"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 80
    1er mars
    2006
     

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    prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er avril 2006



    Actualités de l'UBE


    Mise à jour mensuelle du site

    Rubrique Actualités 
    mise à jour de l'agenda : mois de mars, avril et mai 2006
     

    Stage à Aix-en-Provence

    samedi 11 et dimanche 12 mars 2006
    Le Tathâgatagarbha ou « nature de bouddha », stage animé par Philippe Cornu, dans le cadre des "Week-end d'études" proposés à Aix-en-Provence par l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d'étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39.

    Dans le Mahâyâna s'est imposée la notion que tout être a en lui l'essence de l'Éveil ou nature de bouddha. Selon cette idée, chacun de nous est donc un bouddha potentiel, mais cette nature éveillée et parfaite est obscurcie par l'ignorance et les obscurcissements. Exposé dans le Mahâyâna, le Tathâgatagarbha va devenir la pierre angulaire de l'édifice tantrique et du Dzogchen, la clé qui permet de comprendre toute pratique du Vajrayâna.
     

    Cours à Paris

    samedi 18 mars
    Rois de Thaïlande et du Cambodge
    , cours public donné par Alain Forest, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Niveau 2). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.

    Ce n'est qu’à partir du XIIIe siècle que le Theravâda s'est imposé en Asie du Sud-Est, à la suite d'une série de réformes impulsées par un roi de Sri Lanka et l’on peut penser que la place réservée au pouvoir royal dans ce theravâda "réformé" a joué un rôle essentiel dans sa diffusion et son succès. Alain Forest se propose d'expliciter cette hypothèse, mais, surtout, de mettre au jour – à partir des exemples thaï et cambodgien – le système de relations complexes, parfois légitimatrices, parfois conflictuelles, qui se tissent entre la communauté des moines bouddhiques (le sangha) et le pouvoir royal.

     



Actualité du bouddhisme
(quelques rendez-vous, extraits de l'
agenda)
 

    mardi 7 mars
    Paris
    Soirée des débutants : Introduction à la pratique de la méditation zen
    . Renseignements : Zen Kwan Um (école : Zen Lin-Chi coréen), 35 rue de Lyon 75012 Paris. Tél. 01.44.87.07.70.

    mercredi 8 mars
    Genève (Suisse)
    Et moi ? Enseignement par le Vénérable Miujin Sunim. Renseignements : Centre Bouddhiste International de Genève, 8 avenue de la Croisette - 1205 Genève - Suisse. Tél. (00.41) 22-321.59.21.

    samedi 11 et dimanche 12 mars
    Isère
    Le rappel au sens spirituel dans la vie quotidienne et dans la pratique formelle
    , stage animé par Alain Duhayon. Renseignements : Karma Migyur Ling (école Karma-kagyü), Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.

    lundi 13 mars
    Bruxelles (Belgique)
    Méditation guidée.
    Renseignements : Institut Nalanda (école Karma-kagyü, affilié à l’Institut Yeunten Ling), 48-50 rue de l’Orme, 1030 Bruxelles (Belgique) Tél. (00.32) (0)26-753.805.

    mardi 14 mars
    Marseille
    Arpenter la voie du Bodhisattva, programme enseigné par Carlo Fortunato. Programme de 4 cycles d'études et de pratique, à 19 h 45. Chaque cycle comprend 5 cours hebdomadaires, une journée intensive et des week ends. Ces enseignements sont ouverts à tous ceux qui ont le désir d'apprendre ce que sont la méditation et le Bouddhisme shambhala, et ne nécessitent pas d'être ou de devenir bouddhiste pour les suivre. Suite les 21 et 28 mars, 4 et 18 avril. Renseignements : Groupe d’étude Shambhala de Marseille, 55 rue Jaubert 13005 Marseille. Tél. 04.91.33.08.73 ou 04.91.26.61.87.

    samedi 18 mars
    Paris
    Fukanzazengi de Dôgen, causerie zen
    animée par Eric Rommeluère à 15 h. Suite : les après-midi des 01/04, 29/04, 13/05, 10/06. Lieu : 55 rue de l'Abbé Carton 75014 Paris. Renseignements : Un Zen Occidental, 55 rue de l'Abbé Carton 75014 Paris (siège social). Tél. 01 40 44 53 94 ou par courriel.

    vendredi 24 mars
    Paris
    Le bouddhisme en Chine : 2- Les grandes écoles du bouddhisme chinois.
    Conférence de Françoise Wang, chercheur au CNRS, à 14 h. Suite les 31 mars et 7 avril. Lieu : Maison des Mines, 270 rue Saint-Jacques 75005 Paris. Organisation et renseignements : Association Clio, 27 rue du Hameau, 75015 Paris. Tél. 01.53.68.82.82.

    mardi 28 mars
    Genève (Suisse)
    L’utilité des études interreligieuses, par le Pasteur Jean-Claude Basset. Renseignements : Centre Bouddhiste International de Genève, 8 avenue de la Croisette - 1205 Genève - Suisse. Tél. (00.41) 22-321.59.21.

    jeudi 30 mars
    Paris
    Les hauts-lieux du Bouddhisme : Borobudur, une architecture de la mystique,
    cours N° 5, à 18 h, par Christine Barbier-Kontler, docteur en philosophie, sciences des religions. S’inscrire rapidement. Renseignements : Association Française des Amis de l'Orient (AFAO), Annexe du Musée Guimet 19, avenue d'Iéna, 75116 Paris. Tél. 01.47.23.64.85.

     


 

    Le stûpa-montagne de Borobudur,
    le plus grand monument bouddhique !

     
     
     

    Au coeur de l'Indonésie, à 42 km de Yogyakarta, sur l'île de Java, se dresse une montagne de pierres vieille de plus de 1200 ans : le stûpa-montagne de Borobudur. C' est le plus grand monument bouddhiste au monde. Ce nom de "Borobudur", que l'on peut traduire par "Colline du monastère", est en fait une simplification du nom original : "Bhumisan Barabadura" qui, traduit strictement, signifie "l'Ineffable montagne des vertus accumulées". Construit aux alentours de l'an 800, abandonné dès le XIIe siècle (à peine trois siècles plus tard !), il ne sera redécouvert qu'en 1815, par un sujet britannique, Sir Stamford Raffles. Plusieurs campagnes de restauration, dès le XIXe siècle, ont permis de lui redonner la majeure partie de sa splendeur passée, sans pour autant permettre de répondre avec certitude à toutes les questions que suscite une telle oeuvre...
    Pour découvrir ce monument hors du commun, nous vous proposons un large extrait de l'ouvrage que Louis Frédéric a consacré à "L'art de l'Inde et de l'Asie du sud-est", publié par les éditions Flammarion (coll. "Tout l'art", Paris, 1994).

     


     

    Le stûpa du Borobudur est juché au sommet de trois collines dont les creux furent comblés et le sommet aplani afin de fournir une base solide au monument qui recouvre le monticule ainsi créé d’une sorte de chape. Une littérature assez abondante, souvent très spécialisée, a été publiée concernant ce monument unique au monde et dont l’interprétation a donné lieu à nombre d’hypothèses. Peu de monuments ont soulevé autant de questions, quant à sa forme particulière d’une part, à sa raison d’être et à la signification de ses composantes de l’autre.
    C’est un immense monument en pierre volcanique grise, mesurant près de 123 mètres de côté à sa base, composé de cinq terrasses carrées et redentées, surmontées de trois terrasses presque rondes que termine un grand stûpa massif.

    Construit aux environs de l’an 800 par des souverains de la dynastie des Shailendra - en réalité sa construction complète demanda environ soixante-dix années, avec quelques interruptions dans le travail -, cette énorme structure est surtout un magnifique livre de pierre, une image, non seulement de la vie du Bouddha, mais aussi du cosmos selon la philosophie bouddhique du Mahâyâna. Cependant, aucune inscription ne permet d’assigner de dates précises à ce monument, prodigieux résumé de l’art, de la religion et des sciences de l’époque. Les quelques inscriptions lapidaires en vieux javanais trouvées sur les bas-reliefs de la « base cachée » ne permettent pas non plus de se faire une opinion. Quoi qu’il en soit, ce monument constitue un labyrinthe initiatique qui, dans son aspect définitif, devait permettre aux religieux qui en gravissaient les degrés de s’instruire et d’acquérir la sagesse selon les vues de la branche mahâyânique du Vajrayâna.

    Selon la philosophie du Mahâyâna, le Bouddha historique Siddhârtha Gautama (qui aurait été précédé de nombreux autres dans des âges antérieurs) représente l’Entité suprême. Le monde est gouverné, par périodes, par celui-ci et quatre de ses « émanations » ou Jina représentant les horizons. Si ces quatre Jina sont, pour les bouddhistes, des réalités, le Bouddha suprême, attribué au zénith et parfois au soleil, pure Réalité transcendante, ne peut être conçu que par les êtres qui ont atteint le nirvâna ou état de béatitude absolue sans désir d’aucune sorte, comme les bodhisattva, êtres ayant obtenu ce nirvâna mais ayant refusé d’y entrer pour aider les êtres quels qu’ils soient à atteindre au salut, c’est-à-dire à l’identification parfaite au Bouddha. Au Borobudur, nous trouvons représentés tous ces Jina et Bouddha ainsi que nombre de bodhisattva et êtres divins et semi-divins.

    Ces Jina (ou Bouddha des horizons) se distinguent par leurs attributions, symbolisées par les gestes qu’ils réalisent avec leurs mains. Nous trouvons donc le Bouddha suprême, entité appelée Vairochana, attribué au zénith, faisant le geste de tourner la roue de la Loi (dharmachakra-mudrâ), et les quatre Jina : Akshobhya, à l’est, faisant le geste de la prise à témoin de la Terre de ses mérites passés (bhûmishparsha-mudrâ) ; Ratnasambhava, au sud, esquissant le geste du don (varada-mudrâ) ; Amoghasiddhi, au nord, main droite en « absence de crainte » (abhaya-mudrâ) ; Amitâbha, à l’ouest, mains en position de méditation (dhyâna-mudrâ). Si le Bouddha suprême, parfois appelé Mahâ­vairochana ou encore Vairochana, représente l’esprit immaculé et les moyens du salut, Akshobhya représenterait l’éveil du coeur, Ratnasambhava l’ascèse, Amitâbha l’éveil spirituel et Amoghasiddhi l’entrée dans le nirvâna.


    Les cinq Bouddha-Jina



     Vairochana, attribué au zénith, fait le geste de tourner la roue de la Loi (dharmachakra-mudrâ).
    Il représente l’esprit immaculé et les moyens du salut.
     



    Akshobhya, à l’est, faisant le geste de la prise à témoin de la Terre (bhûmishparsha-mudrâ).
    Il représente l’éveil du coeur.

     



     Ratnasambhava, au sud,
    esquissant le geste du don (
    varada-mudrâ).
    Il représente l'ascèse.

     



    Amoghasiddhi, au nord, main droite en
    « absence de crainte » (
    abhaya-mudrâ).
    Il représente l'éveil spirituel.

     



    Amitâbha, à l’ouest, mains en position
    de méditation (
    dhyâna-mudrâ).
    Il représente l'entrée dans le nirvâna.

     

    […]

    La structure du Borobudur tendrait à expliquer 1a nature et la composition du Cosmos. Selon Paul Mus [dans son ouvrage : Barabudur, BEFEO, Hanoï, 1935, rééd. par Arma Artis, Paris, 1990] et quelques autres auteurs qui le suivirent dans sa démarche, le Borobudur serait divisé en trois étages correspondant au Kâmadhâtu (monde matériel des désirs, terrasse « cachée »), au Rûpadhâtu (monde de vision extatique des formes, les quatre premières terrasses carrées) et à l’Arûpadhâtu (monde sans forme, de pure intellection, les terrasses « rondes »), le stûpa central représentant le Bouddha suprême. Selon cet auteur, le stûpa du Borobudur tendrait alors, par sa conception même, à matérialiser ces trois états du cosmos bouddhique.

    Cependant, nos dernières recherches nous ont amené à réviser cette conception, les récentes réfections du stûpa sous l’égide de l’UNESCO ayant montré que ce monument avait été érigé en deux temps au moins séparés par une trentaine d’années, et que de nouvelles théories bouddhiques, probablement celles du Vajrayâna, étaient venues transformer l’esprit dans lequel le monument avait été conçu à son origine. La forme même du monument fut donc modifiée en conséquence. La construction du grand stûpa qui devait à l’origine couronner les quatre terrasses carrées fut abandonnée, ainsi que sa première base, et le stûpa prévu à l’origine fut alors remplacé par les trois terrasses rondes et le stûpa terminal.

    Le monument devrait donc être interprété non comme une division en quatre parties du cosmos, mais comme représentant les « quatre corps de Bouddha » (sans tenir compte de la « base cachée » qui n’appartenait qu’au premier projet du monument) : un Svâbha-vikakâya, corps de l’Être propre, symbolisé par le stûpa central qui représente le concept de la shûnyatâ ou « vacuité » ; un Dharma-kâya formé de choses pures, manifeste uniquement pour les Jina, représenté par la troisième terrasse ronde (dont les stûpa ajourés sont différents de ceux des deux premières terrasses rondes, comme nous le verrons plus loin) ; un Sambhoga-kâya qui est jouissance pour les autres et pour les bodhisattva (Parasambhoga-kâya) symbolisé par les deux premières terrasses rondes; enfin un Nirmâna-kâya ou corps d’artifice sous l’apparence humaine, représenté par les quatre terrasses carrées et historiées. Le Principe, ou Bouddha essentiel, correspondant à la « vacuité bouddhique » (shûnyatâ), est représenté par le stûpa central. Les trois plans du Borobudur correspondraient donc au tri-kâya ou « trois corps » du Bouddha selon le texte de l’Abhisamayâlamkâra, les Sambhoga-kâya et Parasambhoga-kâya étant confondus dans un même ensemble architectural, les trois terrasses rondes.

    Selon D. Chikara, l’ensemble du Borobudur pourrait également symboliser la notion, hindoue et bouddhique tout à la fois, de l’unité dans la pluralité. Ce qui signifierait que, dans l’esprit des Javanais du IXe siècle, il n’y avait pas de différence fondamentale entre l’hindouisme et le bouddhisme du Mahâyâna tel qu’ils le concevaient. Le Borobudur représenterait alors non pas un seul courant de la pensée bouddhique, mais tenterait de concilier diverses approches de la philosophie mahâyânique, alors considérée comme un des aspects de la culture indienne, au même titre que les croyances hindoues.

    La forme même du Borobudur proviendrait de celle de types de stûpa du nord-est de l’Inde [sur les principes de construction du stûpa, voir le Micro-Hebdo n° 14], formes qui furent reprises notamment au Népal et au Tibet. C’est un mandala [voir Micro-Hebdo n° 73], ou monument initiatique, d’une part en raison de sa conception comme une sorte de labyrinthe, mais aussi parce que le fidèle, en gravissant les étages et en les parcourant, traverse le monde des représentations - comme celles de la vie du Bouddha et de ses jâtaka [textes racontant les vies antérieures du Bouddha] - puis suit toutes les étapes (racontées par les bas-reliefs illustrant le texte du Gandhavyûha) de l’initiation d’un adepte pour parvenir, une fois atteinte la Toute-Sagesse conférée par le bodhisattva Samantabhadra, à la vision de plus en plus faible du Bouddha historique prêchant (dans les stûpa ajourés des trois balustrades rondes) et aboutir enfin au but ultime de son ascension, la compréhension intuitive de la shûnyatâ (la « vacuité » ), essence même de la pensée bouddhique. Ce faisant, il passe en revue successivement les quatre Jina des horizons et est finalement initié par le bodhisattva de la cinquième balustrade, Samantabhadra. Il redescendra des sommets transfi­guré, ayant atteint à la Connaissance.

    Il est donc évident que, dans cet esprit nouveau qui présida à l’érection du modèle définitif du Borobudur, l’ancienne conception ne pouvait avoir de place. Le projet du grand stûpa sur terrasses fut abandonné et la base, figurant des faits proprement humains qui illustrent la loi des Causes et des Effets [karma], devenue sans objet, fut cachée par une grande terrasse destinée à la pradakshinâ ou circumambulation rituelle du monument. Cette base rajoutée, qui a fait couler beaucoup d’encre quant à sa raison d’être, ne porte aucun décor. On a émis autrefois l’idée qu’elle avait été rapportée afin de contrebuter la base du monument, mais H. Marchal prouva que, chaque terrasse étant indépendante, il n’y avait aucune raison architecturale de ceinturer ainsi le corps principal.

    En 1885, au cours de fouilles, l’archéologue hollandais Ijzerman découvrit que cette grande plate-forme pourtournante cachait cent soixante panneaux en bas relief (certains d’ailleurs inachevés) ornant la base du monument. Quelques-uns de ces bas-reliefs portaient de courtes légendes en vieux javanais et des graffiti d’ouvriers. Lors de la restauration du monument, on ménagea une ouverture dans la plate-forme afin qu’on puisse admirer quelques-uns d’entre eux qui illustrent les lois de cause à effet (karma) déterminant la rétribution, dans cette vie-ci ou dans une vie ultérieure, des actions et pensées des hommes.

    Les quatre terrasses carrées et redentées suivant le plan de base du monument sont bordées par de hautes balustrades surmontées de petits stûpa et de pavillons contenant une image du Bouddha sous l’une de ses quatre formes (Jina), la même image omant chacune des faces du monument. La dernière balustrade est décorée de manière identique mais les niches abritent ici une image de Samantabhadra, un bodhisattva-Bouddha qui symbolise à la fois la parfaite Connaissance, la Loi bouddhique (dharma) et la Toute-Compassion (karunâ). Or, dans les doctrines du Yogâcâra qui présidèrent probablement à l’érection du Borobudur dernière manière, Samantabhadra est considéré (en lieu et place de Vairochana dans d’autres écoles) comme le fondateur du système philosophique du Yoga, et comme la divinité symbolisant l’extase religieuse. Chaque face du monument comporte donc quatre­vingt-douze statues des Jina, et seize de Samantabhadra. Mais alors que les statues des Jina sont différentes sur chaque face, celles qui représentent Samantabhadra sont toutes identiques, quel que soit l’horizon.

    La cinquième balustrade détermine, entre les terrasses carrées et les trois terrasses circulaires (en réalité, la première a une forme intermédiaire entre le carré et le cercle), un espace de circumambulation. Les trois terrasses supportent soixante-douze stûpa dont les parois ajourées laissent entr’apercevoir des effigies, toutes semblables, du Bouddha dans la posture de mise en branle de la roue de la Loi (dharmachakra-mudrâ). Cependant, si les stûpa ajourés des deux premières terrasses rondes (au nombre de trente-deux et vingt-quatre) comportent un assez grand nombre d’ouvertures en losange, ceux de la troisième (au nombre de seize seulement) en comportent beaucoup moins. Ces ouvertures, de forme carrée, réduisent ainsi considérablement la vue que l’on peut avoir des images du Bouddha se trouvant à l’intérieur. En outre, la base du mât qui les surmonte n’est plus carrée mais octogonale.

    Les murs de toutes les terrasses carrées sont ornés d’une succession de panneaux (plus de mille six cents) de grandes dimensions (variant de 1 à 3 mètres de longueur pour une hauteur d’environ 0,90 mètre), parfois sur deux registres, qui décrivent des scènes de la vie du Bouddha Gautama. racontent des épisodes des histoires tirées des Jâtaka, montrent des divinités diverses et enfin illustrent le texte initiatique du Gandavyûha.

    De très nombreux panneaux décoratifs et des scènes de la vie quotidienne et de la cour viennent s’intercaler entre les panneaux historiés, et ceux-là mêmes contiennent d’innombrables images d’architecture, de navires, d’illustrations de coutumes et d’habillement, etc., qui font des bas-reliefs du Borobudur une véritable encyclopédie de la vie indonésienne aux VIIIe et IXe siècles.

    Ces bas-reliefs, magistralement exécutés dans un style à la fois souple et vivant, taillés dans la lave (andésite) comme le reste du monument, étaient à l’origine stuqués et peints. Les images des Jina devaient être illuminées de la couleur qui les symbolisait, blanc pour Vairochana-Bouddha, bleu pour Akshobhya, rouge pour Ratnasambhava, jaune pour Amitâbha et vert pour Amoghasiddhi. Il est probable que les statues représentant Samanta­bhadra devaient être dorées. Il ne reste, hélas, que des traces infimes de ces décors polychromes.

    L’entrée du monument se faisait fort probablement par l’escalier de la face est, les bas-reliefs commençant dans la première galerie carrée et se déroulant dans le sens de la pradakshinâ [circumambulation]. Les escaliers sont encadrés, à hauteur de chaque balustrade, par de hautes portes décorées du motif du kâla-makara, symbolisant la mort et la renaissance spirituelle, chaque fois à un degré plus élevé, du fidèle qui les franchissait.

    Une des caractéristiques de ce gigantesque monument est que le fidèle, pendant sa pradakshinâ, ne peut à aucun moment apercevoir le stûpa central (sauf en gravissant les escaliers), stûpa qu’il ne commence à découvrir qu’en arrivant sur le pradakshinâpatha final, à la base des terrasses rondes, alors qu’il est parvenu à la sagesse totale. Arrivé au pied de ce stûpa terminal et après en avoir fait le tour, il sera obligé de revenir sur ses pas pour redescendre, passant ainsi à nouveau devant les images des Bouddha, en égrenant à chaque station son rosaire. Il aura ainsi récité mille huit fois son propre mantra, chiffre qui, dans la numérologie indienne, signifie « victoire (sur les sens) ».

    Le stûpa central, de type indien classique, est terminé par un mât octogonal simple, Contrairement aux hypothèses émises par certains architectes, il n’y a vraisemblablement jamais eu de chhattra (parasols) au sommet de ce mât. La forme dépouillée de ce dernier (symbolique des parasols empilés) se trouve d’ailleurs sur tous les stûpa ornant les toitures des temples de Java. En 1842, le résident hollandais Hartmann, fouillant le monument, découvrit que ce stûpa était creux. On raconte qu’il y aurait trouvé une statue du Bouddha assis inachevée. Mais c’est certainement faux, le stûpa représentant la shûnyata [la vacuité] ne pouvant contenir une image visible. Et bien que l’on montre ce Bouddha sur un socle placé aux environs du monument, il ne peut s’agir que d’une statue ratée. Des ouvriers javanais, pour faire plaisir au résident, ont pu mettre cette statue dans le grand stûpa alors éventré. Il apparaît bien plus sûrement que le vide de ce stûpa ne fut ménagé par les constructeurs que pour alléger sa masse, qui aurait pesé trop fortement sur les terrasses.

      

    Pour en savoir plus :

  • Louis Frédéric, L'art de l'Inde et de l'Asie du sud-est, éditions Flammarion, coll. "Tout l'art", Paris, 1994.
  • Paul Mus, Barabudur, BEFEO, Hanoï, 1935, rééd. Arma Artis, Paris, 1990.
  • sur Internet