"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 92
1er mars
2007
 

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prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 2 avril 2007



Actualités de l'UBE


Mise à jour mensuelle du site

Rubrique Actualités 
mise à jour de l'agenda : mois de mars, avril et mai 2007
Attention ! l'actualisation sera effective à partir du lundi 5 mars pour les mois d'avril et de mai
 

 Cours à Paris
 

samedi 10 mars 2007
La conscience, entre Occident et bouddhisme
, cours public donné par Françoise Bonardel, de 15 h à 18 h, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Niveau 2). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77. 

Qu’est-ce pour nous autres occidentaux que la conscience ? Une fenêtre ouverte sur le monde, une autorité morale, une capacité d’investigation du réel nous permettant d’accéder au savoir.  Aussi ne pouvons-nous que souhaiter devenir de plus en plus conscients, sachant par ailleurs que nous avons aussi à tenir compte de l’existence d’un inconscient personnel, et peut-être collectif.  Qu’en est-il au regard du Dharma ? Situant d’emblée la conscience parmi d’autres « formations » tout aussi éphémères, les enseignements bouddhiques ne considèrent en aucun cas la conscience demeurée égocentrée comme l’instance susceptible de nous conduire à l’Eveil. Parler de « pleine conscience » a donc dans ce contexte un tout autre sens, qu’il convient de préciser.
 

samedi 24 mars 2007
L’ « Uttiya-sutta » (texte pâli), cours public donné par Michel-Henri Dufour, de 15 h à 18 h, au "Forum 104", 104 rue de Vaugirard 75006 Paris, dans le cadre du programme de l'UBE (Etudes de textes). Renseignements : UBE, 29 boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. Tél. 0.820.20.50.77. 

À l’issue d’un dialogue avec l’ascète Uttiya dans lequel le Bouddha montre que son Enseignement se situe au-delà des opinions dualistes, la question de l’inévitabilité de la libération est posée. Devant le silence du Maître, Ânanda intervient, afin de dissiper tout malentendu, pour exposer les conditions nécessaires à la délivrance.

 

Stage à Aix-en-Provence
 

Rôle et rapports au maître dans les traditions bouddhistes, dans le cadre des "Week-end d'études" proposés à Aix-en-Provence par l'UBE et le Centre "Le Refuge". Renseignements : Le Refuge, Centre bouddhique d’étude et de méditation, 370 Chemin Fontaine de Fabrègues 13510 Eguilles. Tél/Fax :  04.42.92.45.28  ou  04.42.92.60.39 (ou courriel).  
Prochain stage : samedi 17 et dimanche 18 mars 2007 :  Le rôle du Maître dans le Mahâyâna et le Vajrayâna (Philippe Cornu) 

Dans le Mahâyâna, le maître gagne peu à peu un rôle croissant dans sa relation avec les étudiants. Le maître détenteur de la doctrine, pratiquant confirmé et ami spirituel devient, notamment dans le Chan/Zen, l'indispensable courroie de transmission de la lignée de la pratique et le garant de l'Éveil du disciple.
Dans le Vajrayâna, ce rôle devient tellement prépondérant qu'aucun cheminement n'est envisageable sans la présence et l'accompagnement d'un maître qualifié. Il en va de même dans le Dzogchen.
Nous examinerons au cours de ce week-end pourquoi le maître a pris cette importance, quels sont ses rôles et ses responsabilités et surtout l'importance du lien du coeur-esprit qu'il noue avec ses étudiants, élément indispensable à la transmission authentique des enseignements.

 



Actualité du bouddhisme
(quelques rendez-vous, extraits de l'
agenda)
 

les mardis, du 6 mars au 24 avril
Paris
Théologiens chrétiens en débat avec le bouddhisme, cours avec Michel Fedou et Paul Magnin. Cours  (R01C07) de 14 h 30 à 16 h 30. De Henri de Lubac à Aloysius Pieris, nombre d’auteurs chrétiens ont proposé diverses interprétations du bouddhisme. Ce cours tentera d’en présenter quelques-unes, d’évaluer leur pertinence, et de dégager au terme les conditions ou exigences de ce que peut être, aujourd’hui, un juste regard de la théologie chrétienne sur le bouddhisme.  Renseignements : Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), 35 bis rue de Sèvres 75006 Paris. Tél. 01.44.39.75.00.   

dimanche 11 mars
Paris
La personne et son devenir, en bouddhisme et en christianisme, conférence-débat animée par Dennis Gira, professeur à l’Institut catholique de Paris et spécialiste du bouddhisme, de 15 h à 19 h (entrée libre), avec, pour le bouddhism : Dominique Trotignon, pratiquant dans la tradition du Theravâda et directeur de l’Université Bouddhique Européenne, Philippe Cornu, pratiquant du Bouddhisme tibétain, docteur en anthropologie religieuse et président de l'Université Bouddhique Européenne ; pour le christianisme : François Euve, jésuite, prêtre catholique et théologien, Razvan Ionescu, prêtre orthodoxe roumain d’Europe Occidentale et Méridionale et théologien. Renseignements : Le Forum 104, 104 rue de Vaugirard 75006 Paris. Tél. 01.45.44.01.87.

mercredi 14 mars
Val-de-Marne
La concentration mentale
, conférence de 20 h à 22 h. Lieu : Salle des Fêtes de la Mairie de Saint Mandé. Place Charles Digeon, 94160 Saint-Mandé. Organisation et renseignements : Association « Un pas vers les Tibétains », 26 chaussée de l'Etang 94160 Saint-Mandé. Tél. 01.43.96.31.06.

du vendredi 16 au dimanche 18 mars
Pays basque (Espagne)
Sesshin Zen Soto,
dirigée par Raphaël Triet à Egino. Renseignements : Association Zen Internationale – Temple de la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86.

dimanche 18 mars
Paris
Journée d'étude et de méditation dans la tradition Theravâda, animée par Michel-Henri Dufour. Lieu : 14 rue Philibert Lucot 75013 Paris, de 14 h à 17 h 30. Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.   

mercredi 21 mars
Bruxelles (Belgique)
Sadhana de Mahakala et Tchenrézi
avec Lama Karta. Accomplissement de la double sadhana : Mahakala et Tchenrézi. Renseignements : Institut Nalanda (école Karma-kagyü, affilié à l’Institut Yeunten Ling), 48-50 rue de l'Orme, 1030 Bruxelles (Belgique) Tél. (00.32) (0)26-753.805.

samedi 24 mars
Paris
Initiation à la méditation sous deux formes
 : la méditation d’anapanna sati ou l’attention sur le souffle et la méditation de metta bhavana ou le développement de la bienveillance. Renseignements : Centre Bouddhiste de l'Ile de France, 25 rue Condorcet 75009  Paris. Tél. 01.44.53.07.31.

mardi 27 mars
Paris
Prendre conscience de sa situation,
conférence de Jigmé Rinpoché, sur « les quatre pensées qui tournent l’esprit vers l’éveil ». A 20h30. Lieu : Espace Saint Martin, 199 bis, rue Saint Martin 75003 Paris (Métro Rambuteau). Organisation et renseignements : KTT de Paris (école Karma-kagyü, affilié à Dhagpo Kagyu Ling) 36 rue Traversière 75012 Paris. Tél. 01.43.07.65.26.

jeudi 29 mars
Paris
Méditation Vipassana, échange et rencontre
à 18 h 30, animée par Ajahn Tiradhammo. Lieu : Le Forum 104, 104 rue de Vaugirard, 75006 Paris. Organisation et renseignements : Dharma Network - Terre d'Eveil, 8 rue Crébillon 94300 Vincennes. Tél. 01.43.28.09.11 (ou courriel).

 


 

"Le sûtra du Lotus de la Bonne loi"

un texte fondamental du Mahâyâna
 

Le « Sûtra du Lotus de la Bonne Loi » est l'un des plus anciens et des plus importants sûtra du Mahâyâna. Son influence fut particulièrement importante en Asie centrale et en Extrême-Orient, où il connut de nombreuses traductions et donna naissance à plusieurs écoles qui le considéraient comme le summum de la doctrine bouddhique, notamment l'école chinoise Tiantai (en japonais : Tendaï) et, au Japon, l'école fondée par Nichiren.
Pour vous le présenter, nous vous proposons l'extrait d'un ouvrage que nous avons déjà plusieurs fois conseillé : « Bouddhisme - Art et philosophie, histoire et actualité », publié par les éditions "Sélection du Reader's Digest", en 2002, sous la direction de Kevin Trainor (voir Micro-Hebdo n° 50 et Micro-Hebdo n° 74).

 

 


Le sûtra du Lotus
Mark L. Blum
 

De même que pour bien d’autres textes bouddhiques d’origine indienne, il est impossible de dater de manière précise la rédaction du Saddharma Pundarîka Sûtra (« Sûtra du Lotus de la Vraie Loi », souvent abrégé en « Sûtra du Lotus » ). Il est toutefois considéré comme participant de la phase ancienne du Mahâyâna, autour du début de l’ère chrétienne.

C’est un des textes bouddhiques les plus influents, particulièrement en Asie centrale et orientale, où il eut un impact culturel profond. Sa popularité est attestée par des bibliographies chinoises, qui n’en comptent pas moins de dix-sept traductions, dont trois ont survécu. La plus ancienne version connue est une traduction chinoise réalisée en 268 par Dharmaraksha, missionnaire érudit originaire d’Asie centrale. Depuis la fin du XIXe siècle, un certain nombre de versions sanskrites présentant de légères différences de contenu ont été découvertes au Népal, au Tibet, au Cachemire et en Asie centrale.

Le Sûtra du Lotus est un texte long, comportant vingt-sept ou vingt-huit chapitres selon les versions, et traditionnellement divisé en deux grandes parties. Les quatorze premiers chapitres forment la section dite des « expédients », ou moyens de transmettre la doctrine par le biais de paraboles et d’exemples. Le reste est un exposé de la doctrine de la nature éternelle de Bouddha. Zhiyi (538­597), érudit chinois spécialiste du sûtra, considérait la première partie comme étant les « traces » et la seconde comme étant la « vraie » vérité. Trois thèmes doctrinaux essentiels ressortent de l’ouvrage : un chemin universel de libération ; la nature universelle de bouddha; un modèle de conduite, le bodhisattva, proposé aux efforts humains. Mais quel que soit le thème abordé, le Sûtra du Lotus se caractérise par une attitude critique à l’égard de l’idéal ancien de l’arhat et par un style narratif grandiloquent.

Frontispice d’un manuscrit du Sûtra du Lotus du XVIIe siècle. Peinture or et argent sur papier teinté à l’indigo. Copie commanditée par une famille japonaise influente. Deux houddhas sont assis sur un trône de lotus à l’intérieur d’un stûpa, entourés par les Quatre Rois Célestes et une assemblée de moines et de bodhisattvas.

 

Un des problèmes majeurs abordés dans le Sûtra du Lotus, et en fait dans quasiment tous les sûtras du Mahâyâna, est l’absence de Bouddha en ce monde et, par conséquent, la perte de son enseignement salvateur. Dans le chapitre « De la durée de vie du Tathâgata [le Bouddha] », le Bouddha révèle que des centaines de milliers de milliards de kalpas [ères cosmiques] se sont écoulés depuis son accession à l’Éveil, et que sa disparition du monde n’est qu’une illusion, nécessaire pour éviter que les êtres considèrent sa présence comme acquise : « J’ai toujours été là. Je ne mourrai jamais. » Ce processus de redéfinition du Bouddha en fait un symbole d’omniscience et de transcendance, une entité cosmique capable d’appeler à ses côtés d’autres bouddhas venus d’autres univers, afin de témoigner de la Vérité contenue dans ce merveilleux texte qu’est le sûtra qu’il délivre. Loin d’être perdus, les pouvoirs salvateurs du Bouddha sont démontrés par le fait que, depuis son apparition, des centaines de milliards d’êtres sont parvenus à sortir du cycle des renaissances. Lors de la prédication du Bouddha, précise le texte, des tambours célestes résonnent, et des pluies de joyaux tombent des cieux...

Le sûtra use abondamment de paraboles et de métaphores, dont beaucoup sont si couramment utilisées dans les littératures chinoise, coréenne et japonaise que des érudits occidentaux, spécialistes de ces cultures, ont été tentés de comparer l’influence du Sûtra du Lotus à celle de la Bible dans le monde chrétien. Certaines de ces paraboles, extrêmement populaires, sont passées dans l’usage courant. Une d’entre elles est une sorte de version de l’histoire du fils prodigue. Un jeune homme quitte sa maison et disparaît pendant près de cinquante ans. Entre-temps, son père fait fortune et devient un homme puissant, tandis que lui vit au jour le jour, n’ayant ni travail ni toit. Un jour, le hasard les remet en présence. Le père le fait amener chez lui et lui fait offrir, pour un bon salaire, un emploi modeste. Ignorant qui est son employeur, le fils accepte, et son honnêteté et sa diligence lui assurent une promotion rapide. Sentant la mort venir, le père convoque auprès de lui tous ses employés, son propre fils compris. Il révèle alors à tous le lien qui les unit, annonce qu’il lègue ses biens à son fils, dont on imagine aisément la stupéfaction.
Un commentaire explique alors que le fils représente l’adepte du Hinayâna (terme péjoratif qui désigne le bouddhisme ancien aux yeux des adeptes du Mahâyâna) qui peine pour atteindre le modeste résultat de l’état d’arhat. Le père est le Bouddha, détenteur de ce trésor inestimable, la bouddhéité, que le fils ne peut même imaginer.

Extrait d’une édition japonaise du Sûtra du Lotus, Commanditer une copie de ce sûtra, l’un des plus anciens du Mahâyâna, est, pour de nombreux disciples, une mannière d’accumuler des mérites.

 

Autre parabole notoirement connue, « la maison en flammes ». Ici encore, un père de famille riche et puissant représente symboliquement le Bouddha. Des enfants jouent, insouciants, dans une maison, quand celle-ci prend feu. Tout à leurs jeux, ils ne prennent pas garde au danger. Leur père les appelle, les implorant de sortir au plus vite. En vain. Il envisage alors d’aller lui-même les sortir de la maison, mais ils sont trop nombreux, et la porte trop étroite pour y pa­venir à temps. Il les appelle alors à nouveau, leur décrivant les chars merveilleux, tirés par des boeufs, des antilopes et des chèvres, qui les attendent à l’extérieur. Tentés cette fois, les enfants se précipitent, échappant ainsi aux flammes. Le père leur offre alors à chacun un char avec son équipage, orné de joyaux et de clochettes. Les présents ne correspondent pas exactement à la description qui leur a été faite, mais qu’importe, ils se réjouissent tous. Dans la perspective bouddhiste, la plupart des êtres ne réalisent pas à quel point leur lutte perpétuelle pour l’argent et le pouvoir (les jeux des enfants) est menée par la convoitise et l’attachement, et qu’ils se créent ainsi une anxiété permanente (danger figuré par le feu), nuisible au bien-être spirituel. Mais présenté aussi directement, ce point de l’enseignement ne retient pas facilement l’attention d’un auditoire. C’est pourquoi l’enseignant habile n’hésite pas à exploiter la tendance à l’attachement de celui qui l’écoute, en utilisant des artifices séduisants (les animaux), pour l’amener à la compréhension (les joyaux et les clochettes représentant le Dharma).

L’objectif ultime du sûtra est de montrer la valeur universelle et cosmique de l’enseignement du Bouddha ; la foi en cette vérité est essentielle à la compréhension de cette même vérité. Pour le sûtra, il n’existe qu’un « véhicule unique » (ekayâna) pour exprimer cette vérité. « Véhicule unique » est ici synonyme de Mahâyâna, « unique » devant être compris comme « universel ». Une bonne illustration en est l’histoire de Devadatta telle qu’elle est rapportée dans le chapitre XII. Devadatta, cousin du Bouddha, rejoint la communauté du Bouddha, mais la jalousie le ronge. Il s’efforce de diviser le Sangha, et attente même à la vie du Bouddha. Nous apprenons cependant que, dans une vie antérieure, il a accumulé de nombreux actes favorables, et il est prédit que lui aussi atteindra un jour la bouddhéité. Il est ainsi démontré que même l’être le plus mauvais peut être libéré, et atteindre la perfection.

Le Sûtra du Lotus devint le texte fondamental de la secte Tiantai, fondée en Chine à la fin du VIe siècle. Zhiyi, deuxième patriarche de l’école, utilisa deux concepts philosophiques plus anciens, proprement chinois : le li (principe inhérent) et le shi (expression de ce principe dans les phénomènes), pour construire une vision systématique de la philosophie, dans laquelle le Sûtra du Lotus est considéré comme l’expression la plus complète de la vérité. Une des plus grandes réussites de Zhiyi est l’organisation de l’imposant corpus des enseignements et des écrits bouddhiques en un schéma chronologique à cinq niveaux, fondé sur l’idée selon laquelle la doctrine dite de « moyens habiles » avait été conçue par le Bouddha pour permettre à l’auditeur d’aller du simple vers le complexe, des réalités concrètes vers des vérités abstraites, en fonction de ses capacités et de son degré d’avancement. Zhiyi combina la doctrine de l’universalité de la nature de Bouddha du Nirvâna Sûtra à l’approche créative de l’enseignement et de la pratique présentée dans le Sûtra du Lotus, d’une manière qui était appelée à exercer une grande influence dans toute l’Asie orientale.

 

Nichiren, une vision de l'utopie

L’oeuvre de Nichiren (1222-1282), moine et réformateur japonais, présente l’expression la plus puissante de la foi dans la valeur du Sûtra du Lotus. Formé au bouddhisme Tendai, Nichiren quitta cette école, tout en lui empruntant l’idée selon laquelle le Sûtra du Lotus constituait la quintessence de l’enseignement du Bouddha. L’intransigeance de Nichiren le conduisit à sommer le gouvernement de son temps de rejeter toutes les autres écoles bouddhistes existant au Japon pour reconnaître l’autorité unique du Sûtra du Lotus. À cette seule condition, le pays serait sauvé de l’invasion mongole qui menaçait alors. Totalement dévoué à ses idées, Nichiren envisageait sereinement de mourir pour les imposer. Le bouddhisme était à ses yeux non pas tant un moyen de libération personnelle qu’une base pour la réalisation d’une utopie.
Par un emprunt au symbolisme tantrique, Nichiren conçut un système rituel fondé sur un mandala dont le coeur est occupé par une calligraphie du titre du sûtra. L’objet de vénération est un rouleau centré sur ce titre, entouré de phrases diverses et de noms de bodhisattvas. La pratique essentielle du bouddhisme de Nichiren consiste à répéter, face au rouleau, la phrase d’hommage « Namu myoho renge kyo », c’est-à-dire « hommage au Sûtra du Lotus de la Loi Merveilleuse ».

Triptyque montrant Nichiren calmant les flots sur le chemin de son exil. Il pensait avoir pour mission de mener le monde vers une ère dominée par une forme pure de bouddhisme.

 

Pour en savoir plus

Il existe deux traductions universitaires de référence de ce texte :

  • Le Lotus de la Bonne Loi, traduit et commenté par Emile Burnouf à partir d'une version en sanskrit, a été publié au milieu du XIXe siècle mais demeure une traduction incontournable et toujours disponible, car rééditée en 1989 aux éditions J. Maisonneuve, Paris. L'ouvrage comporte, en plus, vingt-et-un "mémoires" explicatifs des principales notions bouddhiques évoquées dans le cours du sûtra.
  • Le sûtra du Lotus, traduit et présenté par Jean-Noël Robert, à partir de la version chinoise de Kumarajiva, a été publiée aux éditions Fayard (coll. L'espace intérieur), en 1997. Dans sa préface, J.-N. Robert précise les spécificités de cette version chinoise de référence et, notamment, l'impact de quelques "erreurs" de traduction qui eurent des conséqunces considérables sur le développement du bouddhisme en Extrême-Orient.