"Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 88 Accéder aux numéros précédents prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er décembre 2006
Rubrique Actualités Cours à Paris samedi 4 novembre La foi (saddha) et la motivation (samkappa) sont considérées, dans le bouddhisme ancien, comme les deux états d’esprit indispensables à développer pour entrer sur la Voie bouddhiste. Si la foi évolue au cours du cheminement, selon trois étapes successives, deux types de motivation, en revanche, déterminent l’engagement dans deux voies différentes : karmique - au sein du samsâra - ou nirvanique - qui vise la sortie du samsâra. samedi 25 novembre Le sermon de « la Mise en mouvement de la roue de la Loi » (qui ne se résume pas aux seules « Quatre Nobles Vérités ») est un texte dont la mise en forme est relativement tardive. Repris des plus anciens récits de l’expérience de l’Eveil du Bouddha, il est présenté comme la quintessence de la doctrine bouddhiste, mais il offre aussi un panorama complet de la pratique et constitue l’acte de fondation de la « communauté des nobles », l’ariya sangha.
dimanche
5 novembre du mercredi 8 novembre 2006
au lundi 5 février 2007 samedi 11 et dimanche 12 novembre mardi 14 novembre samedi 18
novembre mardis du 21 novembre au 19
décembre du
jeudi 23 novembre au samedi 2 décembre Une nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée du Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme
de
Philippe Cornu
Préface à la nouvelle édition Cinq ans déjà ont passé
depuis la première édition du Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme qui
a rencontré un vif intérêt de la part d’un public assez diversifié de
chercheurs, d’étudiants en religions, de pratiquants du bouddhisme et de lecteurs
concemés par les religions asiatiques. À l’approche de la date de réimpression
de l’ouvrage, il m’est apparu nécessaire de procéder à une révision en profondeur
du dictionnaire pour plusieurs raisons. Philippe Cornu Un extrait : "Hînayâna ou "petit véhicule" Hînayâna (SK.), TIB. Theg-pa chung-ba, Thegdman, CH. Xiaosheng, JAP. Shôjô : "Petit véhicule". Ce terme d’origine polémique est lié à la controverse entre le Mahâyâna et les écoles anciennes du bouddhisme indien aux premiers siècles après J.-C. Le terme même de yâna, ou "véhicule", était peu usité dans le bouddhisme ancien sthâviravâda où il ne pouvait désigner que la voie des auditeurs, les seuls à suivre véritablement un enseignement. Il va prendre de l’importance chez les Mahâsanghika où le bodhisattva est considéré non plus comme un être qui chemine vers le parfait Éveil sans recevoir l’aide de personne, mais comme un être qui reçoit l’enseignement de bouddhas au cours de son cheminement. S’appuyant sur cette interprétation particulière des sûtra anciens et la poussant plus loin, les tenants du Mahâyâna ou "grand véhicule" valorisèrent le cheminement du bodhisattva comme le nouvel exemple à suivre, non plus réservé aux moines renonçants, mais ouvert aussi aux laïcs, et de surcroît le seul à mener à l’état d’un bouddha omniscient qui oeuvre continuellement au bien des êtres. Désormais, l’accent n’était plus mis sur la voie des bhiksu auditeurs qui suivent l’exemple et l’enseignement du Bouddha historique après son Éveil, mais sur l’idéal d’un bodhisattva à la compassion active, fréquemment engagé dans la société, qui oeuvre au bien des êtres en même temps qu’au sien. Ils désignèrent alors globalement les écoles anciennes par le terme Hînayâna parce qu’ils considéraient cet idéal du bodhisattva comme plus vaste que le but de libération individuelle des arhat prôné dans les écoles anciennes. Pour le bouddhisme mahâyâna indien, Hînayâna va bientôt désigner deux "véhicules", le Srâvakayâna ou "véhicule des auditeurs" et le Pratyekabuddhayâna ou "véhicule des bouddhas-par-soi", qui mènent respectivement à l’état d’arhat et de bouddha-par-soi, par opposition à l’unique véhicule (SK. Ekayâna) vraiment digne d’être suivi, celui des bodhisattva (SK. bodhisattvayâna) qui mène au plein Éveil. Ceux qui suivent les deux yâna du Hînayâna sont désormais considérés comme des êtres de "motivation inférieure", recherchant leur propre libération, tandis que ceux qui suivent le véhicule des bodhisattva ou Mahâyâna sont dits animés d’une "vaste motivation", celle du parfait Éveil à la fois pour soi-même et pour autrui. Le terme Hînayâna est donc avant tout lié à une question de changement de paradigme et non d’école particulière, et à un contexte historique de différenciation des doctrines. Il en est venu à désigner, dans le contexte des bouddhismes chinois et indotibétain, la voie des moines renonçants qui suivent la règle disciplinaire (Vinaya) et l’enseignement des quatre nobles vérités qui mène à la libération et à l’état d’arhat. Pourquoi donc, de nos jours, le Theravâda, la seule école actuellement existante issue du bouddhisme ancien, est-il souvent improprement désigné par le terme de Hînayâna ? Les érudits occidentaux du XXe s. ont sans doute une part de responsabilité dans cette confusion, en désignant par le terme de "petit véhicule" toutes les écoles apparues avant le Mahâyâna et en incluant parmi elles le Theravâda historique et doctrinal. Effectivement, le Theravâda orthodoxe, fidèle en cela à l’ancien Canon pâli, se distingue lui-même du Mahâyâna en refusant la validité des sûtra mahayanistes et en rejetant catégoriquement la généralisation de la voie du bodhisattva et la théorie attenante des trois corps d’un bouddha (SK. trikâya). Mais on ne peut pas pour autant lui accoler le terme de Hînayâna. En effet, les rapprochements récents des différentes écoles du bouddhisme, une étude attentive des textes et de l’enseignement oral du Theravâda, et les diverses particularités régionales propres à cette école ont montré qu’il était inadéquat de continuer à utiliser ce terme de "petit véhicule" pour désigner l’école Theravâda. Rappelons aussi que le Theravâda est une école [vâda] et non un yâna. Parallèlement à la voie des auditeurs, elle reconnaît l’existence d’une voie du bodhisatta, même si elle la réserve à quelques êtres d’exception qui ne reçoivent aucun enseignement au cours de leur cheminement vers le plein Éveil. Elle a, de plus, considérablement évolué depuis le temps où elle se confondait avec une branche méridionale de l’ancienne école Sthaviravâda indienne. Au cours de sa longue histoire, elle n’a pas été exempte d’influences mahayanistes, et même parfois tantriques, dans certains pays du Sud-Est asiatique comme le Cambodge. Enfin, les bouddhistes tibétains et chinois ont pris l’habitude de désigner par "Hînayâna" les écoles anciennes avec lesquelles ils étaient en contact, plus particulièrement les Sarvâstivâdin, présents dans les premiers siècles en Inde, au Cachemire et en Sérinde. Ce terme n’incluait donc pas jusqu’à une époque récente le Theravâda cinghalais qui leur était pratiquement inconnu pour des raisons d’éloignement géographique. Ce n’est que lorsque les maîtres tibétains en exil ont découvert le Theravâda qu’ils lui ont aussitôt appliqué ce terme de Hînayâna comme ils avaient coutume de le faire pour désigner les écoles anciennes des Sarvâstivâdin et des Sautrântika. Mais cette assimilation du Theravâda actuel aux écoles telles que les anciens Sarvâstivâdin aujourd’hui disparus ne pouvait qu’être erronée et rejetée par les Theravâdin. Concernés par l’aspect polémique, péjoratif et confus du terme de Hînayâna appliqué au Theravâda, beaucoup de maîtres bouddhistes du Mahâyâna et du Vajrayâna préfèrent aujourd’hui utiliser le terme de "véhicule fondamental" pour désigner les écoles dites du Hînayâna, soulignant ainsi leur importance fondatrice pour les autres véhicules qui n’auraient pu se développer sans les bases posées par le bouddhisme ancien. Cependant, cette nouvelle désignation ne lève pas l’ambiguïté liée à la confusion entre véhicules [yâna] et écoles [vâda]. Il serait sans doute plus prudent d’utiliser le terme de "bouddhisme ancien" pour désigner les écoles qui se sont développées en Inde dans les premiers siècles après le parinirvâna, de restreindre le terme de Hînayâna à son contexte historique et polémique d’opposition entre le Mahâyâna émergent et certaines écoles anciennes, et de désigner l’école Theravâda actuelle par le terme de... Theravâda.
Pour en
savoir plus : Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Philippe Cornu, éditions du Seuil, Paris, octobre 2006, 954 pages. Prix : 49 €
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