"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 88
    1er novembre
    2006
     

    Accéder aux numéros précédents 

    prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er décembre 2006



    Actualités de l'UBE


    Mise à jour mensuelle du site

    Rubrique Actualités 
    mise à jour de l'agenda : mois de novembre et décembre 2006, janvier 2007
     

    Cours à Paris

    samedi 4 novembre
    Foi et motivation, entrée sur les voies karmique et nirvanique
    , cours public donné par Dominique Trotignon, de 15 h à 18 h, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du cycle de Niveau 2. Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.

    La foi (saddha) et la motivation (samkappa) sont considérées, dans le bouddhisme ancien, comme les deux états d’esprit indispensables à développer pour entrer sur la Voie bouddhiste. Si la foi évolue au cours du cheminement, selon trois étapes successives, deux types de motivation, en revanche, déterminent l’engagement dans deux voies différentes : karmique - au sein du samsâra - ou nirvanique - qui vise la sortie du samsâra.

    samedi 25 novembre
    Le "Dhamma-cakka-sutta", premier enseignement du Bouddha
    , cours public donné par Dominique Trotignon, de 15 h à 18 h, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du cycle Etude de textes. Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.

    Le sermon de « la Mise en mouvement de la roue de la Loi » (qui ne se résume pas aux seules « Quatre Nobles Vérités ») est un texte dont la mise en forme est relativement tardive. Repris des plus anciens récits de l’expérience de l’Eveil du Bouddha, il est présenté comme la quintessence de la doctrine bouddhiste, mais il offre aussi un panorama complet de la pratique et constitue l’acte de fondation de la « communauté des nobles », l’ariya sangha.

     



    Actualité du bouddhisme
    (quelques rendez-vous, extraits de l'
    agenda)
     

    dimanche 5 novembre
    Yonne
    Rituel du feu « goma »
    chaque 1er dimanche du mois au temple Shingon. Les rituel du feu, très appréciés au Japon sont dédiés à Fudo Myoo (Achalanatha), forme courroucé de Vairocana (Dainitchi Nyoraï), un des protecteurs du bouddhisme Shingon. Renseignements : Komyo-In (école : Shingon :vajrayâna japonais). Domaine de la Montagne, 89350 Villeneuve-les-Genêts. Tél. 03.86.45.45.79.

    du mercredi 8 novembre 2006 au lundi 5 février 2007
    Gironde
    Retraite d’hiver au Village des Pruniers
    , équivalent de la retraite traditionnelle de 3 mois offerte par diverses traditions bouddhistes pendant la saison des pluies. Les pratiquants laïcs sont les bienvenus mais il leur est demandé de séjourner au moins une semaine. Renseignements : Village des Pruniers - Hameau nouveau, (école : Ordre de l'Inter-être, Sangha de Thich Nhat Hanh) 13 Martineau 33580 Dieulivol. Tél. 05.56.61.66.88. )

    samedi 11 et dimanche 12 novembre
    Dordogne
    Pardonner ou lâcher prise ? Stage Echanges et Action animé par Lama Puntso et anila Trinlé de l'association Semdrel. Toute relation est ambivalente, aussi, lors de la séparation, reste un douloureux sentiment d'inachevé, de regret et d'impossibilité de « réparation ». L'enseignement du Bouddha invite à poser un autre regard sur cette situation. Des temps d'enseignements, d'échanges et de mises en situation alternent au cours de ce stage. Renseignements : Dhagpo Kagyu Ling (école Karma-kagyü), Landrevie, 24290 Saint-Léon sur Vézère. Tél. 05.53.50.70.75. 

    mardi 14 novembre
    Paris
    Sensei : l'homme, le maître, le patriarche ; témoignages sur Maître Deshimaru
    par Michel Bovay et Gérard Pilet, à 20 h 30. Renseignements : Dojo Zen de Paris (école : Zen sôtô, siège de l'AZI - Association Zen Internationale), 175 rue de Tolbiac 75013 Paris. Tél. 01.53.80.19.19.

    samedi 18 novembre
    Bruxelles (Belgique)
    Programme d’un jour « Le Bouddha, le dharma et le sangha »
    par Lama Zeupa. Renseignements :
    Institut Nalanda (école Karma-kagyü, affilié à l’Institut Yeunten Ling), 48-50 rue de l'Orme, 1030 Bruxelles (Belgique) Tél. (00.32) (0)26-753.805.

    mardis du 21 novembre au 19 décembre
    Paris
    Approches croisées Chine/Occident : le rapport à la nature, cours de 14 h 30 à 16 h 30 (10 h), dispensés par  Paul Magnin, sinologue, spécialiste du Bouddhisme, Michel Masson, Elisabeth Rochat de la Vallée, spécialiste du Taoïsme, François Euve, spécialiste du Confucianisme. Les intervenants présenteront ces trois traditions et tenteront de les confronter avec la tradition occidentale. Code du cours : R01C03. Renseignements : Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), 35 bis rue de Sèvres 75006 Paris. Tél. 01.44.39.75.00

    du jeudi 23 novembre au samedi 2 décembre
    Vaucluse
    Retraite de méditation
    avec Ajahn Sucitto Bhikkhu, de la tradition Theravâda des moines de forêt de Thaïlande. Lieu : Domaine « Les Auquiers » 84120 Mirabeau. Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d’étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (ou courriel).
     


     

    Une nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée du

    Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme

    de Philippe Cornu
     

     

    Préface à la nouvelle édition

    Cinq ans déjà ont passé depuis la première édition du Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme qui a rencontré un vif intérêt de la part d’un public assez diversifié de chercheurs, d’étudiants en religions, de pratiquants du bouddhisme et de lecteurs concemés par les religions asiatiques. À l’approche de la date de réimpression de l’ouvrage, il m’est apparu nécessaire de procéder à une révision en profondeur du dictionnaire pour plusieurs raisons.
    La première, c’est qu’en l’espace de cinq ans j’ai eu l’occasion de recueillir un bon nombre de réactions, de remarques et de critiques émanant de lecteurs et de spécialistes. La deuxième est l’évolution de mes connaissances et de mes recherches dans plusieurs domaines du bouddhisme. S’agissant du bouddhisme ancien et du Theravâda des éléments nouveaux m’ont convaincu de la nécessité de réviser la formulation de la plupart des articles concernés. Les conseils de spécialistes, et tout particulièrement les remarques de Dominique Trotignon, m’ont été fort précieux dans ce travail de clarification. La même chose vaut pour le domaine sino-japonais, mais aussi pour certains articles sur le Vajrayâna indo-tibétain, révisés de fond en comble et augmentés à la suite de mes récentes recherches sur la notion de bardo dans le cadre d’un doctorat en anthropologie des religions obtenu en 2005.
    La troisième raison était la nécessité de faire figurer dans une nouvelle édition un certain nombre d’articles absents de la première. On découvrira ainsi une bonne cinquantaine d’articles nouveaux, parmi lesquels des biographies de personnalités du bouddhisme, des monographies sur les grands sanctuaires et des articles consacrés aux rituels, à la musique sacrée et aux symboles bouddhiques.
    La quatrième raison était la volonté de répondre aux besoins de chercheurs et d’étudiants en sinologie et en japonologie, qui déploraient l’absence des caractères chinois (JAP. kanji) dans les annexes de vocabulaire sino-japonais du bouddhisme. Ce manque à combler m’a amené à considérablement développer ces annexes en y faisant figurer les caractères chinois et en triplant le nombre d’entrées en japonais et en chinois. Ce nouvel outil sera, je l’espère, utile aux étudiants de ce vaste domaine. Dans la foulée, j’ai aussi substantiellement augmenté le vocabulaire des termes sanskrits et tibétains. La consultation croisée de toutes ces listes permettra ainsi de comparer les traductions et donc les interprétations d’un même concept dans les différentes langues du bouddhisme.
    Enfin, étant donné l’abondance des publications sur le bouddhisme, il me fallait également procéder à des additions bibliographiques dans les articles concernés.
    Un dictionnaire qui se respecte a une vie, il se doit d’être régulièrement augmenté, corrigé et amélioré. J’espère que cette nouvelle édition comblera les attentes des lecteurs, qu’ils soient ou non familiers de la première édition.

Philippe Cornu
 


Un extrait :

"Hînayâna ou "petit véhicule"
 

    Hînayâna (SK.), TIB. Theg-pa chung-ba, Theg­dman, CH. Xiaosheng, JAP. Shôjô : "Petit véhicule". Ce terme d’origine polémique est lié à la controverse entre le Mahâyâna et les écoles anciennes du bouddhisme indien aux premiers siècles après J.-C. Le terme même de yâna, ou "véhicule", était peu usité dans le bouddhisme ancien sthâviravâda où il ne pouvait désigner que la voie des auditeurs, les seuls à suivre véritablement un enseignement. Il va prendre de l’importance chez les Mahâsanghika où le bodhisattva est considéré non plus comme un être qui chemine vers le parfait Éveil sans recevoir l’aide de personne, mais comme un être qui reçoit l’enseignement de bouddhas au cours de son cheminement. S’appuyant sur cette interprétation particulière des sûtra anciens et la poussant plus loin, les tenants du Mahâyâna ou "grand véhicule" valorisèrent le cheminement du bodhisattva comme le nouvel exemple à suivre, non plus réservé aux moines renonçants, mais ouvert aussi aux laïcs, et de surcroît le seul à mener à l’état d’un bouddha omniscient qui oeuvre continuellement au bien des êtres. Désormais, l’accent n’était plus mis sur la voie des bhiksu auditeurs qui suivent l’exemple et l’enseignement du Bouddha historique après son Éveil, mais sur l’idéal d’un bodhisattva à la compassion active, fréquemment engagé dans la société, qui oeuvre au bien des êtres en même temps qu’au sien. Ils désignèrent alors globalement les écoles anciennes par le terme Hînayâna parce qu’ils considéraient cet idéal du bodhisattva comme plus vaste que le but de libération individuelle des arhat prôné dans les écoles anciennes.

    Pour le bouddhisme mahâyâna indien, Hînayâna va bientôt désigner deux "véhicules", le Srâvakayâna ou "véhicule des auditeurs" et le Pratyekabuddhayâna ou "véhicule des bouddhas-par-soi", qui mènent respectivement à l’état d’arhat et de bouddha-par-soi, par opposition à l’unique véhicule (SK. Ekayâna) vraiment digne d’être suivi, celui des bodhisattva (SK. bodhisattvayâna) qui mène au plein Éveil. Ceux qui suivent les deux yâna du Hînayâna sont désormais considérés comme des êtres de "motivation inférieure", recherchant leur propre libération, tandis que ceux qui suivent le véhicule des bodhisattva ou Mahâyâna sont dits animés d’une "vaste motivation", celle du parfait Éveil à la fois pour soi-même et pour autrui. Le terme Hînayâna est donc avant tout lié à une question de changement de paradigme et non d’école particulière, et à un contexte historique de différenciation des doctrines. Il en est venu à désigner, dans le contexte des bouddhismes chinois et indo­tibétain, la voie des moines renonçants qui suivent la règle disciplinaire (Vinaya) et l’enseignement des quatre nobles vérités qui mène à la libération et à l’état d’arhat.

    Pourquoi donc, de nos jours, le Theravâda, la seule école actuellement existante issue du bouddhisme ancien, est-il souvent improprement désigné par le terme de Hînayâna ? Les érudits occidentaux du XXe s. ont sans doute une part de responsabilité dans cette confusion, en désignant par le terme de "petit véhicule" toutes les écoles apparues avant le Mahâyâna et en incluant parmi elles le Theravâda historique et doctrinal. Effectivement, le Theravâda orthodoxe, fidèle en cela à l’ancien Canon pâli, se distingue lui-même du Mahâyâna en refusant la validité des sûtra mahayanistes et en rejetant catégoriquement la généralisation de la voie du bodhisattva et la théorie attenante des trois corps d’un bouddha (SK. trikâya). Mais on ne peut pas pour autant lui accoler le terme de Hînayâna. En effet, les rapprochements récents des différentes écoles du bouddhisme, une étude attentive des textes et de l’enseignement oral du Theravâda, et les diverses particularités régionales propres à cette école ont montré qu’il était inadéquat de continuer à utiliser ce terme de "petit véhicule" pour désigner l’école Theravâda.

    Rappelons aussi que le Theravâda est une école [vâda] et non un yâna. Parallèlement à la voie des auditeurs, elle reconnaît l’existence d’une voie du bodhisatta, même si elle la réserve à quelques êtres d’exception qui ne reçoivent aucun enseignement au cours de leur cheminement vers le plein Éveil. Elle a, de plus, considérablement évolué depuis le temps où elle se confondait avec une branche méridionale de l’ancienne école Sthaviravâda indienne. Au cours de sa longue histoire, elle n’a pas été exempte d’influences mahayanistes, et même parfois tantriques, dans certains pays du Sud-Est asiatique comme le Cambodge.

    Enfin, les bouddhistes tibétains et chinois ont pris l’habitude de désigner par "Hînayâna" les écoles anciennes avec lesquelles ils étaient en contact, plus particulièrement les Sarvâstivâdin, présents dans les premiers siècles en Inde, au Cachemire et en Sérinde. Ce terme n’incluait donc pas jusqu’à une époque récente le Theravâda cinghalais qui leur était pratiquement inconnu pour des raisons d’éloignement géographique. Ce n’est que lorsque les maîtres tibétains en exil ont découvert le Theravâda qu’ils lui ont aussitôt appliqué ce terme de Hînayâna comme ils avaient coutume de le faire pour désigner les écoles anciennes des Sarvâstivâdin et des Sautrântika. Mais cette assimilation du Theravâda actuel aux écoles telles que les anciens Sarvâstivâdin aujourd’hui disparus ne pouvait qu’être erronée et rejetée par les Theravâdin. Concernés par l’aspect polémique, péjoratif et confus du terme de Hînayâna appliqué au Theravâda, beaucoup de maîtres bouddhistes du Mahâyâna et du Vajrayâna préfèrent aujourd’hui utiliser le terme de "véhicule fondamental" pour désigner les écoles dites du Hînayâna, soulignant ainsi leur importance fondatrice pour les autres véhicules qui n’auraient pu se développer sans les bases posées par le bouddhisme ancien.

    Cependant, cette nouvelle désignation ne lève pas l’ambiguïté liée à la confusion entre véhicules [yâna] et écoles [vâda]. Il serait sans doute plus prudent d’utiliser le terme de "bouddhisme ancien" pour désigner les écoles qui se sont développées en Inde dans les premiers siècles après le parinirvâna, de restreindre le terme de Hînayâna à son contexte historique et polémique d’opposition entre le Mahâyâna émergent et certaines écoles anciennes, et de désigner l’école Theravâda actuelle par le terme de... Theravâda.

 

    Pour en savoir plus :

    Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Philippe Cornu, éditions du Seuil, Paris, octobre 2006, 954 pages. Prix : 49 €