| "Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 91 Accéder aux numéros précédents prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er mars 2007
Rubrique Actualités
Cours à
Paris samedi
4 février 2007 Sa brièveté
a fait de ce texte le plus célèbre des sûtra du
Mahâyâna. Fréquemment récité, aussi
bien dans le zen que dans le bouddhisme tibétain, le « Sûtra
du coeur » a la réputation de dissiper les obstacles à
la pratique spirituelle et de purifier les situations. Ce sûtra
sera étudié dans son double aspect, doctrinal et rituel. samedi
24 février 2007 Il est aujourd’hui courant d’utiliser le terme de « conscience » pour traduire le seul terme bouddhique vijñâna. Mais il n’en fut pas toujours ainsi et l’on peut s’interroger sur la pertinence d’un tel emploi. Nous tenterons de passer en revue les termes bouddhiques qui peuvent répondre à la (ou les) définition(s) occidentale(s) de la « conscience » mais aussi d’étudier les champs lexicaux du « psychique », tels que les différentes écoles bouddhiques, anciennes et mahayanistes, les ont elles-mêmes définis.
Stage
à Aix-en-Provence Rôle
et rapports au maître dans les traditions bouddhistes, dans le cadre des "Week-end
d'études" proposés à Aix-en-Provence par
l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements :
Le Refuge, Centre bouddhique d’étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de
Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :
04.42.92.45.28 ou 04.42.92.60.39 (ou courriel).
dimanche 4 février mercredi 7 février samedi 10 et dimanche 11 février mercredi 14 février samedi 17 février du dimanche 18 au dimanche 25 février samedi 24 et dimanche 25 février mercredi 28 février
"Les bouddhas naissent dans le feu" un
livre d'Eric Rommeluère
Voici ce que lui-même en dit dans son "blog" ("J'ai deux kôans à vous dire...") : En l’écrivant, je cherchais à émouvoir et à bouleverser. Et même, qui sait, que l’on pleure de joie. N’était-ce pas présomptueux ? Peu importe, je me suis permis ce livre. Ceux qui l’ont déjà lu savent que "se permettre" est le maître-mot du livre. Il est construit comme un puzzle. Pendant deux mois, le maquettiste des Editions du Seuil a travaillé avec soin sur la mise en page car la forme même doit susciter une certaine perplexité (en anglais to puzzle : intriguer). Chaque paragraphe, même s’il est encadré par d’autres paragraphes, forme une pièce unique. Le lecteur ne le comprend pas tout de suite et puis, au fil de la lecture, il voit bien que certains paragraphes s’emboîtent et d’autres non. Curieux, il continue se demandant quelle figure va se dessiner à la fin. Et puis, non, quelque chose ne marche pas. Il manque quelque chose. Enfin le déclic surgit, le lecteur comprend : il est la pièce manquante du puzzle. Le livre ne peut se lire que s’il participe au livre, au risque d’en avoir le souffle coupé. Car le véritable sujet du livre, c’est bien le lecteur lui-même. Nous
voilà prévenus... "Dépourvu de vent, le Nirvâna est extinction du feu qui nous brûle et nous
torture. Et pourtant l’Eveil est comme un flamme qui éclaire
la nature de notre propre esprit. Ce feu, qui est aussi celui de l’éphémère, il
nous faut le connaître et l’expérimenter, au sein des conditions et des
circonstances, sans peur ni afféteries, car c’est la que gît le bouddha à
naître. Jean Paul Ribes "Au premier abord, c'est un livre qui paraît très écrit, dont le
style élégant est assez éloigné de ce que l'on trouve dans la littérature zen
habituelle. Très vite, au-delà du style, on en pressent l'originalité. Jérôme R.
Juste s’asseoir Nous cherchons à vivre et pourtant la vie nous est toujours donnée. L’expérience du juste s’asseoir nous renvoie à la dimension immédiate et présente de la vie. Tant que l’on surimpose, impose quelque chose à la méditation, nous nous empêchons de réaliser sa dimension de plénitude. L’assise ne peut donc être une méditation que l’on qualifierait de thérapeutique ou même de spirituelle. Ajouter “juste” dans l’expression “juste s’asseoir”, shikantaza, est une manière de briser tous les ajouts. C’est en osant laisser échapper toutes ses attentes que cette présence à soi, réelle, vivante, vivifiante pourra surgir. Il ne s’agit même pas d’abandonner telle ou telle idée. Il s’agit réellement de s’abandonner en entier. La méditation est don pur. Le véritable don n’a aucune peur, il ne retient rien, il n’est entravé par rien. Il est amour. Il est ouverture. L’assise se réalise en tant qu’assise lorsque je m’engage totalement dans la dimension du don. Totalement signifie s’asseoir sans faux-semblant, sans arrière-pensée. Même les croyances sur la méditation, les espoirs devraient être abandonnés. L’intrépidité est ici requise sinon la méditation restera morne, étouffée et l’on continuera à vivre dans le monde de ses croyances. Il ne s’agit pas seulement de se défaire de ses attentes les plus grossières, les plus visibles, comme de vouloir soigner telle ou telle maladie, mais des attentes les plus subtiles, les plus invisibles. Celles que l’on doit finalement traquer au fond de soi pour les dépasser et se convertir au monde de la vie. La méditation n’est parfois qu’un moment d’errance intérieure. À chaque fois, le méditant devrait être lucide, s’interroger sur son expérience et se demander finalement : est-ce réellement un état d’éveil ou est-ce encore de l’errance, est-ce une tranquillité doucereuse finalement proche d’un état de confusion ou autre chose encore ? La méditation ressemble parfois à celle du chat qui guette la souris. Le chat détend son corps, devient de plus en plus tranquille comme s’il était finalement endormi. Son corps, sa queue ne bougent plus, même plus ses yeux qui semblent perdus dans le vague. Et pourtant, imperceptiblement, tous ses sens demeurent en alerte, attendant que la souris surgisse à portée de griffes. Si l’on pratique de cette manière, l’esprit ne sera jamais tranquille, les troubles et les doutes ne seront en rien brisés. Il faut oser le pas du don qui ne se soucie en rien d’agripper quoi que ce soit. L’intrépidité est requise, car le don nous fait peur, paraît même nous mettre foncièrement en danger. S’asseoir les jambes croisées en lotus n’est pas si difficile, il suffit de s’entraîner. Pacifier son mental n’est pas très difficile non plus, il suffit encore de s’entraîner, mais se permettre le don est sans doute ce qu’il y a de plus difficile, car nul ne peut s’y entraîner. Il advient. Et pourtant le don ne tient à rien. La main est fermée, il suffirait de l’ouvrir. Juste de l’ouvrir. Et pourtant, nous n’y arrivons pas, les doigts crispés et recroquevillés. L’éveil est toujours là, à portée de main, mais on ne sait jamais assez lâcher, relâcher, à la fois si proche et si inaccessible. Les tensions, les attentes, les crispations, les nœuds nous entravent à chaque instant, nous ligotent complètement, repoussant dans un ailleurs lointain toute possibilité d’éveil. Et pourtant, tout peut-être tranché en un instant car c’est toujours nous qui nous ligotons nous-mêmes moment après moment. Bien entendu, le don n’est pas comme une passivité totale dans laquelle nous serions engloutis, emportés comme fétu de paille dans le courant. Dans cet abandon, se tient une force, une énergie puissante. L’abandon est confiance. Dans cette ouverture du cœur que j’ose grande, totale, sans arrière-pensée ni même avant-pensée, mon cœur s’ouvre comme vie.
Ouvrir la main Le zen n’a que deux règles : la première, pratiquer la méditation ; la seconde, étudier auprès d’un maître de vie. Il ne s’agit pas d’un ordre, d’abord l’une puis l’autre ; il ne s’agit pas non plus d’opter entre l’une ou l’autre méthode, mais de les vivre, de les accomplir pleinement et conjointement. L’éveil naît de cette adéquation. Les enseignements n’ont de sens que s’ils peuvent être vécus, expérimentés, pratiqués. Bien sûr, des causeries, des leçons peuvent toucher la conscience, la transformer, mais l’écoute seule est-elle à même de nous extraire de nos habitudes ou, dit plus directement encore, l’écoute peut-elle seule nous arracher à nos mesquineries ordinaires ? La méditation est une expérience du corps qui nous permet, elle, d’explorer notre intériorité, mais cette pratique peut-elle, en elle-même et par elle-même, nous convertir immédiatement à la vie éveillée ? À la vérité, s’asseoir ne garantit en rien d’un bouleversement intérieur. Vous pouvez aussi vous fourvoyer, vous installer dans une routine méditative, croire méditer alors que l’égarement ne fait que nourrir l’égarement. S’asseoir de temps à autre sur un coussin et apprécier le silence a ses vertus, mais pour le zen, ce n’est pas encore là le véritable exercice. Savourer des paroles et apprécier l’air détendu d’un enseignant n’est pas non plus à proprement parler étudier avec un maître de vie. Un pas décisif et audacieux doit être entrepris. S’exercer au zen ne consiste ni à accumuler un savoir ni à thésauriser des heures de méditation : il s’agit simplement de lâcher prise. Au fond, les livres, les enseignements n’invitent qu’à cela. Un véritable lâcher-prise doit surgir et nous bousculer. On l’expérimente en son cœur. Le lâcher-prise n’est pas comme un simple état de tranquillité intérieure, ce n’est pas plus abandonner une, deux, trois ou quelques pensées qui apparaîtraient l’une après l’autre au cours d’une méditation. Le lâcher-prise est nécessairement radical, c’est tout lâcher. Il ne s’agit donc pas de se détacher d’une douleur corporelle si le corps souffre. Il ne s’agit pas non plus de se détacher d’une pensée si le mental divague. C’est le soi-même fait de toutes ses attentes, de toutes ses projections, de toutes ses représentations qui est à lâcher. Nous disons se dépouiller du corps et de l’esprit, shinjin datsuraku. De cette expérience fondamentale du lâcher-prise, tout pourra rejaillir, revivifié et renouvelé. Enfin on saura ce que signifie être, s’accepter soi-même, sans regretter le passé, sans craindre l’avenir, en se tenant vivant au cœur de la vie. Pour exprimer la rupture, la discontinuité entre abandonner une douleur, abandonner une pensée et l’acte inouï de se dépouiller du corps et de l’esprit, le zen a une métaphore si forte qu’elle en fait presque vaciller d’effroi. Nous disons : imaginez que vous êtes suspendu par les mains au bord d’un précipice et que vous vous permettez d’ouvrir les mains. Devant une telle image, l’imagination se dérobe, elle indique précisément que le lâcher-prise est au-delà de toute imagination. Ce lâcher-prise est l’entreprise la plus audacieuse et la plus difficile qui soit, puisqu’on abandonne sa propre image de soi. Et c’est bien cela qui nous fait vaciller, nous tenons tant à notre image de nous-mêmes, qu’à tout prendre, nous préférons nous tenir éloignés des bords vertigineux et renégocier jour après jour une journée supplémentaire avec la vie. Il n’y a qu’une seule façon de
s’exercer : méditer réellement, jusqu’à sentir l’abysse près de soi,
ouvert, sans fond. Va-t-on alors trembler ou oser ? En même temps pourtant, on
ne peut jamais s’entraîner au lâcher-prise. Le lâcher-prise ne peut faire
l’objet d’une technique qui, à coup sûr, nous ferait lâcher prise. Tout au plus
peut-on créer ses conditions. Du jour au lendemain, il advient, par-delà la
pensée d’un agir ou d’un non-agir, sans que l’on puisse distinguer si je lâche
prise ou si la prise me lâche. Mais les jours passent et rien ne survient
vraiment. Pour lâcher prise, il suffirait pourtant et simplement de se le permettre. D’oublier les
craintes, les peurs, pour se tenir devant la réalité nue et simplement laisser
s’effondrer les attentes, toutes, même les plus subtiles, même les plus
invisibles. Ne rien préserver mais ouvrir les mains devant la vie. À chaque
instant, la possibilité de lâcher prise nous est offerte et pourtant
l’invitation nous semble toujours impossible. Le lâcher-prise est comme un mot
vide qui nous fait juste rêver de temps à autre.
Pour en savoir plus
Les bouddhas naissent dans le feu, Eric Rommeluère, Editions du Seuil, Paris, janvier 2007. On
trouvera aussi d'autres renseignements sur le site Internet de l'association
:
"Un Zen Occidental" : http://www.zen-occidental.net/les-bouddhas-naissent-dans-le-feu.html Mordicus une émission de "La Première" (Radio Suisse
Romande), consacre son émission du mardi 20 février 2007, de 9 h 30 à 11
h, au nouveau livre d'Eric Rommeluère.
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