"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 79
    1er février
    2006
     

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    prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er mars 2006



    Actualités de l'UBE
     
     


    Nouvelle session du Cours en Ligne

    La prochaine session du Cours en Ligne
    débutera le lundi 13 février 2006
    Les inscriptions sont ouvertes et peuvent être effectuées
    grâce au bulletin d'inscription
    figurant dans nos pages de présentation.
     


    Mise à jour mensuelle du site

    Rubrique Actualités 
    mise à jour de l'agenda : mois de février, mars et avril 2006

     


    L'UBE fête ses dix ans !

    Les visites-conférences au Musée Guimet, proposées le lundi 6 février, sont complètes...
    Si vous êtes intéressé par ce type de visites, veuillez envoyer un bulletin d'inscription (sans chèque d'accompagnement) en précisant le jour (samedi ou semaine) qui vous conviendrait le mieux. L'UBE proposera de nouvelles visites-conférences au cours de l'année 2006 et votre envoi nous aidera à les programmer en tenant compte au mieux de vos souhaits !

    => accéder au bulletin d'inscription 
     

     

    Cours à Paris

    samedi 4 février
    « Le Gué vers la Terre Pure », de Hônen
    (texte japonais), cours public donné par Véronique Crombé, de 14 h 30 à 17 h 30, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Etude de textes). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77. 

    « Le Gué vers la Terre Pure » (Senchaku-shû), de Hônen (1133-1212), est le texte fondateur de l’Ecole de la Terre Pure, l’un des principaux courants du bouddhisme japonais, encore mal connu en Occident. Composé comme un traité méthodique, ce texte est étayé de nombreuses citations des Ecritures bouddhiques de l’Inde et de la Chine, qui en font une véritable anthologie.

    samedi 25 février
    Le prince japonais Shôtoku Taishi
    , cours public donné par Frédéric Girard, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Niveau 2). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.

    Le prince Shôtoku (574-622) occupe une place à part dans l’histoire japonaise. Sans avoir pu accéder au trône impérial, il a exercé les fonctions de régent, lors du règne de sa tante, l’impératrice Suiko. Sa position privilégiée au sein d’une Cour impériale acquise à la foi bouddhique, lui a permis de concevoir et de mettre en oeuvre une politique qui, en dehors de préoccupations utilitaires et si l’on se fonde sur les témoignages directs ou indirects dont on dispose, se caractérise par un idéal humaniste. L’examen de passages de sa Constitution ainsi que de ses Trois Commentaires sur des sûtra bouddhiques permet d’entrevoir les termes en lesquels se posent des questions sur les liens entre l’Etat et la religion, ainsi que sur la foi qui animait le Prince et certains de ses contemporains.

     



Actualité du bouddhisme
(quelques rendez-vous, extraits de l'
agenda)
 

    samedi 4 et dimanche 5 février
    Dordogne
    Qu’est-ce que l’esprit ? Lama anila Shérab Kunzang explique les fonctionnements de l’esprit et la façon d’y faire face pour les amener au chemin. Ouvert à tous. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling (école Karma-kagyü), Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75

    mercredi 8 février
    Genève
    (Suisse)
    Qu’est-ce que le Bouddha a pratiqué ? Enseignement par le vénérable Mujin Sunim, à 20 h. Renseignements : Centre Bouddhiste International de Genève, 8 avenue de la Croisette - 1205 Genève - Suisse. Tél. (00.41) 22-321.59.21.

    du vendredi 10 au dimanche 12 février
    Lyon
    Week-end de pratique du zen
    , animé par Bruce Harris, à Francheville (près de Lyon). Renseignements : Centre des Trois rivières (So-un Zendo, lignée Zen Sambo Kyodan), Cambous, 34725 St-André de Sangonis (Hérault, près de Montpellier). Contact Bruce Harris. Tél. 04.67.88.03.92 ou 06.19.40.66.00.

    dimanche 12 février
    Bruxelles (Belgique)
    Les spécificités du bouddhisme tibétain
    par Lama Tashi Nyima. Renseignements : Institut Nalanda (école Karma-kagyü, affilié à l’Institut Yeunten Ling), 48-50 rue de l’Orme, 1030 Bruxelles (Belgique) Tél. (00.32) (0)26-753.805.

    du lundi 13 au dimanche 19 février
    Dordogne
    Session d’hiver zen sôtô, animée par Jean-Pierre Faure à La Coquille. Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86.

    samedi 18 et dimanche 19 février
    Paris
    Retraite de méditation Vipassana, guidée par Martin Aylward. Lieu : Maison de l'Inde, Cité Universitaire de Paris, Bd Jourdan, 75014 Paris. Organisation et renseignements : Dharma Network - Terre d'Eveil 8 rue Crébillon, 94300 Vincennes. Tél. 01.43.28.09.11 (ou courriel).

    mercredi 22 février
    Paris
    Panorama de la culture indienne : Nâgâjurna, un penseur original. Conférence animée par Michel Angot à 11 h. Lieu : Maison des Mines 270 rue Saint Jacques, 75005 Paris. Organisation et renseignements : Association Clio, 27 rue du Hameau, 75015 Paris. Tél : 01 53 68 82 82.

    du lundi 27 février au dimanche 5 mars
    Dordogne
    Amitabha : Lama anila Kemtcho donne une explication détaillée du rituel extensif pratiqué durant le stage et approfondit le sens des souhaits de renaissance en cette terre pure. Avoir pris refuge est indispensable. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling (école Karma-kagyü), Landrevie, 24290 Saint-Léon-sur-Vézère. Tél. 05.53.50.70.75

     


 

    La première Noble Vérité :
    "Ceci est dukkha (souffrance) !"

     

    "Ceci est dukkha", "ceci est souffrance" constitue la première des Quatre Nobles Vérités enseignées par le Bouddha lors de son premier sermon, appelé "Sermon de Bénarès" ou "Mise en mouvement de la roue de la Loi". Une autre traduction possible de ce premier enseignement pourrait être : "Les Quatre aspects de la Réalité selon les Nobles", c'est-à-dire telle que la voit les Bouddhas et tous ceux qui ont atteint la même réalisation.
    Contrairement à ce qui a été souvent affirmé en Occident, cette affirmation n'a rien de pessimiste : la première Vérité énonce une Réalité qu'il convient de connaître et de comprendre, non pour sombrer dans un défaitisme morbide mais, bien au contraire, pour aborder sereinement la suite de l'enseignement : "La souffrance a une origine, elle a aussi une fin et il existe un chemin qui mène à sa cessation."
    Une bonne nouvelle !...  
    C'est ce cheminement que nous propose de suivre Ajahn Sumedho, un maître occidental de la tradition des "moines de forêt" de Thaïlande, dont nous vous proposons ici de découvrir quelques extraits de l'un de ses enseignements.
     


      La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance et la mort est souffrance.
      Etre séparé de ce qu’on aime est souffrance, ne pas obtenir ce que l’on désire est souffrance ;
      en résumé, les cinq catégories d’attachements sont sources de souffrance.
      Il y a la Noble Vérité de la Souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors non exprimées.
      Cette Noble Vérité doit être pénétrée par une compréhension complète de la souffrance (...)
      Cette Noble Vérité a été pénétrée par une compréhension complète de la souffrance :
      telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui apparut en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées.
      [extrait du
      Samyutta-Nikâya - LVI 11]

     

    La Première Noble Vérité et ses trois aspects est la suivante : Il y a souffrance, dukkha ; dukkha doit être comprise ; dukkha a été comprise.

    C’est un enseignement très habile, car il est exprimé au moyen d’une formule simple, facile à mémoriser ; il est également applicable à tout ce qu’il est possible d’expérimenter, de faire ou de penser, en matière de passé, de présent ou de futur.
    La souffrance,
    dukkha, est une expérience que nous partageons tous. N’importe lequel d’entre nous souffre, où qu’il soit. Les êtres humains souffraient par le passé dans l’Inde antique, ceux de l’actuelle Grande Bretagne souffrent aussi et tous, dans le futur, continueront à souffrir... Qu’avons-nous en commun avec la reine Elizabeth ? – nous souffrons. Que partageons-nous avec un clochard de Charing Cross ? – la souffrance. Tous les niveaux sociaux sont concernés, des plus privilégiés aux plus démunis. N’importe lequel d’entre nous, où qu’il soit, fait l’expérience de la souffrance. C’est un lien qui nous relie tous les uns aux autres, quelque chose qui est familier à chacun d’entre nous.
    [...]
    La Première Noble Vérité n’est pas une doctrine métaphysique pessimiste qui affirme que tout est souffrance. Notez bien la différence qui existe entre une doctrine métaphysique constituant une prise de position en ce qui concerne l’Absolu et une Noble Vérité présentée comme moyen de réflexion. Une Noble Vérité est une vérité que nous utilisons pour réfléchir ; ce n’est pas un absolu, ce n’est pas L’Absolu. C’est sur ce point que beaucoup d’occidentaux sont désorientés, car ils interprètent cette Noble Vérité comme une espèce de dogme métaphysique bouddhiste – mais ceci est une erreur d’interprétation.
    On voit clairement que la Première Noble Vérité n’est pas une prise de position absolue, du fait de la Quatrième Noble Vérité qui est l’issue à la souffrance. Il ne peut pas y avoir la souffrance absolue de même qu’une voie qui permet de s’en échapper, n’est-ce pas ? Ça n’est pas logique. Pourtant, certains, se référant à la Première Noble Vérité, soutiennent que le Bouddha enseignait que tout est souffrance.

    Le mot dukkha signifie « incapable de satisfaire » ou « incapable de soutenir quoi que ce soit », « toujours changeant », « incapable de véritablement nous donner satisfaction ou de nous rendre heureux ». Le monde sensuel est ainsi : une vibration naturelle. En fait, ce serait désastreux si nous trouvions satisfaction dans le monde des sens, car nous ne chercherions pas au-delà ; nous en serions complètement prisonniers. Cependant, lorsque nous nous éveillons à cette expérience de dukkha, nous sommes en mesure de trouver une issue ; de ce fait, nous ne sommes plus constamment prisonniers de la conscience sensorielle.  
     

    SOUFFRANCE ET IMAGE DE SOI

    Il est important de contempler la façon dont est formulée la Première Noble Vérité. Celle-ci est exprimée très clairement par « Il y a la souffrance » plutôt que par « Je souffre ». Du point de vue psychologique, cette réflexion est beaucoup plus habile. Nous avons tendance à interpréter notre souffrance en termes de « Je souffre vraiment, je souffre beaucoup et je ne veux pas souffrir ». C’est ainsi que notre intellect est conditionné.
    « Je souffre » a toujours le sens de « Je suis quelqu’un qui souffre énormément. Cette souffrance est la mienne, j’ai tant souffert dans la vie ! ». De ce fait, tout un processus d’association se met en route, entre l'image que vous avez de vous-même et les souvenirs et suppositions qui confirment cette perception. Vous vous souvenez de ce qui s’est produit alors que vous n’étiez qu’un enfant, et ainsi de suite...
    Mais, remarquez bien, notre propos n’est pas de dire qu’il y a quelqu’un qui souffre. Dès que nous la voyons en termes de « Il y a souffrance », la douleur n’est plus perçue comme quelque chose de personnel. C’est tout à fait différent de « Oh, pauvre de moi, pourquoi dois-je autant souffrir ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Pourquoi suis-je obligé de vieillir ? Pourquoi est-ce que je dois faire l’expérience du chagrin, de la douleur, de la peine et du désespoir ? Ce n’est pas juste ! Je ne veux pas ! Je ne désire que bonheur et sécurité ! » Cette façon de penser a pour origine l’ignorance qui complique tout et dégénère en problèmes de personnalité.

    Pour permettre à la souffrance de disparaître, il faut d’abord en admettre consciemment la présence. Mais, dans la méditation bouddhiste, cette acceptation n’est pas faite depuis une position telle que « Je souffre », mais plutôt à partir de celle de « Il y a présence de souffrance ». Ainsi, nous ne sommes pas en train d’essayer de nous identifier au problème, mais de simplement reconnaître son existence. Il n’est pas habile de penser en termes de « Je suis quelqu’un d’irritable ; je me mets si facilement en colère ; comment puis-je y remédier ? ». Ce type de pensée déclenche toutes les suppositions renforçant l'idée d'une personnalité fixe, qui ne peut être changée et il devient très difficile de voir les choses en perspective. Tout devient très confus, car le sentiment que ces problèmes et ces pensées sont les nôtres nous conduit facilement à vouloir nous en débarrasser ou à porter des jugements critiques sur nous-mêmes. Nous avons tendance à nous attacher et à nous identifier plutôt que d’observer, d’être témoin et de comprendre les choses telles qu’elles sont. Par contre, si nous admettons simplement la présence d’un sentiment de confusion, de convoitise ou de colère, notre attitude constitue une réflexion honnête sur la nature des choses, réflexion qui n’est pas basée – ou du moins pas aussi fortement – sur toutes sortes de suppositions sous-jacentes.
    Essayez de ne pas considérer ces phénomènes comme des fautes personnelles. Observez plutôt leur nature conditionnée, impersonnelle, éphémère et incapable de donner satisfaction. Continuez à les regarder tels qu’ils sont, sans interférer. Nous avons tendance à interpréter la vie en nous plaçant du point de vue que « Ce sont mes problèmes » et à considérer que nous faisons preuve d’honnêteté et d’intégrité en réagissant de la sorte. Ainsi, notre vie ne fait que confirmer ces interprétations, puisque nous continuons à fonctionner sur la base de cette hypothèse erronée. Mais cette façon d’interpréter la vie est elle-même éphémère, insatisfaisante et vide de substance.

    « Il y a souffrance » est la constatation très claire et précise qu’existe à cet instant un certain sentiment d’insatisfaction. Cela peut aller d’une légère irritation à l’angoisse ou au désespoir le plus profond : dukkha ne veut pas nécessairement dire « souffrance considérable ». Il n’est pas nécessaire d’être brutalisé, d’avoir été interné à Auschwitz ou à Belsen pour reconnaître l’existence de la souffrance. Même la reine Elizabeth est en mesure de dire que la souffrance existe. Je suis sûr qu’il lui arrive de connaître aussi l’angoisse et le désespoir, ou du moins d’être irritée.
    Le monde sensoriel est une expérience sensible. En d’autres termes, nous sommes constamment sujets au plaisir et à la douleur, à la dualité du
    samsâra. Ceci est la conséquence du fait que nous possédons une forme très vulnérable et de ressentir tout ce qui entre en contact avec notre corps et ses sens. C’est ainsi. C’est le résultat d’être né.  
     

    NEGATION DE LA SOUFFRANCE

    La souffrance est une expérience que nous ne souhaitons pas connaître ; nous voulons simplement nous en débarrasser. La réaction habituelle d’un individu ordinaire, dès qu’une chose le dérange ou l’ennuie, est de vouloir s’en défaire ou de la supprimer. On comprend ainsi pourquoi la société moderne est autant impliquée dans la recherche de plaisirs et d’excitations au travers de tout ce qui est nouveau, surprenant ou romantique. Nous avons tendance à placer en avant la beauté et les joies de la jeunesse, tandis que nous mettons à l’écart tout ce que la vie offre de laideur – la vieillesse, la maladie, la mort, l’ennui, le désespoir et la dépression. Lorsque nous rencontrons quoi que ce soit de désagréable, nous essayons de nous en débarrasser et de la remplacer par quelque chose d’agréable. Si nous ressentons de l’ennui, nous recherchons quelque chose d’intéressant. Si nous avons peur, nous essayons de trouver un moyen de nous rassurer. C’est parfaitement normal de réagir ainsi. Nous fonctionnons selon ce principe « plaisir-douleur » qui consiste à être attiré ou repoussé. Par conséquent, si l’esprit n’est pas entier et réceptif, il procède par sélection, il choisit ce qu’il aime et tente d’éliminer ce qu’il n’aime pas. Une grande partie de notre expérience doit donc être supprimée, car il est impossible de vivre sans être associé à des choses désagréables. [...]

    Cependant, par la réflexion, nous pouvons changer cela ; nous sommes en mesure de transcender ce conditionnement instinctif et animal et de faire mieux que de nous comporter comme de simples pantins soumis aux lois de la société, évitant la violence seulement par peur des représailles. Nous pouvons vraiment assumer notre responsabilité et vivre en respectant l’existence des autres créatures, même celle d’insectes et autres « nuisibles ». Nous sommes tous incapables d’aimer les moustiques ou les fourmis, mais nous pouvons contempler le fait qu’ils ont le droit de vivre. Ceci est une réflexion de l’esprit ; ce n’est pas seulement une réaction comme « Vite, l’insecticide ! ». Ainsi, grâce à notre capacité de réflexion, nous sommes capables de voir que, même si elles nous dérangent et que nous préférerions les voir partir, ces créatures ont le droit d’exister. C’est un exemple d’observation dont est capable l’esprit humain.
    La même attitude peut être développée en ce qui concerne les états mentaux déplaisants. Ainsi, lorsque vous êtes en proie à l’exaspération, plutôt que de vous dire : « Ça y est, je recommence à m’emporter ! », vous pouvez penser : « Ceci est la colère ». Il en va de même avec la peur : si vous la voyez en termes personnels – comme la peur dont souffre ma mère ou bien mon père, ou encore la mienne – tout devient alors un imbroglio confus de différents personnages tantôt reliés entre eux et tantôt séparés. Il devient très difficile d’avoir aucune compréhension réelle ; et cependant la peur dont je fais l’expérience est la même que celle ressentie par ce pauvre chien, « Ceci est la peur ! ». C’est seulement cela. La peur que j’ai éprouvée n’est pas différente de la peur vécue par les autres. Si nous voyons cela, nous sommes en mesure d’éprouver de la compassion, même pour un vieux chien galeux. Nous comprenons qu’avoir peur est une expérience aussi horrible pour lui que pour nous. Qu’un chien reçoive un bon coup de pied ou que vous le receviez vous-même, la douleur est identique. La douleur est la douleur, le froid est le froid, la colère est la colère ; ce n’est pas « La mienne » – une façon de voir qui renforce l'image que nous avons de nous-même – mais plutôt « Ceci est la douleur » – une manière habile de penser qui nous aide à discerner les choses plus clairement. Reconnaître cette expérience de la souffrance – ceci est souffrance – conduit ensuite à la seconde révélation de la Première Noble Vérité : « Elle doit être comprise ». Cette souffrance doit être examinée.
     

    ETUDIER LA SOUFFRANCE

    Je vous encourage tous à comprendre dukkha, à vraiment l’étudier, à recevoir et accepter votre souffrance. Essayez de la comprendre dans la sensation de douleur physique comme dans le désespoir et l’angoisse, dans la haine et l’aversion – quelque forme qu’elle prenne, quelle qu’en soit la qualité, qu’elle soit terrible ou insignifiante. Cet enseignement ne requiert pas que vous soyez complètement misérable avant de réaliser l’éveil. Il n’implique pas d’être dépouillé de tous vos biens ou torturé dans votre chair, mais d’être capable de regarder la souffrance, même s’il ne s’agit que d’un léger sentiment de mécontentement, la regarder et la comprendre.

    C’est facile de trouver quelqu’un à qui faire porter la responsabilité de nos problèmes : « Si ma mère m’avait vraiment aimé... », ou « Si tout mon entourage avait fait preuve de sagesse et s’était totalement dévoué à m’offrir un environnement parfait, je ne connaîtrais pas les problèmes émotionnels dont je souffre à présent ». C’est tout à fait stupide, n’est-ce pas !? Pourtant, c’est ainsi que beaucoup d’entre nous voient la vie, persuadés qu’ils sont perdus et misérables parce qu'ils n'ont pas reçu une juste chance. Mais, avec cette formule de la Première Noble Vérité, même si notre existence a été plutôt misérable, ce que nous regardons n’est pas cette souffrance venue de l’extérieur, mais celle que nous créons dans notre propre esprit. Ceci constitue un éveil chez un individu – un éveil à la Vérité de la souffrance. Et il s’agit d’une Noble Vérité, car nous ne cherchons plus à accuser les autres pour la souffrance dont nous faisons l’expérience. Aussi, l’approche bouddhiste est-elle tout à fait originale et distincte des autres religions par l’accent qu’elle met sur la sagesse, l'affranchissement de toute illusion comme moyen d'échapper à la souffrance – plutôt que sur l’obtention de quelque état de béatitude ou d’union avec l’Absolu.
    Notez bien, mon propos n’est pas de dire que les autres ne sont jamais source de frustration ou d’irritation ; mais, ce que cet enseignement nous demande d’étudier est notre propre façon de réagir à l’expérience d’exister. En supposant qu’une personne vous traite avec méchanceté ou essaie de vous nuire de façon délibérée et machiavélique, si vous pensez que c’est cette personne-là qui constitue la véritable cause de votre souffrance, vous n’avez pas encore saisi la Première Noble Vérité. Même si elle est en train de vous arracher les ongles ou de vous faire subir je ne sais quelle atrocité, tant que vous êtes convaincu que vous souffrez à cause d’elle, vous n’avez pas saisi la Première Noble Vérité. Comprendre la souffrance, c’est voir clairement que c’est notre réaction à l’encontre de cette personne – « Je te déteste » – qui constitue la véritable souffrance. Se faire arracher les ongles est douloureux, mais la souffrance implique : « Je te hais », « Comment peux-tu me faire ça » et « Je ne te pardonnerai jamais ».

    Cela dit, n’attendez pas que quelqu’un vous arrache les ongles pour mettre en pratique la Première Noble Vérité. Mettez-là à l’épreuve dans le cadre de petites contrariétés : par exemple, si quelqu’un fait preuve d’insensibilité à votre égard ou se montre impoli, méprisant. Si vous souffrez parce que cette personne vous a trompé ou offensé de quelque manière que ce soit, vous pouvez vous en servir pour votre travail de contemplation. Dans la vie quotidienne, nous avons maintes occasions d’être blessés ou offensés. Nous pouvons nous sentir dérangés ou même irrités par la simple démarche de quelqu’un ou par sa seule apparence, en tout cas, ça m’arrive. Parfois, vous pouvez vous surprendre à ressentir de l’aversion pour une personne simplement à cause de sa façon de marcher ou parce qu’elle n’agit pas comme elle devrait. On peut se mettre franchement en colère pour des futilités de ce genre. La personne en question ne vous a fait aucun mal, mais vous souffrez quand même. Si vous ne réussissez pas à contempler votre souffrance dans ce type de situation ordinaire, vous ne serez jamais capable de faire preuve de l’héroïsme nécessaire dans le cas extrême où quelqu’un vous arrache les ongles !
    La pratique consiste à travailler avec toutes les petites contrariétés de la vie quotidienne. Il suffit d’observer la façon dont nous pouvons être blessés, vexés, dérangés ou irrités par les voisins, par Mr Blair, par la façon dont vont les choses ou par nous-mêmes. Nous savons que la souffrance doit être comprise. Nous passons à la pratique en contemplant profondément la souffrance en tant qu’objet, en comprenant « Ceci est souffrance ». C’est ainsi que nous réalisons la compréhension profonde de la souffrance.  [...]
     

    REALISATIONS EN SITUATION

    [...] Nous pouvons contempler les choses qui provoquent notre indignation et notre colère : sont-elles intrinsèquement mauvaises ou est-ce nous qui fabriquons ce dukkha à leur sujet ? Ainsi, nous commençons à comprendre comment nous créons tant de problèmes dans nos propres vies et dans celles de ceux qui nous entourent.
    Cette habileté à être tout à fait conscients nous permet de supporter l’existence dans sa totalité, que ce soit l’excitation ou l’ennui, l’espoir ou le désespoir, le plaisir ou la douleur, la fascination ou le dégoût, le début ou la fin, la naissance ou la mort. Nous sommes capables de l’accepter tout entière dans notre conscience au lieu de simplement nous absorber dans l’agréable et éliminer le désagréable. Le processus de révélation est d’aller vers
    dukkha, de contempler dukkha, d’admettre dukkha, de reconnaître dukkha sous toutes ses formes. Ainsi, on ne réagit plus seulement de la façon habituelle qui consiste à se complaire ou supprimer. Pour cette raison, vous êtes mieux à même de supporter la souffrance, vous pouvez être plus patients lorsqu’elle apparaît.

    De tels enseignements ne se situent pas au-delà de notre vécu. Ce ne sont, en fait, que des réflexions sur nos propres expériences – et non des considérations intellectuelles complexes. Aussi, efforcez-vous de développer cette compréhension plutôt que de vous enfoncer dans l’ornière de vos habitudes. Combien de temps devrez-vous culpabiliser à propos de votre avortement ou de n’importe quelle autre de vos erreurs passées ? Est-il réellement nécessaire de régurgiter les événements de votre vie et de vous fourvoyer dans des spéculations et analyses sans fin. Certains se confectionnent des personnalités tellement compliquées ! Si vous vous perdez constamment dans vos souvenirs, ainsi que dans vos vues et opinions, vous resterez prisonniers de ce monde et ne serez jamais en mesure de le transcender de quelque manière que ce soit.
    Vous pouvez déposer ce fardeau si vous prenez la décision d’utiliser habilement les enseignements. Dites-vous : « Je vais arrêter de me laisser prendre ; je refuse de participer à ce jeu ; je ne vais pas céder à cet état d’esprit négatif ! ». Adoptez l’attitude de celui qui comprend : « Je sais que c’est
    dukkha ». C’est vraiment très important de prendre cette résolution d’aller vers la souffrance et de demeurer en sa compagnie. C’est seulement en faisant face et en examinant la souffrance de cette manière que nous pouvons espérer avoir la révélation extraordinaire : « Cette souffrance a été comprise ».

    Voici donc les trois aspects de la Première Noble Vérité. C’est la formule que nous devons utiliser et appliquer à nos vies, au moyen de la réflexion. Dès que vous souffrez, pensez d’abord consciemment « Ceci est souffrance », puis « La souffrance doit être comprise » et enfin « Elle a été comprise ». Cette compréhension de dukkha est la révélation de la Première Noble Vérité.

     

    Pour en savoir plus :

    Les quatre Nobles Vérités, enseignement d'Ajahn Sumedho, disponible sur le site "Dhammasukha" : http://dhammasukha.free.fr/biblio/4NoblesVerites.html#1nbv