entrée libre),
avec le père Jaume Flaquer s.j., Paul Magnin, le père
Paul Mommaers s.j., le père Dominique Salin s.j. et soeur Geneviève Comeau (xavière), au Centre Sèvres.
Renseignements : Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), 35 bis rue de Sèvres
75006 Paris.
dimanche 22 janvier Bruxelles (Belgique) Comment
pratiquer le bouddhisme en Occident ?
Journée d'échanges et de pratique avec Dominique
Trotignon, directeur de l'UBE, vice-président de l'Association
Bouddhique Theravâda "Vivekârâma". Renseignements
: "Les
Voies de l'Orient", 69 rue du Midi 1000 Bruxelles. Tél.
(00-32) (0)2.511.79.60.
En
ce début d'année, où chacun transmet à
tous ses voeux de bonheur, il nous a semblé de circonstance d'évoquer
la pratique du développement de l'amour-bienveillant
(maitri,
en pâli : metta)
ainsi que le bodhisattva
Maitreya / Metteya qui le symbolise et personnifie le souhait
que tous les êtres soient heureux.
Bonne
année à tous !
Le
développement de l'amour bienveillant
Comme la compassion (karuna - voir Micro-Hebdo n° 36), l’amour bienveillant est une pratique
des quatre « Demeures divines » (Brahma-vihâra),
appelées aussi « Quatre Pensées Illimitées », vertus qu’il convient
de cultiver en elles-mêmes, mais aussi comme contre-poison de tendances
naturelles négatives...
Elle est particulièrement mise en valeur dans l’école Theravâda, associée au
bodhisattva Metteya (skt : Maitreya), et le grand érudit Buddhaghosa y
consacre un chapitre entier de son ouvrage, le Visuddhimagga ou « Chemin
vers la purification ».
Voici quelques-unes des remarques que ce maître a recueillies de la tradition
orale qu’il a compilée dans son texte : autant de conseils qui peuvent
servir à tous, en ce début d’année !...
« Le pratiquant s’efforcera de cultiver la
bienveillance pour supprimer l’animosité (skt : dvesa
; pâli : dosa) dont il aura vu les
inconvénients, et s’exercer à l’acceptation (skt : ksanti
; pâli : khanti) dont il aura reconnu les
avantages.
Au tout début, le pratiquant doit cultiver assidûment la bienveillance envers
lui-même : « Puissé-je être heureux ! Puissé-je échapper au malheur ! »
ou « Puissé-je rester amical, satisfait, calme et heureux ! ».
Prendre son propre bonheur comme référence, au départ, suscite une aspiration
au bien-être et au bonheur des autres : « J’aime le bonheur, je répugne au
malheur, je veux vivre et non mourir. Les autres sont pareils. » Le
Bouddha a d’ailleurs suggéré cette méthode lorsqu’il a déclaré : « Nous
avons beau parcourir en esprit toutes les directions, nous ne trouvons personne
qui nous soit plus cher que nous-mêmes. Les autres aussi sont chers à
eux-mêmes. Que celui qui s’aime lui-même ne nuise donc pas à autrui ! »
Ensuite, il progressera aisément en se remémorant son instructeur, son
précepteur ou leur équivalent – une personne qu’il chérit, aime, respecte et
vénère. Il se rappellera les paroles affectueuses et les autres raisons qui lui
rendent cette personne chère et aimable, il pensera à sa discipline, à son
érudition et aux autres causes de respect et de vénération, et il s’exercera à
la bienveillance : « Que cet homme bon soit heureux, qu’il échappe au
malheur… »
Il cultivera ensuite la bienveillance à l’égard d’un compagnon très cher, puis
envers quelqu’un de neutre. Enfin à l’égard d’un ennemi.
|

le
bodhisattva Maitreya style de Mathura
|
Celui qui répugne à diriger son esprit vers l’ennemi dont les méfaits lui
reviennent en mémoire doit s’absorber à maintes reprises dans la bienveillance
diffusée sur l’une des personnes précédentes et, chaque fois qu’il en émerge,
chasser la répugnance en dirigeant la bienveillance vers l’ennemi. Si, malgré
ces efforts, sa répugnance ne disparaît pas, il doit faire des efforts assidus
pour éliminer cette répugnance.
Si ces efforts dissipent la répugnance, tant mieux ! Sinon, le pratiquant
devra l’écarter en se rappelant que cet individu a eu tel ou tel comportement
paisible et pur, capable d’inspirer confiance… [ou, si ça n’est pas possible,]
on doit prendre en pitié l’homme qui n’est apaisé ni dans son corps ni dans ses
paroles ni dans son esprit, en pensant : « Il vit à présent dans le
monde humain mais contribuera d’ici peu au peuplement des enfers ! »
Car la pitié favorise la disparition de la réticence…
Mais si la répugnance se manifeste encore en dépit de tous ces efforts,
le pratiquant
s'exhortera comme suit :
|
« Qu'un ennemi te fasse du mal, cela dépend de lui. Pourquoi
nuirais-tu aussi à ton esprit qui ne dépend pas de lui ? Tu as quitté les
proches qui t'avaient beaucoup aidé, bien qu'ils pleurassent, et tu ne
quitterais pas la colère, cet ennemi qui te fait tant de mal ? La colère
détruit les fondements de tes disciplines, tu la nourris cependant. Comment
peut-on être aussi sot ? Tu t'irrites qu'un autre commette des actions impures,
mais tu lui ressembles quand tu cherches à en commettre aussi ! Un autre te
mécontente et cherche à t'irriter, vas-tu le combler d'aise en t'irritant ? Tu
lui feras peut-être du mal avec ta colère, mais c'est toi qui subis à présent le
désagrément de ta propre colère. La voie de la colère est pernicieuse et tes
ennemis l'empruntent, mais pourquoi les suivre et te mettre en colère toi aussi
? Ton ennemi se rend désagréable parce qu'il est irrité. Chasse l'irritation !
Pourquoi te faire du mal sans raison ? Les choses ne durent qu'un instant : les
agrégats d’attachement sur lesquels tu t’es fixé ont cessé. Contre qui
vas-tu t'irriter à présent ? A qui ton ennemi pourrait-il faire du mal si tu
n'existais pas ? Tu es la cause de ton propre malheur. Pourquoi t'irriter
contre un autre ? »
Mais si la répugnance ne disparaît toujours pas
lorsqu'il s'exhorte ainsi, le pratiquant examinera l'effet de ses propres
actions et de celles d'autrui.
D'abord l'effet de ses propres actions :
« Dis-moi, toi le coléreux, que vas-tu faire à ton ennemi ? N'est-ce pas
d'abord à toi que tes propres actes de colère vont nuire ? Car ils
t'appartiennent en propre et tu en hériteras. Tu en es l'origine, ils te servent
de compagnons et de refuge, et tu hériteras des actes que tu auras commis. Or
ces actes ne te permettront pas d'atteindre la pleine Réalisation
ni la Réalisation individuelle ni le niveau du Disciple, ni même les états de
Brahma, de Sakka, d'empereur ou de roi. Ils te feront au contraire tomber de
l'enseignement et t'amèneront à de mauvaises existences comme celle des
mangeurs de déchets, et aux souffrances extrêmes des états infernaux. Si tu les
commets, tu agiras comme l'homme qui prend à deux mains des braises
rougeoyantes ou des excréments pour les jeter sur son ennemi, et qui est le
premier à se brûler ou à puer. » Puis l'effet des actions d'autrui : « Que va te
faire ce coléreux ? N'estce pas d'abord à lui qu'il va nuire ? Car
ces actes appartiennent en propre à cet homme... et il héritera des actes qu'il
aura commis. Or ces actes, s'il les commet, il s'empoussièrera lui-même comme
un homme qui veut couvrir un autre de poussière alors qu'il se trouve à
contre-vent. »
Si la répugnance ne disparaît toujours pas lorsqu'il
réfléchit à l'effet des actions, le pratiquant se remémorera les bonnes actions antérieures
du Maître : « Regarde, toi ! Quand il n'était pas encore un
Bouddha mais seulement un bodhisatta, avant sa pleine Réalisation, ton
Maître a parachevé les perfections pendant des temps quatre fois incalculables
et des centaines de milliers d’éons.
S'irritait-il contre les ennemis qui cherchaient à le tuer ? » Le Sîlavajâtaka raconte que le bodhisatta était
un roi dont la reine soudoya un mauvais conseiller pour qu'il aille proposer à
un roi ennemi de s'emparer du royaume.
Le Seigneur ne permit pas à ses conseillers de prendre les armes pour
empêcher l'autre roi de conquérir son royaume. Quand il fut enterré jusqu'au
cou dans la terre d'un charnier avec ses mille conseillers, il ne nourrit
aucune pensée de haine. (…)
|

le
bodhisattva Maitreya fresque d'Ajanta
|
Qu'un adulte qui avait quitté son foyer se soit
comporté ainsi n'est pas extraordinaire, mais le Cûladhammapâlajâtaka met
en scène un bébé qui ne marche pas encore. « Les bras de Dhammapâla étaient oints de santal. On
les lui coupe, à lui qui devait hériter de la terre! Ah, je me meurs, ô divin
roi ! » Ainsi se lamenta la mère du bodhisatta quand son père, le roi
Mahâpatâpa, fit couper ces bras et ces jambes qui évoquaient quatre pousses de
bambou. Encore insatisfait, le père commanda qu'on lui coupât aussi la tête. L'enfant
affermit sa résolution en s'exhortant : « II est temps de te ressaisir,
Dhammapâla ! Garde le même état d'esprit à l'égard de chacun : ton père qui te
fait couper la tête, le bourreau qui la coupe, ta mère qui se lamente et toi-même.
» Et il ne fit montre d'aucune irritation.
Il n'est pas extraordinaire qu'un être humain agisse
ainsi, mais qu'un animal le fasse est plus surprenant. Dans le rôle de l'éléphant
Chaddanta, le bodhisatta fut blessé au ventre par une flèche empoisonnée,
mais il n'eut aucune pensée de haine contre le chasseur qui l'avait blessé. Il
est dit : L' éléphant percé par l'épieu resta bienveillant et s'adressa au
chasseur : « Dans quel but, pour quelle juste cause rn' as-tu frappé ? Au
profit de qui cette action ? » Le chasseur répondit : « La grande épouse du roi
de Kâsi m'a demandé de prendre vos défenses, Seigneur. » Pour faire
plaisir jusqu'au bout, l'éléphant se coupa lui-même ces magnifiques défenses
irisées de six couleurs et les offrit.
|

le
bodhisattva Maitreya Chine - VIe s.
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Si même la remémoration des bonnes conduites antérieures
du Maître ne dissipe pas la répugnance du pratiquant qui est resté trop
longtemps l'esclave des souillures,
il devra se rappeler que le début des temps est inconcevable. Il est
dit : « Il n'est pas facile, moines, de trouver un être qui n'ait pas été sa mère,
son père, son frère, sa soeur, son fils ou sa fille à une époque antérieure ». Le
pratiquant pensera donc à son ennemi comme suit : « Il fut probablement dans
le passé la mère qui m'a porté dix mois dans son ventre, qui m'a lavé sans dégoût
de mon urine, de mes excréments, de ma salive et de ma morve comme s'il
s'agissait de santal jaune, qui m'a fait jouer sur son sein, m'a porté sur sa
hanche et m'a nourri. Il a été le père qui a colporté des articles en passant
par des chemins de chèvre et d'autres passages périlleux. Pour moi, il a
combattu au péril de sa vie dans des batailles rangées, s'est aventuré en
bateau sur l'océan et a couru bien d'autres dangers. Il a rapporté des
richesses par différents moyens pour nourrir ses enfants. Il a été mon frère,
ma sreur, mon fils et ma fille qui m'ont aidé de telle et telle manière. Aussi
ne serait-il pas convenable que je nourrisse une pensée de répugnance à son égard.
»
|
Si la répugnance ne disparaît toujours pas, le moine
doit passer en revue les avantages de la bienveillance : « Ecoute, toi qui a quitté ton foyer, le Seigneur a
dit : Celui qui se consacre à la délivrance spirituelle de la bienveillance,
moines, qui la cultive, la pratique beaucoup, en fait son véhicule, en fait son
domaine, s'y tient constamment, en est familier et s'y tient fermement, peut
espérer onze avantages. Lesquels ? Bien s'endormir, s'éveiller facilement, ne
pas faire de cauchemars, être cher aux êtres humains, être cher aux non-humains, être protégé par
les divinités, être invulnérable au feu, au poison et à l'épée, être capable de
se concentrer vite, avoir un visage rayonnant, mourir sans confusion, et
atteindre le monde de Brahma à défaut de s'élever plus haut. Si tu n'élimines
pas cet esprit de répugnance, tu seras privé de ces avantages. »
Si cela ne suffit pas encore, le moine procédera à la
dissection des éléments : « Dis-moi, toi qui t'irrites contre cet homme,
contre quoi t'irrites-tu ? T'irrites-tu contre ses cheveux ? Contre ses poils ?
Contre ses ongles ? Ou contre son urine ? T'irrites-tu contre l'élément terre
dans les cheveux... contre l'élément eau, l'élément feu ou l'élément vent ?
On donne un nom à cet homme parce qu'on saisit les cinq agrégats, les douze
domaines ou les dixhuit éléments. T'irrites-tu contre l'ensemble des aspects
physiques, celui du ressenti, celui des perceptions, celui des créations ou
celui des états de conscience ? T'irrites-tu contre le domaine oculaire, le
domaine visible… le domaine mental ou le domaine connaissable ? T'irrites-tu
contre l'élément oculaire, l'élément visible, l'élément de conscience oculaire…
l'élément mental, l'élément connaissable ou l'élément de conscience mentale ? »
Quand le pratiquant procède ainsi à la dissection des éléments, sa colère n'a
plus de point où se fixer, elle ressemble à une graine de moutarde en équilibre
instable sur la pointe d'une aiguille ou à une peinture sur le ciel.
Mais s'il n'est pas capable d'opérer cette
dissection, le moine doit procéder à un échange : il donnera l'un de ses biens à
l'ennemi et en acceptera un de lui. Ce genre d'action élimine toute répugnance à
l'égard de l'autre personne. Même si l'animosité prend sa source dans une
naissance passée, elle disparaît dans l'instant. Le don possède une grande
force. Il est dit aussi : « Le don amadoue l'indompté et permet
d'atteindre tous les buts. Le don et les bonnes paroles élèvent et inclinent. » Quand la répugnance à l'égard de l'ennemi s'apaise,
l'esprit du pratiquant reste bienveillant à son égard comme envers l'être cher,
le compagnon très cher et l'être neutre. Quand le pratiquant est constamment
bienveillant et réussit à garder le même état d'esprit avec les quatre - lui-même,
l'être cher, l'être neutre et l'ennemi -, il lui reste à supprimer les barrières,
suppression qui se caractérise comme suit. Supposons que le pratiquant soit
assis quelque part avec l'être cher, l'être neutre et l'ennemi, et que des
brigands viennent lui dire : - Choisissez-nous un homme, seigneur ! - Pour quoi faire ? - Pour le faire périr, recueillir le sang qui coulera
de sa gorge et en faire offrande.
|

le
bodhisattva Maitreya Corée - VIIe
s.
|
Si le pratiquant souhaite qu'ils prennent l'un ou
l'autre, la suppression des barrières n'est pas accomplie. Même s'il choisit d'être
lui-même pris, et non les trois autres, la suppression des barrières n'est pas
accomplie. Pourquoi ? Parce qu'il cherche le bien-être de trois personnes mais
non de la quatrième.
Les barrières ne sont supprimées que s'il ne voit personne
qu'il puisse abandonner aux bandits : son esprit est alors équanime, car il ne
fait aucune différence entre lui-même et les trois autres. Les anciens disaient : « Quand dans la tétrade
"lui, l'ami, le neutre et l'ennemi" il fait une différence alors même
qu'il veut le bonheur des êtres vivants, il n'acquiert pas la bienveillance à
volonté et n'y est pas habile. Mais lorsque le pratiquant a supprimé les barrières
entre les quatre, il diffuse la bienveillance uniformément sur le monde entier,
dieux inclus. Il excelle à la bienveillance qui ne connaît aucune frontière.
Ce pratiquant obtient alors le premier jhâna (skt :
dhyâna) de la bienveillance qui est trois fois bon !
»
Maitreya
dans la culture chinoise : un Bouddha bedonnant et jovial
!

Nous vous
proposons ci-dessous un article de Derek Lin qui explique -
enfin ! - pour quelle raison les Chinois appellent Bouddha
un petit bonhomme au ventre rebondi, bien différent
des représentations traditionnelles des Bouddha...
C’est une chose de savoir le nom de Maitreya Bouddha dans quelque langue que
ce soit, et tout à fait une autre de saisir pleinement le symbole qu’il
représente dans la culture chinoise. Lorsque je demande à des
amis chinois
d’expliquer ce bouddha, les réponses que j’obtiens s’avèrent plutôt
superficielles et évidentes : « prospérité »,
« richesse », « bonne fortune », et « sérénité ».
Quelqu’un a même suggéré « fertilité », puisque certaines femmes,
prétend-on, frottent le ventre de ces bouddhas dans l’espoir de devenir enceintes
sous peu. Ce sont là toutes des réponses valables, car chacune décrit des aspects de
la conception chinoise du Maitreya Bouddha ; elles s’écartent toutefois du
principe essentiel qui réside au coeur du concept. Selon les Chinois, le
Maitreya Bouddha représente en essence la notion de générosité.
Veuillez noter que l’objet de notre échange est celui d’un aspect de la
culture chinoise, et pas nécessairement le bouddhisme. Dans le
bouddhisme authentique, Maitreya Bouddha est le « futur bouddha »,
celui qui viendra dans un avenir lointain pour rétablir des enseignements
bouddhistes et pour apporter une fin à la souffrance. Les
attributs supplémentaires dont nous parlons sont issus du « Moine au sac
de toile », un moine bouddhiste qui a habité en Chine il y a environ mille
ans et que les Chinois ont considéré comme l’incarnation terrestre de Maitreya.
En raison de cette croyance, l’image corpulente du Moine au sac de toile a été
substituée à la première représentation de Maitreya Bouddha en Chine. En
d’autres religions de l’Asie originelle, toutefois, l’image d’un Maitreya
beaucoup plus maigre perdure toujours.
En chinois, nous disons que Maitreya Bouddha a un « gros ventre »
et peut donc tout tolérer. Les jeunes enfants grimpent sur lui sans
l’importuner le moindre du monde. On peut profiter de lui sans que cela ne le
rende furieux. L’équivalent français du « gros ventre » dans un tel
contexte est celui d’un « grand coeur ». Le Maitreya Bouddha est grand
de coeur. Nous voilà enfin arrivés au-delà des traits superficiels. La « capacité
du ventre » étant la manière toute chinoise d’exprimer la capacité de
donner et de pardonner, les Chinois ont justement choisi de façonner ce bouddha
avec un ventre aussi énorme. Y aurait-il meilleure façon de symboliser la
tolérance et la générosité infinies ? Notez que la générosité dans ce contexte n’est pas limitée à l’aspect
matériel de la charité.
Elle s’applique également au domaine immatériel. Par exemple,
à quel point fait-on preuve de générosité quand vient le moment de féliciter
autrui pour les bonnes choses qu’il a faites ? Offre-t-on les éloges en
abondance en guise de reconnaissance envers les accomplissements d’autrui, ou
alors se transforme-t-on en avare lorsque vient le moment des compliments, en
les prodiguant de temps à autres et ce, à contrecoeur ?
Tout autre attribut de Maitreya Bouddha découle naturellement de ce seul
concept central. Pourquoi est-il si heureux ? Parce qu’il tolère tout et
ne tient rancune contre personne. Pourquoi représente-t-il la prospérité ?
Parce que son grand coeur donne généreusement et donc reçoit abondamment aussi. L’ordre de ce qui précède est important - dans ce cas-ci, la syntaxe est
essentielle. On doit atteindre un état où l’on peut donner sans entretenir
l’espoir de gratification ou de reconnaissance avant de pouvoir être
prêt à recevoir les largesses que la vie a à nous offrir. Cela ne fonctionne
pas à l’inverse, comme bon nombre d’entre nous le croient inconsciemment. Une telle opinion pourrait se formuler un peu comme ceci : « Je
vais commencer à donner à la famille, aux amis et à faire la charité lorsque
j’aurai gagné à la loterie ». Faux. Ce mécanisme universel
représenté par Maitreya Bouddha, indique que l’on doit commencer à donner
d’abord et ne s’attendre absolument à rien en retour. Selon toute probabilité,
on ne gagnera certes pas le prochain gros lot, mais on remportera sans conteste
le grand prix de la vie.
J’aime à dire qu’il est comme une porte dans le coeur qui s’ouvre vers
l’extérieur. Une circulation à deux voies - on donne et reçoit par la même
porte. Chez les gens généreux la porte est grande ouverte ; chez les
personnes pas vraiment généreuses la porte est légèrement entrebâillée. Le
degré auquel la porte s’ouvre détermine le degré d’abondance et de prospérité
dans votre vie. Pensez aux personnes avares que vous connaissez. Elles donnent peu parce que
la porte de leur coeur n’est ouverte que de manière ténue. Ont-elles la capacité
de recevoir abondamment ? Pas vraiment. Si l’on essaie de trop leur
donner, elles deviennent soit inconfortables, soit soupçonneuses… ou bien les
deux. On peut même par inadvertance forcer les portes à se refermer un peu plus
qu’auparavant. Et que dire des gens dont les portes sont complètement
fermées ? Ils ne donnent rien et n’ont aucune capacité à recevoir quoi que
ce soit. Ce qu’il y a de délicat avec cette porte, c’est l’impossibilité d’exercer un
contrôle manuel sur elle. On ne peut l’ouvrir ou la fermer à notre gré. La
seule façon de l’ouvrir davantage est de donner plus qu’à l’accoutumée, afin de
la forcer à s’ouvrir grâce à un afflux se dirigeant vers l’extérieur. Une fois
qu’elle est grande ouverte, on n’aura littéralement plus le choix de profiter du
flux d’abondance à la fois matériel et spirituel qui s’introduira en soi.
La prochaine fois que vous verrez Maitreya Bouddha, laissez-le devenir un
mémento pour vous, comme les anciens le désiraient, de ce que l’esprit de
générosité mène à l’abondance et au bonheur. C'est un profond enseignement
dissimulé à première vue. Notre idéal est de suivre cette leçon jusqu’à l’état
bouddhique, ce moment où la porte du coeur est décrochée de ses charnières. Dans
cet état d’illumination véritable, vous et moi donnerons tout sans
arrière-pensée… et recevrons l’univers.
|