"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 86
    1er septembre
    2006
     

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    prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er octobre 2006



    Actualités de l'UBE


    Mise à jour mensuelle du site

    Rubrique Actualités 
    mise à jour de l'agenda : mois de septembre, octobre et novembre 2006
     

    Cours à Paris

    Le programme de l'année 2006-07 est accessible sur le site :
    http://www.bouddhisme-universite.org/universite.html

    Les inscriptions débuteront le 11 septembre 2006 et les cours reprendront le 16 octobre, pour la prochaine session du Cours en Ligne, et le 21 octobre, pour les cours en salle à Paris.
     


    "Journées Portes ouvertes"

    au "Forum 104" : 104 rue de Vaugirard 75006 Paris
    samedi 23 septembre 2006 de 12 h à 16 h
    Vous pourrez rencontrer étudiants et enseignants,
    effectuer vos inscriptions et participer à
    une conférence-débat, de 16 h à 18 h

    sur le thème :
    "Comment un bouddhiste s'alimente-t-il ?"
    avec Philippe Cornu et Michel-Henri Dufour
    (entrée libre et gratuite)

    L'UBE disposera aussi d'un stand dans le cadre du
    Festival culturel du Tibet et des pays de l'Himalaya
    à la grande pagode du Bois de Vincennes
    samedi 23 et dimanche 24 septembre (11 h- 18 h)
     

 



Actualité du bouddhisme
(quelques rendez-vous, extraits de l'
agenda)
 

    dimanche 3 septembre
    Genève (Suisse)
    Enseignement sur le "nembutsu" à l’occasion du 1er anniversaire du Maître-de-la-loi Shaku Jôan (Rd Eracle). Renseignements : Temple de la Foi Sereine/ Shingyôji (école : Ecole Vraie de la Terre Pure), 9 rue de Fribourg - 1201 Genève. Tél. (00.41) 22-731.76.87. 1er étage. Pour le code de la porte, veuillez vous renseigner au templ

    samedi  9 et dimanche 10 septembre
    Paris
    Tara verte, week-end de pratique animé par Vénérable Lama Mônlam. Lieu : Centre Anima, 31 rue de Maubeuge, 75009 Paris. Renseignements : Kagyü Zamling Kunkyab  (école Karma-kagyü, affilié au centre Kagyü Shenpen Kunkyab de Genève - Suisse), 88 boulevard Murat 75016 Paris. Tél. 01.47.43.16.41.

    du lundi 11 au dimanche 17 septembre
    Aude
    Les Trois Mondes, avec Lama Norbu Repa (Séminaire III). Renseignements : Centre Tibétain 'Theg-Chog Norbu-i Ga-Tsal' - Association Dra Tagpa Ritru (Ecole : Karma-kagyü), Centre tibétain de Retraite et de Méditation, Le Moulin de la Fourtoune, 11190 Fourtou. Tél. 04.68.70.11.84 (ou courriel).

    du vendredi 15 au lundi 18 septembre
    Bouches-du-Rhône
    Enseignement, méditation et échanges
    avec ajahn Suriyo, de la tradition Theravâda des moines de forêt de Thaïlande. Détail : vendredi 15 à 19 h 30 (accès libre) ; samedi 16, de 9 h 30 à 18 h (inscription préalable) ; lundi 18 à 19 h 30 (accès libre). Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d’étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (ou courriel).

    samedi 23 et dimanche 24 septembre
    Paris
    7e Festival Culturel du Tibet & des Peuples de l’Himalaya, manifestation culturelle organisée par la maison du Tibet sur le site de la grande pagode du Bois de Vincennes, 40 route circulaire du Lac Daumesnil 75012 Paris. Renseignements : Maison du Tibet, 84 bd Adolphe Pinard 75014 Paris. Tél. 01.46.56.22.66.

    jeudi 28 septembre
    Paris
    Qu’est-ce que le zen,
    cycle de conférences-initiation animé par Eric Romeluère à 19 h 30. Suite : 5 octobre, 2 novembre, 7 décembre. Lieu : 14 rue Philibert Lucot 75013 Paris (métro : Maison-Blanche). Renseignements :
    Un Zen Occidental, 55 rue de l'Abbé Carton 75014 Paris (siège social). Tél. 01 40 44 53 94 ou par courriel 

    samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre

    • Puy de Dôme
      Randonnée méditative avec Lama Shérab Kunzang, organisée par le centre Guepel Ling. S’adresser à H. Berger : bergerln@yahoo.fr. Renseignements : Dhagpo Kundreul Ling (école : Karma-Kagyu). Centre Guepel Ling (Croizet) 63390 Espinasse. Tél. 04.73.85.84.00.
       
    • Paris
      Portes ouvertes au Dojo Zen de Paris. Renseignements : Dojo Zen de Paris (école : Zen sôtô, siège de l'AZI - Association Zen Internationale), 175 rue de Tolbiac 75013 Paris. Tél. 01.53.80.19.19.
      •  



     

     Où et avec qui méditer ?

 

    Comment s’engager sur la voie bouddhiste ? Quelle méthode adopter, intensive ou quotidienne ? Comment trouver et choisir son instructeur, son « maître de méditation » ? Quel type de lieu est le mieux adapté : un centre pour laïcs ou un monastère ?...
    L’américain Jack Kornfield a vécu de nombreuses années en Asie du sud-est, auprès de plusieurs enseignants bouddhistes réputés. Dans son ouvrage « Dharma vivant », il présente dix maîtres de méditation theravâdîn du XXe siècle, thaïs et birmans, qu'il a lui-même connus ou dont on lui a transmis les instructions. Dans un chapitre introductif, il précise la distinction entre deux types de lieux d’enseignement : les « centres de méditation » et les « monastères de méditation », puis évoque les relations entre maîtres et disciples.
    Son témoignage, quoique consacré à la situation en Asie du sud-est, est suffisamment général pour offrir à tous les Occidentaux quelques repères pour entrer sur la voie d’un engagement sérieux et durable.

     



« Dharma vivant »
de Jack Kornfield

éditions « Vivez Soleil », Genève,  2001
extrait du chapitre 2 : « La méditation en Birmanie, au Laos et en Thaïlande »

 

    Le Bouddhisme se présente sous des aspects différents en Birmanie, en Thaïlande et dans le reste de l’Asie du sud-est. Il faut mentionner en premier lieu la religion populaire pratiquée par la majorité de la population, souvent axée sur des actes permettant de gagner des mérites : aumônes, observation des rites, afin d’obtenir de bonnes renaissances dans les vies suivantes. Puis vient la pratique traditionnelle de tous ceux qui se consacrent à l’étude du pâli et du sanskrit et des Écritures bouddhiques. Viennent enfin les tâches de service social et d’enseignement qu’assurent les moines dans les villages. Dans l’ensemble le Bouddhisme fonctionne en Asie du sud-est comme les autres religions dans les autres parties du monde. Mais il faut aussi considérer la tradition du développement spirituel pratiqué par les moines et les laïcs qui suivent les chemins de la purification enseignés par Bouddha.
    Les nombreux monastères et centres de méditation du Laos et du Cambodge ne sont pas accessibles aux occidentaux en raison de la situation politique actuelle, et n’existeront peut-être plus à l’avenir. Mais parmi les milliers de temples de Thaïlande, plusieurs centaines pratiquent la méditation. Plusieurs dizaines d’entre eux sont de grands centres dirigés par des maîtres connus et peuplés de leurs nombreux disciples. Nous constatons donc que la méditation ne concerne qu’une très petite partie de la population et même de la communauté religieuse. Elle est cependant essentielle à la préservation des vérités essentielles enseignées par le Bouddha.
    Le bouddhisme est peut-être encore plus influent en Birmanie qu’en Thaïlande. Les Birmans s’intéressent davantage à leur religion et passent plus de temps dans les temples. Ici aussi, le développement individuel par la méditation ne concerne cependant qu’une petite partie des moines et du peuple. Pour le reste, le bouddhisme se manifeste à travers des rites et des rituels, des bourses d’études ou certaines formes d’aide sociale. En Birmanie aussi, seule une minorité des dix mille temples sont des monastères voués à la méditation. Il en existe de plusieurs types. Certains s’adressent plus particulièrement aux laïcs, d’autres sont réservés aux moines, et d’autres accueillent aussi bien les laïcs que les moines.
     

    Centres et monastères de méditation

    Les centres de méditation et les monastères de méditation sont deux institutions différentes.
    Les centres de méditation sont essentiellement conçus pour les retraites intensives, qu’il s’agisse de moines ou de laïcs. Il n’est pas rare, en Birmanie, que des laïcs consacrent une partie de leurs vacances à une retraite dans un centre de méditation. Les visiteurs passent de dix jours à plusieurs mois dans ces centres, s’adonnant à une pratique intensive. Ils s’efforcent d’atteindre rapidement un niveau élevé de concentration et d’attention conduisant à la vision intérieure et à la sagesse.
    Les centres de méditation ont une longue histoire en Birmanie, mais il en existe également en Thaïlande. Ils offrent un environnement très paisible, où l’interaction sociale est réduite ou inexistante, à l’exception des échanges avec le maître. La pratique se déroule la plupart du temps dans la solitude, ou parfois en groupe à un moment de la journée, tout le temps du séjour étant consacré à la méditation. L’environnement est conçu pour permettre l’accomplissement des tâches particulières que sont la méditation en posture assise ou debout, et les sources de distraction sont réduites au minimum.
    En revanche, les monastères de méditation sont des lieux où l’on passe de longs séjours en tant que moine ou nonne (il y a beaucoup de nonnes en Asie du sud-est). Dans les monastères, l’enseignement de la méditation fait partie du mode de vie, et se pratique à toute heure du jour. Il porte sur le développement de l’attention dans tous les moments de la vie quotidienne. Les moines méditent aussi bien en mangeant qu’en s’habillant, en cousant, en marchant, en faisant la lessive et dans toutes les interactions entre les membres de la communauté. Mais l’enseignement inclut aussi des séances régulières en posture assise et en marche. Les meilleurs monastères constituent des communautés très harmonieuses fonctionnant selon les règles édictées pour les moines et les nonnes par le Bouddha. C’est un type de vie qui favorise le développement des facteurs d’éveil à travers l’attention portée aux activités quotidiennes. Un maître de l’un de ces monastères déclare en avoir appris autant sur le Dharma en cultivant l’attention et la compassion tandis qu’il recevait ses nombreux visiteurs, et en répondant à leurs questions, que pendant toutes ses propres séances de méditation. Tout en reconnaissant le bien, fondé de plusieurs heures quotidiennes de méditation assise, il sentait que la méditation axée sur l’interaction sociale était tout aussi importante, car elle apprenait à méditer en toutes situations.

    Les centres de méditation voués à une pratique intensive de courte durée et les monastères habités par des moines qui y développent un style de vie voué à la méditation constituent des cadres propices au développement de la vie spirituelle. On y rencontre dans les deux cas un maître, et le mode de vie très simple et sans distraction ne laisse guère place à d’autres activités que l’exploration de son esprit dans le contexte d’une communauté dont les valeurs sont toutes axées sur le développement spirituel.
    Dans les centres de méditation, la plus grande partie du temps est consacrée à la pratique de la méditation (isolément ou en groupes silencieux), pendant une douzaine d’heures par jour. Ces séances sont en général partagées entre la méditation assise et debout ; il n’est pas question de rester assis vingt heures de suite. L’élève a en général une entrevue avec le maître tous les deux jours, et un minimum de temps est consacré aux activités indispensables à la vie. Parmi celles-ci figure la collecte des aumônes (pour les moines), un ou deux repas pendant la matinée, la toilette et enfin le sommeil, pendant environ quatre heures par nuit. Tout est axé sur le développement intensif de la concentration et de l’attention.

    La vie quotidienne du monastère est, en revanche, beaucoup plus remplie. On se lève tôt le matin, la séance de méditation assise en groupe commence avant l’aube et s’accompagne parfois de psalmodies des Écritures en pâli. Puis les moines partent collecter dans leur bol les aumônes préparées pour eux par les laïcs. Ils prennent un (parfois deux) repas, mais n’absorbent plus aucune nourriture après midi. Après le repas, il peut y avoir une petite séance de cours donnée par le maître. Le reste de la journée se passe à méditer, étudier, et effectuer les petites tâches indispensables à la vie de la communauté : tirer l’eau du puits, participer à la construction de nouveaux bâtiments, réparer les clôtures, nettoyer, laver et balayer. Ces tâches sont généralement réparties entre les moines de manière à leur laisser plu, sieurs heures pour méditer, deux heures pour lire et étudier et plusieurs pour effectuer le travail collectif. Certains moines reçoivent des laïcs qu’ils encadrent dans leur pratique de la méditation. Les moines des monastères de la forêt cousent et teignent eux-mêmes leur robe. Le principe du monastère est l’autosuffisance. Enfin, le soir venu, les moines se rassemblent, avec les laïcs présents, pour psalmodier et méditer en groupe, et le maître donne en général une leçon sur le Dharma. Une séance de questions et de discussion sur les affaires de la communauté suit. Puis tous regagnent leur cottage ou leur chambre. Toutes les activités du jour font partie de la méditation. Que l’on soit en train de tirer l’eau du puits, occupé à un exercice sur l’attention à la respiration ou en train de débattre des affaires du monastère, tout doit être accompli dans un esprit aussi attentif et concentré que possible.

    Une autre différence entre la pratique au monastère et dans un centre de méditation est la relation avec le maître. Dans les centres intensifs, l’entrevue a lieu tous les deux jours, tous les jours ou même encore plus souvent. Le maître se charge de donner des conseils au méditant en fonction de ce que celui-ci lui dit de sa pratique. C’est là un aspect important de la pratique intensive. En revanche, dans les monastères et les communautés d’étude du Dharma, les entrevues sont plus rares mais les maîtres sont disponibles pour répondre aux questions. L’enseignement est plutôt délivré sous forme de leçons s’adressant à l’ensemble du groupe, et, la pratique étant moins intensive, il semble que les entrevues en tête-à-tête soient moins indispensables. On considère du reste dans certains monastères qu’il est plus important que les yogis puissent répondre eux-mêmes à leurs propres questions et gérer leurs propres doutes afin d’observer le processus de la question et du doute dans leur esprit. Ils sont ainsi réorientés sur leur propre expérience et apprennent à résoudre leurs problèmes dans le cadre de leur pratique sans s’attacher à une entrevue quotidienne et aux conseils de leur maître.

    Les deux approches sont valables. Tout dépend du point de départ et du point où l’on en est arrivé. Quels sont les bénéfices possibles d’un environnement ainsi conçu ? La tranquillité nécessaire est assurée, mais de plus l’absence de distractions permet aux élèves de ne pas s’évader d’eux-mêmes. Ils sont confrontés à leurs pensées et à leurs états mentaux mouvants. L’attention est contrainte à se tourner vers l’intérieur. L’esprit du méditant se révèle à lui-même. Il est intéressant d’observer que, même dans ce mode de vie très simple, l’habitude de l’attachement aux choses est telle que les moines le ressentent parfois encore. Malgré le très petit nombre des objets qu’il possède, le moine peut trouver moyen de s’attacher à son bol, à sa robe, et de les trouver plus beaux que ceux des autres. Il peut avoir peur de les perdre. Il est surprenant de constater que, si simple que soit la vie, l’esprit trouve toujours quelque chose à quoi s’accrocher. Mais c’est en comprenant cela que l’on finit par se libérer.

    Les maîtres de méditation sont très peu nombreux eu égard aux centaines de milliers de moines bouddhistes dans le sud-est asiatique, mais ils comptent parmi les plus célèbres et les plus respectés des membres de la société. Ils sont vénérés pour leur pureté, leur sainteté, la qualité de leur esprit et souvent aussi pour les pouvoirs qu’on leur attribue. Je n’ai guère parlé dans ce livre des pouvoirs qui peuvent découler de la méditation, cela pour être fidèle à la tradition de la méditation en Asie du sud-est, où les maîtres les plus illustres et les plus puissants ne parlent guère de magie, d’énergie mystique et de pouvoirs surnaturels. Le goût des pouvoirs et du mystère tend à orienter sur une mauvaise voie le développement de la sagesse et de la compassion, et tous les maîtres représentés ici ne s’intéressent qu’à une seule chose : l’approfondissement de la vision intérieure menant à la libération de tous les êtres.  […]

     

    Comment choisir un maître de méditation ?

    Beaucoup se demandent comment trouver un maître, un centre, une méthode. Un récit tiré de l’histoire du Bouddhisme permet de répondre à cette question. Le Bouddha est assis dans un jardin, entouré de nombreux disciples. Un homme s’approche, lui rend hommage puis entame la louange du Sangha, la communauté monastique du Bouddha. Ensuite, le Bouddha lui-même commence à faire l’éloge du Sangha en désignant divers groupes de moines dans le jardin. Il loue leur vertu et dit : « Voyez, les hommes attirés par la pratique conduisant à des pouvoirs supérieurs sont réunis ici avec mon disciple, le grand Maha Moggallana (le moine le plus connu pour ses pouvoirs psychiques à l’époque de Bouddha). Ceux qui sont amenés par leur karma à développer leur propre voie vers la sagesse, vous les voyez réunis là autour de mon grand disciple, Sariputta (le moine le plus connu pour sa sagesse, juste après Bouddha lui-même). Et ceux, mon ami, qui sont poussés par leur karma ou leur caractère à suivre la voie dans le cadre de la discipline de l’ordre sont là-bas autour de mon grand disciple, Upali, le maître du Vinaya. Quant à ceux qui préfèrent suivre la voie des absorptions ou jahna, ils sont là-bas, avec un autre de mes disciples... » Déjà, du temps du Bouddha, il existait de nombreuses techniques de méditation et approches du développement spirituel. Et parmi ses disciples, ceux qui se sentaient davantage attirés par une technique enseignaient ceux qui eux-mêmes avaient davantage envie de l’adopter. Nous voyons bien qu’il n’y a pas de pratique préférable aux autres, mais bien une qui paraît plus naturelle à chacun, mieux adaptée à ses besoins, et qui lui apportera plus rapidement l’équilibre et l’harmonie qui sont les fruits du développement spirituel. Le choix d’un maître ou d’un centre dépend de plusieurs facteurs.

    Le premier est l’intuition. Si vous rencontrez un maître et qu’intuitivement, immédiatement, vous sentez que vous aimeriez bénéficier de son enseignement, que vous vous sentez fortement attaché à lui, cette méthode sera la bonne pour vous. Mais si cela ne se produit pas, il est sage d’aller trouver plusieurs maîtres, plusieurs centres, dans votre pays ou en Asie, afin de déterminer l’environnement, le type de discipline et de pratique qui vous convient le mieux. Faites confiance à votre coeur et à votre intuition, mais donnez-vous suffisamment d’expérience et rassemblez assez de données pour choisir à bon escient. Il vous faudra choisir entre un centre où la méditation s’intègre à la vie au sens plus large et où vous pourrez accomplir un long séjour, et un centre de méditation intensive où vous ferez un court séjour de développement intensif. Vous devez également savoir si vous préférez pratiquer sous la direction d’un maître qui vous impose une discipline stricte ou si cet aspect n’est pas d’une grande importance pour vous.

    En dehors de la différence des approches et des techniques pratiquées dans les centres et les monastères, il existe également des différences dans la personnalité et le style de l’enseignement. En ce qui concerne le style, on dit qu’en général, les maîtres qui ont atteint la libération par une voie donnant la préférence à l’une des trois caractéristiques (bien que celles-ci ne soient que les trois aspects de la même vision intérieure profonde) insistent davantage sur cette voie dans leur enseignement. Certains maîtres sont parvenus à la connaissance en pénétrant la caractéristique de la vacuité (anatta) de tous les phénomènes et ont tendance à insister sur la sagesse et la clairvoyance dans leur enseignement. D’autres ont saisi la vérité en pénétrant la caractéristique de la souffrance, et tendent à donner de l’importance à l’effort dans leur pratique. C’est la technique prônée par Sunlun Sayadaw. D’autres maîtres ont pénétré le Dharma à travers l’imper­manence et mettent l’accent sur la foi dans leur prati­que. U Ba Khin pratiquait ce type d’enseignement. Mais ce n’est pas une loi générale et un bon maître indiquera toujours à son élève la voie la meilleure pour son cas. Les maîtres ont bien des personnalités et des styles différents. Le maître d’Achaan Maha Boowa et d’Achaan Chaa était Achaan Mun, l’un des plus grands maîtres thaï de ce siècle. Il manifestait beaucoup de force dans son enseignement. Il se montrait brutal, féroce et très strict avec ses disciples. D’autres maîtres, comme Achaan ]umnien, se mon­trent aimables, affectueux et ouverts envers leurs élèves.

    Il n’y a pas un type préférable à un autre. Les différences reflètent simplement le karma ou la personnalité de chaque maître, sa propre pratique et ses compétences en tant qu’enseignant. Ici encore, lorsque vous choisissez un maître, laissez-vous plutôt guider par votre intuition. Le maître peut faire appel à diverses méthodes. L’une de ces méthodes peut être l’amour de ceux qui viennent le voir et la tolérance à leur égard, qui leur permet à leur tour de s’accepter et de s’aimer eux-mêmes. Cela est une qualité de l’esprit favorable au développement de la voie spirituelle. Une autre méthode sollicite l’équilibre. Le maître prescrit souvent un exercice de méditation particulier afin de résoudre une difficulté éprouvée par l’un de ses disciples. Ainsi, celui qui a un tempérament coléreux se verra conseiller de méditer sur la tendresse, et celui qui a des tendances lascives pourra méditer sur le caractère répugnant du corps. Si le maître s’aperçoit que l’énergie et la concentration d’un disciple ne sont pas équilibrées, il pourra lui prescrire des exercices de marche ou tout autre exercice lui permettant de dépenser son énergie. Chez un autre, c’est la foi et la sagesse qui ne sont pas équilibrées ; trop confiant, il ne développe pas la qualité d’investigation de l’esprit, il ne voit pas la qualité de l’esprit qu’est l’investigation, il ne saisit pas clairement la vraie nature du processus corps-esprit. Pour rétablir l’équilibre, le maître pourra avoir recours à une histoire qui montrera au disciple qu’il ne comprend pas vraiment, qu’il doit renoncer en partie à sa confiance trop aveugle et faire usage de ses capacités de questionnement ou de sagesse. Tout le développement spirituel repose sur cet équilibre, et le rôle du maître consiste à équilibrer la pratique de son disciple.

    Le rôle du maître consiste aussi à nous faire remarquer nos derniers attachements. Au fur et à mesure que nous progressons et que notre esprit devient plus subtil, les attachements quittent la forme extérieure des désirs grossiers des sens pour prendre une forme plus raffinée, l’attachement par exemple à certains états de bonheur, à la lumière ou à la paix qui découlent de la méditation. Tout cela, lorsque nous verrons notre maître, apparaîtra clairement. Il verra que nous sommes bloqués, à quoi nous sommes attachés, et nous aidera à nous détacher, à nous laisser prendre par le processus global de détachement qui mène à la libération. On peut raconter le non attachement à travers des histoires en modifiant le cours de la méditation, ou même, selon la méthode zen, en frappant le disciple juste au bon moment. Dans tous les cas, cependant, c’est le méditant lui-même qui réalise le travail. Le maître ne fait que l’aider à rester sur la bonne voie et à rétablir l’équilibre.

     

    « Soyez votre propre lumière. »

    Il est important de ne pas juger un maître ou un centre aux apparences. Le premier monastère où je me suis rendu était un monastère ascétique très strict et discipliné. Le maître, Achaan Chaa, était très précis, correct, l’exemple parfait du moine vivant une vie très simple. Puis je suis allé dans un temple birman d’un style très différent. J’y rencontrai un célèbre maître de méditation qui avait eu dix mille disciples avant moi. Pourtant, quand je le vis, il avait un air négligé, sa robe traînait par terre ; il fumait des cigares birmans, et passait la plus grande partie de la journée assis à bavarder avec les femmes d’une manière fort éloignée de celle des moines, à l’opposé de mon ancien maître. Il lui arrivait de se mettre en colère pour des choses insignifiantes. Pendant mes deux premiers mois de pratique intensive dans ce monastère, je ne cessais de tracer des comparaisons et de souffrir. Le maître était bon avec moi et m’avait donné un des meilleurs cottages à proximité du sien. Le résultat était que je le voyais toujours assis à fumer ses cigares en bavardant avec les femmes. Cela me dérangeait énormément dans ma pratique. Je me disais : « Qu’ai-je à apprendre de cet homme ? Je travaille dur à ma méditation, et il est là, comme ça, il n’a rien à m’apprendre. Pourquoi ne se conduit-il pas comme un vrai moine, comme Achaan Chaa ? »

    Il me fallut deux mois pour réaliser que son apparence extérieure ne m’empêchait pas de tirer grand bénéfice de ma méditation, et que juger et comparer les formes extérieures, chercher le Bouddha à travers mon maître ne pouvait que me causer des souffrances supplémentaires.

    L’esprit qui juge crée de la souffrance. Enfin, quand je fus capable de renoncer à juger, je tirai le meilleur parti de son enseignement de la méditation (et tout ce qui était inutile, je ne m’en souciais plus). J’avais beaucoup souffert avant de comprendre que l’esprit qui discrimine crée des difficultés ; mais constatant cela, j’eus la force d’y renoncer).

    Dans le Bouddhisme theravâda (comme du reste dans de nombreuses religions), nombreux sont ceux qui éprouvent la tentation de juger et de comparer les méthodes de leurs maîtres. Leur maître, leur méthode sont toujours les meilleurs, la méthode la plus pure. Ce type de discrimination amène les gens à voir le monde en termes de bien et de mal. Ceci est bien, ceci est mal. Cette vision erronée est cause de beaucoup de crainte et de douleur.

    Il n’y a pas de forces bonnes ou mauvaises dans le monde. Le seul « mal » qui existe se trouve dans notre esprit, ce sont les états douloureux de la convoitise, de la haine et de l’illusion. Il n’existe aucune autre difficulté, et l’esprit purifié de toutes ces réactions douloureuses ne connaît aucun autre mal, et ne saurait être troublé ou agité par l’apparition ou la disparition d’une expérience quelconque, car il perçoit le monde avec sagesse comme vide, et non-soi.

    De même, ceux qui s’accrochent à la tradition « pure », à des sectes « pures » et prétendent les suivre peuvent parfois donner une vision erronée de l’enseignement du Bouddha. Il n’y a qu’une sorte de pureté fondamentale, enseignée par le Bouddha, c’est celle qui libère, la pureté de l’esprit, la libération de la convoitise, de la haine et de l’erreur. En dehors de cette purification interne, tous ceux qui se réclament de la pureté, même bien intentionnés, ne font qu’alimenter l’attachement et la discrimination. L’essence de toute pratique consiste à dépasser l’attachement et l’égoïsme. Utilisez l’un de ces outils ou tous, mais ne vous laissez pas aller à prendre l’outil ou le maître pour la vérité du Bouddha. Pratiquez avec zèle et abandonnez tous vos liens, et n’essayez rien d’autre que d’atteindre la liberté par vous-même.

    Au fur et à mesure que vous progresserez, c’est votre pratique qui vous tiendra lieu de référence. Avant de mourir, le Bouddha a demandé à ses disciples de suivre le Dharma, et non tel ou tel maître ou secte. Il ne plaça personne au-dessus de la communauté des moines et des nonnes. Le Dharma seul devait leur servir de guide. Pour nous, il n’y a donc pas de foi aveugle dans le bouddhisme. Nous croyons simplement assez dans la possibilité de la libération et nous sommes assez sages pour voir la vérité de la souffrance dans notre vie et avons assez de foi pour pratiquer. C’est par la pratique que nous parvenons à la vérité du Dharma. Le Bouddha a encouragé les hommes de ces mots : « Soyez votre propre lumière. » C’est de cette pratique que viendra la libération.