| "Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 92 Accéder aux numéros précédents prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 2 avril 2007
Rubrique Actualités Cours à
Paris samedi
10 mars 2007 Qu’est-ce
pour nous autres occidentaux que la conscience ? Une fenêtre ouverte
sur le monde, une autorité morale, une capacité d’investigation
du réel nous permettant d’accéder au savoir. Aussi
ne pouvons-nous que souhaiter devenir de plus en plus conscients, sachant
par ailleurs que nous avons aussi à tenir compte de l’existence
d’un inconscient personnel, et peut-être collectif. Qu’en
est-il au regard du Dharma ? Situant d’emblée la conscience parmi
d’autres « formations » tout aussi éphémères,
les enseignements bouddhiques ne considèrent en aucun cas la
conscience demeurée égocentrée comme l’instance
susceptible de nous conduire à l’Eveil. Parler de « pleine
conscience » a donc dans ce contexte un tout autre sens, qu’il
convient de préciser. samedi
24 mars 2007 À l’issue d’un dialogue avec l’ascète Uttiya dans lequel le Bouddha montre que son Enseignement se situe au-delà des opinions dualistes, la question de l’inévitabilité de la libération est posée. Devant le silence du Maître, Ânanda intervient, afin de dissiper tout malentendu, pour exposer les conditions nécessaires à la délivrance.
Stage
à Aix-en-Provence Rôle
et rapports au maître dans les traditions bouddhistes, dans le cadre des "Week-end
d'études" proposés à Aix-en-Provence par
l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements :
Le Refuge, Centre bouddhique d’étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de
Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :
04.42.92.45.28 ou 04.42.92.60.39 (ou courriel).
Dans le Mahâyâna, le maître gagne peu à peu un rôle croissant dans sa relation
avec les étudiants. Le maître détenteur de la doctrine, pratiquant confirmé et
ami spirituel devient, notamment dans le Chan/Zen, l'indispensable courroie de
transmission de la lignée de la pratique et le garant de l'Éveil du disciple.
les mardis, du 6 mars au 24 avril dimanche 11 mars mercredi 14 mars du vendredi 16 au
dimanche 18 mars dimanche 18 mars mercredi 21 mars samedi 24
mars mardi 27 mars jeudi 29 mars
"Le sûtra du Lotus de la Bonne loi" un texte
fondamental du Mahâyâna Le « Sûtra du Lotus
de la Bonne Loi » est l'un des plus anciens et des plus importants
sûtra du Mahâyâna.
Son influence fut particulièrement importante en Asie centrale
et en Extrême-Orient, où il connut de nombreuses traductions
et donna naissance à plusieurs écoles qui le considéraient
comme le summum de la doctrine bouddhique, notamment l'école
chinoise Tiantai (en japonais : Tendaï) et, au Japon, l'école
fondée par Nichiren.
Le
sûtra du Lotus De même que pour bien d’autres textes bouddhiques d’origine indienne, il est impossible de dater de manière précise la rédaction du Saddharma Pundarîka Sûtra (« Sûtra du Lotus de la Vraie Loi », souvent abrégé en « Sûtra du Lotus » ). Il est toutefois considéré comme participant de la phase ancienne du Mahâyâna, autour du début de l’ère chrétienne. C’est un des textes bouddhiques les plus influents, particulièrement en Asie centrale et orientale, où il eut un impact culturel profond. Sa popularité est attestée par des bibliographies chinoises, qui n’en comptent pas moins de dix-sept traductions, dont trois ont survécu. La plus ancienne version connue est une traduction chinoise réalisée en 268 par Dharmaraksha, missionnaire érudit originaire d’Asie centrale. Depuis la fin du XIXe siècle, un certain nombre de versions sanskrites présentant de légères différences de contenu ont été découvertes au Népal, au Tibet, au Cachemire et en Asie centrale. Le Sûtra du Lotus est un texte long, comportant vingt-sept ou vingt-huit chapitres selon les versions, et traditionnellement divisé en deux grandes parties. Les quatorze premiers chapitres forment la section dite des « expédients », ou moyens de transmettre la doctrine par le biais de paraboles et d’exemples. Le reste est un exposé de la doctrine de la nature éternelle de Bouddha. Zhiyi (538597), érudit chinois spécialiste du sûtra, considérait la première partie comme étant les « traces » et la seconde comme étant la « vraie » vérité. Trois thèmes doctrinaux essentiels ressortent de l’ouvrage : un chemin universel de libération ; la nature universelle de bouddha; un modèle de conduite, le bodhisattva, proposé aux efforts humains. Mais quel que soit le thème abordé, le Sûtra du Lotus se caractérise par une attitude critique à l’égard de l’idéal ancien de l’arhat et par un style narratif grandiloquent.
Frontispice d’un manuscrit du Sûtra du Lotus du XVIIe siècle. Peinture or et argent sur papier teinté à l’indigo. Copie commanditée par une famille japonaise influente. Deux houddhas sont assis sur un trône de lotus à l’intérieur d’un stûpa, entourés par les Quatre Rois Célestes et une assemblée de moines et de bodhisattvas.
Un des problèmes majeurs abordés dans le Sûtra du Lotus, et en fait dans quasiment tous les sûtras du Mahâyâna, est l’absence de Bouddha en ce monde et, par conséquent, la perte de son enseignement salvateur. Dans le chapitre « De la durée de vie du Tathâgata [le Bouddha] », le Bouddha révèle que des centaines de milliers de milliards de kalpas [ères cosmiques] se sont écoulés depuis son accession à l’Éveil, et que sa disparition du monde n’est qu’une illusion, nécessaire pour éviter que les êtres considèrent sa présence comme acquise : « J’ai toujours été là. Je ne mourrai jamais. » Ce processus de redéfinition du Bouddha en fait un symbole d’omniscience et de transcendance, une entité cosmique capable d’appeler à ses côtés d’autres bouddhas venus d’autres univers, afin de témoigner de la Vérité contenue dans ce merveilleux texte qu’est le sûtra qu’il délivre. Loin d’être perdus, les pouvoirs salvateurs du Bouddha sont démontrés par le fait que, depuis son apparition, des centaines de milliards d’êtres sont parvenus à sortir du cycle des renaissances. Lors de la prédication du Bouddha, précise le texte, des tambours célestes résonnent, et des pluies de joyaux tombent des cieux... Le sûtra use abondamment de paraboles et de métaphores,
dont beaucoup sont si couramment utilisées dans les littératures chinoise, coréenne
et japonaise que des érudits occidentaux, spécialistes de ces cultures, ont été
tentés de comparer l’influence du Sûtra du Lotus à celle de la Bible dans le monde chrétien.
Certaines de ces paraboles, extrêmement populaires, sont passées dans l’usage
courant. Une d’entre elles est une sorte de version de l’histoire du fils
prodigue. Un jeune homme quitte sa maison et disparaît pendant près de
cinquante ans. Entre-temps, son père fait fortune et devient un homme puissant,
tandis que lui vit au jour le jour, n’ayant ni travail ni toit. Un jour, le
hasard les remet en présence. Le père le fait amener chez lui et lui fait
offrir, pour un bon salaire, un emploi modeste. Ignorant qui est son employeur,
le fils accepte, et son honnêteté et sa diligence lui assurent une promotion
rapide. Sentant la mort venir, le père convoque auprès de lui tous ses employés,
son propre fils compris. Il révèle
alors à tous le lien qui les unit, annonce qu’il lègue ses biens à son fils,
dont on imagine aisément la stupéfaction.
Extrait d’une édition japonaise du Sûtra du Lotus, Commanditer une copie de ce sûtra, l’un des plus anciens du Mahâyâna, est, pour de nombreux disciples, une mannière d’accumuler des mérites.
Autre parabole notoirement connue, « la maison en flammes ». Ici encore, un père de famille riche et puissant représente symboliquement le Bouddha. Des enfants jouent, insouciants, dans une maison, quand celle-ci prend feu. Tout à leurs jeux, ils ne prennent pas garde au danger. Leur père les appelle, les implorant de sortir au plus vite. En vain. Il envisage alors d’aller lui-même les sortir de la maison, mais ils sont trop nombreux, et la porte trop étroite pour y pavenir à temps. Il les appelle alors à nouveau, leur décrivant les chars merveilleux, tirés par des boeufs, des antilopes et des chèvres, qui les attendent à l’extérieur. Tentés cette fois, les enfants se précipitent, échappant ainsi aux flammes. Le père leur offre alors à chacun un char avec son équipage, orné de joyaux et de clochettes. Les présents ne correspondent pas exactement à la description qui leur a été faite, mais qu’importe, ils se réjouissent tous. Dans la perspective bouddhiste, la plupart des êtres ne réalisent pas à quel point leur lutte perpétuelle pour l’argent et le pouvoir (les jeux des enfants) est menée par la convoitise et l’attachement, et qu’ils se créent ainsi une anxiété permanente (danger figuré par le feu), nuisible au bien-être spirituel. Mais présenté aussi directement, ce point de l’enseignement ne retient pas facilement l’attention d’un auditoire. C’est pourquoi l’enseignant habile n’hésite pas à exploiter la tendance à l’attachement de celui qui l’écoute, en utilisant des artifices séduisants (les animaux), pour l’amener à la compréhension (les joyaux et les clochettes représentant le Dharma). L’objectif ultime du sûtra est de montrer la valeur universelle et cosmique de l’enseignement du Bouddha ; la foi en cette vérité est essentielle à la compréhension de cette même vérité. Pour le sûtra, il n’existe qu’un « véhicule unique » (ekayâna) pour exprimer cette vérité. « Véhicule unique » est ici synonyme de Mahâyâna, « unique » devant être compris comme « universel ». Une bonne illustration en est l’histoire de Devadatta telle qu’elle est rapportée dans le chapitre XII. Devadatta, cousin du Bouddha, rejoint la communauté du Bouddha, mais la jalousie le ronge. Il s’efforce de diviser le Sangha, et attente même à la vie du Bouddha. Nous apprenons cependant que, dans une vie antérieure, il a accumulé de nombreux actes favorables, et il est prédit que lui aussi atteindra un jour la bouddhéité. Il est ainsi démontré que même l’être le plus mauvais peut être libéré, et atteindre la perfection. Le Sûtra du Lotus devint le texte fondamental de la secte Tiantai, fondée en Chine à la fin du VIe siècle. Zhiyi, deuxième patriarche de l’école, utilisa deux concepts philosophiques plus anciens, proprement chinois : le li (principe inhérent) et le shi (expression de ce principe dans les phénomènes), pour construire une vision systématique de la philosophie, dans laquelle le Sûtra du Lotus est considéré comme l’expression la plus complète de la vérité. Une des plus grandes réussites de Zhiyi est l’organisation de l’imposant corpus des enseignements et des écrits bouddhiques en un schéma chronologique à cinq niveaux, fondé sur l’idée selon laquelle la doctrine dite de « moyens habiles » avait été conçue par le Bouddha pour permettre à l’auditeur d’aller du simple vers le complexe, des réalités concrètes vers des vérités abstraites, en fonction de ses capacités et de son degré d’avancement. Zhiyi combina la doctrine de l’universalité de la nature de Bouddha du Nirvâna Sûtra à l’approche créative de l’enseignement et de la pratique présentée dans le Sûtra du Lotus, d’une manière qui était appelée à exercer une grande influence dans toute l’Asie orientale.
Nichiren, une vision de l'utopie L’oeuvre
de Nichiren (1222-1282), moine et réformateur japonais, présente l’expression
la plus puissante de la foi dans la valeur du Sûtra du Lotus. Formé au
bouddhisme Tendai, Nichiren quitta cette école, tout en lui empruntant l’idée
selon laquelle le Sûtra du Lotus constituait la quintessence de l’enseignement
du Bouddha. L’intransigeance de Nichiren le conduisit à sommer le gouvernement
de son temps de rejeter toutes les autres écoles bouddhistes existant au Japon
pour reconnaître l’autorité unique du Sûtra du Lotus. À cette seule condition, le
pays serait sauvé de l’invasion mongole qui menaçait alors. Totalement dévoué à
ses idées, Nichiren envisageait sereinement de mourir pour les imposer. Le
bouddhisme était à ses yeux non pas tant un moyen de libération personnelle qu’une
base pour la réalisation d’une utopie.
Triptyque montrant Nichiren calmant les flots sur le chemin de son exil. Il pensait avoir pour mission de mener le monde vers une ère dominée par une forme pure de bouddhisme.
Pour en savoir plus Il existe deux traductions universitaires de référence de ce texte :
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