"Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 79 Accéder aux numéros précédents prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er mars 2006
Rubrique Actualités
Cours à Paris samedi 4 février « Le Gué vers la Terre Pure » (Senchaku-shû), de Hônen (1133-1212), est le texte fondateur de l’Ecole de la Terre Pure, l’un des principaux courants du bouddhisme japonais, encore mal connu en Occident. Composé comme un traité méthodique, ce texte est étayé de nombreuses citations des Ecritures bouddhiques de l’Inde et de la Chine, qui en font une véritable anthologie. samedi 25 février Le prince Shôtoku (574-622) occupe une place à part dans l’histoire japonaise. Sans avoir pu accéder au trône impérial, il a exercé les fonctions de régent, lors du règne de sa tante, l’impératrice Suiko. Sa position privilégiée au sein d’une Cour impériale acquise à la foi bouddhique, lui a permis de concevoir et de mettre en oeuvre une politique qui, en dehors de préoccupations utilitaires et si l’on se fonde sur les témoignages directs ou indirects dont on dispose, se caractérise par un idéal humaniste. L’examen de passages de sa Constitution ainsi que de ses Trois Commentaires sur des sûtra bouddhiques permet d’entrevoir les termes en lesquels se posent des questions sur les liens entre l’Etat et la religion, ainsi que sur la foi qui animait le Prince et certains de ses contemporains.
samedi
4 et dimanche 5 février mercredi 8 février du vendredi 10 au dimanche 12 février dimanche
12 février du lundi 13 au
dimanche 19 février samedi 18 et dimanche 19 février mercredi 22 février du
lundi 27 février au dimanche 5 mars
La
première Noble Vérité :
"Ceci
est dukkha",
"ceci est souffrance" constitue la première
des Quatre Nobles Vérités enseignées par
le Bouddha lors de son premier sermon, appelé "Sermon
de Bénarès" ou "Mise en mouvement de
la roue de la Loi". Une autre traduction possible de ce
premier enseignement pourrait être : "Les Quatre
aspects de la Réalité selon les Nobles",
c'est-à-dire telle que la voit les Bouddhas et tous ceux
qui ont atteint la même réalisation. La naissance est souffrance, la vieillesse
est souffrance et la mort est souffrance.
La Première Noble Vérité et ses trois aspects est la suivante : Il y a souffrance, dukkha ; dukkha doit être comprise ; dukkha a été comprise. C’est un enseignement très habile, car il est exprimé au
moyen d’une formule simple, facile à mémoriser ; il est également
applicable à tout ce qu’il est possible d’expérimenter, de
faire ou de penser, en matière de passé, de présent
ou de futur. Le mot dukkha signifie « incapable de satisfaire » ou
« incapable de soutenir quoi que ce soit », « toujours
changeant », « incapable de véritablement nous donner
satisfaction ou de nous rendre heureux ». Le monde sensuel est ainsi
: une vibration naturelle. En fait, ce serait désastreux si nous
trouvions satisfaction dans le monde des sens, car nous ne chercherions
pas au-delà ; nous en serions complètement prisonniers. Cependant,
lorsque nous nous éveillons à cette expérience de dukkha,
nous sommes en mesure de trouver une issue ; de ce fait, nous ne sommes
plus constamment prisonniers de la conscience sensorielle. SOUFFRANCE ET IMAGE DE SOI Il est important de contempler la façon dont est formulée
la Première Noble Vérité. Celle-ci est exprimée
très clairement par « Il y a la souffrance » plutôt
que par « Je souffre ». Du point de vue psychologique, cette
réflexion est beaucoup plus habile. Nous avons tendance à
interpréter notre souffrance en termes de « Je souffre vraiment,
je souffre beaucoup et je ne veux pas souffrir ». C’est ainsi que
notre intellect est conditionné. Pour permettre à la souffrance de disparaître, il faut d’abord
en admettre consciemment la présence. Mais, dans la méditation
bouddhiste, cette acceptation n’est pas faite depuis une position telle
que « Je souffre », mais plutôt à partir de celle
de « Il y a présence de souffrance ». Ainsi, nous ne
sommes pas en train d’essayer de nous identifier au problème, mais
de simplement reconnaître son existence. Il n’est pas habile de penser
en termes de « Je suis quelqu’un d’irritable ; je me mets si facilement
en colère ; comment puis-je y remédier ? ». Ce type
de pensée déclenche toutes les suppositions renforçant
l'idée d'une personnalité fixe, qui ne peut être changée
et il devient très difficile de voir les choses en perspective. Tout
devient très confus, car le sentiment que ces problèmes et
ces pensées sont les nôtres nous conduit facilement à
vouloir nous en débarrasser ou à porter des jugements critiques
sur nous-mêmes. Nous avons tendance à nous attacher et à
nous identifier plutôt que d’observer, d’être témoin
et de comprendre les choses telles qu’elles sont. Par contre, si nous admettons
simplement la présence d’un sentiment de confusion, de convoitise
ou de colère, notre attitude constitue une réflexion honnête
sur la nature des choses, réflexion qui n’est pas basée –
ou du moins pas aussi fortement – sur toutes sortes de suppositions sous-jacentes.
« Il y a souffrance » est la constatation très claire
et précise qu’existe à cet instant un certain sentiment d’insatisfaction.
Cela peut aller d’une légère irritation à l’angoisse
ou au désespoir le plus profond : dukkha ne veut pas nécessairement
dire « souffrance considérable ». Il n’est pas nécessaire
d’être brutalisé, d’avoir été interné
à Auschwitz ou à Belsen pour reconnaître l’existence
de la souffrance. Même la reine Elizabeth est en mesure de dire que
la souffrance existe. Je suis sûr qu’il lui arrive de connaître
aussi l’angoisse et le désespoir, ou du moins d’être irritée.
NEGATION DE LA SOUFFRANCE La souffrance est une expérience que nous ne souhaitons pas connaître ; nous voulons simplement nous en débarrasser. La réaction habituelle d’un individu ordinaire, dès qu’une chose le dérange ou l’ennuie, est de vouloir s’en défaire ou de la supprimer. On comprend ainsi pourquoi la société moderne est autant impliquée dans la recherche de plaisirs et d’excitations au travers de tout ce qui est nouveau, surprenant ou romantique. Nous avons tendance à placer en avant la beauté et les joies de la jeunesse, tandis que nous mettons à l’écart tout ce que la vie offre de laideur – la vieillesse, la maladie, la mort, l’ennui, le désespoir et la dépression. Lorsque nous rencontrons quoi que ce soit de désagréable, nous essayons de nous en débarrasser et de la remplacer par quelque chose d’agréable. Si nous ressentons de l’ennui, nous recherchons quelque chose d’intéressant. Si nous avons peur, nous essayons de trouver un moyen de nous rassurer. C’est parfaitement normal de réagir ainsi. Nous fonctionnons selon ce principe « plaisir-douleur » qui consiste à être attiré ou repoussé. Par conséquent, si l’esprit n’est pas entier et réceptif, il procède par sélection, il choisit ce qu’il aime et tente d’éliminer ce qu’il n’aime pas. Une grande partie de notre expérience doit donc être supprimée, car il est impossible de vivre sans être associé à des choses désagréables. [...] Cependant, par la réflexion, nous pouvons changer cela ; nous sommes
en mesure de transcender ce conditionnement instinctif et animal et de faire
mieux que de nous comporter comme de simples pantins soumis aux lois de
la société, évitant la violence seulement par peur
des représailles. Nous pouvons vraiment assumer notre responsabilité
et vivre en respectant l’existence des autres créatures, même
celle d’insectes et autres « nuisibles ». Nous sommes tous incapables
d’aimer les moustiques ou les fourmis, mais nous pouvons contempler le fait
qu’ils ont le droit de vivre. Ceci est une réflexion de l’esprit
; ce n’est pas seulement une réaction comme « Vite, l’insecticide
! ». Ainsi, grâce à notre capacité de réflexion,
nous sommes capables de voir que, même si elles nous dérangent
et que nous préférerions les voir partir, ces créatures
ont le droit d’exister. C’est un exemple d’observation dont est capable
l’esprit humain. ETUDIER LA SOUFFRANCE Je vous encourage tous à comprendre dukkha, à vraiment l’étudier, à recevoir et accepter votre souffrance. Essayez de la comprendre dans la sensation de douleur physique comme dans le désespoir et l’angoisse, dans la haine et l’aversion – quelque forme qu’elle prenne, quelle qu’en soit la qualité, qu’elle soit terrible ou insignifiante. Cet enseignement ne requiert pas que vous soyez complètement misérable avant de réaliser l’éveil. Il n’implique pas d’être dépouillé de tous vos biens ou torturé dans votre chair, mais d’être capable de regarder la souffrance, même s’il ne s’agit que d’un léger sentiment de mécontentement, la regarder et la comprendre. C’est facile de trouver quelqu’un à qui faire porter la responsabilité
de nos problèmes : « Si ma mère m’avait vraiment aimé...
», ou « Si tout mon entourage avait fait preuve de sagesse et
s’était totalement dévoué à m’offrir un environnement
parfait, je ne connaîtrais pas les problèmes émotionnels
dont je souffre à présent ». C’est tout à fait
stupide, n’est-ce pas !? Pourtant, c’est ainsi que beaucoup d’entre nous
voient la vie, persuadés qu’ils sont perdus et misérables
parce qu'ils n'ont pas reçu une juste chance. Mais, avec cette formule
de la Première Noble Vérité, même si notre existence
a été plutôt misérable, ce que nous regardons
n’est pas cette souffrance venue de l’extérieur, mais celle que nous
créons dans notre propre esprit. Ceci constitue un éveil chez
un individu – un éveil à la Vérité de la souffrance.
Et il s’agit d’une Noble Vérité, car nous ne cherchons plus
à accuser les autres pour la souffrance dont nous faisons l’expérience.
Aussi, l’approche bouddhiste est-elle tout à fait originale et distincte
des autres religions par l’accent qu’elle met sur la sagesse, l'affranchissement
de toute illusion comme moyen d'échapper à la souffrance –
plutôt que sur l’obtention de quelque état de béatitude
ou d’union avec l’Absolu. Cela dit, n’attendez pas que quelqu’un vous arrache les ongles pour mettre
en pratique la Première Noble Vérité. Mettez-là
à l’épreuve dans le cadre de petites contrariétés
: par exemple, si quelqu’un fait preuve d’insensibilité à
votre égard ou se montre impoli, méprisant. Si vous souffrez
parce que cette personne vous a trompé ou offensé de quelque
manière que ce soit, vous pouvez vous en servir pour votre travail
de contemplation. Dans la vie quotidienne, nous avons maintes occasions
d’être blessés ou offensés. Nous pouvons nous sentir
dérangés ou même irrités par la simple démarche
de quelqu’un ou par sa seule apparence, en tout cas, ça m’arrive.
Parfois, vous pouvez vous surprendre à ressentir de l’aversion pour
une personne simplement à cause de sa façon de marcher ou
parce qu’elle n’agit pas comme elle devrait. On peut se mettre franchement
en colère pour des futilités de ce genre. La personne en question
ne vous a fait aucun mal, mais vous souffrez quand même. Si vous ne
réussissez pas à contempler votre souffrance dans ce type
de situation ordinaire, vous ne serez jamais capable de faire preuve de
l’héroïsme nécessaire dans le cas extrême où
quelqu’un vous arrache les ongles ! REALISATIONS EN SITUATION [...]
Nous pouvons contempler les choses qui provoquent notre indignation et
notre colère : sont-elles intrinsèquement mauvaises ou est-ce
nous qui fabriquons ce dukkha à leur sujet ? Ainsi, nous commençons
à comprendre comment nous créons tant de problèmes
dans nos propres vies et dans celles de ceux qui nous entourent. De tels enseignements ne se situent pas au-delà de notre vécu.
Ce ne sont, en fait, que des réflexions sur nos propres expériences
– et non des considérations intellectuelles complexes. Aussi, efforcez-vous
de développer cette compréhension plutôt que de vous
enfoncer dans l’ornière de vos habitudes. Combien de temps devrez-vous
culpabiliser à propos de votre avortement ou de n’importe quelle
autre de vos erreurs passées ? Est-il réellement nécessaire
de régurgiter les événements de votre vie et de vous
fourvoyer dans des spéculations et analyses sans fin. Certains se
confectionnent des personnalités tellement compliquées ! Si
vous vous perdez constamment dans vos souvenirs, ainsi que dans vos vues
et opinions, vous resterez prisonniers de ce monde et ne serez jamais en
mesure de le transcender de quelque manière que ce soit. Voici donc les trois aspects de la Première Noble Vérité. C’est la formule que nous devons utiliser et appliquer à nos vies, au moyen de la réflexion. Dès que vous souffrez, pensez d’abord consciemment « Ceci est souffrance », puis « La souffrance doit être comprise » et enfin « Elle a été comprise ». Cette compréhension de dukkha est la révélation de la Première Noble Vérité.
Pour en savoir plus : Les quatre Nobles Vérités, enseignement d'Ajahn Sumedho, disponible sur le site "Dhammasukha" : http://dhammasukha.free.fr/biblio/4NoblesVerites.html#1nbv
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