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"Micro-Hebdo"
de l'UBE - n° 96 1er juillet 2007
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prochain "Micro-Hebdo" diffusé
le 1er août 2007
Actualités de l'UBE
Mise à jour mensuelle
du
site
Rubrique Actualités mise à jour de l'agenda : mois de
juillet, août et septembre 2007
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Le
programme des cours de l'année
2007-08
est consultable sur notre site
Programme
des cours 2007-08
Les
inscriptions auront lieu à partir du 10 septembre et
les cours reprendront au mois d'octobre 2007
*
"Journées
Portes ouvertes" au "Forum
104" : 104
rue de Vaugirard 75006 Paris samedi
29 septembre 2007 à partir de 12 h avec
une conférence-débat en fin d'après-midi (entrée
libre et gratuite)
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Autre
rendez-vous...
L'UBE tiendra un stand à
la grande Pagode du Bois de Vincennes 40 route
circulaire du Lac Daumesnil 75012 Paris (M° Porte
Dorée)
samedi
22 et dimanche 23 septembre 2007
à
l'occasion du Festival culturel du Tibet et des peuples
de l'Himalaya plus
de renseignements
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Actualité
du bouddhisme (quelques
rendez-vous, extraits de l'agenda)
à
partir du dimanche 1er juillet Saône et Loire 13e festival "Himalaya en Bourgogne".
Début du Mandala de Soukhassiddhi et ouverture de l’exposition « Divinités
du véhicule du diamant » (thankas, peintures murales,
photographie). Renseignements : Dashang Kagyu Ling (école Shangpa-kagyü),
Temple des mille Bouddhas, 71320 La Boulaye. Tél. 03.85.79.62.53.
lundi 2 et mardi 3 juillet Paris Les yoginis et les pratiquantes bouddhistes, enseignement
et pratique, Lundi : 20.00-21.30. Mardi : 9.30-12.30. Chez Sandra
Flamand, 10 rue Mabillon, 75006 Paris. Inscriptions indispensables
Renseignements et organisation : Rangjung
yeshe Gomde France (association sous l'autorité spirituelle de Tulku Chökyi
Nyima Rinpoché, de tradition Nyingma). Contact : Ulrika +33 (0)6 10 26
54 11. Couriel : gomde@gomde.org . Information,
reservation...
du vendredi 6 au
dimanche 8 juillet Alpes Maritimes Visite du XVIIe
Gyalwa Karmapa, Trinlay Thayé Dordjé. Initiation de Tchenrezi, enseignement sur
les Quatre Nobles Vérités, Rituel de Mahakala, rituel de purification et de
consécration du lieu (Rabné), initiation de Tara verte. Renseignements : Institut Karmapa
(école Karma-kagyü), 35 chemin rural de la Ferrière 06750 Valderoure. Tél.
04.93.60.90.16.
du samedi 7 juillet au samedi 4 août Dordogne Retraite d’été avec le vénérable Thich Nhat Hanh.
Pendant cette période les familles et les amis pratiquent ensemble dans la
joie, pour créer la paix en eux-mêmes et dans le monde. C’est aussi le moment
d’arroser nos racines culturelles et d’exprimer la gratitude et la joie au
cours de plusieurs fêtes. Des programmes pour les adolescents et pour les
enfants de 6 à 12 ans sont proposés à l’occasion de cette retraite.
Renseignements : Village des Pruniers,
Hameau du Haut, Le Pey 24240 Thénac. Tél. 05.53.58.48.58 (ou courriel
: upperhamlet@wanadoo.fr).
du
lundi 9 au dimanche 15 juillet Saône
et Loire Retraite
d'été dans la tradition du Theravâda.
Cette retraite offre l’opportunité de lire et d’étudier
(Sutta et enseignements du Dhamma) dans un environnement favorable, tout en
équilibrant par la pratique de la méditation, individuelle et en groupe.
Renseignements :
Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma",
c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue
de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.
du jeudi 12 au mercredi 18 juillet Ardèche Retraite de « l’Esprit Joyeux ». Maître Dogen nomme ainsi un des trois esprits que doit posséder celui ou
celle qui avance sur la Voie. Enseignements : « Esprit vaste, esprit
aimant, esprit joyeux. ». Renseignements : La Demeure sans Limites,
Riou La Selle 07320 Saint-Agrève. Tél. 04.75.30.13.62.
du samedi 14 au samedi 28 juillet Drôme Dharma Yatra -
pèlerinage européen. Il s’agit d’une marche en
silence dans le sud de la France, regroupant des personnes de plus de vingt pays
différents. Méditation et enseignement. Lieu de départ : Le Village des
Pruniers, Son Ha Temple (Middle Hamlet), Fontagnane 24240 Puyguilhem. Lieu de
d’arrivée : Tapovan. Organisation et renseignements : Dharma
Network Tapovan, (école Theravâda :
Vipassana. Tradition des moines de la Forêt de Thaïlande), Le
Maine, 24640 Cubjac. Tél. 06.30.65.08.78.
du vendredi 20 au jeudi 26 juillet Province de Liège (près de Namur,
Belgique) Retraite d’été avec
Lama Tashi Nyima. Toutes les personnes qui désirent participer à une retraite
intensive et suivre un cheminement progressif dans la méditation, sont les
bienvenues. Renseignements : Institut
Yeunten Ling (école Karma-kagyu), Château du Fond l'Evêque Promenade St
Jean l'Agneau, 4 - 4500 Huy, Belgique. Tél. (00.32) (0)85-271.188.
du lundi 23 au mardi 31 juillet Loir-et-Cher Session Soto
zen d’été à La
Gendronnière dirigée par Taiun Jean-Pierre Faure. Renseignements : Association Zen Internationale - Temple de
la Gendronnière, 41120 Valaire. Tél. 02.54.44.04.86.
"Le
bouddhisme en Occident"
un
livre de Lionel Obadia
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Le bouddhisme est récemment apparu au coeur de nos
sociétés comme l’une de ces « nouvelles spiritualités », adoptée sous nos
latitudes en réponse à la crise de la modernité. Mais, de l’Asie à l’Occident,
la trajectoire de l’antique religion asiatique ne se laisse pas réduire à des
explications simplistes. Cet ouvrage propose un panorama historique et géographique
des formes du bouddhisme d’Occident, ainsi que des théories que sa présence a
suscitées : il interroge ainsi ses origines, ses causes, ses contextes et
modalités d’expansion, ses conséquences - tant sur le versant du bouddhisme que
sur celui de ses sociétés d’accueil -, la nature de l’adhésion et la question
de l’identité de ses pratiquants (migrants et convertis) et, enfin, l’avenir
qui s’offre à la religion de Bouddha, loin de ses creusets culturels d’origine.
Lionel Obadia est professeur en anthropologie à l’université
Lyon-II-Lumière, directeur du Centre d’études et de recherches anthropologiques
(CREA). Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Bouddhisme et Occident. La
diffusion du bouddhisme tibétain en France (L’Harmattan, 1999) ou La Religion (le
Cavalier bleu, 2004).
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Pour découvrir cet ouvrage,
nous vous proposons ci-dessous un extrait tiré de la
fin du Chapitre II : Le bouddhisme, de l'Asie à l'Occident : perspectives et histoire
(voir le Sommaire complet).
Images occidentales d’une tradition asiatique
Que le bouddhisme ait gagné en popularité tout au
long du XIXe siècle et par la suite au XXe siècle n’a pas
pour autant signifié qu’il a été mieux connu : la façon dont il était perçu et
conçu relèverait d’un « malentendu » [Faure, 1998, p. 15]. Mais évoquer
une « mécompréhension » du bouddhisme, qui implique de dénoncer du même coup
les altérations qu’il subit au contact de l’Occident (que ce contact soit
celui du filtre déformant des pensées occidentales, ou de sa simplification
sous la forme de pratiques « édulcorées » [Cox, 1979]), revient à fixer le
bouddhisme dans une prétendue authenticité que lui confèrent son antiquité et
son enracinement dans les sociétés asiatiques, seules à connaître le « vrai
» bouddhisme. Il est moins équivoque de parler d’un processus de traduction, qu’il faut entendre ici dans
une double acception. La compréhension des doctrines bouddhistes originellement
codifiées dans des langues asiatiques a non seulement été subordonnée à leur
retranscription dans les langues occidentales (une traduction linguistique), et elle a par là même été
assujettie à des formes d’interprétation propres aux cultures occidentales, c’est-à-dire
traduite dans des termes compréhensibles par les Occidentaux (une traduction culturelle) et parallèlement soumise au
filtre déformant des idéologies qui prévalent dans les sociétés d’accueil
[Smart, 1989]. En conséquence, la réception du bouddhisme semble avoir été
perpétuellement astreinte aux limites de ce qui était culturellement concevable
et acceptable pour les Occidentaux, et l’histoire du bouddhisme en Occident
est au moins autant l’histoire d’une découverte de cette religion que l’histoire
de la construction d’une représentation du bouddhisme dans un imaginaire
occidental particulier. Dans ce sens, ce que les Occidentaux ont adopté, c’est
à la fois du bouddhisme et leur propre vision du bouddhisme. On
peut repérer au moins trois grandes matrices idéologiques en jeu à partir
desquelles s’éclaire l’ensemble des représentations occidentales du bouddhisme :
ésotérique-légendaire, rationaliste-littéraire, coloniale-utopique. Elles s’appliquent
à la fois à l’Orient en général, au bouddhisme en particulier, à des traditions
ou à des cultures asiatiques auxquelles sont associées certaines images
stéréotypées attachées à l’Asie et à ses religions ainsi qu’à des idées reçues
qui demeurent incontestablement ancrées dans les approches occidentales du
bouddhisme.
Un bouddhisme occulte et secret : une fiction
légendaire
Depuis la plus haute Antiquité grecque, la
connaissance occidentale de l’Orient s’est nourrie à la source de récits
légendaires. Qu’il soit issu du Japon, de Chine ou de Thaïlande, le bouddhisme
n’échappe pas à cette propension à être l’objet de projections imaginaires
occidentales. Elle prend néanmoins des formes particulières lorsque telle ou
telle tradition bouddhiste revêt les atours de l’ésotérisme. Le cas du Tibet
illustre parfaitement le traitement fantasmagorique dont certaines traditions bouddhiques
ont fait l’objet. Les écoles tibétaines, considérées un temps comme les plus
« dégénérées » du bouddhisme, véhiculent parallèlement l’image d’un « pays
des neiges », inaccessible et mystérieux, entouré d’un halo de mysticisme et de
sacralité diffuse depuis le XIXe siècle : les théosophes et, à
leur suite, nombre d’auteurs au premier rang desquels se hisse la Française Alexandra
DavidNéel, ont façonné du Tibet une image de terre où réside un peuple de «
mystiques et magiciens ». Avec la transposition du mythique royaume
tibétain de Shambala en un féerique Shangri-La (1933) par l’écrivain
britannique James Hilton, le Tibet gagnera alors une place centrale dans le new
age occidental, qu’il n’a depuis jamais quittée [Lapez, 1998].
Un bouddhisme rationaliste : une fiction
littéraire
Le bouddhisme a également été un objet «
textuel », subsumé à une vision rationaliste en Europe et aux États-Unis.
Le terme même de « bouddhisme », tout comme celui de « lamaïsme »
sont des notions occidentales qui ont donné une réalité « scientifique » à
une tradition multiforme que Philip Almond décrit comme une « réification
textuelle » [1988], comme une tendance à l’unification de croyances et de
pratiques sous une même dénomination. Ce qui explique la création d’un terme
générique, « le » bouddhisme, malgré les évidentes différences culturelles
liées à son développement en Asie [Lopez, 1995, p. 7-8]. Dans ce processus, le
bouddhisme gagne en rationalisme ce que les autres religions (comme l’hindouisme)
gagnent en exotisme : il est philosophie « pure » là où les autres
traditions sont « légendes » [Lopez, 1995, p. 6], une interprétation
qui permet de l’associer alors à des registres les plus divers, mais relevant
eux aussi du rationalisme, comme les sciences exactes et la psychologie.
L’utopie
bouddhiste : une fiction coloniale
A travers l’étude du bouddhisme, ce sont également
les relations coloniales entre l’Asie et l’Occident qui se lisent et, pour
Donald S. Lopez Jr, « l’histoire des études bouddhiques coule dans l’histoire
coloniale » [Lopez, 1995]. Si les manières de penser le bouddhisme ont
dépendu des rapports entre l’Orient et l’Occident, elles dépendent surtout de
la manière dont l’Occident se pensait au regard de cet Orient [Said, 1979] :
religieux, il s’est ensuite pensé comme « rationnel » et «
scientifique » (donc « moderne »). C’est en suivant cette même
inversion idéologique que le bouddhisme a tout d’abord été considéré au regard
du modèle du christianisme, comme une superstition, puis comme un christianisme
dégénéré, un « culte du néant », un athéisme... Si les images,
foncièrement hétérogènes, de ce bouddhisme créé par l’Occident se succèdent
dans l’histoire [Droit, 1997 ; Faure, 1998 ; Obadia, 1999 ;
Lenoir, 1999a], elles varient aussi en fonction des traditions particulières
soumises à cette étude, ainsi que des contextes idéologiques de chaque nation
occidentale. Le volume collectif Curators of the Buddha. The Study of
Buddhism under Colonialism, édité par Donald S. Lopez Jr [1995], regroupe
une série de contributions majeures à la compréhension du caractère
idéologique des traductions orientalistes des traditions bouddhistes,
auxquelles se sont livrées les premières générations de bouddhologues. La
tradition theravada s’y révèle construite, par le Britannique T. Rhys-Davids,
comme une forme pure parce que primitive du bouddhisme, à l’horizon des
présupposés historicistes de l’ère victorienne [Hallisey, 1995]. En traversant
les âges de l’histoire des idées occidentales, le bouddhisme s’est trouvé perpétuellement
interprété dans des cadres de référence occidentaux : religieux, romantique,
ésotérique, positiviste, scientifique, etc., qui l’ont constitué comme une
utopie, entendue ici au sens de fiction spéculative ou de projection
fantasmagorique. C’est à l’étymologie exacte (u : absence, topos : lieu) que se réfère Lopez lorsqu’il évoque une «
fossilisation » des religions orientales dans l’« imaginaire
occidental » qui va, pour longtemps, établir l’idée d’une « immuabilité »
de cette religion. C’est la raison pour laquelle elle a généralement été vue
comme une doctrine « pure », désincarnée, insensible aux vicissitudes
de l’histoire, des sociétés et des cultures ou de la politique. Le bouddhisme
tibétain apparaît, sous la plume du tibétologue Giuseppe Tucci, comme une
utopie traditionaliste, miroir inverse dans lequel se reflètent les troubles
causés par la modernité dans une Italie postfasciste [Benavides, 1995]. Le
bouddhisme zen y apparaît à la fois comme l’expression d’une « âme »
japonaise attachée à son système impérial, et son inverse, une épure
culturelle, proche, selon D. T. Suzuki, d’une véritable « science »
[Sharf, 1995a]. Toutes ces images, interprétations, fictions sont autant de
strates sémantiques par lesquelles le bouddhisme a pris corps dans l’imaginaire
orientaliste forgé autour du bouddhisme. Par-delà le temps, ces thèmes se sont
conservés tant et si bien qu’on les retrouve encore parsemés dans la
littérature actuelle. C’est à partir de ce contexte que se comprend également
l’idée que le bouddhisme n’est pas une religion mais une philosophie.
L’utopie par excellence
: le bouddhisme comme « philosophie
»
Depuis le XIXe siècle jusqu’au début du
XXIe siècle, la dénégation au bouddhisme du statut de religion est
sans doute l’un des traits les plus constants des interprétations dont il a
fait l’objet. Véritable question d’école de l’orientalisme savant du XIXe
siècle, l’argument rejaillit actuellement avec force à la fin du XXe
siècle pour justifier du succès du bouddhisme dans les sociétés occidentales
modernes. Cette transfiguration du bouddhisme comme «
non-religion » s’explique en premier lieu par la connaissance partielle et
sélective que les Occidentaux avaient (et ont encore) du bouddhisme : en
privilégiant l’étude des textes, doctrines et philosophies, l’Occident a
procédé à une disjonction des principes philosophiques et des formes rituelles
du bouddhisme, ce qui le conduit à faire de la figure du Bouddha un « philosophe
», alors que, pour nombre d’écoles (mahayanistes, notamment) et dans le
contexte de pratiques dites « populaires », il est également une divinité. L’origine
de cette version réside dans l’action des missionnaires chrétiens, qui ont les
premiers distingué entre des formes « idolâtres » du bouddhisme, plus tard
qualifiées de « populaires », et des formes « athées » : le bouddhisme savant de
la tradition lettrée (cette religion nettement plus« acceptable ») de l’intériorité,
qui s’opposait, dans l’esprit des voyageurs chrétiens, aux manifestations
festives et répréhensibles d’une religiosité païenne. Avec la fondation des
études bouddhiques, on assiste à un prolongement scientifique de cette
interprétation initiale, qui assied le statut de « philosophe » du Bouddha et de
« philosophie » de sa doctrine [Droit, 1997]. Il existe cependant bien d’autres
raisons : depuis sa découverte, le bouddhisme semble perpétuellement se
dérober à la catégorie occidentale de « religion ». Pendant des siècles, les
Européens n’ont considéré comme religions que les traditions du livre (les
monothéismes) : christianisme, islam et judaïsme. Les critères de définition
des religions monothéistes ne s’appliquant pas au bouddhisme que l’on croyait
(et croit encore souvent) caractérisé par l’absence de figure divine, de credo,
de dogmatique [Kolm, 1982]. Dans la pensée occidentale du XIXe
siècle, le bouddhisme ne pouvait être une théologie [Droit, 1997, p. 15], mais
il fallait bien, cependant, le penser en termes classificatoires : soit
par référence aux grandes religions (le célèbre bouddhologue Rhys-Davids
distingue par exemple entre un theravada « protestant » et un mahayana « catholique »),
soit en utilisant la taxinomie des sciences religieuses qui l’ont classé
successivement comme un théisme, un athéisme, un panthéisme, un polythéisme
[Wratten, 1999, p. 19]. Si Herman Oldenberg formule (en 1881) l’idée que le
bouddhisme est « une religion sans dieu », l’oxymore n’a pas été longtemps
retenu et, par défaut, le bouddhisme a finalement été conçu comme relevant d’autres
catégories : les apologistes contemporains lui assignent d’autres labels, tels
que « spiritualité » ou « sagesse », des termes qui l’affranchissent du joug du
concept de religion, sans toutefois trop s’en éloigner. Cette dernière attitude
relève de raisons idéologiques plus que scientifiques. L’intérét pour le
bouddhisme étant concomitant d’un désintérêt pour le christianisme, il ne
pouvait pleinement trouver sa place dans le monde occidental qu’une fois
débarrassé de ses « concrétions culturelles » qui le font apparaître comme une
religion [Snelling, 1987], et donc passé au prisme d’une épure. Et c’est encore
dans une généalogie longue que s’inscrit l’idée, qui fait toujours le lit des
apologistes, que ne parvenait en Occident que l’« essentiel » du bouddhisme, c’est-à-dire
ses formes doctrinales et philosophiques plutôt que cultuelles et rituelles. La constance de cette ligne d’interprétation s’explique
d’autant mieux que l’arrivée du bouddhisme sur la scène des religions occidentales
(au cours du XIXe siècle) est concomitante du déclin de l’hégémonie
idéologique et politique du christianisme, et de l’émergence d’une idéologie
individualiste qui s’est manifestée sous la forme d’un rejet des institutions,
renvoyées du côté du dogme, de la contrainte, de l’obsolescence car considérées
comme inaptes à répondre aux changements idéologiques, sociaux et culturels qui
découlaient directement de la révolution industrielle et de l’avènement d’une
pensée rationaliste [Lenoir, 1999a]. L’argument « philosophique » apparaît donc
comme l’ultime espoir de voir dans une doctrine longtemps valorisée une alternative
spirituelle à la modernité. Et parce que le bouddhisme, au terme de son
cheminement historique dans les idéologies occidentales, apparaît comme une
spiritualité « sans dogmes ni contraintes » [Kolm, 1982], porteuse de valeurs
altruistes et individualistes [Vernette, 1999], adaptée aux conditions
sociales et idéologiques de l’Occident [Lenoir, 1999a], il incarne alors par
excellence, mais surtout par projection, le parangon des religiosités «
modernes ». Si l’appropriation du bouddhisme s’était limitée à ces images et
concepts, cette brillante architecture théorique aurait pu être confirmée.
Mais, dans les faits, ce sont surtout des pratiques qui ont été adoptées
et des institutions qui se sont enracinées à l’Ouest. Comme l’a noté
Stephen Batchelor, après le temps de l’indifférence aveugle, du rejet
catégorique, de la connaissance rationnelle et de l’imagination romantique,
vient le temps de l’engagement existentiel [1994, p. XI].
Pour
en savoir plus
Le Bouddhisme en Occident,
Lionel Obadia Editions
: La Découverte (http://www.editionsladecouverte.fr/) Collection : Repères (n°478)
- Thème : Philosophie -
Parution : février 2007 ISBN : 978-2-7071-5063-9
- Nombre de pages : 128 - Dimensions
: 110 x 180 mm
Prix : 8,50 € -
Façonnage : Broché => présentation
de l'ouvrage sur le site de l'éditeur
Sommaire
Introduction (consulter en doc
PDF) I / Présence du bouddhisme - Penser le bouddhisme, penser sa présence - Le bouddhisme : repères historiques et religieux - Bouddhisme - Textes et institutions - Variété : des « bouddhismes » ? - Schismes, divisions - Expansion en Asie - Le bouddhisme en Occident : indices et visibilité - Une réalité géographique : premiers signes - Une actualité médiatique - Indicateurs de popularité - Signes d'une présence bouddhique - Émergence d'un domaine d'études spécialisé II / Le bouddhisme, de l'Asie à l'Occident : perspectives et histoire - Histoire et modèles : problèmes - L'accueil du bouddhisme en Occident - Chronologies
- Contacts antiques - Contacts médiévaux - Évangélisation et
colonisation en Asie - Tolérer et comprendre le bouddhisme - La lente « découverte » du bouddhisme - Des « textes » sans « contextes », le bouddhisme comme objet de science - Bouddhisme « primitif » ou « originel » ? - Attitudes occidentales face au bouddhisme - Pessimisme et subversion - Naissance d'une utopie : le bouddhisme comme « foi » pour le monde moderne - Apologie et promotion du bouddhisme - Images occidentales d'une tradition asiatique - Un
bouddhisme occulte et secret : une fiction légendaire - Un bouddhisme
rationaliste : une fiction littéraire - L'utopie bouddhiste : une
fiction coloniale - L'utopie par excellence : le bouddhisme comme «
philosophie » III / Bouddhisme en Occident : diffusion, implantation, formes - L'épineuse question de la « mission » bouddhiste - Convertis et militants probouddhistes en Asie - Communautés occidentales au XXe siècle - Les flux migratoires aux XIXe et XXe siècles - Migrations asiatiques vers le continent américain - Migrations vers l'Europe - Démocratisation du bouddhisme - La contre-culture de l'après-guerre - Le « boum » des années 1960-1970 - Massification et instituionnalisation du bouddhisme - De la communauté à l'implantation - Formes contemporaines du bouddhisme - Grandes traditions monastiques - Un « ingrédient » du new age ? - Arrière-plans religieux des pays d'accueil IV / Bouddhisme d'Occident : acclimatisations, adaptations et changements - Permanences et mutations dans les traditions religieuses en débat - De nouvelles orientations dans le bouddhisme d'Occident - De nouvelles lignées - Autonomie - Oecuménisme - Tolérance religieuse et stigmatisation sectaire - Ambigüités
et réajustements - Antiques traditions ou « nouvelles spiritualités » ?
- Le bouddhisme et les nouveaux mouvements religieux (NMR) - Bouddhisme
et polémique sectaire V / Un bouddhisme à l'occidentale : attrait, adhésion, pratiques - Pratiquants de « deux bouddhismes » - Le
bouddhisme des migrants : tradition, dévotion et « ethnicité » - Le
bouddhisme des Occidentaux : éclectisme, conversion - Controverses
autour de « deux bouddhismes » - L'attrait pour le bouddhisme - Aspects d'une fascination actuelle - Nature d'une adhésion - Une mosaïque de pratiques et de croyances - Des convertis ? - Mélanges et « bricolages » - Caractéristiques et profils - La question de l'identité religieuse VI / Bouddhisme occidental : bouddhisme moderne, bouddhisme mondial ? - Niches idéologiques et pratiques : religion, science, politique - Alliance : le dialogue interreligieux - Coopération : science, psychologie et bouddhisme - Activisme : éco-bouddhisme - Vers un « nouveau bouddhisme » ? - L'« occidentalisation » du bouddhisme en question - Quelle occidentalisation ? - Féminisation - Laïcisation - Engagement social et humanitaire - Bouddhisme et modernité, de l'Occident à l'Asie - La construction du bouddhisme « moderne » - Modernisation du « bouddhisme » - Reviviscence - Modernisation - L'expansion du bouddhisme à l'échelle du monde - Mondialisation
géoculturelle du bouddhisme - Globalisation du bouddhisme : connexions
transnationales - Le bouddhisme et les médias de communication
occidentaux Conclusion - Repères bibliographiques.
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