"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 91
1er février
2007
 

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prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er mars 2007



Actualités de l'UBE


Mise à jour mensuelle du site

Rubrique Actualités 
mise à jour de l'agenda : mois de février, mars et avril 2007

 


    Nouvelle session du Cours en Ligne

    La prochaine session du Cours en Ligne
    débutera le lundi 12 février 2007
    Les inscriptions sont ouvertes et peuvent être effectuées
    grâce au bulletin d'inscription
    figurant dans nos pages de présentation.
     

 

Cours à Paris
 

samedi 4 février 2007
Le « Sûtra du coeur » (texte sanskrit)
, cours public donné par Philippe Cornu, de 15 h à 18 h, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Etudes de textes). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77.

Sa brièveté a fait de ce texte le plus célèbre des sûtra du Mahâyâna. Fréquemment récité, aussi bien dans le zen que dans le bouddhisme tibétain, le « Sûtra du coeur » a la réputation de dissiper les obstacles à la pratique spirituelle et de purifier les situations. Ce sûtra sera étudié dans son double aspect, doctrinal et rituel.
 

samedi 24 février 2007
Le vocabulaire de la conscience, cours public donné par Stéphane Arguillère et Dominique Trotignon, de 15 h à 18 h, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Niveau 2). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77. 

Il est aujourd’hui courant d’utiliser le terme de « conscience » pour traduire le seul terme bouddhique vijñâna. Mais il n’en fut pas toujours ainsi et l’on peut s’interroger sur la pertinence d’un tel emploi. Nous tenterons de passer en revue les termes bouddhiques qui peuvent répondre à la (ou les) définition(s) occidentale(s) de la « conscience » mais aussi d’étudier les champs lexicaux du « psychique », tels que les différentes écoles bouddhiques, anciennes et mahayanistes, les ont elles-mêmes définis.

 

Stage à Aix-en-Provence
 

Rôle et rapports au maître dans les traditions bouddhistes, dans le cadre des "Week-end d'études" proposés à Aix-en-Provence par l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d’étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (ou courriel).  
Prochain stage : samedi 17 et dimanche 18 mars 2007 :  Le rôle du Maître dans le Mahâyâna et le Vajrayâna (Philippe Cornu) 

 



Actualité du bouddhisme
(quelques rendez-vous, extraits de l'
agenda)
 

dimanche 4 février
Yonne
Rituel du feu « goma » chaque 1er dimanche du mois au temple Shingon. Les rituel du feu, très apprécié au Japon sont dédiés à Fudo Myoo (Achalanatha) , forme courroucé de Vairocana (Dainitchi Nyoraï), un des protecteur du bouddhisme Shingon. Renseignements : Komyo-In (école : Shingon :vajrayâna japonais). Domaine de la Montagne, 89350 Villeneuve-les-Genêts. Tél. 03.86.45.45.79.

mercredi 7 février
Seine Saint Denis
Le bouddhisme : la cessation de la souffrance ?
Conférence assurée par Philippe Cornu, président de l’Université Bouddhique Européenne. Lieu :
Salle des fêtes de la mairie de Montreuil (Métro ligne 9), entrée libre. Organisation : Centre Civique d'Etude du Fait Religieux (CCEFR) - Maison des associations - 35/37 avenue de la Résistance - 93100 Montreuil. Tél : 06 19 89 62 65 (ou courriel).  

samedi 10 et dimanche 11 février
Paris
Entrer en amitié avec soi-même : enseignement de Lama Tsonyi, responsable du monastère des hommes de Kundreul Ling en Auvergne. Lieu : Espace Saint Martin, 199 bis, rue Saint Martin 75003 Paris. Pas de réservation. Renseignements : KTT de Paris (école Karma-kagyü, affilié à Dhagpo Kagyu Ling) 36 rue Traversière 75012 Paris. Tél. 01.43.07.65.26.

mercredi 14 février
Seine et Marne
Être bouddhiste en Occident : un engagement à « contre-courant », conférence de Dominique Trotignon, directeur de l'Université Bouddhique Européenne, à 20 h 30, à Souppes-sur-Loing (77). Renseignements : Abbaye de Cercanceaux, salle des Forges, rue Antoine Heroët, Souppes-sur-Loing, Seine et Marne-sud. Entrée : 8 €/personne. Accès par N7, A 7, SNCF. Programme complet, plan d’accès et réservation : au 01 64 29 71 33 ou michelballot@free.fr ou officetourisme@souppes.net.  

samedi 17 février
Paris
Merveilles de la statuaire bouddhique vietnamienne, conférence par Thanh Trân Journet, historienne d'art, à 16h00. Cette statuaire, particulièrement dans les pagodes du Nord du pays, révèle de nombreux chefs d'œuvre permettant de découvrir les grandes figures du bouddhisme vietnamien. Renseignements : Maison de l'Indochine, 76 rue Bonaparte (place Saint-Sulpice) 75006 Paris. Tél. 01.40.51.95.29.  

du dimanche 18 au dimanche 25 février
Dordogne
Session d’hiver avec Jean-Pierre Taiun Faure. Préparation du 18 au 22 ; Sesshin du 23 au 25. Renseignements : Temple Zen de Kanshoji  (Temple de la lumière de Kannon), Domaine de la Barde, 24450 La Coquille. Tél: 05 53 52 06 35. E-mail: kanshoji@wanadoo.fr.

samedi 24 et dimanche 25 février
Région de Namur (Belgique)
A la découverte de la méditation bouddhiste
, sous la guidance de Lama Tashi Nyima. Découverte des des deux formes de méditation : Chiné (pacification mentale) et Lhagtong. (méditation analytique, par laquelle on analyse l’esprit). Renseignements : Institut Yeunten Ling (école Karma-kagyu), Château du Fond l'Evêque Promenade St Jean l'Agneau, 4 - 4500 Huy, Belgique. Tél. (00.32) (0)85-271.188.  

mercredi 28 février
Genève (Suisse)
Le Zen comme mise en pratique de l’esprit de foi,
conférence au Centre Bouddhiste International de Genève. Renseignements : Centre Zen de Genève (école : Zen sôtô), 15 quai du Cheval blanc 1227 Les Acacias - Genève. Tél. (00.41) 79-449.48.19.  

 


 

"Les  bouddhas naissent dans le feu"

un livre d'Eric Rommeluère
 

Eric Rommeluère n'en est pas à son premier ouvrage (on lui doit notamment un "Guide du Zen" et une anthologie de textes zen intitulée "Les fleurs du vide"), mais cela faisait plusieurs années qu'il n'avait rien publié et ce silence trouve sa résolution, aujourd'hui, dans un livre très attendu par ceux qui le connaissait déjà... mais très inatttendu, aussi !
Rien d'étonnant, pourtant, quand on sait que l'auteur a essentiellement consacré ces dix dernières années à l'animation de l'association qu'il a créée à Paris : Un Zen Occidental.
La dénomination est déjà un avertissement... C'est en Occidental qu'Eric Rommeluère souhaite aborder le bouddhisme zen, c'est-à-dire dans ce qu'il a d'universel, au-delà de tout attachement aux formes culturelles japonaises par lesquelles il nous a été transmis. Mais "au-delà" veut dire en les ayant traversées, connues, appréciées...
La pratique du Zen ne laisse pas indemne, sans aucun doute - et heureusement ! Et c'est à une telle expérience, déroutante, que l'auteur de "Les bouddhas naissent dans le feu" entend inviter ses lecteurs.

 

Voici ce que lui-même en dit dans son "blog" ("J'ai deux kôans à vous dire...") :

En l’écrivant, je cherchais à émouvoir et à bouleverser. Et même, qui sait, que l’on pleure de joie. N’était-ce pas présomptueux ? Peu importe, je me suis permis ce livre. Ceux qui l’ont déjà lu savent que "se permettre" est le maître-mot du livre. Il est construit comme un puzzle. Pendant deux mois, le maquettiste des Editions du Seuil a travaillé avec soin sur la mise en page car la forme même doit susciter une certaine perplexité (en anglais to puzzle : intriguer). Chaque paragraphe, même s’il est encadré par d’autres paragraphes, forme une pièce unique. Le lecteur ne le comprend pas tout de suite et puis, au fil de la lecture, il voit bien que certains paragraphes s’emboîtent et d’autres non. Curieux, il continue se demandant quelle figure va se dessiner à la fin. Et puis, non, quelque chose ne marche pas. Il manque quelque chose. Enfin le déclic surgit, le lecteur comprend : il est la pièce manquante du puzzle. Le livre ne peut se lire que s’il participe au livre, au risque d’en avoir le souffle coupé. Car le véritable sujet du livre, c’est bien le lecteur lui-même. 

Nous voilà prévenus...
Avant de vous proposer d'en découvrir un extrait (ci-dessous), nous vous proposons aussi deux réactions de lecteur, bien différentes dans l'expression, qui exciteront sans doute votre curiosité !

"Dépourvu de vent, le Nirvâna est extinction du feu qui nous brûle et nous torture. Et pourtant l’Eveil est  comme un flamme qui éclaire la nature de notre propre esprit. Ce feu, qui est aussi celui de l’éphémère, il nous faut le connaître et l’expérimenter, au sein des conditions et des circonstances, sans peur ni afféteries, car c’est la que gît le bouddha à naître.
Le propos d’Eric Rommeluère est, sans jeu de mot, d’une actualité brûlante.
Erudit, il emprunte les mots de la poésie et souvent ceux du coeur pour nous entraîner dans une réflexion simple et proche, qui mêle l’économie du Zen à l’abondance du maître de maison Vimalakirti.
La « paradoxie » bouddhique y est présente à chaque ligne : renoncement dans l’engagement, égarement et éveil, élévation et simplicité. Il nous faut carburer à l’audace, prendre la mesure de nos subjectivités, laisser profondèmment notre coeur exprimer son ampleur et sa vaillance, dans cette karuna (le coeur bon), génératrice de l’activité compatissante du bodhisattva.
Le bouddhisme qu’Eric Rommeluère propose à notre lecture n’est ni triste ni conventionnel, il explose de couleurs, de tendresse et d’humour.
Qu’avons nous à gagner dans tout cela ? La réponse n’est peut être pas celle à laquelle vous vous attendez. Il s’agit de gagner, fût-ce par la voie de l’idiot, la liberté inconcevable, la simplicité de l’union-disparition, qui faisait dire du moine introuvable Tôsui qu’il  « jouissait de l’éveil ».
Boute-feu, brulôt, ce livre peut surprendre ou choquer. Il pointe « a contrario », sans les nommer et sans polémiquer, les dangers  d’un bouddhisme trop « light », trop confortable ou trop théorique. L’alliage précieux mis au point il y a vingt cinq siècles est toujours brûlant, l’Occident qui veut s’en saisir doit prendre la mesure du risque.
S’il fallait faire malgré tout une critique à ce livre, dont la brieveté est une qualité, c’est  qu’il ne va pas toujours au bout de ses intuitions, et qu’il enferme parfois dans un réseau serré de citation et de sources la force de son projet."

Jean Paul Ribes
 

"Au premier abord, c'est un livre qui paraît très écrit, dont le style élégant est assez éloigné de ce que l'on trouve dans la littérature zen habituelle. Très vite, au-delà du style, on en pressent l'originalité.
Il n'y a pas de rappel systématique de la doctrine bouddhique ni du zen dans leur généralité. C'est un livre à fleur de peau et en même temps pudique, qui dévoile la simplicité de la démarche, la démarche dont l'essentiel est précisément la simplicité, l'ouverture du coeur. Se dépouiller, non dans une ascèse mortifiante, mais dans l'exercice joyeux et recueilli d'une acceptation, d'une ouverture qui constituent notre nature : s'exercer dans la joie à être ce que l'on est déjà !
Finalement, ce livre est pour moi un livre d'amour (comme on parle d'une lettre d'amour), amour sans emphase, ni romantisme facile, adressé à chacun(e), à chaque être, à ce qui est là, dans l'émerveillement d'un coeur sans arrière-pensée."

Jérôme R.

 



Les bouddhas naissent dans le feu

Extrait du chapitre 3
"Vous devez tout simplement ouvrir la main"
p. 90-97
 

Juste s’asseoir

Nous cherchons à vivre et pourtant la vie nous est toujours donnée. L’expérience du juste s’asseoir nous renvoie à la dimension immédiate et présente de la vie. Tant que l’on surimpose, impose quelque chose à la méditation, nous nous empêchons de réaliser sa dimension de plénitude. L’assise ne peut donc être une méditation que l’on qualifierait de thérapeutique ou même de spirituelle. Ajouter “juste” dans l’expression “juste s’asseoir”, shikantaza, est une manière de briser tous les ajouts. C’est en osant laisser échapper toutes ses attentes que cette présence à soi, réelle, vivante, vivifiante pourra surgir. Il ne s’agit même pas d’abandonner telle ou telle idée. Il s’agit réellement de s’abandonner en entier. La méditation est don pur. Le véritable don n’a aucune peur, il ne retient rien, il n’est entravé par rien. Il est amour. Il est ouverture. L’assise se réalise en tant qu’assise lorsque je m’engage totalement dans la dimension du don. Totalement signifie s’asseoir sans faux-semblant, sans arrière-pensée. Même les croyances sur la méditation, les espoirs devraient être abandonnés. L’intrépidité est ici requise sinon la méditation restera morne, étouffée et l’on continuera à vivre dans le monde de ses croyances. Il ne s’agit pas seulement de se défaire de ses attentes les plus grossières, les plus visibles, comme de vouloir soigner telle ou telle maladie, mais des attentes les plus subtiles, les plus invisibles. Celles que l’on doit finalement traquer au fond de soi pour les dépasser et se convertir au monde de la vie.

La méditation n’est parfois qu’un moment d’errance intérieure. À chaque fois, le méditant devrait être lucide, s’interroger sur son expérience et se demander finalement : est-ce réellement un état d’éveil ou est-ce encore de l’errance, est-ce une tranquillité doucereuse finalement proche d’un état de confusion ou autre chose encore ? La méditation ressemble parfois à celle du chat qui guette la souris. Le chat détend son corps, devient de plus en plus tranquille comme s’il était finalement endormi. Son corps, sa queue ne bougent plus, même plus ses yeux qui semblent perdus dans le vague. Et pourtant, imperceptiblement, tous ses sens demeurent en alerte, attendant que la souris surgisse à portée de griffes. Si l’on pratique de cette manière, l’esprit ne sera jamais tranquille, les troubles et les doutes ne seront en rien brisés. Il faut oser le pas du don qui ne se soucie en rien d’agripper quoi que ce soit. L’intrépidité est requise, car le don nous fait peur, paraît même nous mettre foncièrement en danger. S’asseoir les jambes croisées en lotus n’est pas si difficile, il suffit de s’entraîner. Pacifier son mental n’est pas très difficile non plus, il suffit encore de s’entraîner, mais se permettre le don est sans doute ce qu’il y a de plus difficile, car nul ne peut s’y entraîner. Il advient. Et pourtant le don ne tient à rien. La main est fermée, il suffirait de l’ouvrir. Juste de l’ouvrir. Et pourtant, nous n’y arrivons pas, les doigts crispés et recroquevillés.

L’éveil est toujours là, à portée de main, mais on ne sait jamais assez lâcher, relâcher, à la fois si proche et si inaccessible. Les tensions, les attentes, les crispations, les nœuds nous entravent à chaque instant, nous ligotent complètement, repoussant dans un ailleurs lointain toute possibilité d’éveil. Et pourtant, tout peut-être tranché en un instant car c’est toujours nous qui nous ligotons nous-mêmes moment après moment. Bien entendu, le don n’est pas comme une passivité totale dans laquelle nous serions engloutis, emportés comme fétu de paille dans le courant. Dans cet abandon, se tient une force, une énergie puissante. L’abandon est confiance. Dans cette ouverture du cœur que j’ose grande, totale, sans arrière-pensée ni même avant-pensée, mon cœur s’ouvre comme vie.

 

Ouvrir la main

Le zen n’a que deux règles : la première, pratiquer la méditation ; la seconde, étudier auprès d’un maître de vie. Il ne s’agit pas d’un ordre, d’abord l’une puis l’autre ; il ne s’agit pas non plus d’opter entre l’une ou l’autre méthode, mais de les vivre, de les accomplir pleinement et conjointement. L’éveil naît de cette adéquation. Les enseignements n’ont de sens que s’ils peuvent être vécus, expérimentés, pratiqués. Bien sûr, des causeries, des leçons peuvent toucher la conscience, la transformer, mais l’écoute seule est-elle à même de nous extraire de nos habitudes ou, dit plus directement encore, l’écoute peut-elle seule nous arracher à nos mesquineries ordinaires ? La méditation est une expérience du corps qui nous permet, elle, d’explorer notre intériorité, mais cette pratique peut-elle, en elle-même et par elle-même, nous convertir immédiatement à la vie éveillée ? À la vérité, s’asseoir ne garantit en rien d’un bouleversement intérieur. Vous pouvez aussi vous fourvoyer, vous installer dans une routine méditative, croire méditer alors que l’égarement ne fait que nourrir l’égarement. S’asseoir de temps à autre sur un coussin et apprécier le silence a ses vertus, mais pour le zen, ce n’est pas encore là le véritable exercice. Savourer des paroles et apprécier l’air détendu d’un enseignant n’est pas non plus à proprement parler étudier avec un maître de vie. Un pas décisif et audacieux doit être entrepris. S’exercer au zen ne consiste ni à accumuler un savoir ni à thésauriser des heures de méditation : il s’agit simplement de lâcher prise. Au fond, les livres, les enseignements n’invitent qu’à cela.

Un véritable lâcher-prise doit surgir et nous bousculer. On l’expérimente en son cœur. Le lâcher-prise n’est pas comme un simple état de tranquillité intérieure, ce n’est pas plus abandonner une, deux, trois ou quelques pensées qui apparaîtraient l’une après l’autre au cours d’une méditation. Le lâcher-prise est nécessairement radical, c’est tout lâcher. Il ne s’agit donc pas de se détacher d’une douleur corporelle si le corps souffre. Il ne s’agit pas non plus de se détacher d’une pensée si le mental divague. C’est le soi-même fait de toutes ses attentes, de toutes ses projections, de toutes ses représentations qui est à lâcher. Nous disons se dépouiller du corps et de l’esprit, shinjin datsuraku.

De cette expérience fondamentale du lâcher-prise, tout pourra rejaillir, revivifié et renouvelé. Enfin on saura ce que signifie être, s’accepter soi-même, sans regretter le passé, sans craindre l’avenir, en se tenant vivant au cœur de la vie. Pour exprimer la rupture, la discontinuité entre abandonner une douleur, abandonner une pensée et l’acte inouï de se dépouiller du corps et de l’esprit, le zen a une métaphore si forte qu’elle en fait presque vaciller d’effroi. Nous disons : imaginez que vous êtes suspendu par les mains au bord d’un précipice et que vous vous permettez d’ouvrir les mains. Devant une telle image, l’imagination se dérobe, elle indique précisément que le lâcher-prise est au-delà de toute imagination. Ce lâcher-prise est l’entreprise la plus audacieuse et la plus difficile qui soit, puisqu’on abandonne sa propre image de soi. Et c’est bien cela qui nous fait vaciller, nous tenons tant à notre image de nous-mêmes, qu’à tout prendre, nous préférons nous tenir éloignés des bords vertigineux et renégocier jour après jour une journée supplémentaire avec la vie.

Il n’y a qu’une seule façon de s’exercer : méditer réellement, jusqu’à sentir l’abysse près de soi, ouvert, sans fond. Va-t-on alors trembler ou oser ? En même temps pourtant, on ne peut jamais s’entraîner au lâcher-prise. Le lâcher-prise ne peut faire l’objet d’une technique qui, à coup sûr, nous ferait lâcher prise. Tout au plus peut-on créer ses conditions. Du jour au lendemain, il advient, par-delà la pensée d’un agir ou d’un non-agir, sans que l’on puisse distinguer si je lâche prise ou si la prise me lâche. Mais les jours passent et rien ne survient vraiment. Pour lâcher prise, il suffirait pourtant et simplement de se le permettre. D’oublier les craintes, les peurs, pour se tenir devant la réalité nue et simplement laisser s’effondrer les attentes, toutes, même les plus subtiles, même les plus invisibles. Ne rien préserver mais ouvrir les mains devant la vie. À chaque instant, la possibilité de lâcher prise nous est offerte et pourtant l’invitation nous semble toujours impossible. Le lâcher-prise est comme un mot vide qui nous fait juste rêver de temps à autre.
 

 

Pour en savoir plus

 

Les bouddhas naissent dans le feu, Eric Rommeluère, Editions du Seuil, Paris, janvier 2007.

On trouvera aussi d'autres renseignements sur le site Internet de l'association : "Un Zen Occidental" : http://www.zen-occidental.net/les-bouddhas-naissent-dans-le-feu.html
ou encore sur le "blog" de l'auteur : http://zen.viabloga.com/

Mordicus une émission de "La Première" (Radio Suisse Romande), consacre son émission du mardi 20 février 2007, de 9 h 30 à 11 h, au nouveau livre d'Eric Rommeluère.
Vous pourrez également écouter Eric Rommeluère dans l'émission radiophonique de Michel Cazenave, Les vivants et les dieux, qui sera diffusée sur France Culture le samedi 3 mars 2007 (de 23 h à 24 h) ainsi que dans celle de Jean-Pol Hecq, Et Dieu dans tout ça ?, qui sera diffusée sur "La Première" (Radio et Télévision Belges Francophones) le dimanche 11 février 2007 (de 11 h à 12 h). Toutes ces émissions peuvent être écoutées en ligne.